20 septembre 2009

La Princesse de Clèves

Quand j'étais petite, et durant une grande partie de mon adolescence, nous passions nos étés dans un petit chalet de Lanaudière. Dans une bibliothèque construite par mon frère se trouvaient, parmi les casse-tête et autres jeux, de nombreux livres à lire les jours de pluies: des Agatha Christie, des Simenon, et un tout petit dont je soulevais chaque été la couverture pour lire le premier paragraphe:


La magnificence et la galanterie n'ont jamais paru en France avec tant d'éclat que dans les dernières années du règne de Henri second. Ce prince était galant, bien fait et amoureux; quoique sa passion pour Diane de Poitiers, duchesse de Valentinois, eût commencé il y avait plus de vingt ans, elle n'en était pas moins violente, et il n'en donnait pas des témoignages moins éclatants.

À chaque fois je me disais que ça avait l'air vraiment bien, que je le lirais quand j'aurais fini les livres de la bibliothèque municipale que j'avais amenés de la ville. Mais comme j'en apportais toujours plus que moins, de peur d'en manquer, ce jour n'arrivait jamais. Et bien des années plus tard je n'avais toujours pas lu La Princesse de Clèves de Madame de La Fayette!

Et bien voilà, c'est chose faite! Je dois dire que j'ai eu quelques hésitations dans les dix ou quinze premières pages. On y énumère tous les protagonistes, avec leurs qualités et leurs défauts, et surtout les allégeances politiques et liens familiaux qui les unissent ou les opposent. C'est un peu barbant, faut-il l'avouer, et on peut facilement s'y perdre dans ces personnages nommés la plupart du temps par leur titre plutôt que par leur nom. Par exemple il y a la Reine, la Dauphine et la Reine dauphine, il y a Madame la soeur du Roi et Madame la fille du Roi, il y a le duc de Guise, le Cardinal de Guise et le Chevalier de Guise, et le père du Prince de Clèves s'appelle le Duc de Nevers. Vous me suivez? En bonne lectrice de Dumas je suis déjà un peu habituée à ces subtilités, mais là on aurait dit que l'accumulation de titres en quelques paragraphes me donnait un peu le tournis.

Heureusement, on n'a pas besoin de tout se rappeler, car Madame de La Fayette a la bonté de nous glisser des petits indices à chaque fois que revient un personnage secondaire qu'on aurait pu oublier. Si bien que j'ai pu arrêter de m'en faire avec les arbres généalogiques et que j'ai pu savourer cette belle histoire finalement assez intemporelle, car il y aura toujours de la passion amoureuse, de la jalousie, de la vertu et des magouilles politiques. Mais rarement l'éternel triangle amoureux aura-t-il été décrit avec autant de finesse et en de si beaux mots. J'avais beau être assise dans mon salon, hirsute, en pyjama et en pantoufles, je me croyais transportée dans les plus beaux salons de la Cour d'Henri II.

Ce qui a ajouté encore au plaisir, c'est d'avoir trouvé cette édition qui date de 1958, en assez bon état mais aux pages jaunies. Il me semble qu'un exemplaire tout pimpant de blancheur n'aurait pas aussi bien convenu. Par contre, je me serais passée de cette horrible illustration en couverture: on y voit une femme en robe à pompons, présumément la princesse en question, en train de manger délicatement une saucisse ou de fumer un cigare, on ne sait trop, pendant que deux quidams l'espionnent de l'extérieur du cadre. Je suis peut-être bouchée mais je n'ai pas vu le rapport avec l'histoire. Si quelqu'un veut m'expliquer je lui en serais reconnaissante.

Ceci dit, et n'en déplaise à M. Sarkozy qui avait affirmé que des lectures comme La Princesse de Clèves n'étaient pas utiles, je me sens l'âme un peu plus élevée et raffinée de l'avoir lu, ce qui n'est pas rien.


Lu en lecture commune avec Jules (qui malheureusement s'est ennuyée à mourir!), Bladelor (assez d'accord avec Jules), Restling (dont l'avis se rapproche assez du mien) et Hermione (qui se range avec Restling et moi-même!).


La Princesse de Clèves, Madame de La Fayette, 1678. L'édition du Livre de poche illustrée ci-dessus date de 1958 et compte 242 p.

21 commentaires:

  1. Décidément la lecture de ce livre suscite de très belles analyses! J'ai bien souri aussi en t'imaginant dans ton fauteuil, en pyjama et savourant les descriptions des beaux atours de l'une des plus belles Cours de l'époque! :) Malgré le fort ancrage historique, c'est certain que l'histoire d'amour est intemporelle, voilà une des bonnes raisons pour lesquelles j'aime ce livre malgré un tas d'obstacles que tu relèves bien!

    RépondreSupprimer
  2. J'aime beaucoup ton introduction et la façon dont tu as tourné ton billet.
    Pour ce qui est de la lecture nous n'avons pas partagé le même sentiment, mais c'est cela aussi qui fait la richesse des échanges.
    Sans vous je n'aurais probablement pas lu ce classique.

    RépondreSupprimer
  3. J'aime beaucoup la manière dont tu fais sentir que tu as aimé. C'est vrai que la 1ère phrase est très belle et prometteuse.
    Et tu m'as bien fait rire en parlant de la couverture, en effet, je la vois plutôt mal mais elle a l'air bizarre cette princesse à la saucisse...

    RépondreSupprimer
  4. Hum, hum... Comment dire? Je garde un souvenir assez peu emballé de cette lecture... Je me suis un peu ennuyée à la lecture (mais j'ai relevé des passages tout de même fascinants!).

    RépondreSupprimer
  5. J'aurais aimé avoir pu en dire de si belles choses, mais c'est tout le contraire! Des pages jaunies?! Ah! non, ça c'est le comble pour moi!!! :op Je suis une lectric difficile, on me le dit souvent...

    RépondreSupprimer
  6. Je l'avais lu pour le lycée, en seconde, et je ne m'en souviens guère, si ce n'est qu'il m'avait plu. Faudrait que je le relise...

    RépondreSupprimer
  7. Un beau roman, hors du temps, pour nous! Je l'ai lu récemment, et aimé.

    RépondreSupprimer
  8. Ca me rappelle mes études de lettres et une belle surprise : je pensais m'ennuyer à mourir et j'avais plutôt apprécié.
    UN joli film des années 60 avec Marina Vlady était aussi sorti pour ceux que la lecture des classiques rebute.

    RépondreSupprimer
  9. Constance: j'ai justement vu des photos de ce film en faisant des recherches sur le Net; je me demande s'il y a moyen de le trouver en DVD ou cassette, j'aimerais bien le voir!

    Keisha: oui, une histoire qui sera toujours pertinente, c'est l'impression que j'ai eue aussi!

    Kali: comme c'est un livre qui se lit rapidement, ça pourrait être une expérience amusante de le relire plusieurs années plus tard, dans un contexte non scolaire.

    Jules: En général j'aime bien un beau livre neuf et impeccable, mais c'est drôle, pour ce livre je trouve que ce petit air vieillot rajoutait du charme à l'expérience! Pour moi le comble c'est des barbouillages ou des surlignages; ça, pas capable!!

    Mariel: Il y a parfois de ces livres où notre intérêt est en dents de scie!

    Restling: Oui vraiment je ne comprends pas du tout cette couverture (même en imaginant qu'elle mange une sorte de biscuit ou de pâtisserie, ça reste bizarre).

    Bladelor: J'espère que tu as quand même apprécié cette expérience de lecture commune. Quant à moi j'ai beaucoup aimé pouvoir comparer nos différents points de vue. C'est même plus intéressant quand tout le monde n'est pas du même avis, je dirais!

    Mango: Très bien dit, cette histoire est à la fois très de son temps, avec la description de la Cour et des alliances et rivalités, et intemporelle par ses thèmes.

    RépondreSupprimer
  10. Tiens, nous avons la même édition ! Et comme toi, cette lecture m'avait transportée dans cette cour précieuse. Pas d'ennui pour moi mais une lenteur agréable.

    RépondreSupprimer
  11. Praline: oui, en effet, il ne se passe pas grand-chose finalement, mais on ne s'ennuie pas...

    RépondreSupprimer
  12. Je l'aime bien ce billet! Et malgré les avis mitigés de Jules et Bladelor, j'ai tout de même très envie de le lire!

    RépondreSupprimer
  13. Karine: Les avis sont partagés comme tu as pu voir, j'espère que tu feras partie de ceux qui l'aiment!

    RépondreSupprimer
  14. Tout le monde lit ça en ce moment, j'en ai même entendu parler à la télé. Pourquoi cet engouement??

    RépondreSupprimer
  15. So: Ça doit être l'effet Sarkozy! ;-) Blague à part, à part pour nous cinq qui le lisons en lecture commune, il doit s'agir d'une coïncidence!

    RépondreSupprimer
  16. J'ai enfin fini "La princesse de Clèves"; mon billet sera en ligne demain ou lundi, si je n'ai pas le temps d'aller à l'université (là ou je peux avoir une connexion internet) avec mon ordinateur. Mon billet sur "La jeune fille à la perle" sera normalement publié dans les délais!;) Je suis vraiment désolée pour tout ce retard, Grominou :(

    RépondreSupprimer
  17. Hermione: Tu n'as pas à être désolée, nous avons chacun notre vie en dehors des livres et des blogues, avec tous les imprévus que cela comporte! Je vais surveiller ton blogue dans les prochains jours! :)

    RépondreSupprimer
  18. Merci beeaucoup pour ton si gentil message! Mon billet sur "La princesse de Clèves" est maintenant sur mon blog! Bonne journée!

    RépondreSupprimer
  19. Bonjour,
    A quelle adresse postale puis-je vous envoyer des recueils de poésies succeptibles de vous intéresser? Merci d'avance. Très cordialement.
    Michelle Turpin
    4 AV. Daniel Lesueur
    75007 Paris

    RépondreSupprimer
  20. je suis d'accord avec la conclusion de ton article. Ce livre tout en nuance et en finance est très emblématique de la littérature du XVII et de la place du sentiment amoureux dans les affaires au XVIè s

    RépondreSupprimer
  21. Bénédicte: Je dois dire que c'est une littérature que je connais assez peu, mais dans ce cas-ci en tous cas j'ai vraiment aimé!

    RépondreSupprimer