04 juillet 2013

Les Femmes qui lisent sont dangereuses

On dirait que ce superbe album a été écrit pour moi, qui aime à la fois l'Histoire de l'Art et les livres sur la lecture!

Je ne me lasse pas de le feuilleter tant les illustrations sont magnifiques! On y trouve en effet des reproductions d'une grande qualité, couvrant la période du Moyen-Âge à aujourd'hui, de peintures et de photographies représentant des femmes en train de lire. Chaque image est accompagnée d'une brève description.  En introduction on retrouve deux passionnants essais signés respectivement par chacun des deux auteurs, Laure Adler et Stefan Bollmann, retraçant l'Histoire de la lecture au féminin et son impact sur la condition de la Femme.

Un plaisir, donc, pour l'oeil autant que pour le cerveau!


Un extrait du texte de Laure Adler (en lien avec le roman que je lis actuellement, de façon tout à fait fortuite, dans lequel, après la crucifixion,  Marie-Madeleine est écartée par les autres disciples parce qu'elle est femme):

«Ce n'est sans doute pas un hasard qu'aux femmes le livre -- le livre des livres -- fut d'abord interdit. Il fut dans les mains du Christ, puis de tous les hommes qui l'accompagnent, puis de tous ceux qui fondent l'Église -- innombrable cohorte des hommes qui, dans les tableaux flamands ou italiens, portent le livre-tabernacle, incarnation du miracle de la continuité du croire.

Du sacré donc point de femmes.  Seuls les hommes ont le droit d'y toucher. Mais les peintres vont aussi se mettre à représenter ce que l'Église enseigne et qui par essence ne se voit pas. Pour orner les églises, pour répondre aux commandes des princes, des ecclésiastiques, pour nous faire croire que l'invisible existe et que ce qu'enseigne la doctrine de l'Église existe -- la preuve, ils peuvent le peindre.

Et c'est là que la femme surgit, qu'elle obtient l'autorisation d'exister dans le cadre.  La femme s'appelle bien sûr Marie, et lorsque l'ange vient lui annoncer la bonne nouvelle, Marie est en train de lire, Marie est dérangée, Marie est effrayée, Marie se rétracte, se replie mais pour autant ne perd pas ses esprits car elle couvre de sa main ce livre qu'elle est en train de lire tout en introduisant son pouce à la page où elle a été interrompue.»


Les Femmes qui lisent sont dangereuses de Laure Adler et Stefan Bollmann, 2006, 149 p.

25 juin 2013

Marley & Me (Marley et moi)


Dans ce récit humoristique, le journaliste américain nous raconte la vie de son drôle de chien Marley, un labrador qui avait, disons, une personnalité plutôt spéciale. Maladroit et pas trop futé, il avalait tout ce qu'il trouvait, de vieux mouchoirs jusqu'à un collier en or, et faisait des crises de panique à chaque orage électrique, causant des dommages importants à la maison familiale, mais il était d'une loyauté sans borne et d'une grande sensibilité.

J'adore les chiens en général mais la vie en appartement à Montréal et nos horaires de travail ne nous permettent pas d'en adopter un, alors je profite de ceux des autres en lisant de temps en temps ce genre de bouquins et en regardant des «émissions de pitous» à la télévision (Animo, César l'homme qui parle aux chiens, etc).   Dans ce cas-ci, c'est vraiment une réussite: j'ai rit aux éclats, j'ai pleuré à chaudes larmes, pour ne pas dire braillé comme un veau!  Je recommande ce livre à tous les amis du meilleur ami de l'Homme!

(Par contre, après avoir lu le billet de Sophie, j'ai l'impression que la version française est à éviter!)


Marley & Me de John Grogan, 2005, 291 p.  Titre de la traduction française: Marley et moi.

24 juin 2013

La Bibliothèque de Robinson

Une toute petite plaquette regroupant deux textes d'un de mes auteurs chouchou, Alberto Manguel. Dans le dictionnaire, à côté du mot «érudit», il y a son portrait, mais il est en même temps un excellent vulgarisateur.

Dans le premier texte, Autoportrait d'un bouquineur, Manguel raconte les librairies qui ont jalonné sa vie de lecteur, de son enfance à l'âge mûr, partout dans le monde.  C'est qu'il a bourlingué, le monsieur! Il parle même de Montréal, et notamment de la librairie Hermès à Outremont, connue de tous les lecteurs du quartier depuis toujours (mais fermée malheureusement depuis la parution de ce livre.)

Extrait:
«Montréal est une ville de lecteurs, et les livres qui racontent son histoire lui ont conféré une réalité: la saga du Plateau Mont-Royal de Tremblay, Le Matou de Beauchemin, Le Sourd dans la ville de Marie-Claire Blais, les polars à l'humour noir de François Barcelo, m'ont dessiné une carte de Montréal qui, comme les meilleurs livres, est à la fois secrète et parfaitement accessible.»

Dans le deuxième texte, plus consistant, Manguel prend comme point de départ un passage de Robinson Crusoé où le naufragé récupère quelques livres de l'épave du navire. Ce prétexte lui permet d'aborder notre relation au livre, les différents types de lecteurs et les dangers qui guettent l'écrit et la mémoire à l'ère du numérique et de l'instantané (cette dernière partie montrant plus de signe d'obsolescence que le reste, tant la technologie a évolué, même si le propos lui-même reste d'actualité).

Comme toujours, Manguel est un must pour tous ceux qui aiment les «livres qui parlent des livres»!

(Désolée pour la mauvaise qualité de l'image ci-contre; étrangement je n'ai trouvé nulle part sur Internet de reproduction de cette couverture. J'ai donc dû numériser moi-même l'exemplaire de la bibliothèque municipale, avec sa reliure qui a grugé les deux côtés...)


La Bibliothèque de Robinson d'Alberto Manguel, traduit de l'anglais, 2000, 53 p.  Contient deux textes dont les titres en version originale sont Many Bookstores (tiré de A Visit to the Dream Bookseller, 1998) et The Library of Robinson Crusoe, 2000.

23 juin 2013

La Traversée des sentiments


Quel plaisir de retrouver Nana et les siens! Quelques paragraphes et c'était comme si je ne les avais jamais quittés.

Cette fois-ci, la famille s'en va passer quelques jours de vacances dans un chalet des Laurentides.  En ce temps-là, un tel voyage était toute une expédition! Mais comme le titre l'indique, le principal voyage c'est au travers des sentiments de tout un chacun qu'on l'effectue, car pour ce qui est d'action, il ne se passe pas grand-chose et c'est très bien ainsi. Nana, qui a maintenant douze ou treize ans,  tente de comprendre le monde des adultes à travers les bribes qu'elle en perçoit; tente de comprendre sa mère et le lien qui les lie toutes les deux, et ressent ses premiers émois sexuels. Quant à Maria, ce répit loin de la ville étouffante et d'un travail épuisant lui permet de respirer, de repenser son rôle de mère. Bien sûr il y a les impayables tantes Neena et Tititte, et on fait la connaissance de nouveaux membres de la famille.

Détail cocasse, j'entends parler de la légende de la Chasse-galerie pour la deuxième fois en quelques jours! Drôle de coïncidence!  J'ai aussi apprécié le petit clin d'oeil à La Grosse Femme d'à côté est enceinte, mais je n'en dis pas plus pour vous réserver la surprise!

Comme les deux tomes précédents, c'est un pur délice!


La Traversée des sentiments (La Diaspora des Desrosiers, tome 3) de Michel Tremblay, 2009, 251 p.

21 juin 2013

Death comes to Pemberley (La Mort s'invite à Pemberley)

 En général je ne suis pas très attirée par les pseudo-suites de romans, c'est-à-dire les tentatives de poursuivre l'oeuvre d'un grand auteur, souvent effectuées par un écrivain inconnu ou en tous cas de moindre calibre. Mais ici, puisqu'il s'agit de P.D. James, reine du polar anglais, dont j'avais beaucoup apprécié la plume dans A Taste for Death, une aventure du commandant Adam Dalgliesh, je me suis laissée tenter.

Pour les non austenomanes qui ne reconnaissent pas du premier coup d'oeil le nom de la magnifique demeure du non moins magnifique Mr Darcy, précisons qu'il s'agit ici d'un roman policier qui se déroule dans le cadre de Pride and Prejudice (Orgueil et Préjugés) de Jane Austen. L'action se situe quelques années plus tard.

J'ai beaucoup aimé retrouver l'ambiance et les personnages du roman d'Austen. Cet aspect est très réussi, et il y a même quelques clins d'oeil aux autres écrits d'Austen, notamment Emma, ce qui bien sûr m'a fait jubiler!  Toutefois j'aurais aimé que le personnage d'Elizabeth soit plus à l'avant-scène, afin que ressorte mieux sa vivacité d'esprit et son humour piquant. C'est plutôt Darcy qui vole la vedette, et si on aime bien l'imaginer plongeant dans l'étang en chemise, ce n'est quand même pas le plus charismatique des héros!

Par contre, l'intrigue policière n'est sans doute pas la meilleure concoctée par Mme James.  Le suspense est bien amené mais la résolution de l'énigme est un peu plate, et j'avais deviné certains éléments dont un, notamment, aurait dû être envisagé par les enquêteurs.  Il y a quelques répétitions lorsque des faits sont racontés par plusieurs personnages différents, chacun selon son point de vue. À tel point que j'ai cru à un certain moment que j'étais revenue en arrière par mégarde! Cependant j'ai apprécié suivre le déroulement de l'enquête et du procès, version XIXe siècle. On est loin de CSI et autres Law & Order!

Quant à l'épilogue, où Darcy revient sur les événements de Pride and Prejudice pour expliquer ses actions à Elizabeth, il m'a semblé complètement inutile.   Ils sont mariés depuis plusieurs années, ils n'ont pas encore eu le temps d'y revenir?  Mais surtout, chaque lecteur est capable d'en venir à ses propres conclusions, on n'avait pas besoin que Mme James viennent nous imposer les siennes.

Bref, je recommande ce roman surtout aux fans d'Austen qui ont envie de retrouver son univers, et le déconseille aux amateurs de polars purs et durs!


Death Comes to Pemberley de P.D. James, 2011, 291 p. Titre de la traduction française: La Mort s'invite à Pemberley



16 juin 2013

Génial!

Ce matin, j'aperçois de loin cette drôle de boîte aux lettres bigarrée... Qu'est-ce?  M'approchant, je découvre qu'il s'agit plutôt d'une boîte à livres!

«Livre-service» est un projet-pilote d'échange de livres mis en place dans l'arrondissement Côte-des-Neiges/Notre-Dame-de-Grâce.  De telles boîtes se trouvent à une douzaine d'endroits dans tout le quartier (la liste est sur le site).  On peut y déposer les livres dont on ne veut plus ou en prendre un qui s'y trouve déjà. C'est gratuit!

Je trouve l'idée vraiment chouette, j'espère que cela va fonctionner!  Si vous connaissez des initiatives semblables, n'hésitez pas à l'annoncer dans les commentaires ci-dessous!

09 juin 2013

The Uncommon Reader (La Reine des lectrices)

Quel bon moment j'ai passé en compagnie de la Reine d'Angleterre!

Voici un petit bijou, un livre pour les amoureux de la lecture. Dommage que ce soit de la fiction... Le monde se porterait peut-être mieux si plus de nos dirigeants étaient des lecteurs!

Dans ce roman, donc, Alan Bennett imagine que la Reine d'Angleterre découvre sur le tard les joies de la lecture et en devient obsédée, au grand dépit de son entourage qui trouve que cela nuit à son image et qu'en plus elle en vient à négliger ses fonctions.Cela donne lieu à de nombreuses réflexions sur la lecture, comme par exemple que celle-ci n'est pas un passe-temps; au contraire, les lecteurs voudraient avois plus de temps pour lire!

Je l'ai dit et je le redis, j'adore l'humour britannique, et j'ai été bien servie ici!  Je me suis esclaffée à maintes reprises, comme par exemple lorsque son écuyer fait accroire à la Reine que les services secrets ont confisqué le bouquin qu'elle avait caché sous un coussin de son carosse parce qu'ils croyaient qu'il était piégé!

Je me suis amusée à relever tous les auteurs lus par la reine au cours du roman:

Ivy Compton-Burnett
Nancy Mitford (The Pursuit of Love et Love in a Cold Climate)
J.R. Ackerley (My Dog Tulip et son autobiographie)
Anita Brookner
Ian McEwan
A.S. Byatt
John Cooper Powys
Dylan Thomas
Francis Kilvert (journal)
Vikram Seth
Salman Rushdie
Sylvia Plath
Lauren Bacall (mémoires)
Winifred Holtby
Henry James
Dr Samuel Johnson
Charles Dickens (A Tale of Two Cities)
William Thackeray
George Eliot
Les soeurs Brontë
John Betjeman
Philip Larkin
Marcel Proust
George Painter (biographie de Proust)
Samuel Pepys
Alice Munro
Rose Tremain
Kazuo Ishiguro
Samuel Beckett
Vladimir Nabokov
Philip Roth
Mary Renault
Denton Welch
Honoré de Balzac
Ivan Tourgueniev
Henry Fielding
Joseph Conrad
Jane Austen
Fiodor Dostoïevski
Tristram Shandy
Anthony Trollope
Shakespeare (King Lear)
Dick Francis
Jonathan Swift
Emily Dickinson
E.M. Forster  (Howards End)

Il y en a beaucoup là-dedans dont je n'avais jamais entendu parler! Ce qui m'amène à mon seul bémol: j'aurais aimé que la Reine nous parle davantage de chacun de ces auteurs, qu'elle approfondisse un peu plus. Dans bien des cas, les noms ne sont que cités.

 Il y en a tout de même un certain nombre que j'ai lus: Ian McEwan (je viens tout juste de le lire!), A.S Byatt (commencé mais abandonné) Salman Rushdie, peut-être les mémoires de Lauren Bacall quand j'étais jeune(?), Dickens (mais pas ce titre-là), Charlotte et Emily Brontë, Proust (mais seulement Un Amour de Swann, pas toute la poutine!), Alice Munro, Kazuo Ishiguro, Nabokov, Philip Roth, Balzac, Tourgueniev, Jane Austen, Dostoïevski, Shakespeare, et E.M. Forster.  Et vous?


Encore une fois le hasard a bien fait les choses, et ce roman qui a été choisi comme lecture commune du Forum du Guide de la bonne lecture me permet en même temps une deuxième participation au Mois anglais organisé par Lou et Titine!


The Uncommon Reader d'Alan Bennett, 2007, 124 p.  Titre de la version française: La Reine des lectrices.