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22 mars 2022

Chroniques du Pays des Mères

J'ai longtemps hésité à lire ce roman d'Élisabeth Vonarburg.  Je savais qu'il y était question d'une société matriarcale et que tout le vocabulaire y était féminisé, et je craignais que cela soit agaçant à lire.  Par contre, je m'attendais à aimer l'intrigue puisque je suis généralement bon public pour les romans d'anticipation ou post-apocalyptiques (on se situe ici à la frontière entre les deux sous-genres).

 Or, c'est exactement l'inverse qui s'est produit.  J'ai trouvé le travail sur la langue fort bien intégré; on s'habitue rapidement au féminin qui l'emporte sur le masculin, et à certains mots ayant changé de genre: une animale, une papillonne, etc.  Par contre, j'ai un peu honte d'avouer que je me suis ennuyée ferme durant la majeure partie du récit.  

Pour être juste, j'ai beaucoup aimé la première partie, alors que l'héroïne Lisbeï est enfant et qu'on découvre en même temps qu'elle le monde qui l'entoure et le fonctionnement de la société, dans une ambiance qui m'a un peu rappelé La Servante écarlate de Margaret Atwood, en moins glauque, toutefois.  

Mais par la suite, je suis allée de frustration en frustration: il ne se passe pas grand-chose!  Dès que la tension monte un peu et qu'il va peut-être y avoir de l'action, hop! on fait un saut dans le temps et les événements nous sont racontés en quelques lignes.  Le reste du temps, ce ne sont que palabres et discussions historico-philosophico-religieuses interminables.  Des chapitres entiers au sujet d'une religion fictive, ça me semble d'un intérêt discutable.  

La fin est bien trouvée, mais pour moi c'était trop peu, trop tard!


Chroniques du Pays des Mères d'Élisabeth Vonarburg, nouvelle édition de 1999, 628 p.

01 décembre 2013

Brave New World (Le Meilleur des mondes)

Houla!  Heureusement que je lisais ce bouquin, un des classiques fondateurs du roman d'anticipation, dans le cadre de notre club de lecture, le Blogoclub; sinon j'aurais sûrement abandonné après les deux ou trois premiers chapitres, qui sont d'un ennui carabiné!  Huxley nous y fait visiter une étrange «usine à bébés», ce qui lui permet de nous expliquer le fonctionnement de la société du futur qu'il a imaginée.  Passage nécessaire pour comprendre la suite, mais c'est long, c'est long!

Ce n'est que lorsque enfin on se concentre sur quelques personnages que cela devient intéressant.  On croit assister à un triangle amoureux, mais finalement c'est plutôt un choc entre deux civilisations qui se produit.  Celle dont proviennent la plupart des personnages,  où toute liberté d'expression est bannie, où les gens sont conditionnés avant même leur naissance à accepter leur condition sociale; et l'autre civilisation, celle des «sauvages», où la religion chrétienne mêlée à la mythologie amérindienne rythme chaque étape de la vie, où on est resté très proche de la Nature.  Finalement, ceux qui s'en tireront le mieux seront les rares individus à avoir conservé un certain libre arbitre!

Aldous Huxley est tout un visionnaire! Il a deviné notre société de consommation, axée sur le divertissement et sur la satisfaction immédiate des plaisirs.  Un classique qui manquait à ma culture, merci au Blogoclub de m'avoir «forcée» à le lire!

Extrait:
«"But why is it prohibited?" asked the Savage. In the excitement of meeting a man who had read Shakespeare he had momentarily forgotten everything else.
The Controller shrugged his shoulders. "Because it's old; that's the chief reason. We haven't any use for old things here."
"Even when they're beautiful?"
"Particularly when they're beautiful. Beauty's attractive, and we don't want people to be attracted by old things. We want them to like the new ones."
"But the new ones are so stupid and horrible.(...)"»

Pour lire l'avis des autres participants, suivez les liens chez nos super-organisatrices, Sylire et Lisa!


Brave New World d'Aldous Huxley, 1932, 265 p.  Titre de la version française: Le Meilleur des mondes.

20 mars 2009

La Servante écarlate


Ayant déjà vu quelques extraits du film qui a été tiré de ce livre (film mettant en vedette la regrettée Natasha Richardson, qui vient de mourir suite à un accident de ski à quelques heures de route d'ici, coïncidence bizarre!), je me souvenais de ce qu'est une «servante écarlate», alors qu'on est supposé ne l'apprendre que peu à peu, car Margaret Atwood suggère ici plus qu'elle ne décrit en détail, grâce à un style d'écriture plutôt dépouillé. À cause de cela, j'ai d'abord eu un peu de difficulté à accrocher à ce roman d'anticipation. Je trouvais également un peu tirée par les cheveux l'idée que le gouvernement américain ait été renversé par un genre de secte d'extrême-droite (ce n'est pas un gros spoiler, on apprend cela dès les premiers chapitres).

Après une cinquantaine de pages, et ayant décidé d'accepter cette prémisse (après tout, pourquoi pas? Des choses encore plus improbables se sont produites pour vrai, et se produisent encore!), j'ai commencé à être de plus en plus intriguée, puis fascinée. On s'identifie à la narratrice, on s'inquiète pour elle, on voudrait une issue heureuse tout en craignant que ce ne soit pas possible... On ressent pour certains personnages secondaires de la méfiance, de la répugnance ou de la pitié (et souvent un mélange étrange de ces trois sentiments!). Et puis, certaines des questions soulevées restent d'actualité, vingt ans après la parution du bouquin: la place des femmes dans la société, le fanatisme religieux, la fertilité...

Une très belle lecture dans le cadre du défi Blog-0-trésors! Et ouf! je n'ai pas eu de problèmes majeurs avec cette traduction, contrairement à ce qui était arrivé lors de mon expérience précédente avec cette auteure...



Les billets de trois lecteurs du Biblioblog, celui de Sylvie, de Chiffonnette, de Sébastien...


Addendum: Une autre coïncidence, juste comme je finissais le brouillon de ce billet hier soir, on présentait à l'excellente émission The Hour (CBC) une entrevue avec Margaret Atwood. Elle y discutait de son dernier livre, un essai intitulé Payback: Debt and the Shadow Side of Wealth, dont le sujet, l'endettement, est brûlant d'actualité même si elle avait commencé à l'écrire dès 2005! D'ailleurs je ne savais pas que Mme Atwood était aussi essayiste, décidément elle a plus d'une corde à son arc! Pour voir cette entrevue (en English), c'est ici.

La Servante écarlate de Margaret Atwood, traduit de l'anglais, publié chez Robert Laffont en 1987. 362 p. La version originale, The Handmaid's Tale, date de 1985.