09 juillet 2017

La Supplication

Dix ans après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, la journaliste biélorusse Svetlana Alexievitch a recueilli les témoignages de différentes personnes touchées de près ou de loin par la tragédie, donnant enfin la parole à ceux auxquels ont avait ordonné de se taire pendant toutes ces années: familles des victimes, parents d'enfants nés avec des difformités, fonctionnaires, scientifiques, paysans évacués, liquidateurs (ces soldats ou civils envoyés sur les lieux pour contenir les fuites ou décontaminer les lieux, équipés de façon dérisoire).   

Le sentiment qui revient le plus souvent dans ces récits à la fois magnifiques et terribles, plus que la colère ou la peur, c'est l'incompréhension.  C'est en effet une expérience sans aucune mesure avec ce qu'on a pu vivre de mémoire d'homme.  La guerre, aussi traumatisante qu'elle puisse être, il y en a toujours eu, on a lu des livres, vu des films, on connaît des gens qui l'ont vécue...  Mais cette mort invisible, omniprésente, non.  Un soldat atteint par la radiation affirme qu'il aurait préféré mourir en Afghanistan, car la mort, là-bas, était banale, compréhensible.

Plusieurs de ces témoignages me resteront longtemps en tête.  Comme celui de cette femme qui a fui la guerre civile dans une des républiques de l'ex-URSS et qui s'est réfugiée dans un village contaminé, dans une maison abandonnée, parce que de cette terre-là, personne ne viendra la déloger... 


La Supplication de Svetlana Alexievitch, 1997, traduit du russe en 1998, 249 p.  Titre de la version originale: Tchernobylskaïa molitva.

03 juillet 2017

­L'amant en culottes courtes

Pour apprécier ce livre (largement autobiographique), il faut d'abord arriver à mettre de côté le léger malaise qui nous saisit en constatant qu'il raconte la liaison entre un petit Français  de 13 ans, en pension pendant un mois à Londres en 1957 pour y perfectionner son anglais, et une jeune étudiante de 20 ans.  Ce qui nous aide, c'est que, passé la scène du premier baiser, c'est toujours le garçon qui prend l'initiative.  Par contre difficile d'oublier qu'il est encore un gamin sur tous les plans autres que sexuels: il construit un avion en modèle réduit, va chaque jour s'acheter du chocolat au drugstore en postant sa lettre quotidienne à sa grand-maman, collectionne les petites voitures Matchbox et surtout, comme il le répète tout le long du roman, il porte des culottes courtes, à une époque où les pantalons étaient réservés aux «grands».

Ce garçon m'a semblé étrangement dégourdi pour un puceau, voulant expérimenter différentes positions et pratiques dès les premières fois.  Cela m'a paru peu réaliste. La jeune fille au contraire m'a agacée par sa passivité et je n'ai pas compris ce qu'elle recherchait dans cette relation, alors qu'elle avait par ailleurs un amoureux de son âge.

Le roman est de plus un peu long, il aurait pu avoir une centaine de pages en moins sans s'en porter plus mal.  Et puis il faut aussi passer par-dessus quelques réflexions un peu réactionnaires de l'auteur (par exemple, il est contre l'éducation sexuelle à l'école. Cette éducation devrait se faire par les pairs, les plus grands passent l'info aux plus petits...  On sait ce que ça donne!)

Là où j'ai vraiment beaucoup aimé ce livre, c'est dans la description du mode de vie de la petite bourgeoisie londonienne, des visites de Londres avec une vieille dame énergique engagée pour la circonstance, des différents membres de la famille, surtout la mère, genre de géante au cœur d'or que j'ai imaginée sous les traits d'une Julia Child britannique, et son mari qui ne dit jamais un mot et ne remplit les grilles de mots croisés qu'à moitié par amour de la modération!  Le tout vu de l’œil d'un petit Français qui a souvent des réflexions savoureuses sur le monde qu'il découvre.

Alors, c'est à lire ou pas?  À vous de voir!


L'Amant en culottes courtes d'Alain Fleischer, 2006, 655 p.

20 juin 2017

Song of Susannah (Le Chant de Susannah)

Tome 6 de la série The Dark Tower (La Tour sombre)


Plus j'avance dans cette (ô combien magnifique) heptalogie(?), plus j'ai de la difficulté à en parler sans:
1) reblablater la même chose que dans les billets précédents (super mélange de genres, monde complexe, personnages intrigants et/ou attachants, références à d'autres œuvres) et
2) ne rien divulgâcher (parce que je ne vous dis pas les énormités qu'on apprend dans ce tome!!!!!!!)

Qu'il suffît suffise suffites soit suffisant d'affirmer que je ne résisterai pas très longtemps avant de lire la suite parce que aaarrrggghhh! ce suspense!!!  Avant 2018, cette série sera bouclée!


Billets sur les tomes précédents: tome 1, tome 2, tome 3, tome 4, tome 5.


Song of Susannah (The Dark Tower, tome 6) de Stephen King, 2004,  344 p.  Titre de la traduction française: Le Chant de Susannah (La Tour sombre, tome 6).

16 juin 2017

Limonov

J'ai été un peu déboussolée au début de cette lecture puisque je croyais qu'Emmanuel Carrère y racontait l'histoire de son grand-père russe.  Finalement ce n'est pas ça du tout, je me suis mêlée avec une autre de ses œuvres, Un Roman russe.  Il m'a donc fallu faire un petit réajustement cérébral avant de continuer.

Dans ce livre-ci, Carrère écrit la biographie (à sa manière à lui, c'est-à-dire en parlant aussi de lui-même!) d'un écrivain et homme politique russe, Édouard Limonov.  Quel type fascinant!  Il a été poète, dissident, clochard, majordome d'un millionnaire américain, journaliste, prisonnier politique et bien d'autres choses encore.  Fascinant mais pas du tout sympathique...  C'est sans doute ce qui a empêché ce bouquin d'être un aussi gros coup de cœur que ne l'avait été ma première rencontre avec l'auteur, Le Royaume. (D'ailleurs, je viens de relire mon billet de 2015 et je constate que j'avais aussi été désarçonnée en commençant cette œuvre sur les débuts du christianisme... On dirait que ce cher Emmanuel a le don de me surprendre!)  Néanmoins j'ai beaucoup apprécié revisiter les soixante dernières années d'histoire européenne (l'URSS puis la Russie vues de l'intérieure, les guerres serbo-croato-bosniaques et tchétchènes, etc) du point de vue très spécial de ce personnage aux idées disons... discutables!  J'ai d'ailleurs dévoré ces presque cinq cents pages en quelques jours!  Et décidément, j'aime beaucoup, beaucoup la plume intelligente et drôle de Carrère!


Limonov d'Emmanuel Carrère, 2011, 488 p.

12 juin 2017

Impasse des deux palais

En quatrième de couverture, on affirme que Naguib Mahfouz était surnommé «le Zola du Nil» parce qu'il s'est attaché à décrire la société égyptienne dans toutes ses facettes.  Je ne peux en juger puisque c'était ma première rencontre avec cet écrivain, mais j'ai beaucoup apprécié la description qu'il fait ici d'une famille de la bonne bourgeoisie musulmane.  Tout comme chez Zola, les personnages ne sont pas unidimensionnels et il est intéressant de voir comment leur vie quotidienne est affectée par les événements politiques et sociaux (on est au début du XXe siècle, l'Égypte est sous protectorat anglais, mais la révolte gronde...)  J'ai frémi en constatant la condition des femmes, qui étaient littéralement prisonnières dans leur maison, n'en sortant que quelques fois par années dans des calèches fermées pour aller visiter leur famille!  Même les balcons étaient couverts d'un grillage ouvragé pour les soustraire à la vue des passants.  Et dire que dans certains pays c'est encore comme cela, ou que c'est en train de le redevenir...

Malgré tout, c'est une lecture qui n'est pas lourde car il y a aussi beaucoup d'amour dans cette famille et les répliques du plus jeune garçon sont vraiment drôles!  C'est la première partie d'une trilogie, j'ai déjà hâte de lire la suite! (Hé oui, j'ai commencé une autre série...)


Impasse des deux palais de Naguib Mahfouz, 1956, traduit de l'arabe en 1985, 670 p.

01 juin 2017

Moby Dick

Alors voilà, défi réussi!

En effet, lire Moby Dick d'Herman Melville en VO était le défi que je m'étais lancé cette année (après Proust en 2015 et Céline en 2016).  Et si, entre le vocabulaire nautique, les expressions archaïques (ere pour before, nigh pour near, etc) et les dialogues en anglais quaker de certains personnages (thou canst au lieu de you can), ça n'a pas été de la tarte, je suis bien contente d'avoir persévéré malgré tout, et ce, pour deux raisons.

Première raison, Moby Dick est un roman auquel on fait très souvent référence dans d'autres œuvres littéraires, cinématographiques ou télévisuelles.  Ainsi, j'ai compris pourquoi le chien de Dana Scully dans X-Files s'appelait Queequeg et pourquoi elle était surnommée Starbuck par son père, un officier de la marine américaine.  Starbuck étant d'ailleurs aussi le nom d'un personnage de Battlestar Galactica.  Et j'ai été épatée de retrouver la réplique de Khan au capitaine Kirk dans Star Trek II: Wrath of Khan dans la bouche de Ahab s'adressant à son ennemi juré lors de la confrontation finale: «To the last, I will grapple with thee... from Hell's heart, I stab at thee! For hate's sake, I spit my last breath at thee!», ce qui est tout à fait approprié puisque dans les deux cas il s'agit d'histoires de vengeance et d'obsession.  Pour citer Gropitou, quand c'est rendu qu'on reconnaît des dialogues de Star Trek dans un roman du XIXe siècle, c'est du obscur knowledge au second degré!  (Le obscur knowledge, ou connaissance obscure, étant cette faculté de se souvenir de détails insignifiants, comme par exemple le nom du chien de Scully dans X-Files...)

Deuxième raison: c'est un excellent roman!  Bon, il faut arriver à survivre aux nombreuses et plutôt longuettes digressions: le symbolisme de la couleur blanche, la classification des différentes espèces de cétacés, l'anatomie du cachalot, la représentation des baleines dans l'art (chapitre qui aurait été nettement plus intéressant en version illustrée!), etc.  Mais la fin est absolument palpitante et vaut à elle seule l'énergie qu'on aura mise à s'y rendre. Et puis j'ai aussi été étonnée de l'humour omniprésent, malgré le sujet assez sombre.  Enfin, il permet également une réflexion écologique, lorsqu'on compare le nombre de cétacés tués par année en ce temps-là à la quantité restante dans certaines espèces aujourd'hui...


Moby Dick de Herman Melville, 1851, 677 p. Titre de la traduction française: Moby Dick.

14 mai 2017

Un rendez-vous annuel...

C'est bientôt!

C'est du 20 au 28 mai que se tiendra le grand solde de livres des Amis de la bibliothèque de Montréal!  Attention, le lieu est changé. Bon, Gropitou est un peu déçu car la tradition voulait qu'on aille manger des hot-dogs steamés au Petit Québec, coin Rosemont et Saint-Michel, avant de se rendre à l'aréna, un coin de rue plus loin.  D'après Google, il n'y a aucun resto à proximité du nouveau lieu, dans Saint-Léonard. Il faudra donc bouffer avant de partir (on aime y aller en début d'après-midi pour éviter la cohue) ou apporter un pique-nique, pourquoi pas?

Toutes les infos par ici!

N'oubliez pas, c'est pour une bonne cause! (Je sais, tous les prétextes sont bons pour faire augmenter la PAL...)