09 octobre 2019

At Home: A Short History of Private Life (Une histoire du monde sans sortir de chez moi)

Sous prétexte de nous faire visiter pièce par pièce sa maison, un ancien presbytère situé dans la campagne anglaise, l'Américain Bill Bryson dresse un panorama de l'évolution de la vie domestique en Occident, de la préhistoire à nos jours, avec une certaine emphase sur l’Angleterre et sur le XIXe siècle, période durant laquelle la vie quotidienne des humains a connu selon lui les plus grands bouleversements: électricité, téléphone, trains et bateaux à vapeur, usines, télégraphe, etc.

Si j'ai trouvé que Bryson s'éloignait parfois de son sujet (notamment dans d'assez longs passages sur la construction de la tour Eiffel ou du Crystal Palace à Londres), j'ai vraiment beaucoup aimé cet amoncellement d'informations sur des thèmes aussi divers que le mobilier, l'enfance, les épices et condiments, l'hygiène, les infestations et les épidémies, les matériaux de construction et bien d'autres encore.  Surtout que l'ensemble est présenté avec humour (et aussi avec émotion dans certaines parties poignantes) par cet excellent vulgarisateur.

Voilà un bouquin que je vais conserver dans ma bibliothèque pour références futures.  On ne sait jamais, je pourrais un jour avoir besoin de savoir qui a inventé la toilette à chasse d'eau telle qu'on la connaît aujourd'hui!


At Home: A Short History of Private Life de Bill Bryson, 2011, 577 p.  Titre de la traduction française: Une Histoire du monde sans sortir de chez moi.

25 septembre 2019

Des Cendres sur la glace

Aujourd'hui je vous parle d'un roman de Georges Lafontaine, Des cendres sur la glace.  Si vous pensez «kisséssa, Georges Lafontaine?», sachez que je me posais la même question il n'y a pas si longtemps.  Cette lecture est en fait le résultat d'un défi que m'a lancé un participant du forum du Guide de la bonne lecture:  je m'engageais à lire un de ses livres préférés en 2019, lui s'engageait à lire mon livre fétiche, celui de nous deux qui ne remplirait pas sa part du marché devrait manger un citron!  Et comme un de mes buts dans la vie est de faire lire Cyrano de Bergerac au plus de monde possible, je ne pouvais qu'accepter!

Ce jeune participant avait déjà plusieurs fois tenté de me convaincre de lire ce roman, mais comme je n'en avais jamais entendu parler, je n'étais pas attirée plus que cela.  D'ailleurs, je ne sais pourquoi, je croyais qu'il avait été écrit au milieu du XXe siècle, peut-être à cause du prénom un peu vieillot de l'auteur?  Mais non, il date de 2005.

J'ai eu quelques sueurs froides dans les premières pages.  L'écriture est un peu maladroite, les motivations des personnages sont soulignées à gros traits, rien n'est laissé à l'interprétation du lecteur.  J'ai aussi relevé quelques répétitions, des événements qui nous sont annoncés rapidement pour être repris plus en détails plusieurs chapitres plus loin, ce qui est un peu lassant.  Certains aspects de l'intrigue sont aussi un peu tirés par les cheveux.

J'aime le citron, mais pas au point de vouloir en avaler tout un... Alors j'ai continué malgré les quelques défauts relevés.  Et finalement je suis plutôt contente puisque je me suis prise d'intérêt pour le périple improbable de ce vieux bonhomme qui entreprend de descendre le fleuve Saint-Laurent en canot pour rapporter les cendres de sa femme à Terre-Neuve, dont elle est originaire.  Ce personnage est très attachant, il m'a fait penser au Santiago du Vieil Homme et la mer d'Hemingway ou aux vieux épris de liberté d'Il pleuvait des oiseaux de Jocelyne Saucier (tiens, c'est d'actualité, le film qui en est tiré sort ces jours-ci!).

Bref, sans être un coup de cœur, une lecture tout de même sympathique (et qui m'a de plus permis d'étrenner ma nouvelle liseuse!)


Des Cendres sur la glace de Georges Lafontaine, 2005, 385 p.

09 septembre 2019

La Religieuse

Un premier contact avec Diderot.  Première constatation: pour un auteur du XVIIIe siècle, il se lit étonnamment facilement!  Le style n'est pas du tout désuet et les quelques tournures de phrases un peu vieillottes ne font qu'ajouter à son charme.  Cette histoire d'une jeune fille cloîtrée contre son gré est une critique acerbe de la société, de la religion et plus particulièrement de l'Église.

Quelques points négatifs: vers le milieu, j'ai trouvé que l'intrigue tournait un peu en rond (elle tente de renier ses vœux, échoue, on lui fait subir toutes sortes de sévices, elle tombe malade, se rétablit, tente de renier ses vœux, etc).  Quelques personnages sont à la limite de la caricature, surtout la méchante mère supérieure, peut-être parce qu'on les voit par les yeux de la narratrice et qu'on ne sait donc rien de leur passé ni de leurs motivations réelles. De plus, la fin est un peu bâclée, la jeune femme vit des tribulations qui sont évoquées en quelques paragraphes à peine.

J'ai tout de même bien aimé ce roman.  L'ambiance plutôt noire est allégée de temps en temps par les réflexions innocentes et naïves de la religieuse, surtout dans la deuxième moitié.  Un autre livre qui nous fait songer qu'il fait bon vivre au XXIe siècle, surtout pour une femme!


La Religieuse de Denis Diderot, 1796, 141 p. en version Epub (entre 200 et 380 p. selon les éditions en version papier).

03 septembre 2019

Drawing conclusions (Deux veuves pour un testament)

Quel crétin ce traducteur français!!!  Un énorme divulgâcheur en plein dans le titre! AAARRGGHH!!!

J'ai lu ce roman de Donna Leon en anglais, mais j'ai aperçu le titre français sur le site Bibliomania de Livraddict, dont je me sers pour la gestion de ma fluctuante PAL.  Bon, me dis-je, il sera question d'un testament et il y aura une deuxième veuve en plus de celle qu'on trouve morte dans le premier chapitre.  Sûrement qu' on apprendra cela assez rapidement... Mais non!  Ce n'est qu'au 3/4 du bouquin qu'il est pour la première fois question de ce fichu testament, et même là, ce n'est qu'une piste parmi plusieurs autres mobiles possibles!  Cela m'a tellement frustrée que j'ai éprouvé bien peu de plaisir durant cette lecture.

Il reste, comme dans les autres tomes que j'ai lus dans cette série, l'humour des dialogues et surtout la description de la vie quotidienne à Venise, au delà des descriptions touristiques.  Quant à l'intrigue policière, elle est d'un type assez classique et se déroule lentement, ce qui ne m'a pas déplu puisque je m'y attendais, mais je l'ai trouvée un peu moins bien ficelée que d'habitude, quelques pistes restant sans résolution.


Drawing conclusions de Donna Leon, 2011, 260 p.  Titre de la traduction française, à mon grand dam: Deux veuves pour un testament.

31 août 2019

Lisey's Story (Histoire de Lisey)

Alors, petit scoop, ce roman pourrait bien se retrouver dans mon top 3 de 2019!

J'ai cru comprendre que de nombreux lecteurs ont été déroutés car il est assez différent de la production habituelle de Stephen King.  Tout d'abord, il n'y a absolument rien de fantastique ou de surnaturel dans toute la première partie, alors ceux qui recherchent ce genre en exclusivité peuvent trouver  le temps longuet!  De plus, au lieu de bien décrire dès le début l'historique de ses personnages, il nous laisse les découvrir peu à peu, tant en ce qui a trait à leur enfance qu'aux événements marquants des quelque vingt-cinq années de vie commune du couple formé par Scott, un écrivain célébrissime (genre d'alter ego de King lui-même, de toute évidence) et sa femme Lisey.  Cette découverte se fait grâce à de nombreux retours en arrière, voire même à des «flashbacks dans les flashbacks», ce qui demande une certaine concentration si on ne veut pas perdre le fil!  Enfin, les deux protagonistes utilisent entre eux un vocabulaire inventé (comme, je pense, bien des couples ayant une certaine longévité!) provenant principalement de l'enfance de Scott et dont le sens ne nous est pas toujours dévoilé en détail.  Je sais que ce dernier point surtout en a rebuté plusieurs, en particulier ceux qui ont tenté de toujours y trouver des jeux de mots ou un sens caché, et peut-être encore plus ceux qui ont lu la traduction française.  Non, il faut accepter ces expressions telles quelles et continuer sans trop s'y attarder.

En plus d'une belle et touchante histoire d'amour, c'est un roman qui aborde les thèmes de la folie, de l'addiction, de la création, de la mémoire, du deuil et bien d'autres.  Mais avant tout c'est l'histoire d'un personnage courageux et attachant, une femme dans la cinquantaine (comme on en voit assez peu en littérature...) avec ses qualités et ses imperfections mais surtout une grande force de caractère.

Un livre que j'ai dévoré!


Lisey's Story de Stephen King, 2006, 513 p.  Titre de la traduction française: Histoire de Lisey

25 août 2019

L'Envers et l'endroit

Un petit recueil rassemblant plusieurs écrits de jeunesse d'Albert Camus.  Il a été publié dans la collection «Folio essais», mais je trouve que ce sont avant tout des récits autobiographiques, même si certains sont narrés à la troisième personne et que tous contiennent des réflexions sur des thèmes comme la vieillesse, la mort, la solitude, le voyage, la mère, etc.   

Le premier texte, L’Ironie,  n'est pas le plus réussi.  Le style m'a même semblé lourd par endroits, et je me disais que si c'était comme cela tout le long, je serais bien contente que le livre ne fasse qu'une centaine de pages!

Heureusement, cela s'améliore grandement par la suite.  J'ai particulièrement aimé le récit La Mort dans l'âme, où Camus raconte un séjour à Prague, puis en Italie.  Le contraste entre la froideur de la première et la lumière de la deuxième donne lieu à des descriptions d'une beauté à couper le souffle.

Une lecture fort intéressante, donc, quoique inégale.

(Décidément, août sera le mois des nobélisés!  Camus a effectivement reçu le prix en 1957.)


L'Envers et l'endroit d'Albert Camus, 1937 (la préface, signée par l'auteur, date de 1958), 119 p.

22 août 2019

Berezina

Quel énergumène ce Sylvain Tesson!  J'aime beaucoup lire ses aventures.  Ici, il voyage avec quatre copains tout aussi originaux (voire un peu zinzins), en side-cars brinquebalants, sur les traces de Napoléon Bonaparte en suivant le trajet adopté par la Grande Armée durant la désastreuse retraite de la campagne de Russie en 1812.  On alterne entre les deux époques, et entre la tragédie et la comédie.  Cela m'a un peu fait penser à Voyage d'un Européen à travers le XXe siècle de Geert Mak, la camaraderie, la vodka et les citations de Tolstoï en sus: la visite des lieux historiques permet non seulement de raconter les événements, mais d'en retrouver l'ambiance, presque les fantômes! De plus, c'est l'occasion de réfléchir sur des sujets comme la guerre, la patrie, le confort, le voyage et bien d'autres.

À lire si comme moi vous appréciez tout autant l'histoire du XIXe siècle que les récits de voyage. 


Berezina de Sylvain Tesson, 2015, 197 p. 

21 août 2019

La Maison et le monde

J'ai bien failli abandonner ce roman dès les premières pages tant la traduction me semblait tarabiscotée!  Je l'ai même mis de côté et j"ai commencé autre chose après avoir vu que le livre était traduit de l'anglais.  Je vais essayer de trouver la VO, me dis-je.  Mais en faisant quelques recherches, j'ai vu que la version anglaise était elle-même traduite du bengali, alors tant qu'à lire une traduction...  Je lui ai donné une seconde chance et finalement je me suis habituée au style, jusqu'à apprécier son côté très imagé, poétique et fleuri.

Il s'agit d'un roman choral à trois voix et d'un triangle amoureux.  Un Maharajah, éduqué en Occident, épris de tolérance et de justice, pousse sa femme, élevée selon les coutumes traditionnelles, à sortir du gynécée, mais celle-ci, découvrant la liberté et le pouvoir féminin, en mesure mal les limites... Un activiste politique sans vergogne, invité à séjourner au palais, s'immisce dans la vie du couple.  Le tout sur fond de montée du nationalisme indien, ce qui donnera lieu à d'intéressantes discussions entre les deux hommes: la fin justifie-t-elle les moyens? 

Un beau roman, mais qui ne plaira pas à tous car son rythme est très lent, à part dans les derniers chapitres où les événements se bousculent.

J'enchaîne les prix Nobel!  Tagore l'a reçu en 1913, Hesse en 1946.


La Maison et le monde de Rabindranath Tagore, traduit à partir de la traduction anglaise de l'original en bengali, 1916, 249 p.

11 août 2019

Le Loup des steppes

On parle souvent de ce roman comme d'une lecture difficile.  Sans que je sache pourquoi, j'en avais conclu que ça se déroulait durant la guerre et qu'il y avait des scènes pénibles.  Finalement ce n'est pas ça du tout, c'est simplement que le personnage principal, alter ego de l'auteur dont il partage les initiales, est en perpétuel questionnement quant à la nature de son âme, de sa personnalité: comment en concilier les deux dimensions opposées, celle de l'homme cultivé amateur de beauté et d'art, et celle de l'animal, le fameux «loup des steppes», sauvage et solitaire.

Alors finalement je n'ai pas trouvé cela trop ardu, puisque je m'attendais à pire!  Il reste que les discours philosophiques et métaphoriques, ce n'est pas trop ma tasse de thé.  Si certains passages sont très beaux, et si j'ai apprécié l'art de l’euphémisme de Hesse («avoir un accident en se rasant»! Couic!) ainsi que sa lucidité («ton désespoir en face de la guerre, celle qui fut et celle qui viendra»), il y a quand même beaucoup de longueurs et je devais souvent me retenir pour ne pas lire en diagonale.  Par contre, j'ai vraiment aimé la fin, qui a su me surprendre.

Fait cocasse, j'ai failli sauter le premier chapitre car il s'intitule «préface de l'éditeur», et je ne lis jamais les préfaces! Or, il s'agit plutôt d'une introduction écrite du point de vue du neveu de la logeuse du personnage, seul moment du roman où l'on a de lui une vision extérieure.


Le Loup des steppes de Hermann Hesse, traduit de l'allemand, 1927, 195 p.  Titre de la version originale: Der Steppenwolf.

31 juillet 2019

Péplum

L'idée de départ est fort originale: parce qu'elle a deviné que l'éruption du Vésuve n'était pas due à des causes naturelles, Amélie Nothomb est transportée au XXVIe siècle par le scientifique responsable du cataclysme.  Des réparties intelligentes et une fin amusante auraient pu faire de ce roman une lecture fort agréable.

Là où le bât blesse, c'est dans le ton hargneux des deux protagonistes.  D'un bout à l'autre, ils ne font que s'engueuler et se lancer des noms d'oiseaux.  Et comme le texte n'est constitué que de ce dialogue, notre cerveau n'a pas la moindre petite description de poignée de porte pour se reposer les nerfs. Je me suis donc lassée assez rapidement, et seule la curiosité de voir comment cela allait se terminer m'a empêchée d'abandonner.

Ne connaissant de Nothomb que deux de ses romans de style autobiographique (Stupeur et Tremblements et Ni d'Ève ni d'Adam, beaucoup aimés d'ailleurs), je voulais tenter ceux d'un genre différent... Ce n'est pas très concluant, suis-je mal tombée?


Péplum d'Amélie Nothomb, 1996, 153 p.

30 juillet 2019

Premier bilan après l'apocalypse

Ce livre se veut une suite à Dernier inventaire avant liquidation, dans lequel Frédéric Beigbeder commentait la liste des cinquante livres du XXe siècle préférés des Français.  Dix ans plus tard, il nous dresse sa propre liste des cent meilleurs livres, en se permettant de déborder un peu (fin XIXe - début XXIe).

Alors la preuve est faite maintenant, Beigbeder et moi n'apprécions pas du tout les même choses en littérature!  Il aime le glauque, les histoires de perdants, de drogués, d'alcoolos, de prostituées, de psychopathes, et moi j'aime... tout le contraire!

Son numéro un: American Psycho de Brett Easton Ellis.
Mon numéro un: Le Seigneur des anneaux de J.R.R Tolkien.

Ça vous donne une idée?  Même lorsqu'il cause d'un auteur que j'adore, par exemple Gabriel Garcia Marquez (sachant tout de même qu'il a déjà abordé Cent ans de solitude* dans Dernier inventaire...), il choisit le titre qui m'attire le moins (Mémoires de mes putains tristes, dont le résumé me semble sordide).

Quelques exceptions confirment la règle comme il se doit: il discute joliment de L'Écume des jours de Vian, de La Ferme africaine de Karen Blixen, de Colette, de San-Antonio (probablement imbuvable aujourd'hui, mais que de bons souvenirs...), aborde avec doigté Si c'est un homme de Primo Levi et Les Bienveillantes de Jonathan Littell, m'a donné le goût de découvrir Jonathan Safran Foer et Dave Eggers, m'a rappelé que je voulais lire L'Adversaire d'Emmanuel Carrère et n'importe quoi de Nicolas Bouvier, et d'une façon générale a élargi ma culture personnelle puisqu'il y a au moins 50% des auteurs de sa liste dont je n'avais jamais entendu parler!

Quant à l'apocalypse du titre, c'est rien de moins que la fin du livre papier, des librairies et de la littérature elle-même que cet oiseau de malheur nous annonce.  Personnellement, je ne vois pas pourquoi les deux supports ne pourraient pas coexister en toute complémentarité; et si le numérique devait l'emporter, en quoi cela signifierait-il la fin du roman? 

Et vous, ce serait quoi votre numéro un du XXe siècle?


 * À propos de Cent Ans de solitude, l'écrivain Jean Barbe a présenté avec passion ce livre-culte durant l'émission radio Dessine moi un été de dimanche. Ça m'a donné le goût de le relire, tiens!


Premier bilan après l'apocalypse de Frédéric Beigbeder, 2011, 429 p.

16 juillet 2019

Apaise le temps

Après le pur ravissement d'Effroyables Jardins (hein, c'est en 2010 que j'ai lu ce petit bijou?  J'aurais dit que cela ne faisait que trois ou quatre ans!  Ce doit être qu'il m'a fait forte impression...), j'avais peut-être mis la barre un peu haute.

L'intrigue principale (le gars qui hérite d'une petite librairie indépendante criblée de dettes) m'a semblé peu originale et sous-développée.  L'intrigue secondaire (le passé trouble de certains personnages ou de membres de leur famille) manquait de mise en contexte, je n'arrivais pas à démêler les différentes factions liées à la guerre d'indépendance algérienne.  Quant à la morale de l'histoire, elle m'a semblé manquer de subtilité et relever du «politiquement correct».

À part quelques descriptions de personnages qui m'ont fait sourire, c'est une déception sur toute la ligne. 


Apaise le temps de Michel Quint, 2016, 104 p.

14 juillet 2019

Chronique d'une mort annoncée

Mince alors, qu'elle est laide cette couverture!  J'aime les yeux de ce bon vieux GGM, mais avec ces barres rouges, ça ne va pas du tout!

Heureusement, le contenu est beaucoup plus agréable que le contenant, grâce à la plume truculente de Garcia Marquez et à une construction fort ingénieuse.

En effet, la mort du titre est doublement annoncée.  D'abord à nous lecteurs, dès l'incipit:  
Le jour où il allait être abattu, Santiago Nasar s'était levé a cinq heures et demie du matin pour attendre le bateau sur lequel l'évêque arrivait.
Mais aussi annoncée à tout le village, dont presque tous les habitants savent plusieurs heures à l'avance que les frères Vicario veulent trucider Santiago Nasar pour une question d'honneur.  Tout l'intérêt de l'intrigue réside dans la reconstitution des événements, suite de coïncidences et de hasards qui ont entraîné la réalisation de la menace, comme si le Destin s'en était mêlé.

D'après les commentaires que j'ai lus ici et là, plusieurs y ont vu un drame poignant.  Est-ce qu'on a lu le même livre?  Moi je l'ai vu plus comme un jeu, presque comme un exercice de style.  Le personnage principal n'étant pas complètement sympathique (il profite de chaque occasion pour tripoter la fille adolescente de sa cuisinière), et même s'il est sans doute innocent du crime dont on l'accuse, jamais je ne me suis sentie attristée du sort qui l'attendait.  À la limite, j'ai même eu plus de compassion pour les meurtriers, écrasés par le poids de la tradition et la fatalité à laquelle ils tentent en vain d'échapper.  Par ailleurs, il y a beaucoup d'humour, et même un petit clin d’œil à Cent Ans de solitude lorsqu'un certain colonel Aureliano Buendia est mentionné!

Lisez-le, vous me direz ce que vous en pensez!


Chronique d'une mort annoncée de Gabriel Garcia Marquez, traduit de l'espagnol (Colombie), 1981, 133 p.  Titre de la version original: Cronica de una muerte anunciada.

12 juillet 2019

Midnight in the Garden of Good and Evil (Minuit dans le jardin du Bien et du Mal)

Ça commence comme un récit de voyage: on visite la ville de Savannah, Georgia, imprégnée de son histoire et réfractaire au changement, on rencontre une foule d'habitants excentriques, ragots et rivalités colorent la vie sociale...  Et soudainement, en deuxième partie, on se retrouve en plein polar judiciaire à la Grisham, avec une touche de vaudou pour pimenter le tout!  Et c'est basé sur une histoire vraie!  En effet, l'auteur est un journaliste de New York qui a habité la ville de façon intermittente pendant plusieurs années, conquis par son charme sudiste, l'originalité de ses résidants, et aussi, il l'avoue lui-même, par le fait qu'on peut y vivre un week-end pour le prix d'un repas dans un restaurant de Manhattan!

J'ai vu il y a très longtemps le film qui a été tiré de ce récit, mais j'en gardais peu de souvenirs, à part le titre magnifique, l'acteur John Cusack,  et le fait que ça se déroulait en partie dans un genre de manoir.  Je pensais même que ça se passait en Louisiane, sans doute à cause du vaudou!

Dépaysement garanti!


Midnight in the Garden of Good and Evil de John Berendt, 1994, 388 p.

02 juillet 2019

Le Comte de Monte-Cristo

Quel bonheur de retrouver la plume de mon cher Dumas, que j'avais tant aimé durant mon adolescence!  Vers quatorze ou quinze ans, j'avais dévoré la série des mousquetaires et celle de la Reine Margot et Henri IV, et ce, plutôt deux fois qu'une!  J'étais curieuse de savoir si je l'apprécierais différemment, plusieurs décennies plus tard...  J'ai bien lu il y a quelques années quelques œuvres mineures, moins connues et beaucoup plus courtes, mais il me tardait de renouer avec un de ses monuments de la littérature.  Celui-ci, je n'avais pas voulu le lire à l'époque, car je croyais (à tort) que le gros de l'histoire se déroulait en prison, ce qui ne m'attirait pas.

Première constatation: Dumas se lit beaucoup plus aisément que d'autres auteurs classiques. Peu de longues descriptions, peu de digressions, beaucoup de dialogues...  Ce Comte de Monte-Cristo est une sacrée brique, mais on avance allègrement.

Deuxième constatation: certains éléments de l'intrigue sont plutôt tirés par les cheveux!  Certaines péripéties m'ont semblé n'avoir aucune explication logique.  Bien sûr, l'abondance de coïncidences fait presque partie du plaisir dans ce genre de romans, je l'avais déjà remarqué chez Dickens, par exemple. Mais faut pas pousser mémère non plus, et si c'est exagéré, ça peut nous faire décrocher. C'est ce qui m'était arrivé dans Notre-Dame de Paris, dont je n'avais pas du tout aimé la fin.  Et ça a bien failli m'arriver ici aussi!  Alors je me demande si c'était la même chose avec les scénarios des Trois Mousquetaires et autres... Peut-être que j'avais tout simplement moins de sens critique en ce temps-là?

Heureusement j'ai décidé de m'en faire une raison, et finalement l'intrigue a repris du poil de la bête dans la deuxième partie, pour devenir absolument passionnante! J'ai notamment savouré l'ambiance presque gothique de l'hôtel particulier des Villefort. Il y a bien un petit quelque chose qui m'a agacée à la toute fin (je ne peux en dire plus sans trop dévoiler), mais sinon j'ai vraiment eu énormément de plaisir. 


Le Comte de Monte-Cristo d'Alexandre Dumas, 1845, 1320 p.

02 juin 2019

Heat Rises (Froid d'enfer)

(Série Nikki Heat, tome 3)


Bon, une chance que j'ai relu le billet du tome précédent car je croyais avoir lu le tome 1 et j'allais vous expliquer que j'avais sauté directement  au tome 3...  Mais non, c'est le tome 1 que je n'ai toujours pas lu!  Moi et ma mémoire de poisson rouge!

Étrangement, mon avis sur cet opus-ci est l'inverse de l'autre.  D'une part, j’ai trouvé que le fait d'être un produit dérivé de la série télévisée Castle (lire le billet du tome 2 pour plus d'explications) nuisait un peu au suspense, car cela rend certains détails plus prévisibles: par exemple, s'il y a un traître dans le service de police, on sait que ce ne sera pas un tel ou un tel, car les personnages dont ils sont inspirés sont d'une loyauté indéfectible.

D'autre part, j'ai trouvé l'intrigue assez bien ficelée (même s'il y a un point que j'avais deviné) et les scènes d'action vraiment prenantes.  Sans qu'on soit dans la grande littérature, l'écriture m'a semblé correcte, alors qu'elle m'avait paru de piètre qualité précédemment.

Point commun entre les deux tomes, les dialogues sont vraiment amusants, en particulier lorsque les policiers se taquinent entre eux, ce qui a en même temps un côté émouvant lors d'événements dramatiques, puisque c'est pour eux une façon de démontrer leur amitié et leur solidarité dans l'adversité.

Alors, est-ce que je vais en lire d'autres tomes?  Peut-être, si l'occasion se présente...  Cela dit, ce bouquin traînait dans ma PAL depuis 2013, il en était même le doyen.  Je ne vais donc pas m'empresser d'en racheter un autre!  De plus, je viens de constater que cette série comprenait neuf tomes, ça me semble un peu exagéré!  Ça doit avoir un petit côté répétitif, non?


Heat Rises (série Nikki Heat, tome 3) de Richard Castle, 2011, 401 p.  Titre de la traduction française: Froid d'enfer.

31 mai 2019

Trésors de Tolkien

Quel bel album!

Le texte succinct présentant la vie et l’œuvre du grand auteur n'apprendra pas grand-chose aux connaisseurs. Dans mon cas, il y a bien quelques petits détails que je ne connaissais pas ou que j'avais oubliés, mais je me souvenais des grandes lignes.

L'intérêt de ce livre réside avant tout dans les magnifiques illustrations (et quelques photos) tirées des archives personnelles de l'écrivain.  Aquarelles, gouaches, dessins à l'encre ou aux crayons, tout est magnifique.  Quel artiste, ce Tolkien!  Il y a non seulement les illustrations destinées à accompagner ses œuvres, (incluant les maquettes des pages couvertures, superbes) mais aussi des dessins pour ses enfants et sa femme.  L'album se termine avec un intéressant chapitre sur les cartes. On connaît celles qui ont été publiées dans Bilbo le Hobbit et dans Le Seigneur des anneaux, mais qu'il est passionnant et même émouvant de voir celles qu'il a dessinées comme outil de travail (incluant plusieurs versions de la région de Minas Tirith)!  On peut y déchiffrer des notes et des ratures.  Il semble qu'il s'en servait notamment pour calculer la distance parcourue chaque jour par ses héros dans leur périple, tant la vraisemblance était importante pour lui, sachant qu'un hobbit ne voyage pas au même rythme qu'un Rôdeur!

Avertissement aux vieux fans comme moi, la traduction utilisée dans le chapitre sur Le Seigneur des anneaux est celle toute récente de Daniel Lauzon.  Il est donc d'abord un peu déconcertant de retrouver des noms comme Bilbo Bessac ou Fendeval (au lieu de Fondcombe), mais on s'y fait.

Je vous laisse avec quelques-unes de ces œuvres époustouflantes (même si ces petites reproductions ne leur rendent pas justice...):

Maquette pour la couverture du Hobbit

Le village des Hobbits

Les Nains arrivent aux campement des Trolls


Trésors de Tolkien de Catherine McIlwaine, 2018, 144 p.  Titre de la version anglaise: Tolkien Treasures.

23 mai 2019

La Couette de l'oubli

(Série Le Donjon de Naheulbeuk, tome 1)

 

Roman assez niché destiné aux lecteurs se trouvant dans l'intersection des ensembles «amateur de jeux de rôles de fantasy» et «appréciant l'humour de style Kaamelott». Si c'est votre cas, vous ne manquerez pas  de rigoler un bon coup en lisant ce machin absolument hilarant décrivant les péripéties d'un groupe d'aventuriers ineptes qui ont à leurs trousses tout ce que le royaume compte de fanatiques et d'assassins.

Comme j'ai l'impression que peu de mes lecteurs se reconnaîtront dans le public-cible sus-mentionné, je ne m'étends pas trop sur le sujet, sauf pour dire que cette série comprend aussi des bandes dessinées, que j'ai bien l'intention de découvrir sans trop tarder.


La Couette de l'oubli (série Le Donjon de Naheulbeuk, tome 1) de John Lang, 2008, 377 p.

17 mai 2019

Un de Baumugnes

J'ai choisi d'orner ce billet de ce beau paysage même si ce n'est pas l'édition que j'ai lue...  La mienne comporte une couverture vert forêt avec bordure dorée du plus bel effet mais qui serait un peu ennuyante ici.  Cela dit, quel plaisir tout de même de feuilleter cette édition luxueuse datant des années soixante-dix, avec ses illustrations en couleur et son papier si épais que je devais souvent vérifier que je n'avais pas tourné plusieurs pages en même temps!  Par contre, je n'ai pas osé transporter cette brique dans ma sacoche comme à l'habitude, de peur de me démettre une vertèbre cervicale tant elle est massive!  C'est que Un de Baumugnes y est suivi d'un autre texte de Giono, Les Vraies Richesses, que je lirai éventuellement, et que de surcroit sa couverture solidement cartonnée rend l'objet particulièrement pesant.

Après le gros coup de cœur qu'avait été Regain il y a quelques années, j'avais peur d'avoir placé la barre trop haute et d'être déçue par ce roman qui fait partie de la même trilogie dite «de Pan».  Finalement, sans être aussi dithyrambique, mon avis est très favorable.  On a ici une histoire qui, sans avoir l'envergure et la portée symbolique de la précédente*, est tout de même fort jolie, toute simple et racontée avec les mots magnifiques de la Provence.

Seule petite déception, j'aurais aimé qu'on passe un peu de temps dans ce fameux village de Baumugnes dont est originaire un des personnages et où l'on communique avec des airs d'harmonica en souvenir des ancêtres qui avaient eu la langue coupée lors des guerre de religion (on voulait ainsi les empêcher de réciter leurs cantiques!) et avaient inventé cette façon de parer à leur handicap.

Une lecture des plus agréables, trop vite passée!


*Je dis précédente par rapport à mon ordre de lecture, mais en réalité dans la trilogie Un de Baumugnes précède Regain, et le premier tome est en fait intitulé Colline.  Peu importe, on peut les lire de façon indépendante et dans n'importe quel ordre; je crois qu'ils n'ont été regroupés qu'à cause de leur thème similaire.


Un de Baumugnes de Jean Giono, 1929, 127 p.

08 mai 2019

Something Rotten (Sauvez Hamlet!)

(Série Thursday Next, tome 4)


Alors, je ne reprends pas ce que j'ai dit pour les trois tomes précédents de cette excellente série: délicieux mélange des genres, humour déjanté, personnages loufoques, nombreuses références littéraires, etc.  Tout cela s'applique encore ici, pour notre plus grand plaisir!  Disons tout de même que j'ai trouvé la fin de ce tome-ci particulièrement réussie.

J'étais drôlement contente d'avoir lu Hamlet il y a quelques mois, car le personnage du Prince du Danemark joue ici un rôle important.  Et j'ai été rassurée: si je n'avais pas tout compris dans cette pièce en général, et au personnage d'Hamlet en particulier, c'est normal, il paraît que personne n'a compris et que les plus grands érudits ne s'entendent même pas entre eux!  Hamlet est-il fou ou fait-il semblant, est-il oui ou non amoureux d'Ophélie, pourquoi est-il si indécis?  Alors de lire ici que le personnage lui-même ne comprend pas ses propres motivations, c'était tout simplement jubilatoire!

Chers lecteurs qui avez lu les tomes suivants, dites-moi donc s'il y a des lectures préalables à faire?  Je crois reconnaître Sherlock Holmes sur la couverture du tome 5; je n'ai lu que Le Chien des Baskerville, en plus d'avoir vu différentes adaptations cinématographiques et télévisuelles, est-ce suffisant?  Et qu'en est-il des tomes 6 et 7?


Something Rotten (Série Thursday Next, tome 4) de Jasper Fforde, 2004, 400 p.  Titre de la traduction française: Sauvez Hamlet!

24 avril 2019

L'Art français de la guerre

Livre trouvé dans une «boîte à livres» par ma mère...  Elle a eu la main heureuse car je l'ai beaucoup aimé! Dire que j'ai failli ne pas le prendre lorsqu'elle a offert de me le prêter avant même de l'avoir lu elle-même; j’essaie de faire diminuer ma PAL, non de l'augmenter avec une grosse brique au titre bizarre et dont je n'ai jamais entendu parler!

Le roman est constitué d'une alternance de chapitres historiques se déroulant durant les trois guerres auxquelles la France a participé durant les années 40 à 60 (Deuxième Guerre mondiale, Indochine, Algérie) et de chapitres racontés à la première personne par le narrateur et qui se passent de nos jours.  L'idée étant de voir comment l'usage grandissant de la force par les Français a causé des traumatismes qui se répercutent jusqu'à aujourd'hui dans la société.

La plume de Jenni est absolument magnifique, son style très travaillé, son vocabulaire recherché.  Cela pourrait même paraître pédant à certains, moi cela m'a beaucoup plu.  Le seul petit défaut, qui a empêché ce livre de se voir décerner le titre de coup de coeur, c'est le côté un peu prêchi-prêcha des parties contemporaines.  Même si je suis d'accord avec la plupart des idées (sur le racisme et l’extrémisme, sur le pouvoir salvateur de l'art et le pouvoir unificateur de la langue), j'ai trouvé le ton parfois un peu moralisateur et ces passages m'ont semblé un peu long.  Je préférais nettement les chapitres historiques et j'avais toujours hâte d'y revenir.

Petit détail amusant, chaque chapitre porte un titre intrigant, qui nous donne envie de nous y plonger: «Monter au maquis en avril», «L'arrivée juste à temps du convoi des zouaves portés», etc.

Bref, un roman qui n'est pas parfait mais une lecture marquante, certainement ma meilleure de l'année jusqu'à maintenant (il faut préciser toutefois que le premier trimestre de 2019 a été un peu bof, livresquement parlant!)


L'Art français de la guerre d'Alexis Jenni, 2011, 633 p.

27 mars 2019

La Peau du tambour

Quelle belle description de la ville de Séville!  Les orangers en fleur, les balcons en fer forgé ornés de géraniums, les terrasses inondées de soleil, l'architecture aux influences multiples...  Vraiment, en cet hiver qui ne finit plus, cela fait du bien au moral de s'y trouver transporté.

J'ai aussi beaucoup apprécié certains personnages secondaires, notamment les trois malfrats maladroits (j'en aurais pris encore plus, de leurs mésaventures hilarantes!).  Et j'ai aimé l'atmosphère de cette vieille église en ruine, en proie aux pires spéculations et enjeu de divers complots.  Malheureusement, les personnages principaux m'ont laissée un peu indifférente et j'ai été lassée par de nombreuses répétitions: à chaque fois qu'on revoit tel ou tel personnage, il faut qu'on nous décrive comment ils sont habillés et coiffés, même ceux qui sont toujours habillés de la même façon!  De plus, l'intrigue est assez banale; Arturo Pérez-Reverte nous a habitués à plus d'intelligence et de subtilité!

Bref, une lecture divertissante mais pas inoubliable,  un livre à lire plus pour le dépaysement et l'ambiance que pour l'intrigue policière. Mais je n'en veux pas à mon cher APR, je lui pardonne ce petit faux-pas puisque j'ai beaucoup aimé, voire adoré dans certains cas, les six autres romans de lui que j'ai lus.


La Peau du tambour d'Arturo Pérez-Reverte, 1995, traduit de l'espagnol en 1997, 461 p.  Titre de la version originale: La piel del tambor

11 mars 2019

L'Idiot

Et voilà, encore un défi annuel réussi! (Voir mon bilan annuel pour plus de détail...)  Malheureusement, contrairement à la plupart des années précédentes (Proust, Melville, Cervantès...), je n'y ai pas pris beaucoup de plaisir.

Il y a bien des années, j'étais resté sur ma faim avec Crime et châtiment. Je garde peu de souvenir de l'expérience si ce n'est que je n'avais éprouvé aucune sympathie pour les personnages.  Or, si j'ai pu donner une deuxième chance à Camus cet automne, pourquoi pas à Dostoïevski?

Il y a bien quelques passages amusants, quelques personnages sympathiques ou rigolos, tous bien typés (le fonctionnaire obséquieux, le vieux général alcoolique et mythomane, etc).  Mais l'intrigue est extrêmement tarabiscotée, il y a des sauts dans le temps où des événements importants se produisent mais ne nous sont ensuite révélés qu'au compte-gouttes, et on se perd dans la multitude de personnages (bien sûr, l'habitude de les désigner parfois par leur nom de famille, parfois par leur prénom et patronyme, comme Ivan Machinchouettovich, voire par leur surnom -- Kolia pour Nicolas, Ganya pour Gabriel -- ou leur titre honorifique n'aidait en rien la situation, mais la même difficulté se présente chez Tolstoï et ça ne m'a pas empêchée d'adorer Guerre et Paix).  

Mais le pire, c'est que bien souvent je ne pigeais rien aux réactions et aux motivations des personnages.  Alors je me suis demandé tout du long si je suis trop cornichonne, si c'est dû à des différences culturelles entre le Québec et la Russie ou à une mauvaise traduction...  Celle-ci est sûrement assez ancienne, puisque la version que j'ai téléchargée fait partie du domaine public (le nom du traducteur n'est pas mentionné puisque la couverture manque, remplacée par le portrait de l'auteur, et on n'a donc aucune précision sur l'édition numérisée).  Elle m'a pourtant semblé assez correcte, à part une fois ou deux où j'ai lu et relu en vain une phrase comprenant un double négatif, comme par exemple celle-ci: Il n'est pas douteux qu'il n'avait subi aucune contrainte -- selon vous, il a subi des contraintes ou pas?  Alors peut-être qu'il y a eu d'autres endroits où un certain flou, de façon imperceptible mais réelle, nuisait à la compréhension.  La seule façon de tirer l'affaire au clair serait de le relire dans une autre traduction, mais je n'ai pas ce courage!

Bref, une lecture frustrante et très longue.  Pas fâchée d'avoir terminé!


L'Idiot de Fedor Dostoïevski, 1868, env. 800-900 p. dépendant des éditions.

07 février 2019

Les Autres

Premier contact avec cette auteure... et ça risque fort d'être le dernier!

Le début semblait pourtant prometteur, et le concept intéressant: lors d'une fête de famille, on joue à un jeu de société qui permet de découvrir ce que les autres pensent de nous.  Le roman est divisé en trois parties. Dans la première, constituée de très courts chapitres d'une page ou deux, voire d'un seul paragraphe, on est dans la tête de chaque personnage tour à tour.  Dans la deuxième partie, on revoit la même scène mais seulement avec les dialogues.  Puis dans la troisième, on reprend de nouveau mais cette fois du point de vue d'un narrateur omniscient.

La première centaine de pages est fort réussie.  C'est rythmé, on est intrigué, on veut comprendre ce qu'il y a derrière les sous-entendus.  Malheureusement, on a rapidement l'impression que ça tourne en rond, qu'on revient toujours sur les mêmes choses, et le tout est extrêmement verbeux. De plus, on ne voit presque pas le personnage que j'ai trouvé le plus intéressant, la grand-maman centenaire clouée dans son lit à l'étage.  L'intérêt est quelque peu ravivé vers la fin grâce à quelques révélations,  mais rendu là c'est trop tard, on a juste hâte que cela se termine. Dommage!


Les Autres d'Alice Ferney, 2006, 533 p.

30 janvier 2019

Hamlet

En empruntant cette célébrissime pièce de théâtre à la bibliothèque municipale, j'ai hésité entre deux éditions différentes.  La première se destinait à un public d'écoliers et avait une présentation très scolaire.  La deuxième, celle que j'ai choisie, est cette version bilingue de la collection Folio Théâtre.  Malheureusement, j'ai trouvé en fin de compte qu'elle s'adressait à un public d'initiés, de spécialistes de Shakespeare et de la littérature anglaise de la Renaissance.  Les notes précisaient des détails pointus d'interprétation plutôt que de nous aider à comprendre le texte (plein de métaphores et de sous-entendus non évidents pour nous du XXIe siècle), si bien que j'ai rapidement arrêté d'aller les lire car elles ne m'apportaient rien.  Elles comportaient même des divulgâcheurs, car leur auteur prenait pour acquis qu'on connaissait déjà l'histoire.  J'ai péché par orgueil, c'est l'édition scolaire qui m'aurait été plus utile!

Je n'ai pas non plus raffolé de la traduction de Jean-Michel Déprats.  Le sens des dialogues m'échappait souvent tant ils étaient tarabiscotés.  Aurait-ce été différent avec une autre traduction?  J'avoue que je ne suis pas allée vérifier.  J'aurais peut-être dû utiliser la version traduite par Google Translate, Jambonlaissé de Guillaume Remuepoire, dont il est question dans un article de L'Obs que m'a fait parvenir une lectrice fidèle.  À défaut de tout comprendre, au moins j'aurais bien rigolé!

Donc j'ai aimé cette pièce classique, sans plus, et j'avoue ne pas avoir tout compris.  En quoi le fait de se faire passer pour fou aidait-il Hamlet à mettre à exécution sa vengeance?  Et Ophélie, il était amoureux d'elle ou pas?

Par contre, le principe de l'édition bilingue m'a beaucoup plu.  On lit en français pour plus de facilité (facilité toute relative, vous l'aurez compris!) mais pour la beauté du style on jette de temps en temps un coup d’œil à la version originale.

Le plus important, c'est que je suis maintenant prête à lire Something Rotten (Sauvez Hamlet, le quatrième tome de l'extra-chouette série Thursday Next de Jasper Fforde), qui devrait pouvoir sortir de ma PAL très bientôt! Youpi!


Hamlet de Shakespeare, 1603, 405 pages en édition bilingue, incluant les annexes. 

26 janvier 2019

Internet rend-il bête?

Réponse: cela dépend de la définition de «bête».  Ce qui est sûr, selon Nicholas Carr, c'est que l'Internet modifie notre façon de travailler, de lire et jusqu'à nos circuits neuronaux.  Si notre cerveau y gagne sur certains points (reconnaissance des stimuli visuels, prise de décision rapide), il y perd aussi sur d'autres et non des moindres: mémoire, concentration, aptitude à lire «en profondeur» (par opposition à une lecture superficielle), capacité d'analyse, voire même une certaine compassion.  Bien sûr, l'humanité va s'adapter à ces changements comme elle s'est adaptée à d'autres bouleversements technologiques (invention de l'écriture, de l'horloge, de l'imprimerie), mais la question que pose Carr est: dans ce cas-ci, est-ce souhaitable?

Voilà un essai qui fait certainement réfléchir.  On ne retournera pas en arrière, l'Internet fait maintenant partie de nos vies.  Mais on peut se réserver des moments où on lit dans le silence, loin de toute distraction (et non dans le salon à côté de Gropitou qui regarde un de ses films de série B imbéciles), des textes qui demandent plus de concentration.  Privilégier à l'occasion la version papier ou à tout le moins la liseuse non connectée.  Car tout hyperlien, toute publicité en marge de l'écran, nous empêche de nous absorber complètement dans le texte en demandant constamment à notre cerveau, sans même qu'on en soit conscient bien souvent, s'il doit s'en occuper.  Une partie de notre mémoire de travail est donc affectée à la prise de décision au dépend de la lecture profonde, de l'analyse et de la mémorisation.  Et une fois que nos circuits neuronaux s'atrophient, il est difficile de leur redonner leur tonus d'antan.

Comme ma liseuse commence à se faire vieille (et surtout que le logiciel de Sony Reader n'est plus maintenu à jour, ce qui occasionne des problèmes de téléchargement, merci Sony), j'aurai sans doute à la changer éventuellement.  Avant de lire ce livre, je me disais que ce serait chouette d'en avoir une connectée au Wi-Fi, ainsi on peut aller vérifier des trucs sur wikiki sans même se lever.  Maintenant je ne suis pas sûre que ce soit une si bonne idée.  Il paraît même que dans le futur, nous pourrons communiquer en cours de lecture et en temps réel avec d'autres lecteurs pour comparer nos impressions, lire les notes ajoutées par les lecteurs précédents, etc. Ark!  Très peu pour moi!  Autant j'aime lire des avis sur les blogues et les forums une fois le livre fini, autant fichez-moi la paix pendant que je lis!!!


Internet rend-il bête? de Nicholas Carr, traduit de l'anglais, 2010, 315 p.  Titre de la version originale: The Shallows.

13 janvier 2019

Monsieur le chat

Voici un livre dont je n'avais jamais entendu parler, ni de son auteur, d'ailleurs.  Je cherchais autre chose à la bibliothèque municipale, le titre a accroché mon oeil (surprenant n'est-ce pas?), la couverture était mignonne, et hop! on l'embarque!

Les chats dans la mythologie, dans la littérature, en peinture, les écrivains et leurs chats, François Alyn nous parle des félins d'une plume poétique, en suivant son inspiration, ce qui résulte en un livre au genre indéfinissable, non dépourvu de charme mais un peu désordonné et fourre-tout.

Qui trop aime, mal étreint, comme disait l'autre.  Dans plusieurs chapitres, on papillonne d'un sujet à l'autre sans en approfondir aucun, si bien qu'à la fin on n'a rien retenu même si l'on ne s'est pas ennuyé.  Ailleurs, les thèmes sont mieux définis et c'est alors un vrai plaisir, comme lorsqu'il nous parle du chat Bébert qui suivit Céline dans sa fuite en train à travers l'Allemagne bombardée, caché dans un sac en bandoulière, pour ensuite vivre l'exil avec lui au Danemark, ou de Venise où les chats de gouttière sont maîtres, un passage qui m'a fait penser au très mignon film Kedi que j'ai vu cet automne au cinéma, qui nous présente une autre ville amoureuse de ses félins, Istanbul.

Donc une lecture agréable mais imparfaite, pour amateurs de chats seulement!


Monsieur le chat de Marc Alyn, 2009, 276 p.