24 avril 2019

L'Art français de la guerre

Livre trouvé dans une «boîte à livre» par ma mère...  Elle a eu la main heureuse car je l'ai beaucoup aimé! Dire que j'ai failli ne pas le prendre lorsqu'elle a offert de me le prêter avant même de l'avoir lu elle-même; j’essaie de faire diminuer ma PAL, non de l'augmenter avec une grosse brique au titre bizarre et dont je n'ai jamais entendu parler!

Le roman est constitué d'une alternance de chapitres historiques se déroulant durant les trois guerres auxquelles la France a participé durant les années 40 à 60 (Deuxième Guerre mondiale, Indochine, Algérie) et de chapitres racontés à la première personne par le narrateur et qui se passent de nos jours.  L'idée étant de voir comment l'usage grandissant de la force par les Français a causé des traumatismes qui se répercutent jusqu'à aujourd'hui dans la société.

La plume de Jenni est absolument magnifique, son style très travaillé, son vocabulaire recherché.  Cela pourrait même paraître pédant à certains, moi cela m'a beaucoup plu.  Le seul petit défaut, qui a empêché ce livre de se voir décerner le titre de coup de coeur, c'est le côté un peu prêchi-prêcha des parties contemporaines.  Même si je suis d'accord avec la plupart des idées (sur le racisme et l’extrémisme, sur le pouvoir salvateur de l'art et le pouvoir unificateur de la langue), j'ai trouvé le ton parfois un peu moralisateur et ces passages m'ont semblé un peu long.  Je préférais nettement les chapitres historiques et j'avais toujours hâte d'y revenir.

Petit détail amusant, chaque chapitre porte un titre intrigant, qui nous donne envie de nous y plonger: «Monter au maquis en avril», «L'arrivée juste à temps du convoi des zouaves portés», etc.

Bref, un roman qui n'est pas parfait mais une lecture marquante, certainement ma meilleure de l'année jusqu'à maintenant (il faut préciser toutefois que le premier trimestre de 2019 a été un peu bof, livresquement parlant!)


L'Art français de la guerre d'Alexis Jenni, 2011, 633 p.

27 mars 2019

La Peau du tambour

Quelle belle description de la ville de Séville!  Les orangers en fleur, les balcons en fer forgé ornés de géraniums, les terrasses inondées de soleil, l'architecture aux influences multiples...  Vraiment, en cet hiver qui ne finit plus, cela fait du bien au moral de s'y trouver transporté.

J'ai aussi beaucoup apprécié certains personnages secondaires, notamment les trois malfrats maladroits (j'en aurais pris encore plus, de leurs mésaventures hilarantes!).  Et j'ai aimé l'atmosphère de cette vieille église en ruine, en proie aux pires spéculations et enjeu de divers complots.  Malheureusement, les personnages principaux m'ont laissée un peu indifférente et j'ai été lassée par de nombreuses répétitions: à chaque fois qu'on revoit tel ou tel personnage, il faut qu'on nous décrive comment ils sont habillés et coiffés, même ceux qui sont toujours habillés de la même façon!  De plus, l'intrigue est assez banale; Arturo Pérez-Reverte nous a habitués à plus d'intelligence et de subtilité!

Bref, une lecture divertissante mais pas inoubliable,  un livre à lire plus pour le dépaysement et l'ambiance que pour l'intrigue policière. Mais je n'en veux pas à mon cher APR, je lui pardonne ce petit faux-pas puisque j'ai beaucoup aimé, voire adoré dans certains cas, les six autres romans de lui que j'ai lus.


La Peau du tambour d'Arturo Pérez-Reverte, 1995, traduit de l'espagnol en 1997, 461 p.  Titre de la version originale: La piel del tambor

11 mars 2019

L'Idiot

Et voilà, encore un défi annuel réussi! (Voir mon bilan annuel pour plus de détail...)  Malheureusement, contrairement à la plupart des années précédentes (Proust, Melville, Cervantès...), je n'y ai pas pris beaucoup de plaisir.

Il y a bien des années, j'étais resté sur ma faim avec Crime et châtiment. Je garde peu de souvenir de l'expérience si ce n'est que je n'avais éprouvé aucune sympathie pour les personnages.  Or, si j'ai pu donner une deuxième chance à Camus cet automne, pourquoi pas à Dostoïevski?

Il y a bien quelques passages amusants, quelques personnages sympathiques ou rigolos, tous bien typés (le fonctionnaire obséquieux, le vieux général alcoolique et mythomane, etc).  Mais l'intrigue est extrêmement tarabiscotée, il y a des sauts dans le temps où des événements importants se produisent mais ne nous sont ensuite révélés qu'au compte-gouttes, et on se perd dans la multitude de personnages (bien sûr, l'habitude de les désigner parfois par leur nom de famille, parfois par leur prénom et patronyme, comme Ivan Machinchouettovich, voire par leur surnom -- Kolia pour Nicolas, Ganya pour Gabriel -- ou leur titre honorifique n'aidait en rien la situation, mais la même difficulté se présente chez Tolstoï et ça ne m'a pas empêchée d'adorer Guerre et Paix).  

Mais le pire, c'est que bien souvent je ne pigeais rien aux réactions et aux motivations des personnages.  Alors je me suis demandé tout du long si je suis trop cornichonne, si c'est dû à des différences culturelles entre le Québec et la Russie ou à une mauvaise traduction...  Celle-ci est sûrement assez ancienne, puisque la version que j'ai téléchargée fait partie du domaine public (le nom du traducteur n'est pas mentionné puisque la couverture manque, remplacée par le portrait de l'auteur, et on n'a donc aucune précision sur l'édition numérisée).  Elle m'a pourtant semblé assez correcte, à part une fois ou deux où j'ai lu et relu en vain une phrase comprenant un double négatif, comme par exemple celle-ci: Il n'est pas douteux qu'il n'avait subi aucune contrainte -- selon vous, il a subi des contraintes ou pas?  Alors peut-être qu'il y a eu d'autres endroits où un certain flou, de façon imperceptible mais réelle, nuisait à la compréhension.  La seule façon de tirer l'affaire au clair serait de le relire dans une autre traduction, mais je n'ai pas ce courage!

Bref, une lecture frustrante et très longue.  Pas fâchée d'avoir terminé!


L'Idiot de Fedor Dostoïevski, 1868, env. 800-900 p. dépendant des éditions.

07 février 2019

Les Autres

Premier contact avec cette auteure... et ça risque fort d'être le dernier!

Le début semblait pourtant prometteur, et le concept intéressant: lors d'une fête de famille, on joue à un jeu de société qui permet de découvrir ce que les autres pensent de nous.  Le roman est divisé en trois parties. Dans la première, constituée de très courts chapitres d'une page ou deux, voire d'un seul paragraphe, on est dans la tête de chaque personnage tour à tour.  Dans la deuxième partie, on revoit la même scène mais seulement avec les dialogues.  Puis dans la troisième, on reprend de nouveau mais cette fois du point de vue d'un narrateur omniscient.

La première centaine de pages est fort réussie.  C'est rythmé, on est intrigué, on veut comprendre ce qu'il y a derrière les sous-entendus.  Malheureusement, on a rapidement l'impression que ça tourne en rond, qu'on revient toujours sur les mêmes choses, et le tout est extrêmement verbeux. De plus, on ne voit presque pas le personnage que j'ai trouvé le plus intéressant, la grand-maman centenaire clouée dans son lit à l'étage.  L'intérêt est quelque peu ravivé vers la fin grâce à quelques révélations,  mais rendu là c'est trop tard, on a juste hâte que cela se termine. Dommage!


Les Autres d'Alice Ferney, 2006, 533 p.

30 janvier 2019

Hamlet

En empruntant cette célébrissime pièce de théâtre à la bibliothèque municipale, j'ai hésité entre deux éditions différentes.  La première se destinait à un public d'écoliers et avait une présentation très scolaire.  La deuxième, celle que j'ai choisie, est cette version bilingue de la collection Folio Théâtre.  Malheureusement, j'ai trouvé en fin de compte qu'elle s'adressait à un public d'initiés, de spécialistes de Shakespeare et de la littérature anglaise de la Renaissance.  Les notes précisaient des détails pointus d'interprétation plutôt que de nous aider à comprendre le texte (plein de métaphores et de sous-entendus non évidents pour nous du XXIe siècle), si bien que j'ai rapidement arrêté d'aller les lire car elles ne m'apportaient rien.  Elles comportaient même des divulgâcheurs, car leur auteur prenait pour acquis qu'on connaissait déjà l'histoire.  J'ai péché par orgueil, c'est l'édition scolaire qui m'aurait été plus utile!

Je n'ai pas non plus raffolé de la traduction de Jean-Michel Déprats.  Le sens des dialogues m'échappait souvent tant ils étaient tarabiscotés.  Aurait-ce été différent avec une autre traduction?  J'avoue que je ne suis pas allée vérifier.  J'aurais peut-être dû utiliser la version traduite par Google Translate, Jambonlaissé de Guillaume Remuepoire, dont il est question dans un article de L'Obs que m'a fait parvenir une lectrice fidèle.  À défaut de tout comprendre, au moins j'aurais bien rigolé!

Donc j'ai aimé cette pièce classique, sans plus, et j'avoue ne pas avoir tout compris.  En quoi le fait de se faire passer pour fou aidait-il Hamlet à mettre à exécution sa vengeance?  Et Ophélie, il était amoureux d'elle ou pas?

Par contre, le principe de l'édition bilingue m'a beaucoup plu.  On lit en français pour plus de facilité (facilité toute relative, vous l'aurez compris!) mais pour la beauté du style on jette de temps en temps un coup d’œil à la version originale.

Le plus important, c'est que je suis maintenant prête à lire Something Rotten (Sauvez Hamlet, le quatrième tome de l'extra-chouette série Thursday Next de Jasper Fforde), qui devrait pouvoir sortir de ma PAL très bientôt! Youpi!


Hamlet de Shakespeare, 1603, 405 pages en édition bilingue, incluant les annexes. 

26 janvier 2019

Internet rend-il bête?

Réponse: cela dépend de la définition de «bête».  Ce qui est sûr, selon Nicholas Carr, c'est que l'Internet modifie notre façon de travailler, de lire et jusqu'à nos circuits neuronaux.  Si notre cerveau y gagne sur certains points (reconnaissance des stimuli visuels, prise de décision rapide), il y perd aussi sur d'autres et non des moindres: mémoire, concentration, aptitude à lire «en profondeur» (par opposition à une lecture superficielle), capacité d'analyse, voire même une certaine compassion.  Bien sûr, l'humanité va s'adapter à ces changements comme elle s'est adaptée à d'autres bouleversements technologiques (invention de l'écriture, de l'horloge, de l'imprimerie), mais la question que pose Carr est: dans ce cas-ci, est-ce souhaitable?

Voilà un essai qui fait certainement réfléchir.  On ne retournera pas en arrière, l'Internet fait maintenant partie de nos vies.  Mais on peut se réserver des moments où on lit dans le silence, loin de toute distraction (et non dans le salon à côté de Gropitou qui regarde un de ses films de série B imbéciles), des textes qui demandent plus de concentration.  Privilégier à l'occasion la version papier ou à tout le moins la liseuse non connectée.  Car tout hyperlien, toute publicité en marge de l'écran, nous empêche de nous absorber complètement dans le texte en demandant constamment à notre cerveau, sans même qu'on en soit conscient bien souvent, s'il doit s'en occuper.  Une partie de notre mémoire de travail est donc affectée à la prise de décision au dépend de la lecture profonde, de l'analyse et de la mémorisation.  Et une fois que nos circuits neuronaux s'atrophient, il est difficile de leur redonner leur tonus d'antan.

Comme ma liseuse commence à se faire vieille (et surtout que le logiciel de Sony Reader n'est plus maintenu à jour, ce qui occasionne des problèmes de téléchargement, merci Sony), j'aurai sans doute à la changer éventuellement.  Avant de lire ce livre, je me disais que ce serait chouette d'en avoir une connectée au Wi-Fi, ainsi on peut aller vérifier des trucs sur wikiki sans même se lever.  Maintenant je ne suis pas sûre que ce soit une si bonne idée.  Il paraît même que dans le futur, nous pourrons communiquer en cours de lecture et en temps réel avec d'autres lecteurs pour comparer nos impressions, lire les notes ajoutées par les lecteurs précédents, etc. Ark!  Très peu pour moi!  Autant j'aime lire des avis sur les blogues et les forums une fois le livre fini, autant fichez-moi la paix pendant que je lis!!!


Internet rend-il bête? de Nicholas Carr, traduit de l'anglais, 2010, 315 p.  Titre de la version originale: The Shallows.

13 janvier 2019

Monsieur le chat

Voici un livre dont je n'avais jamais entendu parler, ni de son auteur, d'ailleurs.  Je cherchais autre chose à la bibliothèque municipale, le titre a accroché mon oeil (surprenant n'est-ce pas?), la couverture était mignonne, et hop! on l'embarque!

Les chats dans la mythologie, dans la littérature, en peinture, les écrivains et leurs chats, François Alyn nous parle des félins d'une plume poétique, en suivant son inspiration, ce qui résulte en un livre au genre indéfinissable, non dépourvu de charme mais un peu désordonné et fourre-tout.

Qui trop aime, mal étreint, comme disait l'autre.  Dans plusieurs chapitres, on papillonne d'un sujet à l'autre sans en approfondir aucun, si bien qu'à la fin on n'a rien retenu même si l'on ne s'est pas ennuyé.  Ailleurs, les thèmes sont mieux définis et c'est alors un vrai plaisir, comme lorsqu'il nous parle du chat Bébert qui suivit Céline dans sa fuite en train à travers l'Allemagne bombardée, caché dans un sac en bandoulière, pour ensuite vivre l'exil avec lui au Danemark, ou de Venise où les chats de gouttière sont maîtres, un passage qui m'a fait penser au très mignon film Kedi que j'ai vu cet automne au cinéma, qui nous présente une autre ville amoureuse de ses félins, Istanbul.

Donc une lecture agréable mais imparfaite, pour amateurs de chats seulement!


Monsieur le chat de Marc Alyn, 2009, 276 p.