30 janvier 2022

Les Enchantements d'Ambremer

 Le Paris des Merveilles, tome 1

Ok, je dois vous avouer quelque chose: des fois, j'ai des idées préconçues.  Aussi, des fois, je me fourre le doigt dans l’œil.  Voilà, c'est dit.

Ainsi, j'étais convaincue que cette série de romans de Pierre Pevel n'était pas pour moi. Trop en vogue?  Je ne sais trop.  Je croyais en plus que c'était de la littérature jeunesse, alors qu'il n'en est rien.  

Comme le tome 1 a été choisi pour le club de lecture Livraddict de janvier, et qu'en plus il était disponible en prêt numérique, je me suis dit: «bah! je ne risque rien à y jeter un coup d'oeil; au pire, je l'abandonnerai après quelques pages».  Déjà, l'an dernier, j'avais été déçue par une série du même genre et tout aussi populaire, The Parasol Protectorate de Gail Carriger, alors je m'attendais à un résultat similaire.   

Comment vous dire...  J'ai adoré!  Dès le premier chapitre, il y a un chat ailé qui parle avec un faux accent British.  Ai-je besoin d'en dire plus?  Ce chat se nomme Azincourt, du nom de la fameuse bataille où des chats contribuèrent à donner la victoire aux Anglais.  Tout le roman est rempli de petits détails de ce genre.  Imaginez une ambiance à la Arsène Lupin, mais avec de la magie, des fées, des dragons, des arbres parlants et bien d'autres merveilles.  Il y a d'ailleurs de nombreux clins d’œil au fameux gentleman-cambrioleur: la combinaison d'un coffre-fort est 813, la comtesse de Cagliostro est mentionnée, etc.  On fait également un petit salut à une chouette série télévisée de mon adolescence, Les Brigades du Tigre, avec l'apparition du commissaire Valentin et de ses acolytes Pujol et Terrasson.

Je pensais tomber sur une intrigue simpliste, et encore là, pas du tout!  J'étais même parfois mélangée parmi tous les personnages; pour ça, je dis merci à la fonction Recherche de ma liseuse, qui m'a bien servie!  

Le roman est suivi d'une amusante nouvelle reprenant quelques-uns des personnages et où il est question du capitaine Nemo et du Nautilus...  Seul hic, je n'ai pas compris la fin de cette nouvelle!  Peut-être faut-il lire la suite de la série pour en savoir plus?

Je me demande si quelqu'un a pensé créer un jeu de rôle se déroulant dans cet univers.  On pourrait jouer un magicien, un cambrioleur, une enchanteresse (fée bannie d'Ambremer), un policier, voire même un chat ailé.  Je serais volontaire pour y jouer n'importe quand!


Les Enchantements d'Ambremer (Le Paris des merveilles, tome 1) de Pierre Pevel, 2003, 382 p.

26 janvier 2022

Les Soixante-Quinze Feuillets

Les voilà enfin, ces fameux feuillets de Proust, retrouvés il y a quelques années dans les archives d'un éditeur à qui ils avaient été confiés par la nièce du grand écrivain.   

Première constatation: contrairement à ce que je pensais, il ne s'agit pas (à quelques exceptions près) de nouveaux épisodes s'ajoutant à ceux racontés dans À la recherche du temps perdu.  Ce sont plutôt plusieurs variantes de certains passages qu'on connaît déjà: l'angoisse de l'enfant au moment d'aller se coucher, ses promenades d'un côté ou de l'autre de la maison de Combray, sa rencontre du groupe de jeunes filles et ses tentatives pour leur être présenté, etc.

Il s'agit donc d'un recueil qui peut être abordé de deux façons. 

Les spécialistes et autres maniaques proustiens voudront comparer minutieusement ces écrits avec l’œuvre finale, page par page, pour voir ce qui a été changé et ce qui a été conservé, puis en tirer des conclusions sur la méthode de travail de l'écrivain ou sur la signification auparavant cachée de certains épisodes.

Pour les amateurs (dont je suis) ce sera tout simplement l'occasion de retrouver cette plume magnifique et de replonger dans cet univers qu'on a aimé.  Si l'on remarque les différences entre ces brouillons et le produit final, ce sera tout simplement pour s'en amuser. Tiens! se dira-t-on, Marcel n'était pas enfant unique, son frère a disparu! Tiens! il aperçoit pour la première fois les jeunes filles dans la rue à Combray et non sur la plage à Balbec!  Tiens! tels personnages, tels lieux ont changé de nom, et souvent plusieurs fois!  Et sans doute ces premières versions étaient-elles carrément autobiographiques (Proust avait bien un frère, par exemple). 

Seul petit avertissement: comme ce sont souvent les mêmes passages qui reviennent encore et encore, cela peut devenir lassant.  C'est pourquoi je recommande d'étirer la lecture de cet ouvrage sur plusieurs semaines, voire quelques mois.


Les Soixante-Quinze Feuillets de Marcel Proust, 2021, 429 pages incluant les annexes.

22 janvier 2022

Le Vengeur masqué contre les hommes-perchaudes de la Lune

Voici ce que j'appelle une quatrième de couverture réussie:

Moi si j'écrirais un livre je commencerais par une belle grosse faute de grammaire. Et puis je lui donnerais le titre le plus niais, le plus racoleur possible, histoire de bien montrer qu'on n'est pas chez Flaubert ici. 

Après avoir adoré Document 1 de François Blais l'automne dernier, je suis allée farfouiller dans sa bibliographie, et quand j'ai vu ce titre et la présentation ci-dessus, j'ai su que je ne résisterais pas longtemps!

Cela dit, j'aurais peut-être dû attendre un peu plus car j'ai eu un peu de difficulté à accrocher, au début.  Je trouvais que les personnages étaient assez semblables à ceux de son autre roman.  De plus, l'exemplaire fourni par la BAnQ en prêt numérique est un PDF au lieu d'un epub.  Pourquoi?  Je l'ignore.  Toujours est-il que cela est beaucoup moins agréable à consulter sur une liseuse puisqu'il faut rajuster la mise en page à chaque fois qu'on tourne ladite page.  Cela ne m'a certainement pas aidée à apprécier cette lecture.  

Après quelques chapitres, je me suis dit que ce n'était pas pire qu'un Jacques Poulin qui nous ressort toujours le même genre de personnages et que pourtant j'aime beaucoup.  J'ai pu enfin me laisser aller et goûter le reste de l'aventure.

Et la fin, surprenante et assez abrupte, m'a rendue perplexe sur le coup, mais plus j'y pense, plus je la trouve satisfaisante.


Le Vengeur masqué contre les hommes-perchaudes de la Lune de François Blais, 2008, 116 p.

08 janvier 2022

The Twelve (Les Douze)

The Passage (Le Passage), tome 2 

Comme il s'agit d'un tome 2, je serai brève pour éviter trop de répétitions...  

Si vous avez lu mon bilan annuel, vous savez tout le bien que j'ai pensé du tome 1!  J'en pense tout autant du tome 2: intrigue intelligente et exigeante, rythme bien dosé, personnages bien développés... Mais l'avertissement que je vous avais servi s'applique a fortiori ici:  j'avais déjà prévenu mes lecteurs sensibles de la présence d'un contenu violent; eh bien, je ne sais pas si je me fais des idées, mais ça m'a semblé pire dans cette suite!  Plus de violence, plus de détails sordides, mais surtout, cette violence affecte maintenant des personnages que nous aimons, c'est donc à la limite du supportable!  J'espère qu'il n'y aura pas surenchère dans le tome 3 parce que cela pourrait s'avérer trop pour moi.  


The Twelve (The Passage, tome 2) de Justin Cronin, 2012, 633 p.  Titre de la traduction française: Les Douze (Le Passage, tome 2).

31 décembre 2021

Bye-bye 2021!

Comme le veut maintenant la coutume, voici mon petit bilan annuel.  43 bouquins lus, c'est respectable, et c'est plus que les années passées!  Cependant, pour être honnête, je ne crois pas avoir lu plus que d'habitude, mais simplement avoir lu plus de livres courts.  J'ai compté Ulysse même si je l'ai abandonné, puisque j'en ai lu presque trois cents pages (j'y reviens plus loin).

La liste de tous les livres lus:

  1. The Penelopiad de Margaret Atwood
  2. Under the Dome de Stephen King
  3. François le champi de George Sand
  4. 1Q84 (livre 2, juillet-septembre) de Haruki Murakami
  5. Ce qu'on respire sur Tatouine de Jean-Christophe Réhel
  6. The Enchanted April de Elizabeth Von Arnim
  7. 1Q84 (livre 3, octobre-décembre) de Haruki Murakami
  8. Un Roman russe d'Emmanuel Carrère
  9. L'Empire invisible de Mathieu Bélisle
  10. Mon frère de Daniel Pennac
  11. Toute la chaleur du Nord de Maryse Rouy
  12. Soulless de Gail Carriger
  13. Ténèbre de Paul Kawczak
  14. Les Miracles du bazar Namiya de Keigo Higashino
  15. A Wizard of Earthsea de Ursula Le Guin
  16. Cat Crimes édité par Martin H. Greenberg et Ed Gorman
  17. L'Espace d'un an de Becky Chambers
  18. La dernière fois qu'on l'a vu, c'est au Perrette de Claude Champagne
  19. The Tombs of Atuan d'Ursula Le Guin
  20. Meurtriers sans visage de Henning Mankell
  21. Les Métamorphoses d'Ovide
  22. The Man in the High Castle de Philip K. Dick
  23. Black Out de Marc Elsberg
  24. Dans le livre des rêves de Mikkel Birkegaarde
  25. Une Vie de Guy de Maupassant
  26. Our Man in Havana de Graham Greene
  27. La Formule préférée du professeur de Yoko Ogawa
  28. Survivre!  Survivre!  de Michel Tremblay
  29. Ce qu'il advint du sauvage blanc de François Garde
  30. Le Mystère Sherlock de J.M. Erre
  31. Ulysse de James Joyce (abandon)
  32. The Passage de Justin Cronin
  33. Soif d'Amélie Nothomb
  34. The Institute de Stephen King
  35. Document 1 de François Blais
  36. The Farthest Shore de Ursula Le Guin
  37. Les Vraies Richesses de Jean Giono
  38. The Starless Sea de Erin Morgenstern
  39. Timbuktu de Paul Auster
  40. Where the Crawdads Sing de Delia Owens
  41. Le Bal des folles de Victoria Mas
  42. Burgundy de Mélanie Michaud
  43. Le Parfum d'Adam de Jean-Christophe Rufin

Top 3:

Un choix très orienté vers les littératures de l'imaginaire, cette année!

  1. The Starless Sea de Erin Morgenstern
  2. Ténèbre de Paul Kawczak
  3. The Passage de Justin Cronin 

Prix Citron:

Aucune hésitation, ce prix revient à François le champi de George Sand.  Il y a longtemps que j'avais autant détesté un roman! 

Prix Éclat de rire:

Deux romans québécois se partagent ce prix convoité: Document 1 de François Blais et Ce qu'on respire sur Tatouine de Jean-Christophe Réhel.

Prix Découverte:

Certains de mes lecteurs la connaissaient déjà, pour moi c'est une découverte (mieux vaut tard que jamais!): Ursula Le Guin!  Au-delà des intrigues (c'est de la fantasy assez classique), c'est la plume, fine et intelligente, qui m'a subjuguée.  

Prix Retour aux classiques:

Si ma tentative de renouer avec Sand a été un flop monumental, ce fut bien différent avec Maupassant.  J'ai adoré Une Vie, qui est passé à un cheveu de se retrouver dans mon Top 3.

Prix Tourbillon d'émotions:

Prix créé à seule fin de pouvoir mentionner Mon frère de Daniel Pennac, qui a lui aussi été éjecté du Top 3 à la dernière minute.  C'est drôle, triste, touchant, intelligent et très original.

Quelques statistiques:

  • Lus en VO anglaise: 15
  • Traduits du japonais: 4
  • Traduits d'une langue scandinave: 2
  • Traduit de l'allemand: 1
  • Traduit du latin: 1
  • Littérature québécoise: 8
  • Écrits par des femmes: 15 (On est loin de la parité!  Idée de statistique piquée chez Flo)
  • Sur la liseuse: 23 (grosse augmentation cette année!)

Résolution livresque

Bon, que vous dire?  C'est un échec total, cette année!  Ma résolution de lire Ulysse de James Joyce s'est soldée par un abandon.  J'en suis fort dépitée.  Encore récemment, j'entendais l'écrivain Alain Farah dire qu'il s'agissait de son livre fétiche.  Je suis peut-être moins intelligente qu'Alain Farah, mais je ne suis quand même pas la dernière des cruches.  Alors peut-être serez vous surpris de l'apprendre, mais je n'ai pas dit mon dernier mot concernant ce pavé!  Je compte le reprendre dans quelques années avec une traduction plus récente, car j'ai vraiment l'impression que c'est cette traduction en vieil argot qui a été le clou du cercueil.  J'ai bien dit dans quelques années, hein, pas tout de suite!

Et là, je vous vois venir: quel sera donc ton défi pour 2022, Grominou? Eh bien...  Il n'y en aura pas!  Tout simplement parce que je n'ai plus d'idée d’œuvres qui me font peur...  Depuis 2015 que ça dure, je commence à avoir fait le tour!

Et voilà, c'était mon petit bilan!  Dans l'ensemble, une très bonne année de lecture!  

À tous mes lecteurs et lectrices, je vous souhaite une excellente année 2022, remplie de belles découvertes, de lectures réconfortantes, stimulantes ou dépaysantes, selon les besoins de chacun!  Un gros câlin virtuel à tous!


28 décembre 2021

Le Parfum d'Adam

Le sujet de ce thriller de Jean-Christophe Rufin est passionnant et complexe: la solution à la surpopulation et à la surexploitation des ressources de la planète passe selon certains écologistes radicaux par une réduction drastique de la population humaine, et ce, par tous les moyens possibles.  Lorsqu'une éprouvette contenant une souche de choléra est dérobée d'un laboratoire, on craint le pire...

Pourtant, j'avoue m'être un peu ennuyée durant cette lecture. Quand les «méchants» sont plus intéressants que les «bons», on a un problème, non?  Et quand les «bons», d'anciens agents de la CIA, se font avoir comme des débutants, ça manque de crédibilité.  Mais le principal défaut de ce roman est que la menace reste abstraite jusque dans les derniers chapitres et que l'intrigue manque d'intensité.  Jamais je ne me suis sentie concernée par cette histoire.

Point positif; on voyage beaucoup, du Cap-Vert au Brésil en passant par le Colorado, l'Afrique du Sud et la Pologne.  Mais je m'en tiendrai dorénavant aux romans historiques de Rufin puisque sa plume semble mieux me convenir dans ce registre.  En effet, je garde un bon souvenir de Rouge Brésil et surtout du Collier rouge, un coup de cœur. 


Le Parfum d'Adam de Jean-Christophe Rufin, 2007, 539 p.

15 décembre 2021

Burgundy

Dans ces récits autobiographiques, Mélanie Michaud raconte divers épisodes de son enfance et de son adolescence dans le quartier montréalais de la Petite-Bourgogne, surnommé Burgundy par ses habitants.

J'ai trouvé le début très emballant, je dirais même les trois premiers quarts du livre.  Malgré les sujets très durs (pauvreté, violence, alcoolisme...), on s'amuse beaucoup, grâce surtout aux réparties de cette petite fille qui n'a pas la langue dans sa poche!  L'auteure manie le joual avec adresse, c'est jouissif!  J'ai seulement un mini-bémol pour ce qui est du vocabulaire: comme les récits se déroulent dans les années 80 et 90 (et même si je comprends bien que la narratrice, elle, nous est contemporaine), je me serais passée d'anglicismes  plus modernes qui gâchent un peu l'ambiance, comme «passer out» (s'évanouir) ou «kicker out» (à l'époque on aurait plutôt dit kicker dehors). Mais peut-être est-ce un petit truc qui n'agacera personne d'autre que moi?

Malheureusement, le dernier quart du bouquin devient selon moi trop répétitif. J'ai commencé à ressentir une certaine lassitude et j'ai eu envie de lui dire: ça va, on a compris, ton père te battait, personne ne te comprenait, blablabla...  Je sais, c'est épouvantable de dire ça, et même juste de le penser!  Mais je ne pouvais pas m'en empêcher, je lisais trois paragraphes et je retournais jouer au Solitaire sur mon ordi...

Verdict: vaut amplement la peine d'être lu mais aurait mérité quelques coupures (allo, monsieur l'éditeur?).


Burgundy de Mélanie Michaud, 2020, 198 p.