09 août 2022

La Première Gorgée de bière et autres plaisirs minuscules

Dans ce recueil de courts billets, à mi-chemin entre récits autobiographiques et poèmes en prose,  Philippe Delerm nous entraîne sur les chemins de la mémoire grâce à une trentaine de petites madeleines de Proust. En effet, tel goût, tel son, telle odeur sont pour lui l'occasion de se rappeler les petits plaisirs de la vie quotidienne: écosser des petits pois, manger un croissant en revenant à pied de la boulangerie tôt le matin, prendre un petit porto...  Bien sûr, chaque lecteur n'aura pas vécu exactement ce qu'il raconte, mais souvent une expérience similaire lui viendra à l'esprit.  Par exemple, nous avons peu à Montréal de ces trottoirs roulants qu'il mentionne (peut-être y en a-t-il à l'aéroport?), mais j'ai souvent ressenti ce qu'il décrit en empruntant des escaliers mécaniques. 

C'est frais et léger, parfait pour ces temps de canicule!  Je lirais bien autre chose de cet écrivain, si vous avez des titres à me suggérer!


La Première Gorgée de bière et autres plaisirs minuscules de Philippe Delerm, 1997, 94 p.

08 août 2022

Edge of Eternity (Aux portes de l'éternité)

The Century Trilogy, tome 3 (Le Siècle, tome 3)

Est-ce que ça vous fait la même chose?  Quand je termine une série littéraire, je ressens un sentiment de satisfaction, proche cousin de celui du devoir accompli: voilà, cette trilogie fait maintenant partie de mon bagage culturel.  Il peut s'y ajouter un petit pincement au cœur, une vague tristesse.  Je quitte ce monde, je n'y retournerai pas.  Ces personnages, je ne les verrai plus.  

C'est bien le sentiment qui m'habite alors que je viens de (virtuellement) tourner la dernière page de ce roman, les larmes aux yeux -- la fin est fort émouvante.

Pourtant, je dois avouer que ce tome 3 est légèrement inférieur aux deux premiers.  J'y ai trouvé quelques longueurs, surtout dans les parties où l'on se concentre plus sur la vie personnelle des personnages, leurs petites amourettes, leurs querelles.  Ken, je me fiche de savoir qui a couché avec qui, reviens aux Kennedy, à Martin Luther King, au Mur de Berlin, au Kremlin.  C'est là que tu sais être passionnant, nous tenir en haleine les fesses au bord du siège.  Aussi, Ken, pas besoin, à chaque fois qu'on revient à un personnage, de nous redire ce qu'il lui est arrivé dans les chapitres précédents.  Ça va, on est capable de suivre!

Néanmoins, cela reste une excellente lecture, et une excellente fin de trilogie!


Edge of Eternity (The Century Trilogy, tome 3) de Ken Follett, 2015, 970 p. Titre de la traduction française: Aux portes de l'éternité (Le Siècle, tome 3)

13 juillet 2022

Libration

Les Voyageurs, tome 2

***Attention, gros divulgâcheur du tome 1***

Quelle déception!

Dans cette suite de l'excellent L'Espace d'un an de Becky Chambers, on suit les aventures de l'intelligence artificielle qui quitte le vaisseau dans un nouveau corps à la fin de ce précédent tome.  En parallèle, on découvre la jeunesse d'un autre personnage, dans des passages qui se déroulent une vingtaine d'années plus tôt.

Ce schéma de deux intrigues entremêlées qui généralement se rejoignent à la fin donne souvent de bons résultats.  Mais cela peut être une arme à double tranchant.  Si une des trames est plus intéressante que l'autre, cela peut devenir très frustrant pour le lecteur.

Malheureusement, c'est en plein ce qui se passe ici. Les péripéties vécues par la jeune fille sont assez bien menées, mais notre intérêt retombe chaque fois qu'on revient à la trame principale.  C'est pourtant un sujet qui m'attirait mais il est très mal traité.  L'intelligence artificielle a de la difficulté à s'adapter à son corps et elle apprend à vivre en société, c'est tout, c'est interminable et pétri de bons sentiments. 

En bref, c'est chiant comme la pluie.  Non, c'est injuste pour la pluie!  Hier, justement comme je finissais ce roman, j'ai vu un très bel arc-en-ciel par la fenêtre.  

Du coup, je pense que je ne continuerai pas la série... 


Libration (Les Voyageurs, tome 2) de Becky Chambers, traduit de l'anglais en 2017, 348 p. Version originale: A Closed and Common Orbit (Wayfarers, tome 2), 2016.

12 juillet 2022

Premier sang

Grâce à ce court roman, Amélie Nothomb continue d'améliorer sa cote d'amour dans le classement des auteurs du blogue J'ai lu... (Ne cherchez pas, ce classement n'existe que dans ma tête!)  La proportion est maintenant de quatre aimés pour un détesté, ce n'est pas trop mal!

En effet, j'ai beaucoup apprécié cette biographie romancée de son père, écrite à la première personne et qui se concentre surtout sur son enfance peu ordinaire.  Délaissé par sa mère, il a été élevé par ses grands-parents maternels mais passait ses étés chez la famille Nothomb, cette «tribu de barbares» qui crevaient de faim dans un château du XVIIe siècle.  

Tour à tour amusée, émue ou choquée, je suis restée sous le charme durant toute ma lecture!


Premier sang d'Amélie Nothomb, 2021, 173 p.

10 juillet 2022

Travels with Charley in Search of America (Voyage avec Charley)

L'Amérique était un des sujets de prédilection de John Steinbeck.  Vers la fin de sa vie, il s'est dit qu'il devrait reprendre contact avec son pays au lieu de se fier seulement à sa mémoire.  En 1960, il a donc entrepris de faire le tour du pays à bord d'un genre de camion-roulotte bien équipé, en compagnie de son chien Charley (qui, détail amusant, ne ressemble pas du tout au chien blanc ornant l'édition française de ce livre, puisque c'est en fait un grand caniche noir!).

Lorsque Steinbeck décrit ce fameux camion-roulotte, qu'une compagnie a construit exprès pour lui, j'ai aussitôt pensé à cette tortue avançant sur la route poussiéreuse, transportant sa maison sur son dos, dans les premières pages des Raisins de la colère!

Ceux qui me connaissent ne seront pas surpris d'apprendre que mes passages préférés mettent en scène ce bon vieux Charley!  Quel bon gros toutou, si expressif!  Steinbeck aime souligner tous ses petits défauts et ses manies, mais on sent néanmoins la très grande affection qui les unit.  D'ailleurs, l'écrivain ne se gêne pas pour rire aussi des humains, incluant lui-même!

Si le ton est généralement léger et humoristique, certains passages sont plus sérieux, choquants ou émouvants, en particulier ceux se déroulant dans le Sud, où la déségrégation raciale des écoles provoque de nombreux remous sociaux qui font ressortir le pire chez certains Blancs.  D'ailleurs, vu les controverses actuelles, je m'étonne que ce livre n'ait pas souffert de censure, puisque le mot en «n» y est abondamment utilisé -- de façon non péjorative, comme c'était normal à l'époque!

Tout ça est décrit de la plume magique de l'un des plus grands écrivains américains!


Travels with Charley in Search of America de John Steinbeck, 1962, 238 p.  Titre de la traduction française: Voyage avec Charley.

06 juillet 2022

Les ombres blanches

Comme j'avais adoré Les villes de papier, j'ai été enchantée d'apprendre que Dominique Fortier en avait écrit la suite, et je me suis empressée de la réserver à la bibliothèque numérique.  Le danger était bien sûr d'avoir de trop hautes attentes, mais heureusement je n'ai pas été déçue!  

J'ai beaucoup aimé suivre l'évolution de ces quatre femmes (enfin, trois femmes et une petite fille) affectées par la mort d'Emily Dickinson.  Si Les villes de papier était d'un genre inclassable, ici on est plus résolument dans un roman: plusieurs des personnages ont réellement existé, mais tout ce qui leur arrive est inventé et sert à célébrer la beauté des petites choses du quotidien et surtout le pouvoir des mots, des livres et de la poésie. 

Tout comme dans l’œuvre précédente, Dominique Fortier a inséré ici et là des réflexions tirées de sa propre vie.  Heureusement, ces passages sont plus courts, moins nombreux et surtout mieux intégrés dans le fil du récit.  Ils n'ont pas tendance à nous faire décrocher comme c'était le cas auparavant, car cette fois, on voit mieux le lien avec la partie principale.  

Je vous quitte avec un extrait: 

«Les poèmes d'Emily sont autant d'éclairs, des fulgurances auxquelles Susan se brûle les mains et les yeux.  Elle passe une matinée puis un après-midi à les relire lentement, gardant parfois les mêmes quelques lignes dans le creux de sa paume pendant vingt, trente minutes, serrant si fort qu'elle sent son cœur battre dans le bout de ses doigts.

Ils forment les versets d'un évangile secret.  Ce sont des formules magiques.  Prononcez-les dans le bon ordre, au rythme qu'il faut, une colombe apparaîtra, une flambée dans un chapeau, une guirlande de marguerites; dites-les à l'envers, il pleuvra des sauterelles, le Soleil se dédoublera, les astres s'éteindront dans le ciel, le monde s'abolira.»


Les ombres blanches de Dominique Fortier, 2022, 248 p.

27 juin 2022

État de terreur

Quand deux amies improbables, une auteure de polars anglo-québécoise et une ancienne secrétaire d'État américaine, décident d'écrire ensemble un bouquin, voilà ce que cela donne: un thriller géopolitique qui, sans révolutionner le genre, nous entraîne dans une aventure à travers le monde, de Washington à Islamabad, grâce à une intrigue captivante et bien ficelée, ponctuée de détails très réalistes. 

Celle qui est passée à un cheveu de devenir la première femme présidente des États-Unis en profite pour prendre sa revanche contre un certain ex-président -- qu'elle décrit (sous un pseudonyme transparent) comme un crétin fini, imbu de lui-même, qui a complètement viré sens dessus dessous les différents départements du gouvernement américain et mis en danger l'ordre mondial.  Good for you, girl!

J'ai l'impression qu'elle s'est également gâtée en dénonçant les hauts fonctionnaires qui levaient le nez sur une femme de soixante ans se croyant permis de leur donner des ordres ou peut-être simplement d'émettre des idées!  D'ailleurs, en tant que lectrice voyant poindre la soixantaine au loin là-bas, j'ai apprécié que le personnage principal d'un thriller soit une femme d'âge mur.

J'ai également bien aimé que la traduction soit faite par des Québécois (on salue Lori Saint-Martin et Paul Gagné).  J'ai été enchantée notamment d'y trouver le québécisme «courriel», au lieu de l'horrible mail utilisé par les Français, qui n'a aucun sens puisqu'en fait ce mot désigne en anglais la poste traditionnelle, avec les enveloppes, les timbres, tout ça.  Pour le courrier électronique, les anglos disent plutôt email.  Désolée les cousins, il fallait que ça sorte, maintenant je descends de mes grands chevaux.

 

État de terreur de Hillary Rodham Clinton et Louise Penny, traduit de l'anglais, 2022, 525 p.  Titre original: State of Terror.