07 février 2019

Les Autres

Premier contact avec cette auteure... et ça risque fort d'être le dernier!

Le début semblait pourtant prometteur, et le concept intéressant: lors d'une fête de famille, on joue à un jeu de société qui permet de découvrir ce que les autres pensent de nous.  Le roman est divisé en trois parties. Dans la première, constituée de très courts chapitres d'une page ou deux, voire d'un seul paragraphe, on est dans la tête de chaque personnage tour à tour.  Dans la deuxième partie, on revoit la même scène mais seulement avec les dialogues.  Puis dans la troisième, on reprend de nouveau mais cette fois du point de vue d'un narrateur omniscient.

La première centaine de pages est fort réussie.  C'est rythmé, on est intrigué, on veut comprendre ce qu'il y a derrière les sous-entendus.  Malheureusement, on a rapidement l'impression que ça tourne en rond, qu'on revient toujours sur les mêmes choses, et le tout est extrêmement verbeux. De plus, on ne voit presque pas le personnage que j'ai trouvé le plus intéressant, la grand-maman centenaire clouée dans son lit à l'étage.  L'intérêt est quelque peu ravivé vers la fin grâce à quelques révélations,  mais rendu là c'est trop tard, on a juste hâte que cela se termine. Dommage!


Les Autres d'Alice Ferney, 2006, 533 p.

30 janvier 2019

Hamlet

En empruntant cette célébrissime pièce de théâtre à la bibliothèque municipale, j'ai hésité entre deux éditions différentes.  La première se destinait à un public d'écoliers et avait une présentation très scolaire.  La deuxième, celle que j'ai choisie, est cette version bilingue de la collection Folio Théâtre.  Malheureusement, j'ai trouvé en fin de compte qu'elle s'adressait à un public d'initiés, de spécialistes de Shakespeare et de la littérature anglaise de la Renaissance.  Les notes précisaient des détails pointus d'interprétation plutôt que de nous aider à comprendre le texte (plein de métaphores et de sous-entendus non évidents pour nous du XXIe siècle), si bien que j'ai rapidement arrêté d'aller les lire car elles ne m'apportaient rien.  Elles comportaient même des divulgâcheurs, car leur auteur prenait pour acquis qu'on connaissait déjà l'histoire.  J'ai péché par orgueil, c'est l'édition scolaire qui m'aurait été plus utile!

Je n'ai pas non plus raffolé de la traduction de Jean-Michel Déprats.  Le sens des dialogues m'échappait souvent tant ils étaient tarabiscotés.  Aurait-ce été différent avec une autre traduction?  J'avoue que je ne suis pas allée vérifier.  J'aurais peut-être dû utiliser la version traduite par Google Translate, Jambonlaissé de Guillaume Remuepoire, dont il est question dans un article de L'Obs que m'a fait parvenir une lectrice fidèle.  À défaut de tout comprendre, au moins j'aurais bien rigolé!

Donc j'ai aimé cette pièce classique, sans plus, et j'avoue ne pas avoir tout compris.  En quoi le fait de se faire passer pour fou aidait-il Hamlet à mettre à exécution sa vengeance?  Et Ophélie, il était amoureux d'elle ou pas?

Par contre, le principe de l'édition bilingue m'a beaucoup plu.  On lit en français pour plus de facilité (facilité toute relative, vous l'aurez compris!) mais pour la beauté du style on jette de temps en temps un coup d’œil à la version originale.

Le plus important, c'est que je suis maintenant prête à lire Something Rotten (Sauvez Hamlet, le quatrième tome de l'extra-chouette série Thursday Next de Jasper Fforde), qui devrait pouvoir sortir de ma PAL très bientôt! Youpi!


Hamlet de Shakespeare, 1603, 405 pages en édition bilingue, incluant les annexes. 

26 janvier 2019

Internet rend-il bête?

Réponse: cela dépend de la définition de «bête».  Ce qui est sûr, selon Nicholas Carr, c'est que l'Internet modifie notre façon de travailler, de lire et jusqu'à nos circuits neuronaux.  Si notre cerveau y gagne sur certains points (reconnaissance des stimuli visuels, prise de décision rapide), il y perd aussi sur d'autres et non des moindres: mémoire, concentration, aptitude à lire «en profondeur» (par opposition à une lecture superficielle), capacité d'analyse, voire même une certaine compassion.  Bien sûr, l'humanité va s'adapter à ces changements comme elle s'est adaptée à d'autres bouleversements technologiques (invention de l'écriture, de l'horloge, de l'imprimerie), mais la question que pose Carr est: dans ce cas-ci, est-ce souhaitable?

Voilà un essai qui fait certainement réfléchir.  On ne retournera pas en arrière, l'Internet fait maintenant partie de nos vies.  Mais on peut se réserver des moments où on lit dans le silence, loin de toute distraction (et non dans le salon à côté de Gropitou qui regarde un de ses films de série B imbéciles), des textes qui demandent plus de concentration.  Privilégier à l'occasion la version papier ou à tout le moins la liseuse non connectée.  Car tout hyperlien, toute publicité en marge de l'écran, nous empêche de nous absorber complètement dans le texte en demandant constamment à notre cerveau, sans même qu'on en soit conscient bien souvent, s'il doit s'en occuper.  Une partie de notre mémoire de travail est donc affectée à la prise de décision au dépend de la lecture profonde, de l'analyse et de la mémorisation.  Et une fois que nos circuits neuronaux s'atrophient, il est difficile de leur redonner leur tonus d'antan.

Comme ma liseuse commence à se faire vieille (et surtout que le logiciel de Sony Reader n'est plus maintenu à jour, ce qui occasionne des problèmes de téléchargement, merci Sony), j'aurai sans doute à la changer éventuellement.  Avant de lire ce livre, je me disais que ce serait chouette d'en avoir une connectée au Wi-Fi, ainsi on peut aller vérifier des trucs sur wikiki sans même se lever.  Maintenant je ne suis pas sûre que ce soit une si bonne idée.  Il paraît même que dans le futur, nous pourrons communiquer en cours de lecture et en temps réel avec d'autres lecteurs pour comparer nos impressions, lire les notes ajoutées par les lecteurs précédents, etc. Ark!  Très peu pour moi!  Autant j'aime lire des avis sur les blogues et les forums une fois le livre fini, autant fichez-moi la paix pendant que je lis!!!


Internet rend-il bête? de Nicholas Carr, traduit de l'anglais, 2010, 315 p.  Titre de la version originale: The Shallows.

13 janvier 2019

Monsieur le chat

Voici un livre dont je n'avais jamais entendu parler, ni de son auteur, d'ailleurs.  Je cherchais autre chose à la bibliothèque municipale, le titre a accroché mon oeil (surprenant n'est-ce pas?), la couverture était mignonne, et hop! on l'embarque!

Les chats dans la mythologie, dans la littérature, en peinture, les écrivains et leurs chats, François Alyn nous parle des félins d'une plume poétique, en suivant son inspiration, ce qui résulte en un livre au genre indéfinissable, non dépourvu de charme mais un peu désordonné et fourre-tout.

Qui trop aime, mal étreint, comme disait l'autre.  Dans plusieurs chapitres, on papillonne d'un sujet à l'autre sans en approfondir aucun, si bien qu'à la fin on n'a rien retenu même si l'on ne s'est pas ennuyé.  Ailleurs, les thèmes sont mieux définis et c'est alors un vrai plaisir, comme lorsqu'il nous parle du chat Bébert qui suivit Céline dans sa fuite en train à travers l'Allemagne bombardée, caché dans un sac en bandoulière, pour ensuite vivre l'exil avec lui au Danemark, ou de Venise où les chats de gouttière sont maîtres, un passage qui m'a fait penser au très mignon film Kedi que j'ai vu cet automne au cinéma, qui nous présente une autre ville amoureuse de ses félins, Istanbul.

Donc une lecture agréable mais imparfaite, pour amateurs de chats seulement!


Monsieur le chat de Marc Alyn, 2009, 276 p.

31 décembre 2018

Bye-bye 2018!

Voici mon petit bilan annuel; petit est l'adjectif qui convient car je suis un peu déçue du total: 33.  Il faut dire que cet été a été peu propice à la lecture de balcon, mon sport favori!  Il faisait bien trop chaud, j'ai passé presque tous mes temps libres à l'intérieur, à l'air climatisé.  Et à l'intérieur il y a plus de distractions: la télé, l'internet, Mina qui veut jouer à lance-la-baballe...  Le début d'année avait été lent, avec plusieurs gros pavés (coucou, M. Cervantès!). Je m'étais rattrapée un peu cet automne avec plusieurs lectures rapides mais la lourdeur de Philip Roth est venue freiner cet élan.

Par contre, si quantitativement j'obtiens à peine la note de passage (tout de même mieux que le pitoyable 26 de 2016), d'un point de vue qualitatif ce fut une excellente année, si bien que le choix de mon traditionnel Top 3 fut déchirant!

Voici la liste de toutes mes lectures (sauf les BD et romans graphiques, que je ne compte pas. De toutes façons, je n'en lis que 3-4 par année).  Pour lire les billets correspondants, vous pouvez consulter l'index dans la colonne de droite, je vais pas me taper tous les liens, hé ho!
  1. It de Stephen King
  2. L'Affaire Guillot (Les Chroniques de Gervais d'Anceny, tome 3) de Maryse Rouy
  3. Mais que lit Stephen Harper? de Yann Martel
  4. Tales of the City de Armistead Maupin
  5. Don Quichotte (tome 1) de Miguel de Cervantès
  6. Station Eleven d'Emily St. John Mandel
  7. Le Plongeur de Stéphane Larue
  8. Don Quichotte (tome 2) de Miguel de Cervantès
  9. Le Peintre d'aquarelles de Michel Tremblay
  10. Claudine à l'école de Colette
  11. Origin de Dan Brown
  12. Confessions of a Part-Time Sorceress de Shelly Mazzanoble
  13. Mon nom est Rouge d'Orhan Pamuk
  14. The Golden Notebook de Doris Lessing
  15. Les Racines du ciel de Romain Gary
  16. Sapiens: une brève histoire de l'humanité de Yuval Noah Harari
  17. A Fine Balance de Rohinton Mistry
  18. Le Collier rouge de Jean-Christophe Rufin
  19. On Cats de Doris Lessing
  20. La Cuisinière d'Himmler de Franz-Olivier Giesbert
  21. A Confederacy of Dunces de John Kennedy Toole
  22. La Salamandre de Marc Paillet
  23. Murder, Mr. Mosley de John Greenwood            
  24. Mémoires d'Hadrien de Marguerite Yourcenar
  25. A Time to Kill de John Grisham 
  26. Les Villes de papier de Dominique Fortier
  27. L'anglais n'est pas une langue magique de Jacques Poulin
  28. Mercredi soir au Bout du monde d'Hélène Rioux
  29. La Petite et le vieux  de Marie-Renée Lavoie
  30. Néons et sakuras d'Alice Michaud-Lapointe et Ginette Michaud
  31. La Peste d'Albert Camus
  32. American Pastorale de Philip Roth
  33. Fanny de Marcel Pagnol  
Abandon:
La Constellation du lynx de Louis Hamelin  -- pas un mauvais livre mais je n'ai pas accroché du tout.  Je pense qu'il s'adresse soit à ceux qui ont bien connu la période d'Octobre 70, soit aux plus jeunes qui ne la connaissent pas du tout.  J'en connaissais juste assez pour être toute mêlée.

Tiens, je remarque qu'il y a des années où je comptais les abandons dans le total, c'est de la triche, non?

Top 3 de 2018:
  • Mémoires d'Hadrien de Marguerite Yourcenar -- l'écrivaine réussit le tour de force de nous faire oublier qu'elle n'est pas elle-même un vieil empereur romain du IIe siècle. 
  • Les Racines du ciel de Romain Gary -- je reprends ici la dernière phrase de mon billet: le genre de livre qui donne envie d'être un meilleur humain.
  • Station Eleven d'Emily St.John Mandel  -- un roman post-apocalyptique qui n'est pas noir mais au contraire rempli de beauté.

Prix citron 2018:
Cette année, deux récipiendaires ex-æquo. Bon, «citron» est peu-être un peu fort, mais ce fut tout de même de grosses déceptions.  Dans les deux cas, ce sont des livres cultes de la littérature américaine, de ces titres qu'on retrouve toujours dans les listes du style «les 100 romans américains qui blablabla». Comme quoi il vaut toujours mieux prendre ce genre de listes avec un grain de sel, même si elles sont amusantes à consulter.
  • A Confederacy of Dunces (La Conjuration des imbéciles) de John Kennedy Toole -- les personnages sont tous plus détestables les uns que les autres, comment s'y intéresser?
  • Tales of the City (Chroniques de San Francisco) de Armistead Maupin -- on dit pourtant cette série très drôle, j'ai à peine souri.  Un roman qui a mal vieilli selon moi, les tomes plus récents sont peut-être mieux.

Prix «Ça sort d'où, ce truc génial?» 2018:
Murder, Mr Mosley de John Greenwood -- je ne connaissais pas du tout cet auteur qui m'a fait rigoler tout haut à plusieurs reprises!  Dire que j'ai failli m'en débarrasser sans le lire après qu'il eut croupi plusieurs années dans ma PAL!

Prix «On n'a jamais trop de beauté dans notre vie» 2018:
Les Villes de papier de Dominique Fortier -- je ne me lasserai jamais de cette plume fine et délicate.

Quelques statistiques:
Lus en VO anglaise: 12
Littérature québécoise: 8
Traduit de l'hébreu: 1
Traduits de l'espagnol: 2
Traduit du turc: 1
Sur la liseuse: 10

Un portrait qui ressemble assez aux années précédentes, sauf en ce qui a trait aux littératures en langues étrangères (autre que l'English), nettement sous-représentées cette année, sans que je sache pourquoi.  Un pur hasard, je pense.

Résolution 2019:
Les habitués du blogue le savent, depuis plusieurs années je me lance un défi, celui de lire une œuvre «qui fait peur», que ce soit à cause de son sujet, de son style ou simplement de son volume impressionnant.  Il y a eu Proust, Céline, Melville, cette année ce fut Don Quichotte de Cervantès, une lecture surprenante par sa modernité!  Pour 2019, j'ai choisi de donner une deuxième chance à un écrivain que j'avais barré de la liste après une mauvaise expérience: Dostoïevski.  En effet, je n'avais pas du tout aimé Crime et Châtiment, mais j'étais peut-être simplement trop jeune quand je l'ai lu, vers 18-19 ans si je me souviens bien.  Comme l'a démontré mon expérience avec La Peste de Camus, il est parfois bon de revisiter après quelques décennies un auteur jusque-là banni de nos LAL.  Depuis quelques années, j'étais tentée par Les Frères Karamazov mais ce salaud de Marcel me l'a complètement divulgâché!  Alors ce sera L'Idiot, et ce sera en février car j'ai déjà recruté une participante du Forum de la Bonne lecture pour une LC (lecture commune).

Et vous, votre année livresque, bonne ou mauvaise? Des projets pour 2019?  Si vous faites un petit bilan sur votre blogue, n'hésitez pas à me laisser le lien dans les commentaires, que j'aille faire un petit tour par chez vous!

À vous tous, mes chers lecteurs, vieux habitués ou simples passants, je souhaite un merveilleux 2019, rempli de coups de cœur et sans aucun citron!

23 décembre 2018

Fanny

C'est avec bonheur que j'ai retrouvé César, Panisse et les autres!  Et aussi la plume de ce cher Pagnol, avec ses expressions si colorées!  «Avoir un polichinelle sous le tablier» (être enceinte), je vais m'en souvenir de celle-là!

Bien sûr, il y a quelques petites choses qui ont moins bien vieilli: traiter un asiatique de jaunâtre, même sous le coup de la colère, cela ne passe plus aussi bien!  Mais l'ensemble reste fort attachant et émouvant, les personnages tout aussi sympathiques et hauts en couleur que dans le premier tome de la trilogie, Marius.  Ajoutant au plaisir, cette vieille édition de 1970 comporte de jolies illustrations et une amusante préface de Pagnol lui-même racontant la création mouvementée de la pièce.  Je lirai la suite, César, sans trop tarder, car ***attention, Divulgâcheur: je suis convaincue que ce couillon de Marius va foutre le bordel dans la vie somme toute heureuse de Fanny!***Fin du divulgâcheur.


Fanny (La trilogie marseillaise, tome 2) de Marcel Pagnol, 1931, 237 p.

21 décembre 2018

American Pastoral (Pastorale américaine)

Dans ce roman de Philip Roth, un de ses plus connus, la désintégration d'une famille du New Jersey devient une métaphore pour la fin du rêve américain, cet espoir que chaque génération pourra offrir à la suivante une vie meilleure que la sienne, fin provoquée par une conjoncture d'événements durant les années 60-70: la guerre du Vietnam, le Watergate, les luttes raciales, la délocalisation des manufactures vers les pays du Tiers-monde, provoquant la ruine de nombre de petites villes.

Sujet fort intéressant, surtout que ces thèmes sont encore d'actualité.  Toutefois, j'avoue avoir eu un peu de peine à accrocher au début du roman.  Je ne voyais pas trop où on s'en allait, et surtout j'ai eu un peu de difficulté à lire la plume dense de Roth en VO -- je ne me souviens pas avoir eu ce problème avec The Plot Against America, peut-être parce que ce dernier est raconté du point de vue d'un enfant, donc avec un vocabulaire plus facile?  Après quelques chapitres, je me suis habituée et j'ai pu mieux apprécier l'histoire... pour déchanter de nouveau rendue au milieu: qu'est-ce que c'est long!  Je ne sais pas si c'est à cause des nombreux retours en arrière dans l'histoire de la famille Levov (une structure narrative qui pourtant me plaît en général), mais j'avais l'impression de ne pas avancer et qu'il ne se passait rien.

Dans la dernière partie, la tension remonte d'un cran et ça redevient passionnant.  La fin m'a interloquée et sur le coup j'étais déçue car certaines questions semblent rester sans réponses...  Mais à bien y penser, Roth nous donne assez de matière pour qu'on puisse conclure par nous-même.  Cela m'a réconciliée quelque peu avec ce bouquin.  C'est une fresque magnifique, un tableau de l'American Way of Life qui vient se péter la face contre un mur...  Cent pages de moins au milieu et ça aurait pu être un gros coup de cœur!  Dommage...


American Pastoral de Philip Roth, 1997, 423 p.  Titre de la traduction française: Pastorale américaine.