14 mars 2026

La Mère

Avec deux copines du forum Livraddict amatrices de littérature russe, nous avons eu envie de découvrir Maxime Gorki, cet écrivain du début du XXe siècle.  Complètement au hasard, simplement parce qu'on le trouve gratuitement en édition libre de droits, notre choix s'est porté sur La Mère.  Personnellement, le nom de Gorki me rappelle surtout la chanson Gorki Park de Scorpions, que je fredonne constamment ces jours-ci.

Ce roman raconte l'histoire d'une femme dont le fils fait partie des groupes socialistes prérévolutionnaires, au péril de sa liberté, voire de sa vie.  Très apeurée au départ, elle évolue en assistant aux réunions de son fils, puis en faisant elle-même des lectures en autodidacte.  Son évolution est le sujet principal du roman, mais on découvre également les conditions de vie des ouvriers de l'époque.  L'idéalisme des personnages est admirable, mais bien sûr on a tout de même un arrière-goût amer, puisque l'on sait ce qui arrivera dans les décennies suivantes!    

J'ai été vraiment surprise de constater que Gorki a une plume qui se lit très aisément, surtout si on le compare à certains autres écrivains russes (Léon et Fédor, c'est à vous que je pense!).  La seule difficulté vient du nombre important de personnages secondaires.  Après quelques chapitres, j'ai arrêté d'essayer de me souvenir de chacun, et cela ne m'a pas empêchée de bien suivre l'intrigue.

Allez, tout le monde ensemble: «I follow the Moskva, down to Gorki Park, listening to the wind of chaaaaaange...»


La Mère de Maxime Gorki, traduit du russe, 1907, 394 p.  Titre de la version originale: Mat'.

12 mars 2026

Les Belles-Sœurs

Michel Tremblay est l'un de mes auteurs préférés, mais j'avoue peu connaître son théâtre.  Je remédie à la situation en lisant cette œuvre majeure qui a créé la polémique à sa création dans les années 60, car c'était la première pièce en joual présentée au Québec.

J'ai adoré le mélange parfaitement équilibré de comédie et de drame.  En effet, les dialogues sont généralement très drôles, ces femmes de différentes générations s'échangeant des pointes, des mesquineries et des commérages, tout en nous faisant des confidences assez poignantes en aparté, nous permettant de découvrir leur vie étriquée, leur dépendance à leur époux, leur misère financière et sexuelle, etc. 

Seul hic, il y a beaucoup de personnages et l'on peine à s'y retrouver.  Ce doit être plus facile lorsqu'on voit la pièce sur scène, ce que j'espère pouvoir faire un jour!  


Les Belles-Sœurs de Michel Tremblay, 1972, 93 p.

26 février 2026

Black Boy

Dans ce récit autobiographique, l'écrivain afro-américain Richard Wright raconte son enfance dans le sud des États-Unis au début du XXe siècle, alors que sont encore en place les lois de ségrégation raciale et que l'esclavage est toujours frais dans les mémoires.

J'ai beaucoup apprécié l'honnêteté de l'auteur.  Tout n'est pas noir et blanc dans son histoire (pardon pour le jeu de mot d'un goût douteux…); les Noirs ne sont pas de parfaites victimes, ils sont eux-mêmes racistes envers d'autres peuples et violents les uns envers les autres.  

Richard vient d'une famille dysfonctionnelle, à commencer par la grand-mère membre fanatique d'une secte religieuse, jusqu'aux oncles et tantes brutaux et intransigeants.  C'est un vrai miracle qu'il ait pu garder sa propre personnalité, sa volonté et son libre arbitre, et qu'il ait réussi à se sortir de ce milieu étouffant.

Il est fascinant d'assister à son évolution et à sa prise de conscience progressive de sa propre valeur en tant qu'être humain.  Son récit continue dans American Hunger (Une faim d'égalité), que je vais sûrement tenter de me procurer.


Black Boy de Richard Wright, 1945, 212 p.  Titre de la traduction française: Black Boy

18 février 2026

Douze Contes vagabonds

Mettons d'abord les choses au clair: malgré le titre de ce recueil, les histoires rassemblées ici ne sont pas vraiment des contes, car elles sont très ancrés dans le réel, autant physiquement (on visite différentes villes européennes) que temporellement (on est dans la deuxième moitié du XXe siècle).  Pour moi, un conte se déroule dans un pays imaginaire et presque «en dehors du temps», si je puis dire.

Appelons-les donc plutôt des nouvelles.  Et même si je ne suis pas la plus grande fan de ce format littéraire, je dois dire que la plupart de ces nouvelles de Gabriel Garcia Marquez sont assez réussies.  À part quelques-unes qui tombent un peu à plat, je les ai trouvées amusantes ou intrigantes.   

Seule la toute dernière nouvelle m'a vraiment déçue: ces deux jeunes gens qui se rencontrent lorsque le jeune homme menace de violer la jeune femme et qu'elle lui tient tête, et qui deviennent ensuite amoureux, c'est... non!  Une prémisse qui a fort mal vieilli et qui m'a laissé un arrière-goût amer.

À part cette fin ratée, ce recueil s'est avéré une lecture agréable, sans être inoubliable.  Je ne le recommanderais pas toutefois pour un premier contact avec cet auteur. 

En terminant, je note une phrase à réutiliser lorsque l'on trouve quelqu'un trop crédule:

«Écoute, mon vieux, (...) être Poisson ascendant Poisson c'est une chose, mais être con c'en est une autre.»

 

Douze contes vagabonds de Gabriel Garcia Marquez, traduit de l'espagnol, 1992, 157 p.  Titre original: Doce cuentos peregrinos.

04 février 2026

Lourdes

Zola ayant été choisi comme auteur du mois dans un défi (ou challenge, comme disent nos cousins de l'Hexagone) auquel je participe occasionnellement sur le forum Livraddict, et sachant que j'ai déjà lu tous les Rougon-Macquart ainsi que Thérèse Raquin, j'ai décidé de renouer avec ce cher Émile par le premier tome de la trilogie Les Trois Villes: Lourdes, roman dont il a eu l'inspiration après avoir visité cette ville (et on voit qu'il s'est très bien documenté sur le sujet!). 

Premier pépin, le roman n'étant pas offert en prêt numérique, j'ai téléchargé l'édition offerte sur la plateforme Bibliothèque électronique du Québec; malheureusement ce texte comportait plusieurs coquilles, surtout une ponctuation erratique.  Je vous avoue que c'est le genre de trucs pour lesquels j'ai zéro tolérance!  Cela m'a étonnée car mes quelques téléchargements précédents sur ce site étaient corrects, de mémoire.  J'ai craqué après quelques chapitres et j'ai acheté une édition offerte pour quelques dollars chez Kobo.  Celle-ci s'est avérée beaucoup plus agréable à lire.

J'ai tout de même trouvé que ce roman était plus ardu à lire que la plupart des autres œuvres de Zola.  Le style m'a semblé moins fluide, avec de longues phrases entrecoupées de beaucoup (trop?) de virgules.  De plus, il y a quelques longueurs et surtout un effet répétitif (les processions de malades se rendant à la grotte où ont lieu les miracles, une fois c'est passionnant, mais on pourrait passer plus rapidement là-dessus les jours suivants...).

Malgré tout, j'ai beaucoup aimé les thématiques abordées, notamment la confrontation entre la Science et la Foi, ou la Raison vs la Superstition, ainsi que la critique virulente de l'Église catholique, qui exploitait sans vergogne la crédulité des malades et de leur famille.  Mes passages préférés sont ceux où le personnage principal, un jeune prêtre ayant perdu la Foi, raconte à un groupe de malades l'histoire de Bernadette Soubirous (la petite fille à qui la Vierge serait apparue dans la fameuse grotte).  À la fin, ce personnage reste aux prises avec un dilemme; j'ai hâte de voir comment cela sera développé dans le tome suivant, Rome.  Toutefois, ce ne sera pas pour tout de suite, mais peut-être dans quelques mois? 


Lourdes d'Émile Zola, 1894, 640 p. 

29 janvier 2026

Un Afghan à Paris

Je n’avais jamais entendu parler de ce livre avant qu’il ne soit sélectionné pour le club de lecture «spécial pépites méconnues» du forum Livraddict.  Mahmud Nasimi y fait le récit de son arrivée à Paris, chaque chapitre peignant un tableau différent : découverte de la littérature française, difficultés de la vie de réfugié, rencontres diverses, souvenirs d’enfance, etc.  

Il faut souligner que l’auteur ne connaissait pas le français à son arrivée à Paris.  Qu’il ait réussi à atteindre une si bonne maîtrise de la langue en quelques années est admirable, même si l’on peut noter quelques maladresses qu’on lui pardonne facilement.  Son texte, par sa naïveté même, est touchant et fort sympathique.  J’aurais aimé que quelques sujets soient plus approfondis (circonstances du départ d’Afghanistan, plus de détails sur ses démêlés une fois rendu à Paris, etc), mais j'ai appris qu'il aborde ces thèmes dans un autre livre.  

Une lecture très agréable! 

 

Un Afghan à Paris de Mahmud Nasimi, 2021, 113 p. 

07 janvier 2026

Wild

Pour reprendre sa vie en main à la suite du décès de sa mère, de son divorce et d'une addiction à l'héroïne, Cheryl Strayed, une Américaine dans la mi-vingtaine, décide de tout quitter pour parcourir pendant trois mois le Pacific Crest Trail, ce sentier qui relie les sommets des Rocheuses, une équipée normalement réservée à des randonneurs expérimentés. 

On suit avec intérêt les multiples péripéties auxquelles la narratrice fait face durant son périple.  Il y a un côté Nature Writing bien présent, mais aussi de nombreux flashbacks sur sa famille, son éducation, bref, tout ce qui l'a amenée au point où elle en est dans sa vie.  Au cours du voyage, l'on pourra suivre son évolution et voir comment elle fera la paix avec son passé grâce aux réflexions faites dans la solitude des montagnes, aux épreuves surmontées ainsi qu'aux rencontres effectuées en cours de route.   

Petit avertissement: la scène où elle doit euthanasier la vieille jument de sa mère est assez éprouvante pour les cœurs sensibles (divulgâcheur: ça va mal se passer).  

Une lecture enrichissante!  


Wild de Cheryl Strayed, 2021, 311 p.  Titre de la traduction française: Wild.