21 juin 2025

La Porte des Enfers

Oh là là!  En commençant ce roman, je ne m'attendais pas à une ambiance aussi glauque et à des scènes d'une telle violence!  Bien sûr, Laurent Gaudé aime aborder des sujets sérieux, mais je n'ai jamais ressenti cette impression d'étouffement dans les autres romans que j'ai lus -- et pourtant je me souviens de passages assez durs dans Eldorado, par exemple.  

Heureusement, il y a dans cette histoire un côté fantastique qui m’intriguait.  Le narrateur, qui dit être mort et revenu à la vie, est-il un fantôme, un revenant, un fou?  C'est ce qui m'a encouragée à continuer, et finalement, à partir du milieu du roman, j'ai pu apprécier la façon dont Gaudé aborde les thèmes de la mort, du deuil, de la vengeance, du sacrifice et de la mémoire.  

Une des grandes forces de ce roman, ce sont les personnages secondaires, notamment la prostituée transgenre (en 2008, ce genre de personnages n'était pas encore courant) et le vieux curé barricadé dans son église.  

Mais quelle vision sombre de la mort!  On est loin du champ d’asphodèles des Grecs...       


La Porte des Enfers de Laurent Gaudé, 2008, 266 p. 

20 juin 2025

Au revoir là-haut

Un roman historique que j'ai terminé il y a plus d'une semaine...  Pour diverses raisons, je n'ai pas pu rédiger cet avis dans les jours suivants, comme j'aime le faire habituellement.  Je vais donc m'en tenir à quelques remarques générales, et ce sera un billet plus court que ce que le livre mérite.   

Pour un premier contact avec Pierre Lemaitre, c'est une réussite!  J'ai adoré cette intrigue à la fois originale et en droite ligne avec les grands auteurs du XIXe siècle, avec leurs portraits sans pitié d'une société française pourrie par les magouilles, le copinage et le patriotisme à outrance.  D'ailleurs, un des personnages principaux m'a rappelé Bel-Ami de Maupassant!  

En parlant des personnages, tous sont finement décrits, qu'ils soient attachants ou détestables.  J'ai aussi beaucoup apprécié l'humour de l'auteur, que ce soit dans les dialogues ou dans la narration.  À part quelques moments où j'ai trouvé que l'histoire piétinait un peu, j'ai tout aimé de ce roman décrivant la période de l'entre-deux-guerres.

Pardon M. Lemaitre pour ce billet trop court, je tenterai de faire mieux à la lecture du deuxième volet de cette trilogie, Couleurs de l'incendie, ce qui ne saurait tarder!

 

Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre, 2013, 615 p.

06 juin 2025

Kukum

***Attention, je me permets de divulgâcher un peu, étant donné que ce sont des faits historiques assez connus...*** 

En mai, le thème du club de lecture du forum Livraddict était «les peuples autochtones».  J’ai donc suggéré ce roman du journaliste Michel Jean et à mon grand plaisir c’est lui qui a remporté le vote.  L’auteur y raconte la vie de son arrière-grand-mère, une femme blanche qui a épousé un Innu.

J’ai été surprise de constater que la narratrice du récit est l'aïeule elle-même.  C’est un choix audacieux de la part de l’écrivain, surtout que des scènes intimes sont racontées!

J’ai beaucoup apprécié découvrir le mode de vie des Innus au début du XXe siècle dans la région du lac St-Jean.  Leur vie quotidienne est décrite en détail: organisation sociale, migration selon les saisons, chasse, vie en famille, etc.  La nature sauvage tient une grande place dans le récit, ce qui lui donne un côté Nature Writing fort réussi.

Toutefois, je me suis demandé s’il n’y avait pas une certaine idéalisation de la réalité.  Est-il possible qu’une femme blanche ait été acceptée si facilement dans la communauté autochtone, au point qu’il semble n'y avoir eu aucun commentaire négatif, aucun questionnement?

Comme on pouvait s'y attendre, la fin du roman est triste puisque, à mesure que les Blancs envahissent le territoire, les Innus ont de plus en plus de difficulté à vivre selon leurs coutumes.  L’épisode des enfants amenés de force dans les pensionnats est particulièrement marquant, de même que la description de l'impact des barrages hydroélectriques sur les populations.  Le tout est narré avec une plume efficace qui évite de tomber dans le pathos. 

En bref, une très bonne première rencontre avec cet écrivain.  Maintenant j'ai bien envie de le retrouver dans un autre registre avec Envoyé spécial, où il raconte son expérience de correspondant à l'étranger. 

 

Kukum de Michel Jean, 2019, 224 p. 

27 mai 2025

Olympos

Duologie Ilium/Olympos, tome 2

***Attention, GROS DIVULGÂCHEUR du tome 1!!!***

Quel grand bonheur de retrouver tous ces personnages, en particulier mes deux préférés, les robots Mahnmut et Orphu!  J'avais presque les larmes aux yeux en constatant qu'Orphu avait pu être réparé presque à 100%!

Dans ce tome, Simmons apporte des éclaircissements au sujet des différents aspects de l'univers mis en place dans le tome 1.  On verse donc parfois du bord de la Hard SF (avec beaucoup d'explications scientifiques, donc), mais ce n'est pas gênant si on ne comprend pas absolument tout.

J'ai toutefois quelques bémols qui font que ce tome m'a légèrement moins enthousiasmée que le premier.  Tout d'abord, il y a quelques longueurs dans la deuxième moitié.  Il m'a semblé que l'intrigue piétinait un peu.  

Ensuite, il m'a semblé que certaines technologies permettaient parfois des facilités scénaristiques:  tout comme en fantasy cela peut devenir agaçant lorsque la magie est utilisée pour expliquer une incohérence (le fameux «ta gueule, c'est magique!»), ici j'ai trouvé que certains gadgets étaient un peu tirés par les cheveux.  Une combinaison en tissu fin comme une membrane, qui permet de résister autant au froid qu'au chaud extrêmes, de respirer dans le vide et sous l'eau, de ne pas être affecté par les gaz toxiques et acides et par des écarts de pression allant du vide spatial aux fonds marins jusqu'à huit atmosphères!  Pousse, mais pousse égal!

Enfin, il y a une scène sexuelle vraiment malaisante; j'avoue que j'ai lu ces quelques pages en diagonale tant je trouvais cela désagréable.  Je ne veux rien divulgâcher mais je pense que vous saurez de quel passage je parle quand vous y serez...

Mais je chipote, dans l'ensemble j'ai vraiment beaucoup aimé et  j'ai apprécié la toute fin, contrairement à certains lecteurs qui ont trouvé qu'elle tombait un peu à plat.  Il s'agit toutefois d'une intrigue complexe, il faudrait presque tout reprendre du début pour bien assimiler le tout!

 

Olympos de Dan Simmons, 2005, 690 p.  Titre de la traduction française: Olympos

30 avril 2025

The Murder at the Vicarage (L'Affaire Protheroe)

Adolescente, j'ai dévoré tous les romans d'Agatha Christie qui étaient offerts à la bibliothèque municipale ainsi que les cinq ou six qui se trouvaient sur l'étagère du petit chalet où nous passions nos étés (ceux-là je les ai mêmes relu et re-relus -- oui, à cette époque j'avais déjà une mémoire de poisson rouge et d'une année à l'autre je ne me souvenais pas du coupable!).  Parmi tous les personnages récurrents, mes préférés étaient Tommy et Tuppence Beresford, mais j'adorais aussi Hercule Poirot, qui me faisait bien rigoler avec son sentiment de supériorité à toute épreuve.  Miss Marple, elle, me décevait toujours un peu, je la trouvait un peu terne par rapport aux autres personnage si hauts en couleur.

Récemment, j'ai eu l'idée de lui donner une deuxième chance, me disant que j'aurais peut-être un regard différent maintenant que je commence à m'approcher un peu de l'âge de cette vieille dame (je souligne le «un peu», hein?).  Grand bien m'en fit, j'ai adoré son humour pince-sans-rire, non dénué d'autodérision (faculté dont Poirot, lui, est complètement dépourvu!).

Fait à noter, la demoiselle est un personnage secondaire dans cette intrigue, ce qui m'a surprise.  Il s'agit de sa première apparition dans l’œuvre de l'auteure, et je me suis donc demandé si Agatha savait déjà que le personnage serait récurrent ou si cela s'est décidé plus tard, peut-être en réponse aux bons commentaires qu'elle a reçus à son sujet... 


The Murder at the Vicarage d'Agatha Christie, 1930, 224 p.  Titre de la traduction française:  L'Affaire Protheroe.

25 avril 2025

Brown Dog (Chien Brun)

En commençant ce roman court (ce que les anglos appellent une novella) inclus dans un gros recueil qui en contient six mettant en scène le même personnage, j'ai été surprise du ton léger et humoristique adopté ici par Jim Harrison.  Il y a bien des années que j'ai lu un autre de ses recueils, Legends of the Fall (Légendes d'automne), mais de mémoire l'ambiance était plus sombre, voire dramatique.

Ici, l'on est au Michigan et l'on suit les aventures de Brown Dog, un énergumène toujours emberlificoté dans des manigances louches, qui n'hésite pas à se faire passer pour un autochtone de la tribu Chippewa lorsque cela l'arrange et qui ne pense qu'à baiser, boire et manger.  Bien qu'on ne puisse pas dire qu'il soit attachant, ses réflexions sont souvent hilarantes (mais pas du tout correctes politiquement, vous voilà avertis!).

Même si je me suis bien amusée durant la lecture de ce récit, je n'enchaînerai pas toute de suite avec la suite.  J'ai l'impression qu'on pourrait facilement se lasser du personnage, je vais donc attendre quelques mois avant de continuer! 


Brown Dog de Jim Harrison, roman court inclus dans le recueil du même nom, 77 pages, 1990.  Titre de la traduction française: Chien Brun.

18 avril 2025

Les Vivants et les Ombres

Voici un roman historique fort intéressant, dont l'originalité tient principalement à deux éléments.

Premièrement, l'intrigue se déroule en Pologne au XIXe siècle, plus précisément en Galicie, région occupée à cette époque par l'Empire austro-hongrois.  On a donc en toile de fond la montée de l'indépendantisme polonais, mais aussi les luttes pour la fin du servage, puis celles pour l'amélioration des conditions de vie des travailleurs en usine et des paysans. 

Deuxièmement, la narratrice est l'âme du manoir de la famille dont on suit les tribulations sur plusieurs générations.  Le gros de l'action se déroule donc dans et autour de la maison, ce qui donne une ambiance intéressante, parfois un peu étouffante, proche du huis clos.  Cela demande toutefois un peu de concentration au début du roman, car cette narratrice n'a pas la même notion de la linéarité du temps que nous et fait donc des allers retours d'une période à l'autre.

De plus, la plume est élégante et la psychologie des personnages est bien développée.  On peut seulement déplorer certaines longueurs dans la deuxième moitié.  

En passant, ne faites pas l'erreur de regarder l'arbre généalogique inclus au début du livre, il divulgâche beaucoup trop: qui épousera qui, qui aura des enfants avec qui, qui n'en aura pas...  alors qu'une bonne partie de l'intrigue repose sur les manigances entourant ces différentes unions!


Les Vivants et les Ombres de Diane Meur, 2007, 711 p.