28 novembre 2018

La Peste

Il y a très, très longtemps, j'ai lu et pas trop apprécié L'Étranger de Camus.  Je trouvais le personnage principal antipathique, trop détaché.  J'ai compris ensuite que c'était fait exprès, mais sur le coup cela en avait fait une lecture peu agréable.  Plus récemment, je me suis dit que j'étais peut-être alors trop jeune pour ce livre, que je devrais donner une deuxième chance à l'auteur. Alors quand un participant du forum du Guide de la bonne lecture a suggéré une lecture commune de La Peste, j'ai sauté sur l'occasion.

Je ne le regrette pas car j'ai vraiment beaucoup aimé ce roman.  L'ambiance d'étouffement dans la ville algérienne fermée pour cause d'épidémie, sous un soleil implacable, le sentiment d'exil, de désespoir des habitants, dont certains ont été séparés de membres de leurs familles absents au moment de la fermeture des portes, tout est magnifiquement décrit.  De temps en temps, un vent de fraîcheur, un peu d'humour ou d'espoir viennent alléger le récit: une baignade dans la mer, un moment de repos sur une terrasse paisible. Certains personnages secondaires sont intrigants ou amusants, comme cet écrivain qui retravaille incessamment la première phrase de son roman, changeant un adjectif ici, un verbe là.  Malgré peut-être quelques longueurs au milieu (et quelques passages peu ragoûtants, allô les bubons!), ce fut une lecture passionnante et enrichissante.

Fait cocasse, lorsque notre petite chatte Mina est trop tannante, nous la surnommons «Pesto la Peste», alors je lui ai montré le minou sur la couverture en lui disant que c'était son portrait!


La Peste d'Albert Camus, 1947, 279 p.

15 novembre 2018

Néons et sakuras

Une excellente idée de départ: une mère et sa fille écrivent chacune de son côté le journal de leur voyage au Japon au temps des cerisiers en fleurs, chroniquant leurs impressions sur ce pays dont la culture nous est souvent incompréhensible. Les hôtels, la bouffe, les émissions de télé loufoques (c'est un euphémisme), les villes, la difficulté à entrer en relation avec les habitants, tout est décrit avec justesse et l'impression de dépaysement extrême est fort bien rendue.

J'ai seulement trouvé que cette idée de départ n'avait pas été exploitée à son plein potentiel, tout simplement parce que les auteures ont choisi d'entremêler leur voix sans rien pour les différencier. Un choix volontaire puisque c'est mentionné en quatrième de couverture, où l'on affirme qu'on pourra les distinguer grâce à leur style, mais dans mon cas c'est raté, je ne savais jamais qui parlait sauf si on mentionnait «Alice fait ceci» ou «maman dit cela».  Il était donc impossible de comparer les réactions de ces femmes de générations différentes, et c'était presque toujours comme si une seule personne nous racontait son voyage.

Seul autre petit hic, j'ai trouvé désagréable l'utilisation de la nouvelle façon de contracter les variantes féminines et masculines d'un mot en utilisant des points médians (les japonais·e·s, les piéton·ne·s); autant je trouve que cela a sa place dans les textes administratifs, autant en littérature je trouve cela rebutant.  Peut-être que je vais m'habituer, mais pour l'instant cela me fait décrocher du texte car mon cerveau ne sait pas comment le prononcer dans ma tête, si vous voyez ce que je veux dire.

Aussi, si votre liseuse est un vieux machin antédiluvien comme ma vieille Sony PRS-350 qui ne reconnaît pas les jolis caractères japonais qu'on retrouve en tête de chaque chapitre et assez souvent dans le texte, privilégiez l'édition papier!

Bref, une lecture imparfaite mais tout de même intéressante pour qui aime les récits de voyage.


Néons et sakuras d'Alice Michaud-Lapointe et Ginette Michaud, 2018, 141 p.
 
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08 novembre 2018

La Petite et le vieux

Je pense que je suis un peu âgiste (comme on dit sexiste ou raciste). Je n'en suis pas fière.  Longtemps j'ai hésité à lire Le Vieux qui lisait des romans d'amour de Luis Sepulveda, qu'un collègue m'avait pourtant chaudement recommandé.  Même chose pour Le Vieil Homme et la mer d'Hemingway.  On dirait que quand ça parle de vieux dans le titre, ça doit être soit déprimant, soit un peu gnangnan.  Or, dans les deux cas, ce fut d'immenses coups de cœur.

On dit jamais deux sans trois...  Et... oui!  J'avais pourtant beaucoup aimé Le Syndrome de la vis, lu en 2014, alors pourquoi ais-je tant attendu avant de renouer avec l'auteure Marie-Renée Lavoie?  À cause de ce titre, je ne vois rien d'autre.  Et tout comme dans les deux exemples ci-dessus, c'est un coup de cœur.

Parlant de titre, est-il assez imbécile cet éditeur français (Denoël pour ne pas le nommer) qui a jugé opportun d'intituler ce roman Mr Roger et moi pour la version européenne?  Mr, c'est l'abréviation de mister, non? Pas de monsieur?  Du coup, Roger se prononce à l'anglaise, Rogeur.  Je m'attendais donc à ce que le vieux en question soit un anglophone. Et bien non, le monsieur est on ne peut plus québécois, émaillant son discours des sacres les plus diversifiés: bout d'viarge, maudit verrat, etc, pour notre plus grand plaisir. Heureusement on est revenu au titre original pour l'édition de poche (Folio).

Bon c'est bien beau tout ce bavardage, direz-vous (ou pas), mais ça parle de quoi? Eh bien, je crois qu'on peut classer ça dans les romans d'apprentissage, puisque l'héroïne passe de l'enfance à l'adolescence sous nos yeux.  C'est peut-être une hérésie de dire ça mais je trouve que Lavoie est dans la lignée d'un Michel Tremblay, avec ses dialogues en joual, l'atmosphère de quartier urbain (sauf qu'on est ici dans les années 80), avec en particulier le personnage de la mère, une femme forte mais non sans faille, qui finit toutes ses phrases par «cé toute!» pour couper court à tout argument, et celui du père, plus mou et alcoolique.  Et le tout n'est ni déprimant, ni gnangnan, mais plutôt fort drôle et touchant.

Allez, je n'en dis pas plus, je vous laisse découvrir par vous-même la faune de ce quartier de Limoilou.

Au fait, vous en connaissez d'autres, des livres avec des vieux ou des vieilles que je devrais absolument avoir lus?


La Petite et le vieux de Marie-Renée Lavoie, 2010, 160 p.

 
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06 novembre 2018

Mercredi soir au Bout du monde

Fragments du monde...  Cette pentalogie porte bien son nom.  Car peut-on vraiment parler d'un roman?  Ce n'est pas un recueil de nouvelles non plus.  C'est comme un collier dont chaque perle est reliée à la suivante par un fil ténu, qui est le lien entre tel ou tel personnage.  On passe du frère de l'une au fiancé de l'autre et ainsi de suite.  Cela devient comme un jeu de tenter de deviner de qui parlera la prochaine histoire.  Retrouvera-t-on les mêmes personnages dans les tomes suivants?  Je l'espère, car j'aimerais bien savoir ce qu'il va leur arriver, plusieurs des histoires nous laissant un peu en suspens.

J'ai beaucoup aimé la plume d'Hélène Rioux. Quelle force d'évocation!  En particulier dans cette énumération à couper le souffle, dans le premier chapitre, sur le thème du bout du monde.  À peine peut-on déplorer une certaine inégalité dans les histoires, une ou deux étant un peu moins intéressantes que les autres.  Sinon, excellente lecture, et je lirai certainement la suite.


Mercredi soir au Bout du monde d'Hélène Rioux, 2007, 232 p.

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04 novembre 2018

L'anglais n'est pas une langue magique

Moi et ma manie de ne pas lire les quatrièmes de couverture...  Ce n'est qu'une fois le livre bien entamé que j'ai compris qu'il s'agissait en fait de la suite de La traduction est une histoire d'amour, que je n'ai pas encore lu.  Il me semblait aussi que les liens entre certains personnages auraient pu être plus détaillés...

Heureusement, j'ai quand même apprécié cette lecture, puisque j'aime d'amour la plume de Jacques Poulin. C'est à la fois grave et léger, et très beau, et empreint de sagesse.  Et je suis bien d'accord avec lui, l'anglais n'est pas une langue magique, alors pourquoi laisse-t-on se glisser dans nos phrases des mots de cette langue lorsque la nôtre en a déjà un qui convient?  Pour faire plus cool? (oups!) Plus fun? (oups!)  D'ailleurs les francophones avaient déjà sillonné tout le continent américain avant que les anglais s'y installe, comme l'apprend Francis en lisant le récit du voyage de Lewis et Clark.

Je n'ai juste pas très bien compris le rôle de la mystérieuse femme qui donne rendez-vous au personnage principal pour disparaître ensuite et celui du gendarme de la GRC qui se met à suivre notre héros...  C'était pour mettre un peu de suspense?  Et je me serais passé aussi de cette relation presque incestueuse avec la Petite Sœur, c'était juste un peu malaisant.  Mais peut-être qu'il me manque des bases pour comprendre cette relation, justement.

Donc vous l'aurez compris, j'ai eu du plaisir à lire ce livre mais c'est loin d'être mon préféré de cet auteur.


L'anglais n'est pas une langue magique de Jacques Poulin, 2009, 156 p.


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02 novembre 2018

Les Villes de papier

C'est avec une légère appréhension que j'ai entamé la lecture du tout nouveau roman de Dominique Fortier, une auteure québécoise que j'aime beaucoup.  Appréhension tout d'abord parce que j'avais été un peu déçue par son œuvre précédente, Au péril de la mer.  Et aussi parce que j'ai su qu'il y est question de la poète américaine Emily Dickinson; peut-être fallait-il la connaître pour s'intéresser au roman?  Non seulement je ne sais rien d'elle mais je la confonds avec l'anglaise Elizabeth Barrett Browning (et de celle-ci je ne connais que le vers How do I love thee? Let me count the ways, qui est souvent cité).

Heureusement, aucune de mes craintes ne s'est concrétisée.  J'ai retrouvé avec grand bonheur le style tout en finesse, léger comme une plume et en même temps travaillé, ciselé, d'une de mes écrivaines chouchous.  Et pour ce qui est du sujet, nul besoin d'être ferré en poésie américaine du XIXe siècle pour apprécier le roman. 

À partir des quelques bribes que l'on connaît de sa biographie et de la visite des lieux où elle a habité, Fortier imagine la vie d'Emily  Dickinson, vie qu'elle termina enfermée dans sa chambre comme une recluse.  Dit comme cela ça a l'air triste mais ça ne l'est pas du tout tellement c'est beau et poétique.

Seul petit bémol, j'ai moins aimé les quelques passages où Fortier nous parle de ses propres séjours en Nouvelle-Angleterre.  C'est bien écrit, c'est intéressant, et j'ai bien saisi qu'il s'agissait de nous faire comprendre que nous sommes, comme Emily Dickinson, façonnés par les lieux que nous habitons.  Mais j'ai trouvé que ces passages, heureusement courts et peu nombreux, cassaient le rythme, la poésie que Fortier avait réussi à installer.  Surtout que cela me prenait souvent tout un paragraphe avant de comprendre qu'on avait changé d'époque (mais j'ai lu ce roman en version numérique; peut-être y a-t-il dans l'édition papier un élément de mise en page qui nous permet de mieux faire la transition).  Le même problème se posait dans son roman précédent; l'auteure a-t-elle de la difficulté à s'effacer devant son sujet?

Mais ne crachons pas sur notre plaisir, vraiment ce livre est une grande réussite!  En plus j'ai maintenant bien envie de découvrir la poésie d'Emily Dickinson.  C'est donc une double réussite!


Les Villes de papier de Dominique Fortier, 2018, 192 p.


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01 novembre 2018

Québec en novembre!

Vous le savez, depuis plusieurs années l'arrivée de l'automne est synonyme de littérature québécoise sur la blogosphère, et cette année ne fait pas exception!  C'est reparti pour un autre novembre aux couleurs du fleurdelisé!

Pour le calendrier des activités prévues, voyez chez Karine.  Pour ma part, j'ai déjà en réserve un billet sur le petit dernier de Dominique Fortier, Les Villes de Papier et un sur L'.Anglais n'est pas une langue magique de Jacques Poulin, qui devraient tous deux paraître sur le blogue dans les prochains jours.  Ensuite ce sera Mercredi soir au Bout du monde d'Hélène Rioux mais je lis au ralenti ces jours-ci donc ce ne sera pas pour tout de suite...  Après... on verra! Ce sera selon mes envies combinées à la disponibilité en prêt numérique, à moins que ne me prenne un désir fou de me rendre à la bibliothèque municipale en cet automne frisquet et humide.

Bon Québec en novembre à tous!