01 juillet 2009

We Were the Mulvaneys

Alerte aux spoilers!! Comme ce livre est lu dans le cadre du Blogoclub et que par conséquent la plupart de ceux qui liront ces lignes ont aussi lu le roman, je me permets de dévoiler quelques éléments clés de l'intrigue, et je le permets aussi à ceux qui me laisseront des commentaires! Voilà, vous êtes avertis! (Et soit dit en passant, je suis toujours à la recherche d'une traduction pour le mot spoiler... L'Office de la langue française propose «gâcheur», c'est un peu boiteux, non?)

Préparez vos mouchoirs! Hé oui, j'ai versé quelques larmes, y compris dans l'autobus, où j'ai dû arrêter de lire ce pour ne pas avoir l'air d'une folle. Quelle excellente découverte que le choix du Blogoclub ce mois-ci! Et respectant parfaitement le thème de la famille qui nous avait été suggéré par nos super-organisatrices, puisque c'est avant tout d'une famille qu'il est question ici, une famille formant un tout qui est plus que la somme de ses parties, une famille avec ses codes, ses manies, ses surnoms. Une famille unie et heureuse qui sera brisée, éparpillée à cause d'un seul évènement, un viol, qui aura l'effet d'un tremblement de terre et affectera chacun de ses membres différemment.

Je ne connaissais Joyce Carol Oates que de nom, et je ne sais pourquoi je croyais que ce serait un peu mélo, un peu «kétaine»... Et bien pas du tout, enfin c'est très émouvant mais ce n'est pas que ça. J'ai été surtout épatée par la force des personnages, si bien décrits qu'on a l'impression de les connaître. Le seul personnage qui reste un peu flou est le fils aîné, Mike Jr, mais j'ai l'impression que c'est fait exprès: l'histoire est en grande partie racontée du point de vue du plus jeune garçon, qui finalement a peu connu son grand frère, celui-ci ayant quitté la maison assez tôt. J'ai particulièrement aimé le personnage de Marianne, la fille jolie et populaire, trop parfaite, qui suite au drame tentera de s'effacer physiquement et devra réapprendre à exister, à redevenir visible.

Si ce bouquin convenait bien pour le thème de la famille, il aurait aussi bien pu être choisi pour celui des États-Unis (Blogoclub du 1er novembre 2008). En effet, on y retrouve en arrière-plan de nombreux éléments ayant marqué l'histoire de ce pays durant les années 70 et 80: Guerre du Vietnam, crise des otages en Iran, etc. D'ailleurs, il y aurait sans doute un parallèle à faire entre l'évolution de la ferme familiale et celle du pays et de la société américaine. À ce titre, la vente de la propriété à une famille de yuppies en 1980 est significative. Oates fait aussi une critique assez vive de la classe moyenne et de son intolérance.

Je vais certainement lire d'autres oeuvres de cette auteure, mais comme je vois qu'il y en a «un char pis une barge», je suis ouverte aux suggestions...


Pour connaître l'avis des autres membre du club de lecture, il faut suivre les liens chez Sylire et Lisa. Il y a aussi les billets de Choupynette, Le Bibliomane, Kalistina (qui n'a pas aimé), Florinette...


We Were the Mulvaneys de Joyce Carol Oates, publié chez Plume en 1997, 454p. Titre de la traduction française: Nous étions les Mulvaney.

26 juin 2009

J'm'en fous de mon blogue!

Quoi, j'ai rien publié depuis le 12 juin? Ben c'est que je lisais la sélection du Blogoclub, We Were the Mulvaneys de Joyce Carol Oates, qui fait tout de même 454 pages assez denses, en anglais en plus! Je l'ai terminé cet après-midi, mais pour ce billet-là il faudra attendre au 1er juillet, comme tout le monde! Alors quoi, maintenant je devrais lire un tout petit truc qui se lit en deux heures, histoire de publier un billet au plus vite? L'idée m'a effleurée, et d'ailleurs j'en ai quelques-uns dans ma PAL qui feraient tout à fait l'affaire... Mais c'est ça que j'ai envie de lire en ce moment:


et ça, ça fait 734 pages écrit petit-petit (sans compter les trente pages de notes et autres remerciements), et encore en English, en plus! Alors, ce billet, ce ne sera pas pour tout de suite, hein?

Ce n'est pas toujours facile, mais j'essaie de ne pas (trop) laisser mon blogue influencer mes choix de lecture. Mais j'avoue que ça arrive quand même assez souvent. Pas trop de livres en anglais de suite, varier les genres...

Et vous, ça vous arrive?

12 juin 2009

Blood From a Stone

Y a-t-il un plus grand plaisir que de commencer une nouvelle série et de s'apercevoir qu'on l'aime vraiment beaucoup? Bon, d'accord, je peux quand même penser à quelques trucs encore plus plaisants, mais vraiment ça figure dans mon top 10! Et dans ce cas-ci, je suis choyée puisque la série comporte 18 livres!

Autre plaisir, ça se déroule à Venise, donc dépaysement garanti! Surtout qu'on va au-delà des poncifs habituels (les gondoles, la Place Saint-Marc et ses pigeons, le Pont des soupirs...), pour découvrir une Venise où des gens vivent à longueur d'année, magasinent pour Noël, prennent le vaporetto comme on prend le métro, où des drogués sidatiques cambriolent des pharmacies, où des immigrants illégaux vendent des imitations de sacs à main Gucci...

De plus, le commissario Guido Brunetti, héros de la série, est un époux comblé, père de deux adolescents, avec les joies et les problèmes que cela entraîne. Ça change des célibataires endurcis et cyniques habituels!

Le ton est léger, humoristique. Quoiqu'intéressante, l'intrigue, finalement, est plutôt secondaire, tant on a de plaisir à lire tout ce qui l'entoure! (Et je n'ai pas mentionné les descriptions de repas qui font saliver: risotto, parpadelle, radicchio grillé, polenta forment l'ordinaire de la famille Brunetti. Pas question là-bas de grignoter un sandwich sur le coin du comptoir pour le dîner* comme on le fait ici!)

Par contre, pour la suite je vais essayer de lire les romans dans l'ordre chronologique, car j'étais un peu perdue parmi tous les personnages secondaires, ce qui est sûrement dû au fait qu'il s'agit ici du tome 14 de la série! (Avis aux intéressés, le premier tome s'intitule Death at La Fenice/Mort à la Fenice.)


* Rappelons aux lecteurs européens qu'au Québec le dîner est le repas du midi...



Lu dans le cadre du défi Lire autour du monde.



Blood From a Stone de Donna Leon, publié chez Atlantic Monthly Press en 2005 et en format de poche (illustré ci haut) chez Penguin Books en 2006. 355 p. Traduit en 2008 sous le titre De sang et d'ébène.

09 juin 2009

Des suggestions?

Je viens encore une fois vous demander votre aide, cette fois-ci pour trouver un livre à donner en cadeau d'anniversaire à ma nièce qui va avoir 10 ans. Elle est une excellente lectrice; je l'ai vu lire récemment Charlie et la chocolaterie, La Quête de Despereaux et la série du Club des cinq, et elle est en train de lire les Harry Potter avec l'aide de sa mère pour les passages plus difficiles ou épeurants. Par contre, je ne pense pas qu'elle soit prête pour des trucs plus impressionnants comme la trilogie de Philip Pullman À la croisée des mondes (l'année prochaine, peut-être...).

Alors, des suggestions? Quels ont été vos coups de coeur ou ceux de vos enfants à cet âge?





Addendum: Alors, voici le résultat de ma quête. Comme je magasine dans l'usagé, pour pouvoir donner 5 ou 6 livres pour le prix d'un seul neuf, le choix est plus limité, mais j'ai quand même fait une bonne récolte, et en très bon état par-dessus le marché!

  • Le tome 1 de Magyk (en plus la couverture est superbe)

  • Le tome 1 des Orphelins Baudelaire

  • Le tome 1 d'Amos Daragon

  • Le tome 1 d'Artemis Fowle


Auquels j'ai rajouté sous l'inspiration du moment:


  • Babe le cochon devenu berger (dont a été tiré le film Babe)

  • Une histoire à faire japper d'Yves Beauchemin


Merci encore pour toutes vos excellentes suggestions! Je garde les autres pour Noël prochain...

02 juin 2009

Une Jeune Femme en guerre (tome 3)

Dans ce troisième tome de la série, qui pourrait presque se lire de façon indépendante puisqu'il n'y a que quelques allusions aux événements des deux premiers, on apprend ce qui est arrivé à Jacques, le frère de Lucie, dont on était resté sans nouvelles. Parachuté dans le sud de la France quelques jours avant le débarquement de Normandie, il doit enseigner aux maquisards le maniement des nouvelles armes fournies par l'armée alliée, tout en se faisant passer pour le neveu d'une villageoise. Mais le meurtre d'un paysan vient compliquer la situation, car les policiers posent un peu trop de questions...

Un mélange de roman historique et de polar, se déroulant dans un petit village du sud de la France, avec ses secrets et ses rivalités, des personnages attachants et d'autres franchement antipathiques... Ça me rappelle un des premiers livres de Maryse Rouy, Les Bourgeois de Minerve! Sauf que ce dernier se déroulait au Moyen-Âge, avec en toile de fond la Croisade des Albigeois et l'Inquisition. Ici la guerre et surtout ses corollaires la Résistance, la collaboration et le marché noir, viennent apporter des dimensions différentes à l'intrigue, sans compter une belle histoire d'amour...

Un seul regret, j'aurais aimé en apprendre un peu plus sur les activités des résistants dans le maquis, puisqu'après tout c'est pour les aider que Jacques avait été parachuté. On passe sur cette partie importante de sa mission en quelques paragraphes; je suis restée un peu sur ma faim! Mais j'imagine que l'auteure a voulu se concentrer sur l'intrigue policière et sur les habitants du village, et ne pas risquer de s'éparpiller ni introduire trop de nouveaux personnages.

Bref, une lecture légère et divertissante, peut-être mon préféré de cette série jusqu'à maintenant, grâce à une intrigue moins linéaire, plus serrée. Sauf que ça finit mal, mais ça on le sait dès le début, puisque c'est annoncé dans le prologue... Snif! À quand la suite?


Mes billets sur le tome 1 et le tome 2.

Une Jeune Femme en guerre (tome 3): Jacques ou les échos d'une voix de Maryse Rouy, publié chez Québec Amérique en 2009. 335 p.

30 mai 2009

Belle du Seigneur

La première phrase de Belle du Seigneur d'Albert Cohen est à mon avis digne de figurer au palmarès des meilleures premières phrases de roman de la littérature:

«Descendu de cheval, il allait le long des noisetiers et des églantiers, suivi des deux chevaux que le valet d'écurie tenait par les rênes, allait dans les craquements du silence, torse nu sous le soleil de midi, allait et souriait, étrange et princier, sûr d'une victoire.»

Quel rythme!

Si j'ai été happée par cette entrée en matière, j'ai eu quelques hésitations par la suite. Les deux personnages principaux m'ont semblé tellement immatures au début du roman, de vrais ados attardés! Ariane avec ses divagations charmantes et amusantes, certes, mais qui auraient été plus à leur place dans la bouche d'une fillette de douze ans, et Solal qui se déguise en vieillard hideux pour tenter de séduire la belle, et qui lui crache presque au visage de dépit parce qu'elle ne lui tombe pas dans les bras, l'accusant de n'être attirée que par la beauté et la force virile! D'ailleurs lorsque plus loin elle lui fait remarquer son hypocrisie, lui-même l'ayant remarquée à cause de son apparence, il s'en tire par une entourloupette.

En fait, ce sont d'abord les personnages secondaires qui m'ont accrochée: Adrien, le mari, petit fonctionnaire procrastinateur (je sais, cet adjectif n'existe pas, je l'invente et vous l'offre) et ambitieux, sa mère petite-bourgeoise médiocre et snobinarde, son père doux et zézayant, Mariette la vieille domestique et surtout les cinq oncles juifs excentriques de Solal, au langage alambiqué, pour qui le téléphone est «l'engin porteur des voix humaines» et un taxi un «carrosse mobile à vapeur intérieure, se mouvant seul mais payant et à horloge augmentante»! Ces derniers personnages sont d'ailleurs récurrents dans l'oeuvre de Cohen, semble-t-il.

Il y a bien quelques longueurs ici et là, notamment une trentaine de pages sans queue ni tête sur les grandeurs et misères du peuple juif, mais éventuellement je me suis prise au jeu et j'ai voulu savoir comment allait finir cette histoire d'amour fou, de passion absolue, où les amants sont tout l'un pour l'autre et ne peuvent laisser paraître le moindre défaut, la moindre faiblesse, la moindre humanité. Le «ils vécurent heureux jusqu'à la fin des temps» des contes de fées est-il possible? En trame de fond, l'inadéquate Société des Nations et la montée de l'antisémitisme en Europe dans les années trente.

L'écriture est élégante et très rythmée. J'ai particulièrement aimé les passages où l'on entre dans la tête des différents personnages pour suivre leurs pensées désordonnées, où souvent l'autocensure révèle plus que les mots, en de longs paragraphes presque sans ponctuation, sautant du coq-à-l'âne, d'une grande originalité pour l'époque. Telles phrases semblent d'abord incompréhensibles, ce n'est que plus tard qu'elles s'éclaireront. D'ailleurs il aurait été intéressant de relire le roman pour mieux saisir toutes les allusions, mais à plus de huit cents pages, on y pense deux fois... Certaines expressions un peu démodées sont tout à fait charmantes. Quel homme de nos jours oserait parler du syndrome prémenstruel comme de «l'arrivée du dragon féminin»? (J'espère que Gropitou ne lira pas ce billet, sinon il va me la ressortir chaque mois, celle-là!)


Bref, je conclus mon défi Blog-o-trésors par une très belle découverte. Hé oui, c'était déjà mon quatrième titre tiré de la Méga-liste! Bilan plus que positif puisqu'un seul a été un peu décevant. Ça ne s'arrête pas là puisque plusieurs autres trésors se trouvent déjà dans ma PAL...


Ont lu et commenté ce très beau roman: Lucile, Kalistina (qui s'est ennuyée), Sylvie, Thom (qui l'a piqué à la bibliothèque, c'est très vilain), Romanza...

Belle du Seigneur d'Albert Cohen, publié chez Gallimard en 1968. 845 p.

12 mai 2009

Vous plaisantez, monsieur Tanner

Le billet enthousiaste de Charlie Bobine m'avait tout de suite fait penser au film The Money Pit (La Foire aux malheurs), avec Tom Hanks, racontant les péripéties d'un couple tentant de faire rénover une vieille maison. Relevant d'une pneumonie, c'était la première sortie que je faisais après ma guérison, et j'avais tellement ri que j'avais dû prendre un analgésique en plein milieu de la représentation, tant j'avais mal aux côtes!

Ce roman-ci, inspiré de faits vécus, est également très drôle, mais d'un humour français, donc plus caustique (et donc pas de raton-laveur dans le monte-plats, mais tant pis!). Il raconte les mésaventures d'un homme qui tente de restaurer la demeure dont il a hérité de son oncle. Nous faisons alors la connaissance d'une série d'ouvriers tous plus pittoresques les uns que les autres, à tel point qu'on dirait que les métiers de la construction en France ne sont peuplés que d'énergumènes, de l'hurluberlu sympathique au véritable bandit!

En plus, cela se lit très bien, grâce à des chapitres courts et à une écriture toute simple, qui convient bien au sujet. Parfait pour se mettre de bonne humeur, tant il est vrai (il faut bien se l'avouer) que rire du malheur des autres est souvent un excellent remontant!



Les billets de Google du Biblioblog et de Mme Patch.

Vous plaisantez, monsieur Tanner de Jean-Paul Dubois, publié aux Éditions de l'Olivier en 2006. 199 p.