On dirait que ce superbe album a été écrit pour moi, qui aime à la fois l'Histoire de l'Art et les livres sur la lecture!Je ne me lasse pas de le feuilleter tant les illustrations sont magnifiques! On y trouve en effet des reproductions d'une grande qualité, couvrant la période du Moyen-Âge à aujourd'hui, de peintures et de photographies représentant des femmes en train de lire. Chaque image est accompagnée d'une brève description. En introduction on retrouve deux passionnants essais signés respectivement par chacun des deux auteurs, Laure Adler et Stefan Bollmann, retraçant l'Histoire de la lecture au féminin et son impact sur la condition de la Femme.
Un plaisir, donc, pour l'oeil autant que pour le cerveau!
Un extrait du texte de Laure Adler (en lien avec le roman que je lis actuellement, de façon tout à fait fortuite, dans lequel, après la crucifixion, Marie-Madeleine est écartée par les autres disciples parce qu'elle est femme):
«Ce n'est sans doute pas un hasard qu'aux femmes le livre -- le livre des livres -- fut d'abord interdit. Il fut dans les mains du Christ, puis de tous les hommes qui l'accompagnent, puis de tous ceux qui fondent l'Église -- innombrable cohorte des hommes qui, dans les tableaux flamands ou italiens, portent le livre-tabernacle, incarnation du miracle de la continuité du croire.
Du sacré donc point de femmes. Seuls les hommes ont le droit d'y toucher. Mais les peintres vont aussi se mettre à représenter ce que l'Église enseigne et qui par essence ne se voit pas. Pour orner les églises, pour répondre aux commandes des princes, des ecclésiastiques, pour nous faire croire que l'invisible existe et que ce qu'enseigne la doctrine de l'Église existe -- la preuve, ils peuvent le peindre.
Et c'est là que la femme surgit, qu'elle obtient l'autorisation d'exister dans le cadre. La femme s'appelle bien sûr Marie, et lorsque l'ange vient lui annoncer la bonne nouvelle, Marie est en train de lire, Marie est dérangée, Marie est effrayée, Marie se rétracte, se replie mais pour autant ne perd pas ses esprits car elle couvre de sa main ce livre qu'elle est en train de lire tout en introduisant son pouce à la page où elle a été interrompue.»
Les Femmes qui lisent sont dangereuses de Laure Adler et Stefan Bollmann, 2006, 149 p.





