27 juin 2020

La Horde du Contrevent

Coup de cœur!

Ce bouquin de Alain Damasio prend la tête dans la course au «Top 3» du bilan annuel...  J'ai fait plusieurs excellentes découvertes depuis le début de l'année, mais rien qui lui arrive au gros orteil!

Par contre, ce billet n'arrivera pas à lui rendre justice, je le sens.  D'abord, c'est dur d'en parler sans divulgâcher.  Et c'est une lecture dense, exigeante.  En plus, j'avais pris quelques notes mais comme je l'ai lu en prêt numérique et que ça m'a pris plus de vingt et un jours, le fichier s'est fermé et j'ai dû le télécharger de nouveau pour lire le dernier chapitre!  Adieu les notes!

Pour vous situer un peu, disons que ça se passe sur une planète balayée en permanence par le vent, au point qu'une véritable mythologie, voire une philosophie, s'est bâtie autour de cet élément météorologique, ainsi qu'un vocabulaire spécialisé.  De génération en génération, des expéditions sont formées pour remonter jusqu'à l'Extrême-Amont, pour connaître enfin la source de ce vent.

Il s'agit d'un roman choral, chaque passage étant raconté par un membre différent de l'expédition, identifié par son symbole.  À ce sujet, je vous recommande fortement de vous transcrire la liste des vingt-quatre personnages (avec leur symbole et fonction) sur un post-it, signet ou tatoué sur votre avant-bras.  Si vous retournez constamment à la liste au début du livre, vous ne vous en sortirez pas.  Aussi, je me suis rendu compte à la toute fin qu'il y avait en annexe une présentation des personnages, mais en fait je suis contente de ne pas l'avoir su car je trouve que découvrir peu à peu la personnalité et le passé de chacun fait partie du plaisir.  On s'aperçoit aussi qu'ils ont chacun leur façon de s'exprimer, leur voix propre.

Damasio est un de ces auteurs qui font confiance à leurs lecteurs.  Il ne nous sert pas tout sur un plateau d'argent, il nous fait travailler les méninges!  L'effort en vaut la peine.  C'est un roman qui va me trotter en tête un petit bout de temps.  Et comme il fait l'objet du club de lecture de juin de Livraddict, j'ai extrêmement hâte de pouvoir en discuter avec les autres participants!

Je ne vous en dis pas plus, allez vite le découvrir!  


La Horde du Contrevent de Alain Damasio, 2004, 578 p.

02 juin 2020

La Vie secrète des arbres

Quand la poésie s'unit à la science, ça donne un livre comme celui-ci, un livre qui nous fait rêver tout en nous instruisant.

On y apprend ainsi que les arbres communiquent entre eux, par leurs racines entrecroisées mais aussi en dégageant des composés chimiques que le vent transporte d'un individu à l'autre, ou encore par l'entremise de champignons...

On y apprend que les arbres ont une certaine forme de mémoire...

On y apprend pourquoi les arbres urbains ou ceux des boisés créés par l'homme sont beaucoup plus susceptibles aux parasites et aux mauvaises conditions météorologiques...

On y apprend que l'arbrisseau d'un mètre de haut, qu'on croirait vieux d'un an ou deux, est peut-être là depuis quarante ans, à attendre son heure...

On y apprend que le tremble (mon arbre préféré car le moindre souffle fait s'agiter ses petites feuilles rondes) peut créer un réseau de racines s'étendant sur des kilomètres à la ronde, d'où surgissent de multiples troncs; et que donc, ce qu'on pense être plusieurs arbres est souvent en fait un seul et même organisme...

Et je pourrais continuer comme cela longtemps!  C'est une lecture vraiment fascinante.  Je craignais qu'il n'y ait un petit côté ésotérique, mais non, tout est appuyé par la science, bibliographie à l'appui.   Seul petit défaut, on remarque parfois certaines répétitions, par exemple un même mot dont la définition est donnée plusieurs fois.  Cela me laisse conclure que ce livre est fait pour être lu petit à petit, et non pas tout d'une traite.  Certains commentateurs qui ont déjà des connaissances en botanique ont aussi relevé quelques imprécisions (certaines pouvant être dues à la traduction, d'autres non) ou généralisations.

Après cette lecture, une promenade en forêt ne sera plus jamais pareille!


La Vie secrète des arbres de Peter Wohlleben, traduit de l'allemand, 2015, 216 p.  Titre original: Das geheime leben des baüme.

30 mai 2020

Into the Forest (Dans la forêt)

J'aime généralement les romans de style post-apocalyptique (sous-genre de la SF):  La Route et Station Eleven, par exemple, ont été de gros coups de cœur.  Ces histoires font souvent ressortir ce qu'il y a de mieux et de pire chez l'humain.  Alors quand on a su le résultat du vote pour la lecture de mai du club de lecture du forum Livraddict (dont le thème était ce mois-ci la forêt), je n'ai pas hésité.  Cela dit, quelques semaines s'étant écoulées entre le choix et la lecture, je me souvenais à peine (bon pas du tout, en fait) du genre en question et j'ai découvert ce roman sans a priori.

Into the Forest de Jean Hegland (auteure américaine jusque-là inconnue de moi) m'a beaucoup fait penser au Mur invisible de Marlen Haushofer, que j'aurais d'ailleurs pu nommer dans les coups de cœur ci-dessus.  Comme dans ce dernier, il y est question de reconnecter avec la nature, de redécouvrir les gestes ancestraux nécessaires à la survie, de faire le deuil du confort et de la sécurité qu'on prenait pour acquis.  Mais il s'y ajoute d'autres thèmes fort bien développés, notamment l'amour sororal (merci à mon ami Le Petit Robert, ou Ti-Bob, de m'avoir confirmé l'existence de ce terme; pourquoi utilise-t-on «fraternel» quand il n'y a aucun frère en vue?), le deuil, les premières amours et le passage de l'adolescence à l'âge adulte.  Car, encore plus qu'un roman post-apocalyptique, on est devant un magnifique «roman d'apprentissage».  Il est aussi question de libre-arbitre: «you are your own person», répétait souvent la mère des deux protagonistes.

L'intrigue?  À la suite d'une série de catastrophes naturelles et d'épidémies (c'est assez flou), la civilisation moderne s'est effondrée progressivement.  Après la mort de leurs parents, deux sœurs de 16 et 17 ans se retrouvent isolées dans leur maison dans la forêt et doivent apprendre à se débrouiller toutes seules pour survivre.  Je vous laisse découvrir les péripéties qu'elles vivront, certaines prévisibles, d'autres surprenantes, et qui nous sont racontées par la plus jeune dans son journal.  Au moment d'écrire ces lignes, la discussion du club de lecture n'a pas encore eu lieu; j'ai vraiment hâte de voir ce que les autres auront pensé de la fin, notamment.  En tous cas, je dois dire que ce roman correspond vraiment bien au thème puisque la forêt y est très présente, tant comme menace que comme refuge et moyen de subsistance.


Au cas ou ça intéresserait quelqu'un, le thème de juin, proposé par votre humble servante, est la science-fiction francophone, et le livre sélectionné est La Horde du Contrevent de Alain Damasio.  Tous sont bienvenus!


Into the Forest de Jean Hegland, 1996, 201 p.  Titre de la traduction française: Dans la forêt.

26 mai 2020

L'Adversaire

Quelle histoire à la fois fascinante et troublante, surtout lorsqu'on sait qu'il s'agit d'un fait vécu!

La vie d'un homme, considéré par tout son entourage comme un citoyen exemplaire, médecin renommé, bon père de famille, est en fait un tissu de mensonge!  Sentant l'étau se resserrer sur lui, il assassine femme, enfants, père et mère pour ne pas avoir à endurer la honte d'être découvert.  (Je ne divulgâche rien, tout ça est raconté dès le départ.)

Intrigué par ce fait divers qui défraya la manchette dans les années 90, Emmanuel Carrère décide d’approfondir le sujet et contacte l'accusé ainsi que de nombreux témoins. Il nous livre un récit absolument passionnant décrivant la véritable spirale de fabulations dans laquelle s'est enfoncé peu à peu un homme au départ plutôt ordinaire.

Seule la fin m'a un peu déçue.  La notion de pardon y est abordée d'un point de vue religieux, mais j'aurais aimé un contrepoint sur le plan strictement moral, ce qui aurait sans doute été apporté si Carrère avait écrit ce livre quelques années plus tard, lorsqu'il est devenu athée (comme il le raconte avec brio dans Le Royaume).

Une lecture qui donne froid dans le dos!


L'Adversaire d'Emmanuel Carrère, 2000, 221 p.

18 mai 2020

Vingt-trois secrets bien gardés

Un billet court pour un livre court!

En effet, ce recueil de vingt-trois souvenirs de Michel Tremblay se lit en moins d'une heure, même si l'on essaie d'y aller lentement pour bien savourer.  C'est toujours un plaisir de retrouver la plume d'un de mes auteurs chouchous!  Avec sa verve habituelle, il nous raconte des épisodes allant de la plus tendre enfance jusqu'à l'âge adulte.  Pour ma part j'ai préféré ceux de l'enfance et de l'adolescence, peut-être parce qu'on y est plus dans la veine de ses autres recueils autobiographiques (Un Ange cornu avec des ailes de tôles, etc), que j'ai tant aimés.  Quoique le chapitre où il parle du premier concert auquel il a assisté après l'installation de son orthèse auditive est vraiment émouvant.  Et la fois où il a craché un morceau de pruneau sur la cravate de Jack Lang, c'est pas piqué des vers non plus!

Une lecture charmante, mais pas aussi marquante que ses autres recueils de souvenirs.  Je ne suggérerais donc pas ce bouquin comme premier contact à qui voudrait découvrir Tremblay, mais en complément au reste de son œuvre, c'est tout à fait agréable à lire.  


Vingt-trois secrets bien gardés de Michel Tremblay, 2018, 107 p.

16 mai 2020

Être du monde

Une œuvre complètement différente des romans historiques auxquels nous a habitués Maryse Rouy.  Il s'agit du récit d'un épisode douloureux de sa propre vie, celui où elle a accompagné sa mère, atteinte de la maladie de Lou Gehrig, dans ses derniers mois d'existence.

Impossible de ne pas être touché par ces événements, racontés de la plume à la fois pudique et généreuse de l'auteure.  Je me disais en lisant que ce serait peut-être difficile à supporter pour quelqu'un qui vit ou a vécu récemment la situation de proche aidant, mais à bien y penser, ce serait peut-être libérateur de constater qu'on n'est pas seul à éprouver toutes ces émotions: non seulement la tristesse, mais aussi la colère, le sentiment d'injustice et la culpabilité.  Sans que j'aie moi-même vécu cette expérience de proche aidant, plusieurs anecdotes m'ont fait penser à mon père, qui a passé les dernières années de sa vie dans un CHSLD.  Certains souvenirs sont empreints de douceur (son sourire quand il nous voyait arriver, les promenades en chaise roulante sur la terrasse ou dans le voisinage) ou sont plus pénibles (les difficultés grandissantes à manger, à parler).  Et aussi comment, après son décès, j'ai continué pendant des semaines à penser régulièrement «tiens, ça, je vais le raconter à papa», tellement j'avais pris l'habitude de noter toute nouvelle ou fait amusant dont nous pourrions discuter ensemble.

Je vous entends dire in petto que ça doit être quand même un peu lourd, comme bouquin...  Eh bien non, car le récit est entrecoupé de petits chapitres racontant la vie quotidienne à bord du cargo sur lequel l'auteure fait une retraite d'écriture, le temps d'une traversée de l'Atlantique.  Ces épisodes sont comme de petites oasis dans cette lecture qui autrement aurait pu être dure.


Être du monde de Maryse Rouy, 2019, 189 p.

03 mai 2020

Dumb Witness (Témoin muet)

Ah ce cher Poirot, quel bonheur de le retrouver après toutes ces années!  Sans oublier le fidèle Hastings, à l'humour toujours piquant!

Les romans policiers d'Agatha Christie ont été, avec les Arsène Lupin, mes premières lectures «adultes», après les Comtesse de Ségur et autres «Signe de Piste».  Et par lecture adulte, je veux dire ces livres qui se trouvaient au rez-de-chaussée de la bibliothèque municipale, et non dans le minuscule sous-sol réservé aux enfants!  J'ai fait une véritable razzia dans leur collection.  Nous possédions également quelques tomes au chalet, et je les ai lus plusieurs fois, la plupart du temps sans me souvenir d'un été à l'autre qui était le coupable...  Eh oui, à douze-treize ans, j'avais déjà une mémoire de poisson rouge!

Ces temps-ci je fréquente beaucoup le forum Livraddict, et l'auteur du mois qui avait été élu pour avril était justement la grande dame du crime, comme on l'appelle souvent.  Alors de voir passer durant tout le mois des discussions et des avis sur ses romans, ça m'a donné le goût d'en lire un, même si finalement je l'ai fini trop tard pour participer au défi.

Ma «phase 2» avec cette auteure, c'est quand j'ai commencé à lire en VO.  D'ailleurs le premier livre que j'ai lu en anglais c'était The Pale Horse, j'étais en secondaire IV*!  Je pense en avoir lu quelques autres les années suivantes, donc je devais avoir environ vingt ans la dernière fois.  C'est vous dire à quel point, vu les capacités de ma mémoire, comme mentionné ci-dessus, je n'avais aucune idée des titres que j'avais déjà lus quand est venu le temps d'en choisir un parmi ceux offerts en prêt numérique (j'ai été heureusement surprise par la quantité, soit dit en passant).    À défaut d'autres critères de sélection, j'ai pris celui... avec un chien sur la couverture!  (Il s'appelle Bob.)

Ce qui m'a surpris en commençant ma lecture, c'est de constater à quel point cela se lit facilement, même en VO.  Il faut dire que le texte est surtout constitué de dialogues, puisque la méthode d'investigation de Poirot repose surtout sur l'interrogation des différents témoins et suspects.  Je ne me souvenais pas non plus de l'humour omniprésent dans les conversations entre Poirot et Hastings; ils sont toujours en train de s'envoyer des piques, c'est délicieux!  Et j'ai vraiment jubilé de retrouver la traditionnelle petite scène finale où tous les suspects sont rassemblés et sont pendus aux lèvres de Poirot, qui dévoile tranquillement les résultats de son enquête.

Je crois que je n'attendrai pas encore trente ans avant d'en lire un autre.  Un Miss Marple, peut-être, ou un Tommy et Tuppence?


* Donc vers 16 ans, pour mes lecteurs européens. 


Dumb Witness d'Agatha Christie, 1937, 237 p.  Aussi publié sous le titre Poirot Loses a Client. Titre de la traduction française: Témoin muet.