28 novembre 2018

La Peste

Il y a très, très longtemps, j'ai lu et pas trop apprécié L'Étranger de Camus.  Je trouvais le personnage principal antipathique, trop détaché.  J'ai compris ensuite que c'était fait exprès, mais sur le coup cela en avait fait une lecture peu agréable.  Plus récemment, je me suis dit que j'étais peut-être alors trop jeune pour ce livre, que je devrais donner une deuxième chance à l'auteur. Alors quand un participant du forum du Guide de la bonne lecture a suggéré une lecture commune de La Peste, j'ai sauté sur l'occasion.

Je ne le regrette pas car j'ai vraiment beaucoup aimé ce roman.  L'ambiance d'étouffement dans la ville algérienne fermée pour cause d'épidémie, sous un soleil implacable, le sentiment d'exil, de désespoir des habitants, dont certains ont été séparés de membres de leurs familles absents au moment de la fermeture des portes, tout est magnifiquement décrit.  De temps en temps, un vent de fraîcheur, un peu d'humour ou d'espoir viennent alléger le récit: une baignade dans la mer, un moment de repos sur une terrasse paisible. Certains personnages secondaires sont intrigants ou amusants, comme cet écrivain qui retravaille incessamment la première phrase de son roman, changeant un adjectif ici, un verbe là.  Malgré peut-être quelques longueurs au milieu (et quelques passages peu ragoûtants, allô les bubons!), ce fut une lecture passionnante et enrichissante.

Fait cocasse, lorsque notre petite chatte Mina est trop tannante, nous la surnommons «Pesto la Peste», alors je lui ai montré le minou sur la couverture en lui disant que c'était son portrait!


La Peste d'Albert Camus, 1947, 279 p.

15 novembre 2018

Néons et sakuras

Une excellente idée de départ: une mère et sa fille écrivent chacune de son côté le journal de leur voyage au Japon au temps des cerisiers en fleurs, chroniquant leurs impressions sur ce pays dont la culture nous est souvent incompréhensible. Les hôtels, la bouffe, les émissions de télé loufoques (c'est un euphémisme), les villes, la difficulté à entrer en relation avec les habitants, tout est décrit avec justesse et l'impression de dépaysement extrême est fort bien rendue.

J'ai seulement trouvé que cette idée de départ n'avait pas été exploitée à son plein potentiel, tout simplement parce que les auteures ont choisi d'entremêler leur voix sans rien pour les différencier. Un choix volontaire puisque c'est mentionné en quatrième de couverture, où l'on affirme qu'on pourra les distinguer grâce à leur style, mais dans mon cas c'est raté, je ne savais jamais qui parlait sauf si on mentionnait «Alice fait ceci» ou «maman dit cela».  Il était donc impossible de comparer les réactions de ces femmes de générations différentes, et c'était presque toujours comme si une seule personne nous racontait son voyage.

Seul autre petit hic, j'ai trouvé désagréable l'utilisation de la nouvelle façon de contracter les variantes féminines et masculines d'un mot en utilisant des points médians (les japonais·e·s, les piéton·ne·s); autant je trouve que cela a sa place dans les textes administratifs, autant en littérature je trouve cela rebutant.  Peut-être que je vais m'habituer, mais pour l'instant cela me fait décrocher du texte car mon cerveau ne sait pas comment le prononcer dans ma tête, si vous voyez ce que je veux dire.

Aussi, si votre liseuse est un vieux machin antédiluvien comme ma vieille Sony PRS-350 qui ne reconnaît pas les jolis caractères japonais qu'on retrouve en tête de chaque chapitre et assez souvent dans le texte, privilégiez l'édition papier!

Bref, une lecture imparfaite mais tout de même intéressante pour qui aime les récits de voyage.


Néons et sakuras d'Alice Michaud-Lapointe et Ginette Michaud, 2018, 141 p.
 
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08 novembre 2018

La Petite et le vieux

Je pense que je suis un peu âgiste (comme on dit sexiste ou raciste). Je n'en suis pas fière.  Longtemps j'ai hésité à lire Le Vieux qui lisait des romans d'amour de Luis Sepulveda, qu'un collègue m'avait pourtant chaudement recommandé.  Même chose pour Le Vieil Homme et la mer d'Hemingway.  On dirait que quand ça parle de vieux dans le titre, ça doit être soit déprimant, soit un peu gnangnan.  Or, dans les deux cas, ce fut d'immenses coups de cœur.

On dit jamais deux sans trois...  Et... oui!  J'avais pourtant beaucoup aimé Le Syndrome de la vis, lu en 2014, alors pourquoi ais-je tant attendu avant de renouer avec l'auteure Marie-Renée Lavoie?  À cause de ce titre, je ne vois rien d'autre.  Et tout comme dans les deux exemples ci-dessus, c'est un coup de cœur.

Parlant de titre, est-il assez imbécile cet éditeur français (Denoël pour ne pas le nommer) qui a jugé opportun d'intituler ce roman Mr Roger et moi pour la version européenne?  Mr, c'est l'abréviation de mister, non? Pas de monsieur?  Du coup, Roger se prononce à l'anglaise, Rogeur.  Je m'attendais donc à ce que le vieux en question soit un anglophone. Et bien non, le monsieur est on ne peut plus québécois, émaillant son discours des sacres les plus diversifiés: bout d'viarge, maudit verrat, etc, pour notre plus grand plaisir. Heureusement on est revenu au titre original pour l'édition de poche (Folio).

Bon c'est bien beau tout ce bavardage, direz-vous (ou pas), mais ça parle de quoi? Eh bien, je crois qu'on peut classer ça dans les romans d'apprentissage, puisque l'héroïne passe de l'enfance à l'adolescence sous nos yeux.  C'est peut-être une hérésie de dire ça mais je trouve que Lavoie est dans la lignée d'un Michel Tremblay, avec ses dialogues en joual, l'atmosphère de quartier urbain (sauf qu'on est ici dans les années 80), avec en particulier le personnage de la mère, une femme forte mais non sans faille, qui finit toutes ses phrases par «cé toute!» pour couper court à tout argument, et celui du père, plus mou et alcoolique.  Et le tout n'est ni déprimant, ni gnangnan, mais plutôt fort drôle et touchant.

Allez, je n'en dis pas plus, je vous laisse découvrir par vous-même la faune de ce quartier de Limoilou.

Au fait, vous en connaissez d'autres, des livres avec des vieux ou des vieilles que je devrais absolument avoir lus?


La Petite et le vieux de Marie-Renée Lavoie, 2010, 160 p.

 
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06 novembre 2018

Mercredi soir au Bout du monde

Fragments du monde...  Cette pentalogie porte bien son nom.  Car peut-on vraiment parler d'un roman?  Ce n'est pas un recueil de nouvelles non plus.  C'est comme un collier dont chaque perle est reliée à la suivante par un fil ténu, qui est le lien entre tel ou tel personnage.  On passe du frère de l'une au fiancé de l'autre et ainsi de suite.  Cela devient comme un jeu de tenter de deviner de qui parlera la prochaine histoire.  Retrouvera-t-on les mêmes personnages dans les tomes suivants?  Je l'espère, car j'aimerais bien savoir ce qu'il va leur arriver, plusieurs des histoires nous laissant un peu en suspens.

J'ai beaucoup aimé la plume d'Hélène Rioux. Quelle force d'évocation!  En particulier dans cette énumération à couper le souffle, dans le premier chapitre, sur le thème du bout du monde.  À peine peut-on déplorer une certaine inégalité dans les histoires, une ou deux étant un peu moins intéressantes que les autres.  Sinon, excellente lecture, et je lirai certainement la suite.


Mercredi soir au Bout du monde d'Hélène Rioux, 2007, 232 p.

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04 novembre 2018

L'anglais n'est pas une langue magique

Moi et ma manie de ne pas lire les quatrièmes de couverture...  Ce n'est qu'une fois le livre bien entamé que j'ai compris qu'il s'agissait en fait de la suite de La traduction est une histoire d'amour, que je n'ai pas encore lu.  Il me semblait aussi que les liens entre certains personnages auraient pu être plus détaillés...

Heureusement, j'ai quand même apprécié cette lecture, puisque j'aime d'amour la plume de Jacques Poulin. C'est à la fois grave et léger, et très beau, et empreint de sagesse.  Et je suis bien d'accord avec lui, l'anglais n'est pas une langue magique, alors pourquoi laisse-t-on se glisser dans nos phrases des mots de cette langue lorsque la nôtre en a déjà un qui convient?  Pour faire plus cool? (oups!) Plus fun? (oups!)  D'ailleurs les francophones avaient déjà sillonné tout le continent américain avant que les anglais s'y installe, comme l'apprend Francis en lisant le récit du voyage de Lewis et Clark.

Je n'ai juste pas très bien compris le rôle de la mystérieuse femme qui donne rendez-vous au personnage principal pour disparaître ensuite et celui du gendarme de la GRC qui se met à suivre notre héros...  C'était pour mettre un peu de suspense?  Et je me serais passé aussi de cette relation presque incestueuse avec la Petite Sœur, c'était juste un peu malaisant.  Mais peut-être qu'il me manque des bases pour comprendre cette relation, justement.

Donc vous l'aurez compris, j'ai eu du plaisir à lire ce livre mais c'est loin d'être mon préféré de cet auteur.


L'anglais n'est pas une langue magique de Jacques Poulin, 2009, 156 p.


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02 novembre 2018

Les Villes de papier

C'est avec une légère appréhension que j'ai entamé la lecture du tout nouveau roman de Dominique Fortier, une auteure québécoise que j'aime beaucoup.  Appréhension tout d'abord parce que j'avais été un peu déçue par son œuvre précédente, Au péril de la mer.  Et aussi parce que j'ai su qu'il y est question de la poète américaine Emily Dickinson; peut-être fallait-il la connaître pour s'intéresser au roman?  Non seulement je ne sais rien d'elle mais je la confonds avec l'anglaise Elizabeth Barrett Browning (et de celle-ci je ne connais que le vers How do I love thee? Let me count the ways, qui est souvent cité).

Heureusement, aucune de mes craintes ne s'est concrétisée.  J'ai retrouvé avec grand bonheur le style tout en finesse, léger comme une plume et en même temps travaillé, ciselé, d'une de mes écrivaines chouchous.  Et pour ce qui est du sujet, nul besoin d'être ferré en poésie américaine du XIXe siècle pour apprécier le roman. 

À partir des quelques bribes que l'on connaît de sa biographie et de la visite des lieux où elle a habité, Fortier imagine la vie d'Emily  Dickinson, vie qu'elle termina enfermée dans sa chambre comme une recluse.  Dit comme cela ça a l'air triste mais ça ne l'est pas du tout tellement c'est beau et poétique.

Seul petit bémol, j'ai moins aimé les quelques passages où Fortier nous parle de ses propres séjours en Nouvelle-Angleterre.  C'est bien écrit, c'est intéressant, et j'ai bien saisi qu'il s'agissait de nous faire comprendre que nous sommes, comme Emily Dickinson, façonnés par les lieux que nous habitons.  Mais j'ai trouvé que ces passages, heureusement courts et peu nombreux, cassaient le rythme, la poésie que Fortier avait réussi à installer.  Surtout que cela me prenait souvent tout un paragraphe avant de comprendre qu'on avait changé d'époque (mais j'ai lu ce roman en version numérique; peut-être y a-t-il dans l'édition papier un élément de mise en page qui nous permet de mieux faire la transition).  Le même problème se posait dans son roman précédent; l'auteure a-t-elle de la difficulté à s'effacer devant son sujet?

Mais ne crachons pas sur notre plaisir, vraiment ce livre est une grande réussite!  En plus j'ai maintenant bien envie de découvrir la poésie d'Emily Dickinson.  C'est donc une double réussite!


Les Villes de papier de Dominique Fortier, 2018, 192 p.


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01 novembre 2018

Québec en novembre!

Vous le savez, depuis plusieurs années l'arrivée de l'automne est synonyme de littérature québécoise sur la blogosphère, et cette année ne fait pas exception!  C'est reparti pour un autre novembre aux couleurs du fleurdelisé!

Pour le calendrier des activités prévues, voyez chez Karine.  Pour ma part, j'ai déjà en réserve un billet sur le petit dernier de Dominique Fortier, Les Villes de Papier et un sur L'.Anglais n'est pas une langue magique de Jacques Poulin, qui devraient tous deux paraître sur le blogue dans les prochains jours.  Ensuite ce sera Mercredi soir au Bout du monde d'Hélène Rioux mais je lis au ralenti ces jours-ci donc ce ne sera pas pour tout de suite...  Après... on verra! Ce sera selon mes envies combinées à la disponibilité en prêt numérique, à moins que ne me prenne un désir fou de me rendre à la bibliothèque municipale en cet automne frisquet et humide.

Bon Québec en novembre à tous!



22 octobre 2018

La Constellation du lynx (abandon)

Abandon, oui, après une centaine de pages...  Je suis déçue car j'aime beaucoup la plume de Louis Hamelin, dont je lis toujours avec plaisir les chroniques dans le cahier littéraire du Devoir.  J'ai vraiment essayé de m'accrocher, mais trop de personnages, trop décousu, et puis j'avoue à ma grande honte qu'il me manque peut-être quelques bases en histoire récente du Québec (notamment en ce qui a trait à la Crise d'octobre -- à ma décharge, j'avais cinq ans à l'époque!) pour bien saisir toutes les allusions et références.  Je passais donc mon temps à me demander de qui est inspiré tel ou tel personnage, au lieu de m'intéresser à l'intrigue... 

Un roman qui plaira sans doute davantage à ceux qui ont vécu personnellement cette période.


La Constellation du lynx de Louis Hamelin, 2010, 594 p.

18 octobre 2018

A Time to Kill (Non coupable/Le Droit de tuer)

(Deux titres différents pour la traduction, pourtant c'est le même traducteur...)

Suite de l'opération Ménage de PAL, commencée cet été!

Premier roman de John Grisham, et franchement cela paraît un peu.  Dans la première partie, particulièrement, le style est lourd, presque didactique lorsqu'il nous explique le fonctionnement du système de justice américain.  Toutefois, le sujet est excellent et malheureusement toujours d'actualité: un homme de race noire a tué les deux blancs qui ont violé sa fille de dix ans; dans ce comté du sud des États-Unis où la population est majoritairement blanche, aura-t-il droit à un procès équitable?  (Si cela vous dit quelque chose, vous avez peut-être vu le film qui en est tiré, mettant en vedette Matthew McConnaughey et Samuel L. Jackson.  Ce qui vous permettra d'imaginer le personnage de l'avocat sous les traits du beau Matthew, avantage non négligeable!) 

Heureusement, la deuxième moitié est beaucoup plus réussie, jusqu'à la fin, palpitante.  Donc à lire, en prenant son mal en patience au début.  


A Time to Kill de John Grisham, 1989, 515 p.  La  traduction française porte deux titres: Non coupable et Le Droit de tuer.




04 octobre 2018

Mémoires d'Hadrien

Voici un roman qui pourrait fort bien se retrouver dans mon top 3 annuel!  Car il s'agit bel et bien d'un roman, fait que j'ai dû me rappeler à maintes reprises durant ma lecture; l'écriture de Marguerite Yourcenar est si réaliste qu'on dirait vraiment que c'est l'empereur romain Hadrien qui nous parle!

Par l'entremise de Yourcenar, Hadrien nous raconte sa vie, d'abord comme général commandant les armées aux frontières de l'empire, puis comme empereur désireux d'amener la paix, la justice et la beauté dans tout cet empire.  Avec une grande sagesse, il aborde des notions comme la guerre, le deuil, la vieillesse, la civilisation et bien sûr l'amour.  Car s'il ne s'est jamais bien entendu avec son épouse légitime, il a eu une grande histoire d'amour avec un jeune homme -- j'ai eu un peu peur qu'on tombe dans le scabreux puisqu'il appelle son amant l'enfant, le garçon, mais on comprend éventuellement qu'il a environ 17-18 ans au début de la relation, ce que je trouve acceptable si on replace les choses dans leur contexte.

Il y a très longtemps j'avais lu quelques pages de L’Oeuvre au noir, de la même auteure et cela m'avait semblé extrêmement abstrait, je n'avais pas du tout accroché.  Je pense que je suis mûre maintenant pour une deuxième tentative!

Un extrait sur le sommeil:
«Qu'est notre insomnie, sinon l'obstination maniaque de notre intelligence à manufacturer des pensées, des suites de raisonnements, des syllogismes et des définitions bien à elle, son refus d'abdiquer en faveur de la divine stupidité des yeux clos ou de la sage folie des songes?  L'homme qui ne dort pas, et je n'ai depuis quelques mois que trop d'occasions de le constater sur moi-même, se refuse plus ou moins consciemment à faire confiance au flot des choses.» 
Foi d'insomniaque occasionnelle, Yourcenar a dû elle-même souffrir d'insomnie pour en parler si justement!


Mémoires d'Hadrien de Marguerite Yourcenar, 1951, 423 p.

10 septembre 2018

Murder, Mr Mosley

Encore un livre acheté au pif il y a des années par Gropitou dans la même vente que La Salamandre, si je me souviens bien.  Comme vous pouvez le constater, je continue l'opération «ménage de PAL».   Mais d'où sort donc ce John Greenwood?  D'ailleurs je viens d'apprendre, en faisant quelques recherches (en vain) pour savoir si ce bouquin a été traduit, qu'il s'agit d'un pseudonyme; ce type a aussi publié sous le nom de John Buxton Hilton, tout aussi inconnu dans les bibliothèques et dans la principale chaîne de librairies montréalaise.  Pour lire les autres titres de la série (car oui, il y en a six en tout), il faudrait commander sur Amazouzoune, ce que j'évite en général.  J'attendrai donc que le hasard me mette de nouveau en présence de l'inspecteur Mosley, ce policier du Yorkshire que ses collègues et supérieurs prennent pour un parfait imbécile et à qui l'on confie généralement les affaires de poules volées et de caisses d'oranges dérobées à l'épicerie du village.

Alors vous aurez compris que M. Hasard a bien fait les choses et que j'ai vraiment aimé ce petit polar léger, à l'humour oh so British!  L'intrigue est intéressante, dans la lignée d'Agatha Christie (ce qui n'est pas rien!) mais ce sont surtout les personnages originaux et les dialogues amusants qui m'ont conquise.  Une bien jolie découverte, merci Gropitou!


Murder, Mr. Mosley de John Greenwood, 1983, 151 p.  Non traduit.

02 septembre 2018

La Salamandre


Durant mes vacances, j'ai décidé d'effectuer une petite opération «ménage de PAL» et notamment de liquider quelques bouquins qui y accumulaient la poussière depuis des lustres.  Si je me souviens bien, c'est Gropitou qui m'avait acheté celui-ci lors d'une vente de charité, pour une raison que lui seul connaît car ni lui ni moi n'avions entendu parler de ce Marc Paillet.

En commençant cette lecture, j'ai d'abord été un peu décontenancée par le style abrupt de l'auteur.  On ne s'embarrasse pas de longues descriptions ou présentations des personnages et ce, j'en ai l'impression, pas seulement parce que ce tome est en fait le deuxième d'une série (d'ailleurs, ne pas avoir lu le premier ne m'a pas nui du tout).  Une fois habituée, j'ai pu apprécier que l'action est menée rondement, même si j'aurais aimé tout de même un peu plus de mise en contexte.  Après tout, ce genre de petits polars historiques, ce n'est pas tant pour l'intrigue qu'on les lit que pour l'ambiance, les détails de la vie quotidienne, etc.  Surtout qu'ici on se retrouve à Lyon au IXe siècle, c'est à dire au temps de Charlemagne, une période que je connais fort peu.  Mais ne boudons pas notre plaisir, cela reste un bon petit roman agréable et léger.

En cours de lecture, j'ai soudainement été frappée par la réflexion (amenée sans doute par ma lecture récente de Sapiens) que la vie quotidienne au IXe siècle ressemble fort à celle de quatre ou cinq siècles plus tard et de dix siècles plus tôt sous les Romains (dont on visite d'ailleurs dans ce livre les ruines d'une des cités, ancêtre de la ville de Lyon) au-delà des modes vestimentaires et différences alimentaires régionales.  Moyens de transport, matériaux de construction, chauffage, éclairage, tout est sensiblement pareil.  Alors que ma vie et celle de mon arrière-grand-mère n'ont presque rien en commun.  Fascinant.


La Salamandre de Marc Paillet, 1995, 318 p.

01 septembre 2018

A Confederacy of Dunces (La Conjuration des imbéciles)

Il y a des lunes que je n'avais participé au Blogoclub!  Ces derniers temps, les thèmes ou les romans sélectionnés ne m'attiraient pas tant que ça, ou j'avais déjà lus ceux-ci, et je préférais participer aux lectures communes du forum du Guide de la bonne lecture, lectures dont j'étais d'ailleurs l'organisatrice et dont je trouvais la formule plus propice aux échanges.  Malheureusement ce forum est en train de mourir de sa belle mort... Snif!

Alors comme le thème cette session est l'humour américain et que je suis en pleine opération Diminution de PAL, j'ai pensé que l'occasion était bonne de renouer avec la bande de blogolectrices.  Après tout, A Confederacy of Dunces de John Kennedy Toole est reconnu comme étant un summum de la comédie américaine.

Malheureusement je suis un peu déçue. J'ai même failli abandonner après une cinquantaine de pages! Il y a bien des passages assez amusants et les dialogues sont assez réussis.  Et les quartiers de la Nouvelle-Orléans qu'on nous présente sont loin des clichés de carte postale habituels.  Mais les personnages sont tellement antipathiques qu'on a de la difficulté à s'intéresser vraiment aux péripéties farfelues qu'ils vivent.  Il n'y en a qu'un que j'ai trouvé sympathique, le concierge noir d'un bar de danseuses, mais malheureusement on ne le voit pas souvent.

Je crois que je ne suis tout simplement pas la bonne cliente pour ce genre d'humour.  J'apprécie généralement un humour un peu absurde (je suis par exemple une grande fan de Monty Python) mais ici il est poussé à l'extrême et surtout il est assaisonné d'une bonne dose de cynisme.  Et pour être honnête avec vous, je me demande un peu si le fait que l'auteur s'est suicidé et que c'est sa mère qui a fait publier le livre de façon posthume n'a pas un chouïa contribué à mousser sa renommée.

Par contre, j'aime bien la citation de Jonathan Swift placée en exergue et dont est tiré le titre: «When a true genius appears in the world, you may know him by this sign, that the dunces are all in confederacy against him.»

En passant, je serais curieuse de savoir comment ce livre a pu être traduit.  Il y a tellement de niveaux de langage (universitaires, noirs de la Nouvelle-Orléans, blancs de la classe ouvrière, etc) que ça me paraît une mission impossible.  Si vous l'avez lu en français, n'hésitez pas à me dire comment vous avez trouvé la traduction.

J'espère que les autres participantes du club auront eu plus de succès!


A Confederacy of Dunces de John Kennedy Toole, 1980, 394 p.  Titre de la traduction française: La Conjuration des imbéciles.

24 août 2018

La Cuisinière d'Himmler

Avec un tel titre, lorsqu'on m'a recommandé ce roman (coucou maman!), je croyais que ce serait un truc assez sérieux sur les nazis, les camps, etc.  Surtout qu'il est dédicacé à Elie Wiesel!  Mais dès le prologue, je me suis mise à pouffer de rire à la lecture de phrases telles que: «Jusqu'à mon dernier souffle, et même encore après, je ne croirai qu'aux forces de l'amour, du rire et de la vengeance.» Ou encore «Bien sûr je suis, comme tout le monde, contre la peine de mort.  Sauf si c'est moi qui l'applique.»  Sachant qu'en plus la narratrice est plus que centenaire, j'étais conquise. En effet, je savoure toujours avec délice ce genre d'humour un peu noir, un peu grinçant mais pas trop méchant tout de même.

C'est donc avec énormément de plaisir qu'on suit cette centenaire à travers toutes ses tribulations de l'Arménie à Marseille en passant par Paris sous l'occupation, Berlin, Chicago et Pékin; et même lorsqu'elle vit des choses épouvantables (le massacre de sa famille par les Turcs, l'esclavage sexuel, etc), ce n'est jamais déprimant.  Un vrai tour de force!  C'est en même temps une bonne révision des événements marquants du XXe siècle puisque la narratrice se trouvait souvent aux premières loges pour y assister.  Et j'oublie presque de mentionner les nombreux passages sur la bouffe, qui font saliver -- il y a même quelques recettes à la fin!


La Cuisinière d'Himmler de Franz-Olivier Giesbert, 2013, 369 p.

23 août 2018

On Cats

L'objet-livre lui-même est un argument convaincant pour la subsistance de l'édition papier en cette ère de numérique.  Quel plaisir de manipuler ce livre au format de petit missel, avec sa superbe jaquette à l'allure orientale, ornée d'une aquarelle d'Aurore de la Morinerie, une illustratrice de mode que je découvre dans la foulée.

Et le bonheur continue lorsqu'on soulève la couverture et qu'on commence à lire.  De sa plume subtile et élégante, Doris Lessing nous raconte les chats qui ont jalonné son existence, depuis la ferme africaine où elle a grandi jusqu'au début du XXIe siècle à Londres.  Certains passage peuvent être tristes mais en général c'est plutôt un regard amusé qu'elle jette sur nos compagnons félins, leurs petites manies et leur relation entre eux et avec nous, les humains.

Ce recueil constitué de trois textes écrits entre 1967 et 2000 saura plaire à tous les amoureux des chats.  Ils y rencontreront notamment la superbe et narcissique Grey Cat, la maternelle Black Cat, Rufus le survivant et El Magnifico aux multiples surnoms. 


On Cats de Doris Lessing, 2002, 244 p.  Seul le plus long récit a été traduit, sous le titre Les Chats en particulier.

16 août 2018

Le Collier rouge

Petite déconvenue en ouvrant ce roman de Jean-Christophe Rufin pour la première fois: la police de caractère est énorme!  Alors déjà qu'il n'a que 156 pages, avec cette police ça va se lire en moins de deux heures, même à mon rythme d'escargot!  Moi qui aime plonger un peu plus profondément dans un sujet... Enfin, au moins cela fera un peu remonter ma moyenne de livres lus par mois, assez désastreuse depuis le début de l'année (la faute à M. Cervantès notamment, mais aussi à la température trop chaude qui m'empêche de passer des après-midi à lire sur mon balcon!  Vivement mes vacances, je vais pouvoir me rattraper si monsieur Soleil peut se calmer le pompon un chouïa.)

Alors effectivement ça se lit très vite et j'en aurais pris deux fois plus tant j'ai aimé la plume de Rufin, un auteur que je découvre et que je relirai certainement.  Sachant que le sujet de ce roman est un chien qui suit son maître à la guerre de 14-18, j'avais peur que ce soit un peu gnangnan, héroïsme etc.  Or non, c'est plus compliqué que cela car si on admire la loyauté de l'animal, on fait aussi le parallèle avec ce qu'on demande au bon soldat: obéir aveuglément, comme un chien, justement, c'est à dire se départir de son humanité.  Et il y a un bon suspense car tout le long on ne sait pas ce qui est reproché au juste au personnage principal, emprisonné pour un geste commis à la toute fin de la guerre.

Très bon roman, je recommande et je suis preneuse de vos suggestions pour continuer avec cet auteur.



Le Collier rouge de Jean-Christophe Rufin, 2014, 156 p.

14 août 2018

A Fine Balance (L'Équilibre du monde)

C'est une participante du Forum de la bonne lecture qui nous avait parlé de ce roman, qu'elle classait parmi ses favoris.  Je ne connaissais pas du tout l'écrivain canadien-anglais d'origine indienne Rohinton Mistry, mais comme Martine et moi avons beaucoup de goûts en commun, j'ai noté ce titre, surtout que ça se déroule en Inde, pays qui me fascine depuis l'adolescence quand j'ai lu Cette nuit la liberté de Dominique Lapierre et Larry Collins.

J'avoue que j'ai eu un peu de difficulté à m'adapter au style de l'auteur, que je trouvais de prime abord un peu plat et manquant d'élégance.  Mais je m'y suis faite après quelques chapitres et j'ai pu apprécier ce gros pavé où l'on suit les destins entrecroisés de plusieurs personnages, certains fort sympathiques malgré leurs imperfections, d'autres carrément extravagants.  Certains passages sont très durs car Mistry nous décrit une Inde rongée par la corruption des puissants (on est dans les années soixante-dix, Indira Gandhi est au pouvoir) où, même si le système des castes a été aboli officiellement, il subsiste néanmoins dans les relations entre individus.  Et c'est sans parler des massacres causés par les religions!  Mais il y a aussi de l'entraide, de l'amitié, de l'amour, et finalement, il y a un équilibre dans le monde, puisque, paradoxalement, les plus chanceux ne sont pas les plus heureux.

Merci Martine pour cette découverte!


A Fine Balance de Rohinton Mistry, 1995, 713 p.  Titre de la traduction française: L'Équilibre du monde.

12 août 2018

Le bogue de Blogger!

Depuis plusieurs semaines, la fonction de Blogger qui nous envoie un courriel quand quelqu'un laisse un commentaire sous un billet éprouve quelques ratés...  Je pensais avoir fait une fausse manipulation quelque part, mais après avoir consulté le forum d'aide de Blogger, j'ai pu constater que le problème est généralisé!  Il semble que cela soit en lien avec les modifications effectuées en rapport avec la nouvelle réglementation européenne.  Heureusement des petits malins ont trouvé comment réparer cette fonction.  J'ai essayé leur truc et pour le moment tout semble être revenu à la normale.  Alors si c'est votre cas, voici comment faire:
  1. Sur votre tableau de bord, allez dans Paramètres puis dans E-mail.
  2. Dans la case E-mail de notification de commentaires, effacez votre adresse de courriel puis cliquez sur Enregistrer les paramètres en haut à droite.
  3. Retournez au même endroit, entrez de nouveau votre adresse de courriel et cliquez de nouveau sur Enregistrer les paramètres
  4. Dans votre boîte de courriels, vous allez recevoir un courriel intitulé Demande d'abonnement aux commentaires pour le blogue Untel.  Ouvrez ce courriel et allez cliquez sur Je m'abonne.  
  5. C'est tout!
Autrement dit, vous devez maintenant vous abonner à votre propre blogue.  Absurde, mais si ça fonctionne...

Vous m'en direz des nouvelles!  Et si dernièrement je n'ai pas répondu à un de vos commentaires, vous comprenez maintenant que ce n'est ni par paresse ni par snobisme!

Saloperie de bogue!

10 août 2018

Sapiens: une brève histoire de l'humanité

Dans cet essai à la fois passionnant et troublant, Yuval Noah Harari effectue un survol de quelques millions d'années, depuis l'apparition des premiers hominidés jusqu'à aujourd'hui et même au-delà.  Et oui, c'est troublant de penser qu'Homo Sapiens a provoqué l'extinction de centaines d'espèces, incluant ses cousins, hommes de Neandertal et autres.  Car à mesure que nous découvrions de nouvelles  régions, de nouvelles îles, de nouveaux  continents, nous y avons fait des ravages, systématiquement.  Et le regard vers le futur est tout aussi choquant, puisque c'est ni plus ni moins que la fin de Sapiens tel qu'on le connaît qui est annoncée.

Entre ces deux extrémités, Sapiens est passé par différents bouleversements, et Harari remet en question plusieurs idées reçues au sujet de notre évolution.  Il est très intéressant de se questionner au sujet de ce que nous ont apporté l'agriculture et d'autres progrès scientifiques, au sujet des notions de bonheur, de genre, de classes sociales, au sujet des religions, etc.  Tout ça vous paraît sec, voire ennuyant? Mais non, ça se lit tout seul!  Harari a un vrai talent de vulgarisateur et même un certain humour.

Fait cocasse, Dan Brown utilise certaines de ces idées dans la conclusion de son plus récent roman, Origin, que j'ai lu il y a quelques mois.  Il me semble même qu'il cite Yuval Noah Harari, mais je n'en suis pas sûre.

Seul hic, je ne suis pas fan de cette traduction française, qui m'a souvent semblé bancale.  J'aurais peut-être dû m'en tenir à ma première idée qui était de lire la version anglaise, traduite de l'hébreu par l'auteur lui-même.  Mais sa liste d'attente pour le prêt numérique était beaucoup plus longue, bizarrement, j'aurais dû attendre des mois contre quelques jours pour la version française.


Sapiens: une brève histoire de l'humanité de Yuval Noah Harari, traduit de l'hébreu, 2015, 418 p. Titre de la version originale: Ḳitsur toldot ha-enoshut La traduction anglaise faite par l'auteur lui-même s'intitule Sapiens: A Brief History of Humankind.

27 juillet 2018

Les Racines du ciel

Ouf, quel roman!  On est dans les années cinquante en Afrique équatoriale française.  Un groupe hétéroclite de personnages aux motivations diverses (une ancienne stripteaseuse allemande, un photographe vedette, un ancien militaire américain démobilisé pour traîtrise, etc) tente de protéger les éléphants menacés par les braconniers, les chasseurs d'ivoire et les amateurs de safari.  À leur tête, un ancien résistant français ayant connu les camps de concentration. Ce n'est pas seulement l'amour de ces bêtes magnifiques et «encombrantes» qui le motive; il en fait une question de dignité humaine. Mais les autorités, tout comme les rebelles africains, ont peine à croire à la pureté de ses motivations, et il s'ensuit tout un magouillage politique aux ramifications internationales.

J'ai eu un peu de difficulté au départ car il y a beaucoup de personnages, d'allers-retours dans le temps et de brusques changements de narrateurs.  Ça demande un certain effort, mais celui-ci en vaut largement la peine!  Comme toujours, la prose de Romain Gary est d'une grande beauté, l'humour est toujours présent malgré le sérieux du sujet, plus que jamais d'actualité.  Le genre de livre qui donne envie d'être un meilleur humain.


Les Racines du ciel de Romain Gary, 1956, 495 p.

04 juillet 2018

The Golden Notebook (Le Carnet d'or)

Hé bien! Pour ce qui est de participer au Mois anglais, c'est raté pour cette année, j'ai loupé l'échéance!  Je ne pensais pas qu'il me faudrait tout un mois pour lire ce roman.  D’ailleurs quand je l'ai choisi dans ma PAL, début juin, je n'avais pas réalisé qu'il s'agissait d'une brique déguisée en roman de longueur moyenne.  Entre la police de caractères minuscule, les marges très étroites, les longs paragraphes et la quasi-absence de dialogues, j'ai été eue!  C'est peut-être pourquoi j'ai eu un peu de difficulté à accrocher au départ.  J'ai lu plusieurs pavés depuis le début de l'année (allo M. Cervantès!), ça ne me tentait pas nécessairement d'embarquer dans un autre tout de suite.  Et comme c'est une intrigue très dense, avec des retours en arrière et des mises en abyme, j'étais un peu découragée car j'avais l'impression d'avancer à pas de tortue. J'ai même failli abandonner, et puis je me suis dit non, c'est très intéressant alors ça prendra le temps que ça prendra!

La construction du roman est très originale.  Le corps principal raconte l'histoire d'une écrivaine à Londres en 1957, entourée de sa fille, de sa meilleure amie, du fils de celle-ci et de quelques autres.  Intercalés dans cette partie principale, on retrouve des extraits des cahiers de différentes couleurs où elle écrit sous différents thèmes: le noir est pour ses souvenirs d'Afrique où elle a vécu quelques années, ainsi que pour tout ce qui touche au roman, devenu best-seller, qu'elle a écrit en se basant sur ces souvenirs; le rouge parle de politique, principalement de ses expériences en tant que membre du Parti communiste anglais à cette époque où on commence à découvrir les horreurs staliniennes; le jaune est une tentative de roman mettant en scène son alter ego écrivaine, où est surtout abordée la question des relations hommes/femmes, ainsi que d'autres idées pour des romans ou des nouvelles; et le bleu est un genre de journal.  Et le doré du titre, alors? Il n'arrive qu'à la fin!

À l'époque, les critiques du roman ont surtout parlé du thème de la condition féminine, et bien sûr il en est beaucoup question, mais il y a tellement plus que cela!  Santé mentale, maternité, géopolitique (surtout en ce qui a trait à la Russie et à l'Afrique, deux régions où rien n'est réglé encore aujourd'hui!), écriture et surtout le lien ténu entre la fiction et la réalité.  Et si j'y ai trouvé quelques longueurs dans la deuxième moitié (on a envie de gifler le personnage pour qu'elle sorte de son cercle vicieux, c'est infernal), la fin est excellente et l'ensemble se mériterait une relecture tant il y a d'intelligence et de subtilité (d'ailleurs je n'ai pas compris les astérisques à la fin d'un des cahiers, si quelqu'un peut m'expliquer je suis preneuse!)

Et comme ma partie préférée est celle qui se déroule en Afrique, je me lance maintenant dans Les Racines du ciel, de Romain Gary!


The Golden Notebook de Doris Lessing, 1962, 576 p.  Titre de la traduction française: Le Carnet d'or.

03 juin 2018

Mon nom est Rouge

Pas tout à fait convaincue par ce polar historique du nobelisé Orhan Pamuk.  J'ai beaucoup aimé découvrir avec lui la ville d'Istanbul au XVIe siècle et sa description du métier de peintre miniaturiste est intéressante, surtout à cette époque où certains remettaient en question la tradition héritée de Perse et de Chine, fortement codifiée, pour se tourner vers l'Occident et son humanisme.  Par contre, j'ai trouvé le roman vraiment trop long et le style d'écriture de Pamuk ne facilitait pas la lecture: de longues phrases entrecoupées de virgules à n'en plus finir.  Est-ce un choix du traducteur pour reproduire une caractéristique de la langue turque? Je me pose la question.

J'ai aussi relevé un anachronisme bizarre.  Un des personnages fait une allusion évidente à Scarlett O'hara du roman Autant en emporte le vent (publié en 1936).  Peut-être pour faire un jeu de mot avec le nom de Scarlett (scarlet = écarlate)?  Ce n'est bien sûr qu'un détail, mais qui m'a déplu, j'ai trouvé cela malhabile.

Je garde toutefois sur ma liste son récit autobiographique Istanbul, j'ai l'impression qu'il pourrait être plus dans mes cordes que ce roman.
 


Mon nom est Rouge d'Orhan Pamuk, 1998, traduit du turc en 2001, 737 p.  Titre de la version originale: Benim Adim Kirmizi.

31 mai 2018

Confessions of a Part-Time Sorceress

Billet qui ne s'adresse qu'à une mince partie de mon lectorat!  Si vous n'êtes pas attiré par les jeux de rôles en général et par Dongeons & Dragons en particulier, vous pouvez passer votre chemin sans regret.  Je veux tout simplement garder une trace de toutes mes lectures, même lorsque celles-ci n'intéressent que moi.

Je suis un peu déçue par ce livre puisque je croyais qu'il serait surtout question des expériences de l'auteure en tant que joueuse dans le monde essentiellement masculin des jeux de rôle.  Or il s'agit plutôt d'une introduction humoristique à D&D qui pourra servir à quiconque veut tenter de convaincre une copine ou une sœur de se joindre à son groupe, ou d'expliquer à sa mère ce qu'il fait tous les samedis dans le sous-sol avec sa gang d'amis.  C'est assez amusant même si parfois les blagues très girlie-girl (fifille?) commençaient à me taper sur les nerfs (la magicienne jouée par l'auteure est un mélange d'Accro du shopping et de Carrie dans Sex and the City, avec ses bottes elfiques Jimmy Choo, son sac à dos Balenciaga, etc).


Confessions of a Part-Time Sorceress de Shelly Mazzanoble, 2007, 131 p.  Non traduit.

16 mai 2018

Origin (Origine)

Comme je vous le disais dans un billet précédent, j'ai poireauté pendant 6 mois sur la liste d'attente du prêt numérique de la Grande Bibliothèque avant de pouvoir mettre la main sur le petit dernier de Dan Brown.  Le danger dans ces cas-là c'est d'avoir de trop grandes espérances et d'être déçu...

Ça valait la peine d'attendre!  Ce n'est peut-être pas le meilleur de la série -- il y a moins d'énigmes à résoudre et j'avais deviné longtemps d'avance une des clés du mystère -- mais comme toujours, le professeur Langdon se transforme en guide touristique et nous fait visiter des lieux extraordinaires et découvrir des œuvres d'art fabuleuses.  Il y en a que ça agace, moi j'adore et je me suis précipitée plusieurs fois sur Internet pour voir de visu les œuvres et endroits dont il parle.  Ainsi on passe de l'Abbaye médiévale de Montserrat à la basilique Sagrada Familia, conçue par le célèbre architecte Antoni Gaudi, à Barcelone, en passant par le musée d'art moderne de Bilbao. 
Brown soulève tout de même d'intéressantes questions philosophiques ou éthiques sur l'origine de la vie, l'opposition entre religion et science et notre relation avec les nouvelles technologies.

Alors comme toujours, ce n'est pas de la grande littérature, on ne lit pas Dan Brown pour sa plume; c'est plutôt un petit plaisir coupable, comme de la poutine, sans les calories!  (Mince alors, je radote, j'ai fait la même blague dans le billet précédent dont je parle ci-haut!  Faut croire que je la trouve drôle! Ou alors j'ai faim et je m'en taperais bien une, de poutine!)


Origin de Dan Brown, 2017, 542 en édition numérique. Titre de la traduction française: Origine.

06 mai 2018

Je vous présente...

Mina!

Elle a 8 mois, nous avons eu le coup de foudre pour elle au refuge de la SPCA vendredi.  Elle est toute petite et délicate, surtout comparée à notre gros tocson de Bouboule (qui nous a quittés à l'âge vénérable de 17 ans en 2016).  Vous remarquerez la forme de ses oreilles: abandonnée dehors en plein hiver, elle a souffert d'engelures (en fait cela ne paraît pas tant que ça sur cette photo mais le bout pointu est coupé).  Elle a aussi un problème à un œil, mais sinon elle est en pleine santé et débordante d'énergie malgré son départ difficile dans la vie. Après quelques heures cachée sous le divan, elle s'est mise à explorer son nouveau territoire et elle est maintenant la reine du foyer!

On est en amour!

04 mai 2018

Claudine à l'école

Mais qu'elle est laide cette couverture! Elle mériterait de figurer dans mon palmarès des plus laides couvertures (à la fin de ce billet)!  En plus, cette adolescente à l'air timide, engoncée dans sa robe, reflète bien mal la narratrice puisque celle-ci est particulièrement délurée et jolie.  Mais puisque j'ai payé ce bouquin 1$ au solde de livres de la bibliothèque de Montréal, je ne peux pas trop rechigner.

Que cette entrée en matière ne vous décourage surtout pas de lire ce petit roman (semi-autobiographique, semble-t-il)  car il est tout à fait charmant.  La coquine Claudine joue des tours à ses camarades (de nos jours, elle se ferait sans doute accuser d'intimidation, car elle n'y va pas avec le dos de la cuillère!), y observe sans pitié, mais sans tout comprendre, les adultes de son entourage et commence à découvrir son pouvoir de séduction.  J'ai lu ce livre une première fois quand j'avais environ douze ans, mais je pense que bien des allusions m'avaient échappé, particulièrement en ce qui a trait à la relation entre les deux institutrices, ce qui m'a bien fait rigoler!

Première œuvre de Colette, on y retrouve déjà son amour des chats, sa sensualité, ses magnifiques descriptions de la nature. Vous remarquerez que dans les données bibliographiques ci-dessous, j'ai enlevé le nom de Willy, comme on le fait d'ailleurs pour la plupart des éditions récentes.  Ce dernier était le mari de Colette, et on sait maintenant qu'il l'utilisait comme nègre et n'a pas écrit un mot du roman ni des autres de la série. 


Claudine à l'école de Colette, 1900, 253 p.

03 mai 2018

C'est enfin mon tour!

Après six mois sur la liste d'attente, j'ai enfin pu télécharger le dernier Dan Brown, Origin, en prêt numérique! J'ai trois semaines pour le lire, ça semble jouable puisqu'en quelques heures j'en suis déjà à la page 80 sur 542. Ce n'est pas du Proust, hein!  Je sais, plusieurs d'entre vous ne comprennent pas mon enthousiasme, mais c'est mon petit plaisir coupable, c'est comme de la poutine, sans les calories...


27 avril 2018

Le Peintre d'aquarelles

Le petit dernier de Michel Tremblay peut, selon l'éditeur, se lire de façon indépendante de la série des Chroniques du Plateau.  Mais je pense qu'on l'appréciera davantage si l'on connaît déjà non seulement Marcel, dont on découvre ici l'histoire sous la forme d'un journal intime, mais aussi Nana, Albertine, Thérèse, Mercédès et même le chat Duplessis!

Un roman d'une grande beauté, tant physiquement (les aquarelles en couverture et à l'intérieur sont de Tremblay lui-même) que par son style. Les descriptions des paysages montagneux des Laurentides, à la fois magnifiques et un peu inquiétants, le sujet de la maladie mentale (Marcel, maintenant septuagénaire, a passé une bonne partie de sa vie dans un asile) et la ligne floue entre la réalité et l'hallucination font du Peintre d'aquarelles un roman empreint d'une gravité et d'une complexité qui le font se démarquer des autres titres des Chroniques.


Le Peintre d'aquarelles de Michel Tremblay, 2017, 154 p.

22 avril 2018

Don Quichotte (tome 2)

Ouf, enfin je peux dire: défi réussi!  (Rappelons que cet énormissime classique de la littérature espagnole constituait mon défi de l'année 2018, au même titre que Céline, Proust, etc, les années passées.)  Et même si j'ai apprécié plusieurs aspects de ce deuxième tome, il m'a semblé bien long et vers la fin j'avais hâte de passer à autre chose. J'ai même fait une pause en plein milieu (avec Le Plongeur de Stéphane Larue), ce que je ne fais jamais d'habitude.

Si j'ai été lassée par le côté un peu répétitif de l’œuvre, je garderai tout de même un grand sentiment d'admiration.  Car j'ai été épatée par sa modernité, notamment par son côté auto-référentiel (ça existe ou je viens d'inventer ce terme? Et si ça existe, est-ce que ça signifie ce que je pense que ça signifie?)  En effet, dans ce tome deux, Don Quichotte rencontre des fans qui ont lu le tome un de ses aventures!  Cervantès profite même de l'occasion pour régler ses comptes avec un écrivain usurpateur (précurseur de la fan-fiction?) qui a publié avant lui la suite du premier tome, en faisant dire à plusieurs personnages que cette fausse suite est nulle et mensongère.  Don Quichotte change même ses plans de voyage pour faire ressortir l'inexactitude du récit.   

Mais, comme dans le premier tome, ce que j'ai aimé surtout c'est l'humour des dialogues entre Don Quichotte et Sancho, en particulier lorsque ce dernier sort ses ribambelles de proverbes plus ou moins en rapport avec la situation.  Autre point positif, il y a moins de digressions (histoires secondaires) que dans le tome un.

Voilà!   Ayant terminé ce bouquin depuis quelques jours, je suis maintenant plongée dans le dernier Michel Tremblay, que j'ai reçu à Noël (merci maman, et oui je te le passe dès que j'ai fini!); inutile de vous dire que l'expérience de lecture est assez différente!


Don Quichotte (tome 2) de Miguel de Cervantès, 1615, 640 p.  Titre de la version originale: El ingenioso hidalgo Don Quijote de la Mancha.

23 mars 2018

Le Plongeur

Tout en prisant ma lecture du tome 2 de Don Quichotte, je commençais à ressentir une certaine lassitude.  J'ai donc décidé de me changer les idées en me plongeant (jeu de mot involontaire!) quelques jours dans quelque chose de bien différent.  Comme Stéphane Larue était invité la semaine passée à l'émission Curieux Bégin, je me suis dit: pourquoi pas son roman?  Je n'aurais pu mieux tomber, puisque son univers se situe complètement ailleurs!

Larue nous fait découvrir avec un grand réalisme les coulisses d'un restaurant à la mode du Plateau Mont-Royal, avec ses personnages hauts en couleur, son langage, sa hiérarchie et surtout son rythme effréné, voire chaotique.  Ce monde qu'apprend à connaître le jeune narrateur devient pour lui d'une part une sorte de bouée de sauvetage contre une grave addiction au jeu qui menace de le faire sombrer irrémédiablement et d'autre part un parcours semé d'écueils car c'est un monde où la drogue et l'alcool coulent à flot.

Je l'ai déjà dit dans d'autres billets, les histoires de drogués et d'alcooliques ne sont généralement pas ma tasse de thé.  Heureusement ici ces scènes ne sont pas trop longues et l'emphase est mise sur l'univers de la restauration.  Quelques passages sur le jeu pathologique sont vraiment  saisissants, comme celui-ci, qui m'a donné froid dans le dos:

«Les cartes sont tombées une à une sur le tapis vert.  Sept pour les joueurs.  Dix pour la banque.  Mon jeton a été balayé par le croupier.  J'avais l'impression d'être enveloppé dans un acouphène, coupé du reste du monde, aspiré dans une orbite au fond de la nuit.  Je n'aurais pas pu me lever de la table pour aller aider ma mère mourante à dix mètres de moi.  Toutes mes facultés ou presque étaient engourdies, comme anesthésiées.  J'ai misé en deçà de toute volonté, maintenu en place sur ma chaise par le frisson de milliards d'aiguilles le long de mon épine dorsale.  Il y avait les mises, ma main, le tapis vert.  Il y avait le lent fonctionnement silencieux du cosmos, les nébuleuses du hasard et le temps qui s'effondrait sur lui-même sans fin.»

Il y a bien sûr dans les dialogues une quantité effarante d'anglicismes, mais je pense que cela était nécessaire pour bien refléter le monde où le personnage évolue.  De plus, quelques références culturelles ont échappé à la cinquantenaire non adepte de death metal que je suis.  Heureusement, cela ne m'a nullement empêchée d'apprécier ce roman à sa juste valeur!

Et maintenant je retourne au Chevalier de la triste figure, qui a maintenant pris le nom plus glamour de Chevalier aux lions!


Le Plongeur de Stéphane Larue, 2016, 569 p.

27 février 2018

Station Eleven

Je classe ce magnifique roman dans la catégorie «science-fiction» car il fait partie du sous-genre «post-apocalyptique», mais j'espère que cela ne rebutera pas ceux qui évitent généralement le genre.  Car c'est avant tout un livre sur la civilisation, sur la culture, sur ce qui doit être conservé ou reconstruit après qu'une pandémie a* dévasté la terre.  La plume de St. John Mandel, fluide, est entièrement au service de l'histoire et de ses personnages, la plupart attachants mais imparfaits, qu'on découvre au fil des allers-retours entre l'avant- et l'après-cataclysme, dans l'entourage torontois d'un célèbre acteur vieillissant et en suivant les pérégrinations d'une troupe de théâtre et de musique ambulante dans la région des Grands-Lacs.

J'aime beaucoup les romans (et les films) post-apocalyptiques, mais je pense que celui-ci plaira même à ceux qui ne les prisent pas, les trouvant généralement trop noirs ou déprimants.  Ici, même s'il y a des moments de grandes tensions, il y a toujours de l'espoir et de la beauté.  Il est tout simplement bon de se faire rappeler que les choses qu'on prend pour acquises (on pousse un bouton et la lumière jaillit, on est malade et il suffit d'aller à la pharmacie, tout le savoir du monde est à notre portée en quelques clics) pourraient disparaître et que nous devrions donc les apprécier davantage.

* L'indicatif après la locution «après que»!  Mon instinct voudrait le subjonctif mais j'ai appris depuis peu que c'est erroné et j'essaie de corriger cette mauvaise habitude!


Station Eleven d'Emily St. John Mandel, 2014, 315 p. en version numérique.   Titre de la traduction française: Station Eleven.

23 février 2018

Don Quichotte (tome 1)

Heureuse surprise que ce Don Quichotte, l’œuvre que j'ai choisie comme défi de lecture cette année.  Étant donné qu'il a été publié en 1605 (je crois que c'est le livre le plus ancien que j'ai lu depuis l'ouverture du blogue! Il dame le pion à La Princesse de Clèves.), je m'attendais à un style un peu lourdingue, ampoulé, mais non, ça se lit fort bien et c'est même assez amusant.  J'ai noté quelques expressions rigolotes et j'ai particulièrement aimé les dialogues entre Don Quichotte et son écuyer Sancho Panza, les envolées lyriques de l'hidalgo quand il imagine ses futures aventures de façon très détaillée, et le portrait ridicule qu'en fait Cervantès, comme lorsqu’il se met un bol de barbier sur la tête en croyant qu'il s'agit d'un casque!  Malheureusement il y a quelques longueurs, en particulier quand on s'embarque dans les récits des personnages secondaires, voyageurs rencontrés par notre «Chevalier de la triste figure» durant ses périples. Quant aux nombreuses coïncidences abracadabrantes (cette auberge où chaque voyageur qui arrive inopinément est relié à l'intrigue!), je pense qu'il faut les accepter comme faisant partie du genre littéraire.

Pour le tome deux, je change d'édition et de traducteur, mais je pense que cela ne causera pas de problèmes de continuité.  Je me rince toutefois un peu le palais avec un petit roman de SF, Station Eleven d'Emily St. John Mandel, avant de me lancer dans la suite.


Don Quichotte (tome 1) de Miguel de Cervantès, 1605, 628 p.  Titre de la version originale: El ingenioso hidalgo Don Quijote de la Mancha.

31 janvier 2018

Tales of the City (Chroniques de San Francisco)

Décevant!  Selon moi, ce roman a une réputation complètement surfaite. Ou alors ça a déjà été révolutionnaire (des personnages ouvertement homosexuels, à l'époque, c'était sans doute audacieux) mais ça a très mal vieilli.  C'est présenté comme une chronique rigolote de la vie de plusieurs personnages à San Francisco, mais si j'ai souri quelques fois, ça m'a surtout semblé glauque.  Et puis, les nombreuses références à la culture populaire américaine des années soixante-dix me rendaient souvent les dialogues incompréhensibles, à tel point que j'ai failli abandonner à plusieurs reprises. 

Bon, une série de moins à continuer, celle-là c'est fini pour moi!


Tales of the City de Armistead Maupin, 1978, 371 p.  Titre de la traduction française: Chroniques de San Francisco.

30 janvier 2018

Mais que lit Stephen Harper?

Ce recueil regroupe une soixantaine de chroniques (d'autres ont été ajoutées lors de la réédition en 2011) qui avaient d'abord été publiées sur le site internet du même nom.  Devant l'indifférence du premier ministre Stephen Harper face à la culture en général et à la littérature en particulier, l'écrivain Yann Martel avait entrepris de lui envoyer chaque deux semaines une œuvre qu'il commentait dans une lettre. Plusieurs genres sont abordés, de la poésie à la bande dessinée en passant par le texte religieux et la littérature jeunesse, du classique au contemporain.

Bien sûr le côté purement politique du projet est maintenant un peu dépassé, mais les réflexions sur la culture restent pertinentes, et de toutes façons je suis toujours partante pour un «livre qui parle de livres»!  J'ai d'ailleurs noté plusieurs titres sur ma LAL, notamment By Grand Central Station I Sat Down and Wept (À la hauteur de Grand Central Station, je me suis assise et j'ai pleuré) d'Elizabeth Smart et le roman graphique Persepolis de Marjane Satrapi.

Seul petit défaut, la traduction effectuée par les parents de Yann Martel m'a parfois semblé maladroite.  Des défauts qui passent inaperçus sur un site internet ressortent plus lors du passage à l'imprimé.  Peut-être que l'éditeur aurait dû y voir.  Mais bon, cela reste très intéressant et fort agréable à lire.


Mais que lit Stephen Harper? de Yann Martel, traduit de l'anglais, 2009, 261 p.  Titre de la version originale: What Is Stephen Harper Reading?

26 janvier 2018

L'Affaire Guillot

(Les Chroniques de Gervais d'Anceny, tome 3)

C'est avec plaisir que je retrouve Gervais d'Anceny, ancien drapier retiré dans un monastère après la mort de son épouse.  À son grand dam, des événements extérieurs viennent de nouveau troubler la quiétude qu'il recherche: on lui demande de se rendre dans la cité papale d'Avignon pour une mission royale. Et bien sûr, arrivé là-bas, il se retrouvera en plus au cœur d'une enquête, ce qui nous donnera l'occasion de visiter différents quartiers de la ville, la bibliothèque, le palais et même d'apprendre comment se faisait le papier à partir de chiffons recyclés!  Comme toujours, Maryse Rouy fait preuve d'une grande minutie dans ses descriptions de la vie quotidienne médiévale (en particulier la cuisine et les différents métiers), et pourtant ce n'est jamais lourd car notre intérêt est soutenu par l'intrigue policière et surtout par des personnages sympathiques et hauts en couleur.

Je tiens aussi à féliciter l'éditeur (Druide) car le livre lui-même est magnifique.  La couleur et la texture de la couverture rappellent le parchemin, impression rehaussée par la dorure du titre.

La suite est dans ma PAL!


L'Affaire Guillot (Les Chroniques de Gervais d'Anceny, tome 3) de Maryse Rouy, 2016, 327 p.

17 janvier 2018

It (Ça)

Je n'aime pas trop les clowns et j'ai bien failli ne jamais lire ce roman de Stephen King à cause de celui qui orne la couverture de la plupart des éditions... (Rappelez-vous, le même phénomène s'était produit avec le magnifique Effroyables Jardins de Michel Quint!) Mais une discussion  dans un forum m'a fait comprendre que, beaucoup plus qu'une histoire de clown maléfique, c'est avant tout un roman sur l'amitié et sur le pouvoir de l'imagination enfantine. J'étais donc décidée à le lire éventuellement, mais je voulais d'abord terminer les sept tomes de La Tour sombre. Cela explique pourquoi je ne le lis que maintenant, alors qu'on pourrait croire que c'est à cause de la sortie du film cet automne...  D'ailleurs, j'ai peu entendu parler de ce dernier, il était bien ou pas?

J'ai beaucoup aimé la construction du récit.  On alterne entre les époques, entre les mêmes personnages enfants et adultes.  Le passé et le présent se répondent, s'éclairent, avec un rythme qui s'accélère jusqu'à la finale trépidante.  Les chapitres des enfants m'ont rappelé ma propre enfance. Même si la mienne s'est déroulée une quinzaine d'années plus tard, les choses avaient peu changé. On se promenait en vélo, on aimait construire une cabane dans le bois (ou l'hiver, un fort dans la neige!), un barrage sur un ruisseau, etc.

Mais heureusement, je n'ai pas connu l'ambiance de cette petite ville fictive du Maine, où le Mal existe comme partout ailleurs, mais avec juste une petite coche de plus, depuis toujours et avec des explosions de malheurs et de catastrophes qui reviennent périodiquement.  Cette ville où les méchants sont juste un peu plus méchants que la moyenne, où les gentils sont un peu trop passifs, tout cela est décrit de main de maître par King.

Alors oui, on a peur.  D'ailleurs j'ai fait tout un sursaut pendant que je lisais un passage où apparaissent des insectes, alors que j'ai cru en voir un du coin de l’œil sur le coussin du divan -- ce n'était qu'un reflet dans mes lunettes!  Mais on rit aussi beaucoup et on s'attendrit et on verse quelques larmes.  Car plus qu'une histoire de monstres, c'est bel et bien un roman sur l'amitié, la loyauté et le pouvoir de l'imagination.  J'ai vraiment bien fait de le lire, finalement.


It de Stephen King, 1986, 1052 p.  Titre de la traduction: Ça.