Mon vrai nom est Elisabeth d'Adèle Yon, 2025, 388 p.
17 août 2026
Mon vrai nom est Elisabeth
26 avril 2026
Lire!
Lire! de Bernard et Cécile Pivot, 2018, 182 p.
11 novembre 2025
Assise, debout, couchée !
Très agréable à lire, ce petit bouquin, mi-essai, mi-récit autobiographique. Ovidie (qui s'est d'abord fait connaître comme actrice porno, puis comme réalisatrice de documentaires féministes et écrivaine) nous parle des chiens qui ont jalonné sa vie, de l'enfance à aujourd'hui, mais aussi des façons dont les chiens et les femmes sont liés depuis la préhistoire.
Protecteur, compagnon, confident, enfant de remplacement, le chien occupe de nombreuses fonctions dans la vie des humaines. Il fait également partie de la seule espèce qui subit, tout comme les femmes, des chirurgies purement esthétiques. Il y a donc de nombreux liens entre lui et nous.
Les idées abordées par Ovidie sont vraiment intéressantes, mais elles auraient pu être plus développées, à mon avis. Tout reste assez superficiel, c'est un bon point de départ, mais sans plus.
Les parties autobiographiques sont le gros point fort du livre. Si vous aimez les pitous, je vous mets au défi de ne pas éclater de rire à plusieurs reprises, et surtout de ne pas verser une petite larme à la mort de Raziel, le bulldog anglais.
Assise, debout, couchée ! d'Ovidie, 2024, 193 p.
08 novembre 2025
Comédie française: Ça a débuté comme ça...
Gropitou a eu la main heureuse puisqu'en fait, malgré ce que laisse supposer le titre et la présentation de l'éditeur, il s'agit plutôt d'un genre d'essai sur la littérature et le cinéma (avec un soupçon de philo), entrecoupé de passages autobiographiques et de quelques pages de type journal intime.
C'est donc tout à fait dans mes cordes! Luchini nous parle de la relation qu'il entretient depuis des années avec Rimbaud, La Fontaine, Proust, etc. Il m'a même donné envie de retenter Louis-Ferdinand Céline, après le semi-échec que fut Voyage au bout de la nuit), ce n'est pas rien!
Petit bémol, il cite un poème d'un certain Philippe Muray qui s'étale sur 8 pages, c'est bien trop long, ça fait remplissage! Il aurait été préférable de n'en citer que quelques vers plus marquants.
Comédie française: Ça a débuté comme ça... de Fabrice Luchini, 2016, 233 p.
07 novembre 2025
L'Or
Jusqu'à maintenant, je ne connaissais Blaise Cendrars que de nom (nom que je trouve chouette par ailleurs, l'écrivain ayant créé ce pseudonyme à partir des mots «braise» et «cendre»!). C'est mon ami Stefan (Zweig) qui m'a suggéré ce bouquin quand j'ai lu ses Très Riches Heures de l'humanité (recueil dont je ne vous ai jamais parlé car je le traîne depuis des mois, la deuxième partie, Souvenirs et rencontres, étant un peu ch... ennuyante. Je pense que je vais me résoudre à le considérer comme un abandon et écrire finalement mon avis... À faire avant la fin de l'année, pour qu'il entre dans mon bilan annuel!). En effet, Zweig y parle du même personnage historique, le général Suter, qui fut paradoxalement ruiné à cause de la découverte d'or sur ses terres en Californie lors du fameux Eldorado.
Après avoir admiré la plume de Cendrars, presque poétique, dans le premier chapitre qui se déroule en Suisse, j'ai trouvé dans les chapitres suivants que le ton était très factuel, presque documentaire. Cela donne une impression de distance par rapport au personnage (à qui l'on reproche déjà d'avoir abandonné sans aucun remord femme et enfants en Europe!). Ce n'est qu'à partir du moment où l'action s'établit en Californie qu'on arrive à se rapprocher du bonhomme, à s'émouvoir devant tout ce qui lui arrive et à être vraiment immergé dans l'ambiance des lieux décrits.
Malgré ce petit pépin, cela reste une lecture très intéressante, qui m'a fait découvrir un pan de l'histoire américaine que je ne connaissais que vaguement.
Je classe ce livre à la fois en œuvre non romanesque et en roman historique, car l'auteur le qualifie lui-même de biographie romancée.
L'Or de Blaise Cendrars, 1925, 169 p.
24 octobre 2025
Vallée du silicium
On est plus habitué à trouver cet auteur dans le domaine de la science-fiction... Mais de nos jours, la réalité rejoint la SF, et on pourrait presque dire qu'elle la dépasse!
Dans chaque chronique, Damasio aborde un sujet différent: le corps hyperconnecté, les voitures autonomes, les très grandes disparités sociales, la surveillance et les contrôles incessants, les possibilités de l'intelligence artificielle, etc.
Le chapitre qui m'a fait le plus capoter (flipper, pour mes lecteurs européens) est celui sur ces gens qui utilisent des gadgets technologiques pour surveiller leur état de santé, leur sommeil, etc. Il y a même des toilettes qui analysent l'urine et les excréments! Personnellement, je serais incapable de vivre comme cela; toutes ces données me rendraient plus anxieuse au lieu de me rassurer! Et comme elles peuvent être partagées en ligne (avec votre médecin par exemple), on peut imaginer toutes les dérives possibles si les compagnies d'assurances ou les employeurs y ont accès.
J'ai trouvé qu'il y avait parfois des contradictions dans les réflexions de l'auteur, et qu'il exagérait à l'occasion. Mais il est tout à fait normal qu'on ne soit pas d'accord sur tous ces sujets qui évoluent si vite qu'on a de la difficulté à suivre. Cet essai a avant tout le mérite de soulever des questions et de nous forcer à nous positionner sur ces enjeux de la plus haute importance.
Petit bémol, Damasio, en écrivain de fiction de haut niveau, écrit ici dans une langue très soutenue, très littéraire, souvent très abstraite et avec de nombreux néologismes. On met tellement d'énergie à déchiffrer la forme qu'on en oublie par moments de réfléchir au fond.
L'essai est suivi par une nouvelle de science-fiction d'une quarantaine de pages illustrant le danger de remettre notre sort entre les mains d'une intelligence artificielle lors d'une situation d'urgence. J'avoue avoir eu un peu de difficulté à accrocher au début, car la prémisse m'a semblé un peu dure à avaler. Mais une fois passé ce petit écueil, cela devient très intéressant et la fin a su me surprendre.
Vallée du silicium d'Alain Damasio, 2024, 336 p.
26 septembre 2025
Neuromania
Vous me voyez venir...
En gros, ce qu'on apprend dans cet essai très intéressant et bien vulgarisé (mais très déstabilisant puisqu'il faut remettre en question tout ce qu'on croyait savoir sur le cerveau), c'est que tout ne peut se réduire à ce seul organe, qu'il faut plutôt prendre en compte le corps en entier ainsi que le contexte social et culturel de chaque individu.
Neuromania d'Albert Moukheiber, 2024, 250 p.
16 août 2025
V13
Pas que ce livre soit mauvais, bien au contraire.
Il s'agit d'un recueil des chroniques hebdomadaires qu'Emmanuel Carrère a écrites pour la revue L'Obs durant le procès des terroristes ayant participé aux attentats du 13 novembre 2015 à Paris. Pour ceux qui s'interrogent sur le titre, ce 13 novembre était un vendredi, V13 est donc devenu le «nom de code» du procès.
Or, je croyais qu'on aurait surtout les réflexions de Carrère lui-même... Mais dans la première partie, il transcrit textuellement de longs passages des témoignages des survivants ou des familles endeuillées. C'est très touchant, mais l'accumulation de détails scabreux ou tragiques fait que cela devient pénible à lire, on a l'impression d'étouffer!
J'ai donc ressorti le Zweig (Souvenirs et rencontres) que j'avais délaissé, trouvant un peu ennuyant (pardon, Stefan) le passage où j'étais rendue. Ennuyant, c'est en plein ce qu'il me fallait dans les circonstances! J'ai pu continuer les deux livres en parallèle, c'était parfait.
Heureusement, dans les parties suivantes, l'on suit la reconstitution des faits par les experts, l'interrogatoire des accusés, les plaidoiries, etc. C'est beaucoup plus factuel, et donc beaucoup plus facile à lire. L'auteur décrit également la relation de camaraderie, voire même d'amitié, qu'il a pu développer avec plusieurs personnes (journalistes, victimes) qui suivaient régulièrement le procès tout comme lui. Carrère étant Carrère, il arrive même à y glisser des touches d'humour de temps en temps! Il présente également des réflexions intéressantes sur la justice, le deuil et plusieurs autres sujets.
J'ai trouvé cette lecture absolument fascinante! Il faut juste s'attendre à passer un sale moment au début (ou lire les chroniques dans le désordre? À vous de voir!).
V13 d'Emmanuel Carrère, 2022, 368 p.
13 août 2024
Walden
Si vous suivez mon blogue depuis quelque temps, vous le savez: je préfère généralement lire les auteurs anglophones dans la langue d'origine. Je l'avoue, je suis assez capricieuse par rapport aux traductions, surtout en ce qui concerne la littérature américaine et canadienne-anglaise. Dans les deux cas, les éditeurs devraient toujours choisir des traducteurs nord-américains, sinon on se retrouve trop souvent avec des aberrations.
J'ai donc d'abord choisi le recueil Walden and Other Writings contenant, comme son nom l'indique, plusieurs textes de Thoreau, dont, en plus de Walden, son fameux Civil Disobedience (La Désobéissance civile). Malheureusement, j'ai rapidement déchanté: même pour quelqu'un qui se débrouille assez bien en anglais, le style de Thoreau n'est pas du tout facile à lire! Passe encore le vocabulaire du XIXe siècle, ça je m'y attendais et le dictionnaire de la liseuse me vient en aide au besoin, mais la construction des phrases est vraiment tarabiscotée! En plus, il a choisi de commencer son récit avec un très long chapitre assez aride où il expose de façon dense et foisonnante ses idées sur différents aspects de la société (éducation, travail, alimentation, habillement, tout y passe). Très mauvaise stratégie, H.D.; tu aurais dû appâter d'abord le lecteur avec un petit chapitre sur l'installation au bord du lac, la construction de la cabane, etc. Je suis sûre que de nombreux lecteurs sont rebutés par cette entrée en matière interminable et abandonnent.
Tout ça pour dire que j'ai décidé d'abandonner la VO et de me tourner vers l'édition publiée chez Albin Michel, collection Espaces Libres, dans la traduction de Louis Fabulet. J'ai d'abord été relativement contente, c'est beaucoup plus agréable à lire! Bon, petit soupir en tombant sur des noms d'oiseaux qui n'existent pas ici, mais je m'attendais à ce genre de désagréments. Toutefois, un peu plus loin, j'ai dû retourner à la version originale car tout un paragraphe était incompréhensible! Il s'agissait d'un jeu de mots, qui aurait dû être expliqué par le traducteur dans une note! Le dernier clou du cercueil a été l'expression coffee and rolls (café et petits pains) traduite par «café et roulette!!!
J'ai donc décidé d'essayer une autre traduction, celle de Brice Matthieussent aux éditions Le Mot et le reste. Cette fois, rien à dire sur la traduction, mais comme rien n'est parfait, le fichier que j'ai téléchargé sur ma liseuse est plein de bogues! La table des matières ne fonctionne pas, et quand on veut aller voir les notes ou revenir à un chapitre précédent, on se retrouve n'importe où dans le livre ou encore on est carrément éjecté du fichier!En désespoir de cause, j'ai voulu aller chercher une édition papier (qui aurait été dans une troisième traduction différente!) à la bibliothèque municipale, mais j'avais oubliée que celle-ci ferme plus tôt le lundi et je me suis cogné le nez sur la porte! Finalement je me suis résignée et j'ai continué avec mon fichier défectueux.
Heureusement, toutes ces mésaventures ne m'ont pas empêchée d'apprécier cette lecture (surtout une fois passé ce premier chapitre vraiment trop long!). Je dois tout de même dire que je n'ai pas tout aimé. Il y a des passages vraiment longs, et Thoreau se contredit à l'occasion. On dirait qu'il veut tellement pousser chacune de ses idées à l'extrême qu'il ne s'aperçoit pas qu'il dit le contraire de ce qu'il avait affirmé de façon tout aussi péremptoire quelques chapitres plus tôt! Ses idées sur un mode de vie plus simple m'ont particulièrement rejointe, même si je ne partage pas son ascétisme concernant la bouffe! Se nourrir de riz et de fèves, très peu pour moi. Quant à ses idées sur la littérature, je ne les partage pas du tout. Selon lui, les seules œuvres valables sont celles servant à «élever l'esprit» du lecteur. La littérature dite populaire, se voulant amusante, distrayante, n'a aucune valeur à ses yeux!
Ce qui m'attirait surtout vers ce récit, c'est le côté Nature Writing, dont il est un des pionniers, souvent cité par d'autres écrivains du monde entier. Et là, je peux dire que j'ai été servie! J'ai adoré ses descriptions de la nature au fil des saisons. L'humour et la poésie de certains chapitres m'ont ravie. Juste pour ces passages, je suis contente d'avoir persévéré.
En terminant, un petit extrait pour vous donner le goût? Ceux qui ont souvent l'occasion d'observer des écureuils pourront confirmer que Thoreau a saisit l'essence même de celui-ci, s'approchant d'épis de maïs jetés dans la neige devant la cabane:
«L’un d’eux s’approchait d’abord avec prudence à travers les chênes nains, en effectuant de brèves courses saccadées sur la neige croûtée, telle une feuille emportée par le vent, tantôt quelques pas dans une direction, avec une vitesse et une dépense d’énergie merveilleuses, progressant incroyablement vite sur ses petites pattes, comme s’il avait fait un pari, tantôt autant de pas dans une autre direction, sans jamais avancer de plus d’une demi-verge à chaque fois ; s’arrêtant alors tout à trac avec une expression ridicule et une cabriole superflue, comme si tous les yeux de l’univers étaient fixés sur lui, – car tous les gestes de l’écureuil, même dans les recoins les plus isolés de la forêt, impliquent des spectateurs au même titre que ceux d’une danseuse –, perdant ainsi davantage de temps en arrêts et en circonspection qu’il n’en aurait fallu pour parcourir la distance tout entière –, je n’en ai jamais vu un seul marcher –, et soudain, avant que vous n’ayez eu le temps de dire ouf, il se retrouvait en haut d’un jeune pitchpin, remonté comme une pendule et tançant ses innombrables spectateurs imaginaires, monologuant tout en s’adressant à l’univers entier, pour nulle raison que j’aie jamais pu déterminer, ni que lui-même, je suppose, connaissait.»
(Certains crieront sans doute au crime de lèse-majesté, mais si vous hésitez à vous lancer, je vous recommande de sauter le premier chapitre, quitte à y revenir ensuite si désiré... Mais chhuuut! Que cela reste entre nous!)
Walden de Henry David Thoreau, traduit de l'anglais en 2013 (pour cette version chez Le Mot et le reste), 372 pages. Titre de la version originale: Walden (1854).
01 août 2024
Vas-tu finir ton assiette?
Vous voulez rire un bon coup? Procurez-vous ce recueil de courtes chroniques désopilantes sur le thème de l'alimentation. Le sous-titre mentionne des essais et des facéties, je dirais que c'est 10% des uns et 90% des autres!
Il y a bien quelques chapitres où j'ai moins accroché, car il était question d'émissions de télé (Les Chefs et autres) que je ne connais pas, mais pour le reste je me suis bidonnée du début à la fin. Et même l'utilisation de l'écriture inclusive (à laquelle je m'habitue difficilement, je l'avoue) ne m'a pas dérangée; je trouve que cela passe mieux dans ce genre littéraire que dans un roman, par exemple.
Je le recommande chaudement à tous mes lecteurs québécois. Hilarité garantie, sauf si vous n'appréciez pas ce style très oral, avec des anglicismes, du joual et des néologismes à la pelletée. Lecteurs européens, c'est à vos risques et périls: je crains que vous ne saisissiez pas la plupart des références très locales.
Vas-tu finir ton assiette? de Caroline Décoste et Mathieu Charlebois, 2024, 288 p.
24 mai 2024
Ten Days in a Mad-House (10 Jours dans un asile)
Quelle femme fascinante elle a dû être, cette Nellie Bly! Pionnière du journalisme d'enquête, elle s'est fait interner incognito dans un asile pour y observer les conditions de vie des patientes. Ce qu'elle y a vu l'a horrifiée: nourriture immangeable, bains glacés, chambres non chauffées, et surtout torture physique et mentale. Sans oublier que la plupart des patientes n'auraient pas dû être là... Au XIXe siècle, dès qu'une femme dérangeait un tant soit peu, on pouvait facilement s'en débarrasser en l'accusant d'être folle!
Cela dit, une fois qu'on a admiré le courage de cette journaliste, le texte lui-même est plus ou moins intéressant. Son style est très factuel. J'aurais aimé un peu plus d'analyse, en particulier dans la dernière partie, qui parle de l'enquête judiciaire déclenchée à la suite de la publication de l'article, et des améliorations apportées aux conditions de vie dans l'asile. Bien sûr, ces Grand Jury Investigations se font à huis clos, donc elle n'a pu raconter que la séance où elle a elle-même témoigné, mais je suis tout de même restée sur ma faim.
Par contre, je lirai sans doute un jour son récit de voyage Around the World in Seventy-Two Days (elle a battu le record de ce bon vieux Phileas Fogg!), ça doit être passionnant!
Ten Days in a Mad-House de Nellie Bly, 1887, 81 p. Titre de la traduction française: 10 jours dans un asile.
01 avril 2024
Proust, roman familial
Certains passages trop intellos à mon goût m'ont frustrée (euphémisme pour: j'ai rien compris!), mais l'ensemble se lit très bien, d'ailleurs je l'ai dévoré en quelques jours. Je crois toutefois qu'il est préférable d'avoir lu toute La Recherche auparavant, et ce, pour deux raisons: de un, Murat divulgâche allègrement (mais c'est bien sûr inévitable dans ce genre d'essai), incluant la toute fin de l’œuvre; et de deux, ce serait sûrement beaucoup moins intéressant pour quelqu'un qui ne saisirait pas la multitude de références.
Souvent drôle ou touchante, une excellente lecture, peut-être ma meilleure de ce premier trimestre de 2024!
Proust, roman familial de Laure Murat, 2023, 256 p.
20 mars 2024
La Collision des récits
J'ai fait la connaissance de Philippe de Grosbois dans l'excellent balado La Balado de Fred Savard (oui, Fred a décidé que le mot balado était féminin!) dont il est un collaborateur régulier. Cela m'a donné envie de lire un de ses essais, voilà la chose faite!
Cet essai sur le journalisme et la désinformation est très intéressant car il déboulonne de nombreux mythes et idées reçues. Par exemple, la désinformation existe depuis longtemps, elle n'est pas causée par les médias sociaux; ceux-ci n'ont fait qu'amplifier le problème. Également, l'objectivité journalistique n'existe pas. Même lorsqu'il présente des faits vérifiés, le journaliste fait des choix en ce qui concerne la façon de présenter la nouvelle, à qui il donne la parole (ou pas), etc., et ces choix sont influencés par différents facteurs reliés à sa classe sociale, sa race, son genre, le média pour lequel il travaille, etc. D'ailleurs, l'auteur lui-même ne se targue pas de neutralité, affichant clairement ses convictions de gauche.
Ce que j'ai aimé surtout, c'est combien cet essai a eu des liens avec l'actualité pendant que je le lisais. Ainsi, le ministre Pierre Fitzgibbons a traité des journalistes de La Presse et du Devoir de «militants» (sous-entendu: non objectifs) parce qu'ils ont relevé la contradiction de ses propos avec ceux du ministre de l'Environnement concernant le projet d'usine de batteries de Northvolt. Or, Grosbois parle justement de cette tendance à qualifier de militants les journalistes qui remettent en question les messages des gouvernements ou des grandes compagnie, alors que ceux qui les relaient servilement sont considérés objectifs!
Il y a eu aussi un article d'Isabelle Hachey dans La Presse (27 janvier) où elle critique le dernier livre de Mathieu Bock-Côté, Le Totalitarisme sans le goulag, publié l'automne dernier. Mme Hachey a vérifié plusieurs affirmations faites par MBC et a constaté que plusieurs étaient soit fausses, soit grandement exagérées ou prises complètement hors contexte. Philippe de Grosbois déplore justement qu'on laisse le sociologue chéri de la droite dire les pires énormités sans les contester... Voilà, Philippe, ton message a été entendu!
Seul petit bémol, j'ai trouvé qu'il y avait quelques répétitions d'un chapitre à l'autre. C'est sans doute pourquoi j'ai étiré cette lecture sur plusieurs mois!
La Collision des récits de Philippe de Grosbois, 2022, 200 p.
14 mai 2023
Quand viendra l'aube
Dans la même veine que Pour Mémoire, Dominique Fortier a rassemblé ici des petites vignettes, des images, des impressions de l'été passé au bord de la mer puis du début d'automne à Montréal, dans les mois qui ont suivi la mort de son père.
Il y a des passages magnifiques sur le deuil, l'écriture, et je ne me lasserai jamais de sa plume tout en délicatesse, mais il m'a tout de même manqué un fil rouge reliant tous ces fragments décousus.
Ce recueil est donc à lire comme on lit de la poésie, selon moi, sans nécessairement chercher à voir ce que représente le casse-tête une fois les morceaux assemblés.
Quand viendra l'aube de Dominique Fortier, 2022, 104 p.
19 avril 2023
The Devil in the White City (Le Diable dans la ville blanche)
On dit généralement de ce livre, qui raconte la vraie histoire de l'Exposition universelle de Chicago de 1893, qu'il se lit comme un thriller... Hmmmm... non!
On y suit en parallèle trois trames: d'une part l'élaboration, la construction et le déroulement du grand événement; ensuite, les meurtres commis par un étrange personnage, un des premiers tueurs en série des États-Unis, dans un immeuble conçu par lui-même pour mener à bien ses noirs desseins; et enfin les obsessions d'un zinzin fanatique du maire de Chicago.
Le hic, c'est que la première trame occupe les trois quarts de l'ouvrage. Le sujet aurait pu être intéressant, mais il faudrait dire à M. Larson qu'il est louable de bien se documenter sur un sujet, mais qu'après, il faut faire un tri et ne garder que les informations les plus pertinentes. Là, on a une énumération de tous les pépins rencontrés par les architectes et organisateurs de l'exposition: rivalités, maladie, météo, montée du syndicalisme, problèmes d'approvisionnement et de transport, etc. Chaque sujet en soi est intéressant, mais le tout est beaucoup trop long! De temps en temps, notre curiosité est piquée par un chapitre, souvent glaçant, portant sur une des deux autres trames, tueur ou zinzin, mais ce n'est que pour nous frustrer lorsqu'on revient presque aussitôt à la trame principale.
L'auteur aurait dû suivre la méthode de Stefan Zweig, expliquée dans son autobiographie Le Monde d'hier: à partir d'un premier manuscrit regroupant tout le résultat de sa recherche, il coupe, il élague, il condense pour ne garder que l'essentiel. À la fin de ce processus, un texte qui faisait mille pages n'en comptera plus qu'une centaine!
Seuls les derniers chapitres, passionnants, où un policier tente de retrouver les corps de trois enfants, empêcheront peut-être ce livre de se voir décerner le redouté prix Citron de mon bilan annuel. J'ai bien dit peut-être.
The Devil in the White City d'Erik Larson, 2003, 449 p. Titre de la traduction française: Le Diable dans la ville blanche.
11 janvier 2023
Collapse (Effondrement)
Je dois vous avouer que je ne suis pas fâchée d'avoir tourné la dernière page de ce volumineux essai (525 pages en grand format, écrit petit et dans une mise en page très dense!) que je traîne depuis la mi-octobre!
Pas qu'il soit inintéressant, bien au contraire! Jared Diamond y traite des différents facteurs (environnementaux, sociaux, géopolitiques, économiques, etc.) qui font qu'une société réussira à s'établir et surtout à perdurer dans un environnement donné. Il décrit donc des sociétés disparues comme celles de l'Île de Pâques, des Vikings du Groenland, des Mayas et d'autres peuplades amérindiennes. À ce propos, j'ai été bien surprise de découvrir l'existence des Anasazis, ce peuple du Sud-Ouest américain qui développa une civilisation complexe puis s'éteignit pour n'avoir pas su exploiter son environnement de façon durable, entre autres facteurs. Disons qu'on est loin de l'image idyllique qui nous est généralement présentée des peuples autochtones en parfaite harmonie avec la nature!
L'auteur évoque également quelques sociétés anciennes qui ont réussi à s'adapter. Puis il utilise les critères développés dans la partie historique pour décrire les difficultés et réussites contemporaines dans différents pays: États-Unis, Australie, Chine, Rwanda, etc. Le tout est vraiment instructif, bien qu'on puisse déplorer des répétitions et des longueurs, notamment à cause de passages inutilement détaillés.
Collapse de Jared Diamond, 2005, 525 p. Titre de la traduction française: Effondrement.
02 octobre 2022
Oiseaux, merveilleux oiseaux
Il nous fait également prendre conscience de tous les événements improbables qui ont mené du chaos initial, juste après le Big Bang, jusqu'au développement du cerveau complexe de l'être humain. Par exemple, les forces qui régissent l'Univers (force faible, électromagnétique, gravitationnelle et nucléaire) devaient être en équilibre parfait pour que les atomes, puis les astres, puissent se former. Que l'une de ces forces ait été juste un peu différente, rien n'aurait fonctionné.
J'ai seulement deux petits bémols: de un, il y a quelques petites longueurs et répétitions, mais rien de bien grave; et de deux, je croyais qu'il s'agissait d'un livre assez récent (puisque apparu récemment au catalogue numérique de la BAnQ), mais il date en fait de plus de vingt ans. Certaines données ne sont peut-être plus à jour... Par exemple, il ne parle pas des ondes gravitationnelles, découvertes il y a quelques années. Cela reste toutefois passionnant et très agréable à lire.
Oiseaux, merveilleux oiseaux d'Hubert Reeves, 1998, 272 p.
19 août 2022
Sur la lecture
Les premières pages de cet essai sont un pur délice puisqu'on a l'impression de se retrouver à Combray! Proust y raconte ses souvenirs de lecture d'enfance, quand il se cachait pour lire dans un coin reculé du parc ou qu'il rallumait sa lampe pour lire au lit.
Par la suite, ce cher Marcel partage ses idées sur la lecture (comme le titre l'indique!) et le ton devient très intellectuel. Selon lui, la lecture ne devrait servir qu'à ouvrir notre esprit et nourrir notre vie spirituelle. Alors que pour moi, certains livres peuvent nous distraire, nous égayer, nous émouvoir, sans nécessairement faire appel à notre intellect, et c'est déjà beaucoup. Ce qu'il faut, c'est trouver l'équilibre qui nous convient entre les différents types de lecture.
Je me suis assez reconnue dans la description qu'il fait d'un esprit un peu paresseux que la lecture vient éveiller, stimuler. C'est d'ailleurs l'effet qu'a produit son essai sur mon cerveau, me donnant l'occasion de me questionner sur ma propre conception de cette activité que je chéris pour plusieurs raisons.
L'essai est suivi d'un court article, Journées de lecture, où il explique qu'il se résout à lire quand il a épuisé toute possibilité de rencontrer quelqu'un en personne ou par téléphone (par l'entremise des «demoiselles du téléphone»! Comme la technologie a évolué depuis...). Mon propre ordre des priorités est complètement l'inverse!
Sur la lecture, suivi de Journées de lecture de Marcel Proust, 1906, 51 p.
23 juin 2022
Marie Stuart
Apprêtez-vous à lever les yeux au ciel quelques fois... Ce bon vieux Zweig a beaucoup de qualités, on lui pardonnera donc ses quelques remarques au sujet du «sexe faible» et autres notions complètement dépassées.
Oui, pardonnons-lui, car cette biographie de Marie Stuart, reine d'Écosse au destin tragique, est absolument fascinante! Il faut presque se pincer tellement on pense être plongé dans un roman d'Alexandre Dumas. Complots, trahisons, meurtres, enlèvements, messages codés cachés dans des tonneaux de vin, c'est tout simplement abracadabrant! Et pourtant minutieusement documenté et présenté dans un récit dense mais jamais lourd.
Dans cette lutte entre deux reines, Marie Stuart et Élisabeth I, Zweig prend clairement partie pour la première, mais j'ai apprécié qu'il tente toujours de nous montrer les deux côtés de la médaille, d'expliquer les agissements pas toujours réglo de la reine d'Angleterre, dont il dresse un portrait nuancé mais très sombre, et fort éloigné de celui qu'on trouve dans l'excellent film Elizabeth avec Cate Blanchett.
Vous avez aimé La Reine Margot? Jetez-vous sur cette biographie, c'est tout à fait la même ambiance!
Marie Stuart de Stefan Zweig, traduit de l'allemand, 1935, 336 p. Titre original: Maria Stuart.
14 février 2022
Rationality (Rationalité)
Mince alors, je ne savais pas que je m'étais inscrite à un cours de mathématiques!
C'est la réflexion que je me suis faite à la lecture de cet essai, du moins durant les chapitres portant sur les probabilités et les statistiques. Je comprends bien que ces notions sont nécessaires pour comprendre le reste du livre mais j'ai trouvé que c'était beaucoup trop long et trop développé pour le commun des mortels.
Heureusement, les autres parties sont tout à fait passionnantes: Steven Pinker nous parle des différents types de biais cognitifs qui affectent notre jugement rationnel et réussit à nous rendre ces notions compréhensibles grâce à des exemples concrets. Par exemple, le biais de confirmation, qui nous pousse à rechercher les preuves qui confirment notre opinion et à ignorer inconsciemment celles qui l'infirment. De mauvaises connaissances en logique et en statistique peuvent aussi nous nuire et nous empêcher de remettre en question des fausses nouvelles, des théories du complot et autres rumeurs. Encore plus inquiétant, bien des médecins se trompent en interprétant les résultats de tests diagnostics. (Note à moi-même: creuser davantage le théorème de Bayes, car je n'ai pas tout compris!)
L'auteur nous rappelle en conclusion l'importance du discours rationnel dans le progrès de la civilisation: fin de l'esclavage, démocratie, droits des femmes et des minorités, etc. Bien souvent, ces avancées ont été précédées (souvent de plusieurs décennies) de textes scientifiques ou intellectuels remettant en question des idées qu'on considérait jusque-là dans l'ordre des choses.
Malgré le côté aride d'une partie de cet essai, je suis bien contente de l'avoir lu, car il présente des réflexes intellectuels qu'on devrait absolument développer. Il m'a rappelé l'excellent Petit Cours d'auto-défense intellectuelle de Normand Baillargeon. D'ailleurs, M. Baillargeon, ne serait-il pas temps d'une édition revue et augmentée de ce manuel si utile, avec de nouveaux chapitres sur les réseaux sociaux et les fausses nouvelles?
Rationality de Steven Pinker, 2021, 369 p. Titre de la traduction française: Rationalité.





















