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04 août 2026

Les Chouans

Un avis mi-figue mi-raisin sur ce roman de Balzac qui se déroule quelques années après la Révolution française…

D'une part, j'ai bien aimé les magnifiques descriptions de la Bretagne, avec ses paysages embrumés.  De plus, l'intrigue, bien qu'un peu dure à suivre et tarabiscotée, est prenante, surtout la fin, et les personnages secondaires sont intéressants, même si la plupart sont antipathiques.

D'autre part, et c'est là où le bât blesse, j'ai trouvé les deux personnages principaux insupportables avec leurs tergiversations et leurs jérémiades!  Les dialogues me faisaient souvent lever les yeux au ciel.  Dans un genre complètement différent, cela m'a fait penser à Belle du Seigneur d'Albert Cohen; là non plus je n'avais pas accroché aux deux protagonistes et à leur histoire d'amour, alors que les personnages secondaires m'avaient plu.  Dans les deux cas, ce désintérêt rend l'intrigue beaucoup moins poignante.

Je crois que je vais faire une petite pause d'Honoré...


Les Chouans de Honoré de Balzac, 1829, 400 p.

19 juillet 2026

Michel Strogoff

J’ai longtemps été persuadée que, durant mon enfance, j’avais lu L’Île mystérieuse et Les Enfants du Capitaine Grant de Jules Verne…  Jusqu’à ce que, il y a quelques années, je m’aperçoive qu'en réalité ce sont deux énormes briques, et que ce que j’ai lu jadis n’étaient que des adaptations en albums illustrés!

À l’âge adulte, j’ai revisité cet auteur (si l’on peut dire, puisque finalement le premier contact n’en était pas vraiment un!) avec grand bonheur grâce à quelques-unes de ses œuvres les plus célèbres: Vingt Mille Lieues sous les mers et Le Tour du monde en quatre-vingts jours.

Je récidive maintenant avec un titre un peu moins connu: Michel Strogoff, un roman d'aventures se déroulant en Sibérie.  Quel plaisir j'y ai trouvé!  Bien sûr, les personnages sont caricaturaux, les coïncidences abondent et la fin est complètement tirée par les cheveux.  Mais ces caractéristiques sont courantes dans les romans du XIXe siècle, je m'y attendais donc et cela ne m'a pas dérangée (alors que la même chose m'aurait agacée au plus haut point dans un roman contemporain!).  Concernant les personnages, celui de la jeune fille est quand même assez original par sa force de caractère -- on est loin de la poupée fragile qui s'évanouit à la première frayeur!  J'ai aussi beaucoup aimé les deux journalistes Blount et Jolivet.  La scène où chacun tente de monopoliser les services du télégraphiste pour empêcher l'autre de transmettre son article est hilarante!   

Ce que j'ai aimé surtout, c'est bien sûr la plume de Verne.  Ses descriptions des paysages de la Russie sont magnifiques!  Il ne lésine pas sur l’imparfait du subjonctif, et pourtant le texte reste aisément lisible.  

Et puis, lire une histoire où les Russes sont les «bons» luttant contre des envahisseurs barbares, voilà qui nous change de l'actualité, hein?

 

Michel Strogoff de Jules Verne, 1876, 512 p. 


23 juin 2026

La Petite Fille de Monsieur Linh

C'est un peu le Destin qui a mis ce roman entre mes mains.  Je connaissais déjà la plume de Claudel, mais ce livre-ci ne m'attirait pas trop.  J'ai toutefois lu il y a quelques mois une critique élogieuse chez une copine blogueuse (coucou Exuline, si tu passes par ici!) qui m'a fait changer d'idée et, par le plus grand des hasards, j'ai mis la main sur un exemplaire pour une bouchée de pain lors de la vente de livres usagés de la Bibliothèque de Montréal le mois dernier.

J'avais trouvé très originaux Le Rapport de Brodeck et Les Âmes grises, tant par la forme que par le fond.  J'espérais donc qu'il en serait de même avec La Petite Fille de Monsieur Linh.  J'avoue avoir été un peu déçue au début: un énième roman sur l'exil et la solitude, sans rien pour le démarquer de tous les autres?  Heureusement la belle plume de Claudel et les deux personnages attachants (et aussi, pour ne rien vous cacher, le fait qu'il soit très court!) m'ont incitée à continuer.  

C'est vers les deux tiers que le déclic s'est produit et que j'ai compris où l'auteur nous emmenait.  À partir de là, la lecture est devenue savoureuse, et ce jusqu'à la toute dernière page. 

Petit avertissement toutefois: si vous achetez ce livre au prix du neuf, vous serez peut-être déçu qu'il se lise aussi rapidement à cause de sa police de caractères ridiculement énorme (dans l'édition Stock avec la couverture noire, je ne sais pas pour les éditions suivantes).  Comme je ne l'ai payé que $1.50, cela n'a pas été un facteur pour moi.

 

La Petite Fille de Monsieur Linh de Philippe Claudel, 2005, 160 p.

21 juin 2026

Perspective(s)

Quel roman original, et complètement différent de l'autre œuvre de Laurent Binet que j'ai lue, Civilizations.

Perspective(s) est un roman policier dont l'intrigue se déroule à Florence dans le milieu des arts durant la Renaissance.  Déjà, ce n'est pas commun.  Mais surtout, c'est le format entièrement épistolaire qui lui permet de se distinguer des polars historiques habituels.

Par le truchement des lettres échangées entre les différents personnages (nombreux, une chance qu'il y a une liste au début!), l'intrigue s'assemble peu à peu comme un casse-tête (puzzle pour mes lecteurs européens!) grâce aux différents points de vue présentés.  C'est vraiment très habilement fait.

Comme plusieurs des personnages sont reliés au monde de la peinture, il y de fort intéressantes discussions sur les arts, le pouvoir, la censure, et ce, sans jamais alourdir l'intrigue.  On discute notamment de la découverte de la perspective, technique qui a révolutionné la façon de représenter le réel.  Toutefois, un peu comme pour The Forgery of Venus de Michael Gruber que j'ai lu il y a quelques semaines, je pense qu'il faut avoir un certain intérêt pour l'Histoire de l'Art pour apprécier ce roman.

Il y a aussi beaucoup d'humour.  En particulier, le personnage de Maria de Médicis m'a souvent fait rire tant elle est naïve.  Quelle tête de linotte! 

 

Perspective(s) de Laurent Binet, 2023, 304 p.   

08 juin 2026

L'Illusion comique

Il me fallait un auteur prénommé Pierre pour remplir une consigne du défi Scrabble littéraire du forum Livraddict...  J'ai hésité, j'avais Lemaître ou Pevel dans ma ligne de mire; j'ai finalement accepté l'invitation de trois ou quatre autres participantes qui organisaient une lecture commune de cette pièce de théâtre, L'Illusion comique de Pierre Corneille, une œuvre dont je n'avais jamais entendu parler!

Quand j'étais ado, dans ma période théâtre classique, je me souviens que j'ai lu Le Cid, et peut-être quelques autres dont je garde moins de souvenirs.  Mes parents m'avaient aussi offert (et là je vais trahir mon âge!) un trente-trois tours de la pièce Polyeucte, lue par des acteurs de la Comédie française, rien de moins!

Je me suis donc lancée avec optimisme dans la lecture de L'Illusion comique, et, si j'ai quelques bémols, je n'ai quand même pas été déçue.  La pièce est amusante, surtout grâce à un des personnages, Matamore, qui, comme son nom l'indique, est un vantard et un poltron de la pire espèce!  Il y a aussi un côté fantastique original grâce à la présence d'un magicien, Alcandre.  De plus, le dénouement est vraiment surprenant, je l'ai trouvé chouette.

Le principal défaut vient de l'absence presque totale de didascalies.  Cela rend certaines scènes complètement incompréhensibles; il faut tenter de deviner ce qui s'est passé en se basant sur les dialogues des scènes suivantes! 

Cela reste une lecture sympa, mais j'ai la nette impression que de voir la pièce en représentation serait nettement plus intéressant, non seulement pour mieux suivre l'action, mais aussi pour assister aux effets spéciaux qui ne manqueraient pas d'accompagner les sorts du magicien! 

 

L'Illusion comique de Pierre Corneille, 1636, 188 p.  

 

 

26 avril 2026

Lire!

Dans ce sympathique ouvrage sur la lecture, on compare les points de vue de Bernard Pivot, lecteur professionnel, et de sa fille Cécile, amatrice passionnée, sur différents thèmes: ce que nous apporte la lecture, comment organiser sa bibliothèque, achat ou emprunt, annoter ou non ses livres, les premières lectures d'enfance, etc.

Comme ce livre a été sélectionné pour le club de lecture «spécial essai» du forum Livraddict, j'espérais que chacun des sujets soit assez approfondi.  Or, ce n'est pas le cas, on reste assez en surface.  Tout l'intérêt réside plutôt dans les réflexions suscitées par ce livre sur notre propre rapport à la lecture et aux livres, ce qui constitue finalement une expérience intéressante et agréable.

N.B. Si possible, privilégiez l'édition grand format (Flammarion) qui est joliment illustrée alors que l'édition de poche ne l'est pas, ce qui a déçu plusieurs des participantes du club.


Lire! de Bernard et Cécile Pivot, 2018, 182 p.

27 mars 2026

Le Moine

C'est ce cher Alberto Manguel, dans son délicieux Une Histoire de la lecture, qui m'a donné envie de découvrir ce roman sous la plume d'Antonin Artaud plutôt que d'aller vers l'original de Matthew Gregory Lewis, ce qui normalement aurait été mon réflexe.  C'est que dans son chapitre sur la traduction, Alberto affirme que l'œuvre d'Artaud est l'un des rares exemples où la traduction surpasse la version originale!

En fait, lorsqu'il parle de traduction, ce n'est pas tout à fait exact (mais je ne me souviens pas s'il faisait cette distinction): il semble qu'Artaud n'ait pas traduit lui-même le texte mais qu'il ait plutôt retravaillé la version d'un certain Léon de Wally (1840), qu'il évoque d'ailleurs dans son introduction.

Peu importe, l'important c'est que j'ai beaucoup apprécié cette lecture!  J'ai vu il y a maintes années l'adaptation cinématographique avec Vincent Cassel dans le rôle-titre, mais je ne me souvenais pas que le côté fantastique était aussi développé: fantômes, prophéties, démons, magie noire, alchimie et tutti quanti, tout cela dans une ambiance gothique fort réussie. 

Il y a dans le dernier tiers quelques éléments de l'intrigue qui m'ont moins plu (je ne développe pas pour ne rien divulgâcher), mais malgré cela mon avis reste très positif, surtout que la toute fin est excellente! 

Une belle surprise, merci Alberto!


Le Moine d'Antonin Artaud, d'après le roman The Monk de M.G. Lewis  (1796), 1931, 432 p.

04 février 2026

Lourdes

Zola ayant été choisi comme auteur du mois dans un défi (ou challenge, comme disent nos cousins de l'Hexagone) auquel je participe occasionnellement sur le forum Livraddict, et sachant que j'ai déjà lu tous les Rougon-Macquart ainsi que Thérèse Raquin, j'ai décidé de renouer avec ce cher Émile par le premier tome de la trilogie Les Trois Villes: Lourdes, roman dont il a eu l'inspiration après avoir visité cette ville (et on voit qu'il s'est très bien documenté sur le sujet!). 

Premier pépin, le roman n'étant pas offert en prêt numérique, j'ai téléchargé l'édition offerte sur la plateforme Bibliothèque électronique du Québec; malheureusement ce texte comportait plusieurs coquilles, surtout une ponctuation erratique.  Je vous avoue que c'est le genre de trucs pour lesquels j'ai zéro tolérance!  Cela m'a étonnée car mes quelques téléchargements précédents sur ce site étaient corrects, de mémoire.  J'ai craqué après quelques chapitres et j'ai acheté une édition offerte pour quelques dollars chez Kobo.  Celle-ci s'est avérée beaucoup plus agréable à lire.

J'ai tout de même trouvé que ce roman était plus ardu à lire que la plupart des autres œuvres de Zola.  Le style m'a semblé moins fluide, avec de longues phrases entrecoupées de beaucoup (trop?) de virgules.  De plus, il y a quelques longueurs et surtout un effet répétitif (les processions de malades se rendant à la grotte où ont lieu les miracles, une fois c'est passionnant, mais on pourrait passer plus rapidement là-dessus les jours suivants...).

Malgré tout, j'ai beaucoup aimé les thématiques abordées, notamment la confrontation entre la Science et la Foi, ou la Raison vs la Superstition, ainsi que la critique virulente de l'Église catholique, qui exploitait sans vergogne la crédulité des malades et de leur famille.  Mes passages préférés sont ceux où le personnage principal, un jeune prêtre ayant perdu la Foi, raconte à un groupe de malades l'histoire de Bernadette Soubirous (la petite fille à qui la Vierge serait apparue dans la fameuse grotte).  À la fin, ce personnage reste aux prises avec un dilemme; j'ai hâte de voir comment cela sera développé dans le tome suivant, Rome.  Toutefois, ce ne sera pas pour tout de suite, mais peut-être dans quelques mois? 


Lourdes d'Émile Zola, 1894, 640 p. 

20 décembre 2025

Au Royaume des Femmes

Irène Frain nous entraîne en Chine dans les années 1920 en compagnie d'un botaniste excentrique du National Geographic à la recherche du mythique «Royaume des Femmes», une tribu dirigée par les femmes où les hommes ont des rôles subalternes. 

Pure coïncidence, ce roman ressemble énormément à un autre lu récemment: L'Or de Blaise Cendrars.  Dans les deux cas on y retrouve: une histoire vraie, un personnage principal plus grand que nature mais peu sympathique ayant quitté son Europe natale pour tenter sa chance dans le monde, des péripéties rocambolesques, une attitude colonialiste envers les populations locales...

Par contre, là où L'Or est presque trop concis, ici le récit traîne en longueur!  Cela reste assez intéressant et certaines péripéties sont amusantes (notamment la réception chez un prince tibétain où l'on tente de satisfaire les goûts occidentaux du botaniste en lui servant des tentacules de pieuvre en conserve accompagnées d'un sorbet au dentifrice mentholé!), il y a de fort belles descriptions des lieux visités et des personnages secondaires très pittoresques.  Mais je pense que l'auteure, très bien documentée, a voulu respecter la chronologie exacte des pérégrinations de l'expédition, alors que d'un point de vue purement littéraire il aurait été préférable de couper certains passages...

 

Au Royaume des femmes d'Irène Frain, 2007, 632 p. 

19 décembre 2025

Paris-Briançon

(Je trouve qu'il y a trop de Philippe en littérature contemporaine: Philippe Besson, Philippe Claudel, Philippe Labro, je m'y perds!  Mais passons...)

Il y a longtemps que je voulais tenter un livre de Philippe Besson.  Le thème du club de lecture Livraddict, «un voyage en train», m'en a donné l'occasion. 

Paris-Briançon est un roman plein de qualités.  Une belle plume, un huis-clos comme on les aime, une atmosphère feutrée propre à la confidence, des personnages attachants bien qu'imparfaits, sur lesquels pend une épée de Damoclès puisqu'on nous a annoncé d'entrée de jeu que certains n'arriveront pas à destination...  Est-on devant un nouveau Crime de l'Orient-Express ou quoi?  Suspense... 

Un roman trop court, peut-être?  En tournant la dernière page, et sans pouvoir identifier ce que j'aurais désiré de plus, je reste avec une impression de trop peu, d'être restée sur ma faim.  De plus, il y a un détail irréaliste (et je ne peux en dire plus sans divulgâcher) qui m'a un peu fait décrocher vers la fin.  Comptez sur moi pour attacher de l'importance à des petits trucs insignifiants...

Néanmoins, vu toutes les belles qualités que j'ai énoncées, je lirai certainement d'autres œuvres de cet écrivain (ce n'est pas le choix qui manque). 

 

(Lu en novembre, mais j'avais oublié de publier le billet, quelle étourdie!) 


Paris-Briançon de Philippe Besson, 2022, 208 p.

04 décembre 2025

La Vallée des rubis

Ayant adoré deux romans de Joseph Kessel (Le Lion il y a bien des années et plus récemment Les Cavaliers), je me doutais que sa plume si évocatrice serait parfaite pour un récit de voyage. 

Et j’avais raison! Dans La Vallée des rubis, il nous transporte en Birmanie (qui s’appelle maintenant le Myanmar) après une brève escale en Inde. Il nous décrit de façon très vivante et imagée les lieux visités et les gens rencontrés lors d’un voyage qu’il a effectué dans les années 50 avec son ami Jean, négociant en pierres précieuses.  Il y a même un certain suspense puisque la région est infestée de brigands, de rebelles et de tigres féroces. 

La quête d’un trésor légendaire sert de prétexte au périple et constitue le fil rouge du récit. L’aventure nous entraîne dans des mines, des marchés, des ateliers, des temples et même une fumerie d’opium, et nous fait rencontrer plusieurs personnages hauts en couleur. 

Voilà une façon fort agréable de voyager à peu de frais! 

 

La Vallée des rubis de Joseph Kessel, 1955, 253 p.  

12 novembre 2025

Le Dernier Thé de maître Sohô

L'intrigue de ce roman historique n'est pas d'une grande originalité: une jeune femme qui se déguise en homme pour pouvoir exercer un métier, c'est du déjà vu (coucou, Mulan!).  Quant à l'histoire des derniers samouraïs, elle sert de toile de fond à plusieurs films, il me semble.

L'originalité de ce livre vient plutôt de la plume élégante et poétique de Cyril Gély.  En effet, à chaque page il se forme dans notre esprit l'image d'une aquarelle aux couleurs délicates, à la composition épurée.  De temps en temps, une touche d'humour un peu cru vient pimenter le tout (oui, je mélange une métaphore artistique avec une culinaire, c'est mon blogue, je fais ce que je veux!). 

Est-ce qu'une plume, aussi magnifique soit-elle, est suffisante pour faire un bon livre?

Peut-être dans de rares cas, mais ici, cela n'a pas fonctionné pour moi.  À partir du milieu, je dois avouer que j'ai commencé à m'ennuyer un peu.  La fin m'a surprise, ce qui a ravivé mon intérêt, mais c'était un peu tard. 

Une petite déception, donc, mais je n'hésiterai pas à donner une deuxième chance à cet auteur si l'occasion se présente.  Quant à vous, je vous invite à lire ce roman pour vous faire votre propre idée, car il récolte généralement des critiques très élogieuses.


Le Dernier Thé de maître Sohô de Cyril Gely, 2024, 190 p.

11 novembre 2025

Assise, debout, couchée !

Très agréable à lire, ce petit bouquin, mi-essai, mi-récit autobiographique.  Ovidie (qui s'est d'abord fait connaître comme actrice porno, puis comme réalisatrice de documentaires féministes et écrivaine) nous parle des chiens qui ont jalonné sa vie, de l'enfance à aujourd'hui, mais aussi des façons dont les chiens et les femmes sont liés depuis la préhistoire.

Protecteur, compagnon, confident, enfant de remplacement, le chien occupe de nombreuses fonctions dans la vie des humaines.  Il fait également partie de la seule espèce qui subit, tout comme les femmes, des chirurgies purement esthétiques.  Il y a donc de nombreux liens entre lui et nous.

Les idées abordées par Ovidie sont vraiment intéressantes, mais elles auraient pu être plus développées, à mon avis.  Tout reste assez superficiel, c'est un bon point de départ, mais sans plus.

Les parties autobiographiques sont le gros point fort du livre.  Si vous aimez les pitous, je vous mets au défi de ne pas éclater de rire à plusieurs reprises, et surtout de ne pas verser une petite larme à la mort de Raziel, le bulldog anglais.    


Assise, debout, couchée ! d'Ovidie, 2024, 193 p.

08 novembre 2025

Comédie française: Ça a débuté comme ça...

C'est Gropitou qui m'a acheté ce bouquin dans une vente de livres élagués des bibliothèques de Montréal.  Je ne fais pas partie du public cible des autobiographies de stars, mais il savait que cela pourrait m'intéresser puisque je suis archi-fan de cet acteur, qui est par ailleurs captivant à en entrevue.

Gropitou a eu la main heureuse puisqu'en fait, malgré ce que laisse supposer le titre et la présentation de l'éditeur, il s'agit plutôt d'un genre d'essai sur la littérature et le cinéma (avec un soupçon de philo), entrecoupé de passages autobiographiques et de quelques pages de type journal intime.   

C'est donc tout à fait dans mes cordes!  Luchini nous parle de la relation qu'il entretient depuis des années avec Rimbaud, La Fontaine, Proust, etc.  Il m'a même donné envie de retenter Louis-Ferdinand Céline, après le semi-échec que fut Voyage au bout de la nuit), ce n'est pas rien! 

Petit bémol, il cite un poème d'un certain Philippe Muray qui s'étale sur 8 pages, c'est bien trop long, ça fait remplissage!  Il aurait été préférable de n'en citer que quelques vers plus marquants.

 

Comédie française: Ça a débuté comme ça... de Fabrice Luchini, 2016, 233 p. 

07 novembre 2025

L'Or

(Pas terrible, cette couverture...)

Jusqu'à maintenant, je ne connaissais Blaise Cendrars que de nom (nom que je trouve chouette par ailleurs, l'écrivain ayant créé ce pseudonyme à partir des mots «braise» et «cendre»!).  C'est mon ami Stefan (Zweig) qui m'a suggéré ce bouquin quand j'ai lu ses Très Riches Heures de l'humanité (recueil dont je ne vous ai jamais parlé car je le traîne depuis des mois, la deuxième partie, Souvenirs et rencontres, étant un peu ch... ennuyante.  Je pense que je vais me résoudre à le considérer comme un abandon et écrire finalement mon avis...  À faire avant la fin de l'année, pour qu'il entre dans mon bilan annuel!).  En effet, Zweig y parle du même personnage historique, le général Suter, qui fut paradoxalement ruiné à cause de la découverte d'or sur ses terres en Californie lors du fameux Eldorado. 

Après avoir admiré la plume de Cendrars, presque poétique, dans le premier chapitre qui se déroule en Suisse, j'ai trouvé dans les chapitres suivants que le ton était très factuel, presque documentaire.  Cela donne une impression de distance par rapport au personnage (à qui l'on reproche déjà d'avoir abandonné sans aucun remord femme et enfants en Europe!).  Ce n'est qu'à partir du moment où l'action s'établit en Californie qu'on arrive à se rapprocher du bonhomme, à s'émouvoir devant tout ce qui lui arrive et à être vraiment immergé dans l'ambiance des lieux décrits.

Malgré ce petit pépin, cela reste une lecture très intéressante, qui m'a fait découvrir un pan de l'histoire américaine que je ne connaissais que vaguement.

 

Je classe ce livre à la fois en œuvre non romanesque et en roman historique, car l'auteur le qualifie lui-même de biographie romancée. 

 

L'Or de Blaise Cendrars, 1925, 169 p. 

24 octobre 2025

Vallée du silicium

Très intéressantes, ces chroniques écrites par l'écrivain Alain Damasio lors d'un voyage effectué dans la Silicon Valley, cette région californienne où sont regroupés les sièges sociaux de la plupart des grandes compagnies technologiques (Apple, Meta, Microsoft, etc).

On est plus habitué à trouver cet auteur dans le domaine de la science-fiction...  Mais de nos jours, la réalité rejoint la SF, et on pourrait presque dire qu'elle la dépasse!

Dans chaque chronique, Damasio aborde un sujet différent: le corps hyperconnecté, les voitures autonomes, les très grandes disparités sociales, la surveillance et les contrôles incessants, les possibilités de l'intelligence artificielle, etc.

Le chapitre qui m'a fait le plus capoter (flipper, pour mes lecteurs européens) est celui sur ces gens qui utilisent des gadgets technologiques pour surveiller leur état de santé, leur sommeil, etc.  Il y a même des toilettes qui analysent l'urine et les excréments!  Personnellement, je serais incapable de vivre comme cela; toutes ces données me rendraient plus anxieuse au lieu de me rassurer!  Et comme elles peuvent être partagées en ligne (avec votre médecin par exemple), on peut imaginer toutes les dérives possibles si les compagnies d'assurances ou les employeurs y ont accès.

J'ai trouvé qu'il y avait parfois des contradictions dans les réflexions de l'auteur, et qu'il exagérait à l'occasion.  Mais il est tout à fait normal qu'on ne soit pas d'accord sur tous ces sujets qui évoluent si vite qu'on a de la difficulté à suivre.  Cet essai a avant tout le mérite de soulever des questions et de nous forcer à nous positionner sur ces enjeux de la plus haute importance.  

Petit bémol, Damasio, en écrivain de fiction de haut niveau, écrit ici dans une langue très soutenue, très littéraire, souvent très abstraite et avec de nombreux néologismes.  On met tellement d'énergie à déchiffrer la forme qu'on en oublie par moments de réfléchir au fond.

L'essai est suivi par une nouvelle de science-fiction d'une quarantaine de pages illustrant le danger de remettre notre sort entre les mains d'une intelligence artificielle lors d'une situation d'urgence.  J'avoue avoir eu un peu de difficulté à accrocher au début, car la prémisse m'a semblé un peu dure à avaler.  Mais une fois passé ce petit écueil, cela devient très intéressant et la fin a su me surprendre. 

 

Vallée du silicium d'Alain Damasio, 2024, 336 p.

15 octobre 2025

Code Ardant

 Wow!  Quelle surprise!

Je n'avais jamais entendu parler de cette écrivaine française avant que son roman ne soit mis en nomination pour le Prix Livraddict, catégorie SF.  Je ne m'attendais donc pas à grand-chose en le commençant.

Et me voilà bouche bée en le refermant.  Quelle belle intrigue bien ficelée, alternant en un équilibre parfait entre les scènes d'action haletantes et les moments de répit où les liens entre les personnages se dévoilent!

Au début on ne sait pas trop dans quel monde on évolue, à part qu'on est dans un futur pas trop lointain, quelques générations, et que la civilisation qu'on connaît a en partie disparu.  Il faut être patient, on arrivera peu à peu à rassembler les pièces du casse-tête.  Une autre difficulté vient du fait que les personnages principaux sont désignés parfois par leur prénom, parfois par leur surnom (Le Baril, La Bouée, La Souris, etc).  C'est donc assez mélangeant, cela prend un moment avant de s'y retrouver.  Et il faut aussi s'habituer aux dialogues écrits dans un genre d'«argot du futur»! 

Mais cela vaut vraiment la peine de s'accrocher!  Une ambiance à la Mad Max, métissée d'une belle réflexion sur l'amitié, la communauté, la technologie et sur ce qui fait de nous des humains -- réflexion qui n'est jamais soulignée à gros traits mais reste toujours en arrière-plan, tout comme j'aime. Je n'en dis pas plus, je vous laisse découvrir ce roman!  


Code Ardant de Marge Nantel, 2024, 478 p.

26 septembre 2025

Neuromania

Vous croyez que les différentes fonctions du cerveau (langage, mémoire, etc) sont contrôlées par certaines régions bien spécifiques, comme semblent le démontrer les images par résonance magnétique qu'on nous montre pour le prouver?  Et bien c'est faux selon le neuroscientifique Albert Moukheiber; c'est le cerveau tout entier qui agit de concert pour chaque fonction.  Et cette histoire d'hémisphères gauche et droit où résident séparément la logique et la créativité, c'est bien vrai, n'est-ce pas? Eh bien non, ces deux aptitudes ne travaillent pas indépendamment mais plutôt en boucle, l'une influençant l'autre qui influence la première, etc.  Bon d'accord, mais le cerveau reptilien, celui qui nous vient de nos ancêtres dinosaures et qui constitue le centre de la peur, c'est bien vrai?  Et le rôle des hormones, la dopamine et les autres?  Et la dépression, l'addiction, la résistance au changement?

Vous me voyez venir...   

En gros, ce qu'on apprend dans cet essai très intéressant et bien vulgarisé (mais très déstabilisant puisqu'il faut remettre en question tout ce qu'on croyait savoir sur le cerveau), c'est que tout ne peut se réduire à ce seul organe, qu'il faut plutôt prendre en compte le corps en entier ainsi que le contexte social et culturel de chaque individu.   


Neuromania d'Albert Moukheiber, 2024, 250 p.

12 septembre 2025

L'Inconnue du portrait

Aimant beaucoup le peintre Klimt, j'ai tout de suite été attirée par ce roman historique lors de sa sortie en 2024, et lorsqu'il a été mis en nomination pour le Prix Livraddict, ce fut l'occasion de m'y plonger.

Contrairement à ce que j'espérais, le peintre lui-même n'apparaît qu'un bref moment.  C'est plutôt l'histoire rocambolesque du tableau qui apparaît en couverture qui sert de fil rouge à l'intrigue. Ce portrait d'une jeune femme dont on ignore l'identité, peint en 1910, fut fortement remanié par Klimt sept ans plus tard pour une raison qu'on ignore.  On a cru longtemps qu'il y avait deux œuvres différentes dont l'une aurait disparu.  C'est une étudiante en Histoire de l'art qui arriva à prouver que les deux toiles n'en faisaient qu'une.  Le tableau fut ensuite volé, pour réapparaître vingt ans plus tard derrière un buisson du jardin du musée d'où il avait disparu.  Rocambolesque, je vous dis!

Camille de Peretti brode toute une saga familiale autour de cette histoire, nous emmenant de l'Autriche du début du XXe siècle jusqu'à New York, où se déroule la plus grande partie de l'intrigue.  

Quelques bémols: tout d'abord, j'ai relevé une invraisemblance.  Comme c'est au tout début du roman, je me permets de divulgâcher un peu: le personnage principal, un jeune cireur de chaussures, arrive en quelques années à économiser la coquette somme de mille dollars qu'il investira pour tenter de faire fortune.  Mille dollars à coup de dix cents la paire de souliers cirés?  J'ai eu de la difficulté à y croire, et donc à croire à tout ce qui s'ensuit.

Deuxièmement, j'ai remarqué un petit tic d'écriture chez cette auteure.  Elle aime accoler deux phrases complètes, parfois même trois ou quatre, en les séparant par une virgule, sans conjonction pour les relier (dans le genre «Il faisait beau, Machin alla se promener, il rencontra Bidule.»).  Rien de bien grave, donc, mais c'est le genre de trucs qui m'agacent quand je me mets à les remarquer!

Heureusement, ces petits défauts ne m'ont pas empêchée d'apprécier ce roman.  L'intrigue est originale et, si l'on oublie la petite invraisemblance du début, bien ficelée.  Les personnages bien développés soutiennent notre intérêt jusqu'à la fin, surtout qu'au départ on ne sait pas quels sont les liens entre eux et avec le tableau.  Un bon roman historique! 


L'Inconnue du portrait de Camille de Peretti, 2024, 356 p. 

28 août 2025

Les Guerriers de l'hiver

Les amis, je passe aux aveux.  Moi qui me targue de posséder d’assez bonnes bases en Histoire, je n’avais jamais entendu parler de cet épisode incroyable que fut la tentative d’invasion de la Finlande, un pays neutre, par la Russie, au tout début de la Deuxième Guerre mondiale.

Je ne vous en dis pas plus sur les événements racontés dans le roman d’Olivier Norek.  Quand on n’en connaît pas le dénouement, cette histoire se lit comme un thriller!  Pourtant, tous les faits sont véridiques, tous les personnages ont vraiment existé.   Et justement, les personnages sont ce qui font l’originalité du roman, puisqu’ils semblent plus grands que nature, en particulier le jeune Simo Häyhä, tireur d’élite à l'habileté presque surhumaine, et le chef de sa compagnie, le lieutenant Juutilainen, un ivrogne complètement barjo mais dont les tactiques de guérilla permirent aux Finlandais de résister plus longtemps que prévu à un ennemi aux forces immensément supérieures.

Un autre aspect intéressant est qu’on assiste au déroulement des opérations non seulement du côté des Finlandais mais aussi de celui des Russes.  On a donc les deux côtés de la médaille!

J’ai lu ce livre parce qu’il est en nomination pour le Prix Livraddict dans la catégorie Historique… Laissez-moi vous dire que les autres candidats auront fort à faire pour gagner mon vote!


Les Guerriers de l'hiver d'Olivier Norek, 2024, 424 p.