27 janvier 2014

La Liste de mes envies

Une femme qui a vécu plusieurs moments difficiles mais qui profite présentement d'une accalmie craint que le gros montant remporté à la loto ne vienne tout bouleverser.  L'idée est intéressante et peut provoquer une réflexion sur la place que l'on donne à l'argent et aux possessions matérielles, mais peut-être parce que ce bouquin a remporté un gros succès en 2012, je m'attendais à plus.

C'est le style surtout qui m'a déçue, il est plat, terne. Je pense que l'auteur a voulu refléter les pensées d'une personne de la classe moyenne, puisque le roman est au «je», mais il y a moyen il me semble de le faire d'une façon moins monocorde, si je puis dire.  Je ne me suis pas ennuyée, j'ai souri ou ai été touchée à quelques reprises, mais sans plus.

En plus la fin est un peu déprimante. Je reste tiède.


La Liste de mes envies de Grégoire Delacourt, 2012, 122 p en version numérique.

21 janvier 2014

The Sound and the Fury (Le Bruit et la fureur)

Quel livre frustrant!  Je n'ai pas souvenir d'avoir autant pesté contre un roman, à part peut-être lors de quelques lectures obligatoires à l'école.  Et encore.

Les deux premiers chapitres (donc un peu plus de la moitié du bouquin) sont un charabia incompréhensible.  La première partie est narrée par un handicapé intellectuel et on n'a donc que sa vision déformée de la situation. C'est à peine si l'on arrive à saisir quelques bribes.  En plus, on se promène dans le temps et il y a une foule de personnages, si bien qu'on est incapable de comprendre qui est qui par rapport à qui.  Il y en a même un qui est parfois un garçon, parfois une fille!  J'aime généralement les livres où le lecteur doit fournir un certain effort, mais encore faut-il que l'auteur nous en donne les moyens!  Je pense à La Petite Fille qui aimait trop les allumettes de Gaétan Soucy, qui est un parfait exemple de ce procédé.

La deuxième partie est contée par le frère de l'handicapé, étudiant à Harvard.  On pousse un soupir de soulagement, on pense qu'on va enfin voir la lumière au bout du tunnel... Mais non, c'est presque pire! Car Faulkner utilise la technique du «courant de conscience», où les pensées du narrateur se suivent apparemment pêle-mêle, sans organisation, en phrases souvent incomplètes.  Albert Cohen, notamment, utilise ce procédé dans Belle du Seigneur, mais il le fait alterner avec une narration conventionnelle qui donne le contexte nécessaire. Ici, on saute du coq à l'âne, on tourne en rond... Après quelques pages déjà je n'en pouvais plus, et tout le chapitre est comme cela!  Si ce livre n'était pas une lecture commune avec les copains du forum de la Bonne Lecture, j'aurais abandonné.  Mais quand d'autres se le sont tapé jusqu'au bout, c'est gênant...

Lorsqu'on arrive enfin dans la deuxième moitié où enfin on nous donne enfin quelques clefs de décryptage (est-ce que j'ai dit enfin?),  le plaisir que l'on ressent n'est pas assez grand pour contrebalancer le désagrément qu'on a eu à se rendre jusque là.  Je pense qu'on est censé reprendre les deux premières parties pour les déchiffrer à l'aide de ce qu'on a appris, mais honnêtement, qui a ce courage? J'ai vraiment trop hâte de passer (enfin!) à autre chose!


The Sound and the Fury de William Faulkner, 1929, 234 p. en version numérique, incluant les appendices. Titre de la traduction française: Le Bruit et la fureur.

06 janvier 2014

L'Enchanteur

Les premières pages m'ont fait craindre le pire. Merlin l'Enchanteur observe Viviane, âgée de 13 ans, se baignant nue dans une source, et en devient éperdument amoureux... Moi, dès qu'il y a la moindre petite suggestion de pédophilie, j'ai un gros malaise!  Heureusement, la suite se déroule quelques années plus tard, et de toutes façons leurs amours resteront platoniques, leurs pouvoirs magiques en dépendant. Alors j'ai pu apprécier la suite, même si quelques passages m'ont semblé un peu fleur bleue et d'un style légèrement désuet.

J'ai bien aimé les variations originales sur le thème des chevaliers de la Table ronde.  Par exemple, le Graal n'a pas seulement  recueilli le sang de Jésus, mais aussi celui d'Adam lorsque Dieu lui a pris sa côte, et il avait été façonné de l'argile paradisiaque. Il y a un mélange fort intéressant de différentes mythologies; ainsi, Viviane est une descendante de la déesse romaine Diane.  On retrouve également plusieurs détails amusants ou fantaisistes, beaucoup de poésie et de nombreux clins d'oeil à notre époque sous forme d'anochronismes volontaires.

Un extrait: 
       « Le diable ramassa sept tempêtes sur les océans, les assembla et les pressa entre ses mains et en fit un dragon gigantesque qui se rua vers Galaad en brisant tout sur son passage.

        Galaad fonça sur lui et se dressa sur ses étriers en hurlant le nom secret de son cheval.  Celui-ci répondit, criant comme le vent, et d'un seul élan sauta par dessus la monstrueuse bête, à qui, au passage, l'épée de Galaad creva les yeux. Les tempêtes, depuis, tournent en rond sur le monde, croyant aller tout droit.»


L'Enchanteur de Barjavel, 1984, 350 p.