10 septembre 2014

Le Syndrome de la vis

Tous les insomniaques du monde ont sans doute leur propre métaphore de l'insomnie. Pour plusieurs c'est un hamster qui court dans sa roue pendant des heures. Pour moi c'est un petit hobbit qui tourne en rond dans ma tête encore et encore.  Pour l'amateur de science-fiction, ce pourrait être Marvin le robot qui passa un million d'années dans un marais à pivoter sur sa jambe défectueuse, ou encore le joggeur de 2001 l'odyssée de l'espace dans son vaisseau circulaire (avec ou sans Danube bleu).

Pour la narratrice du Syndrome de la vis de Marie-Renée Lavoie, vous l'aurez deviné, c'est une vis sans fin, qui déchiquète les pensées et les rend incohérentes. Ça illustre parfaitement notre état d'esprit après plusieurs mauvaises nuits.

Heureusement pour moi, mon insomnie n'est qu'occasionnelle et de courte durée.  Pour Josée Gingras, au nom qui «sort de la bouche comme des mots d'hiver empesés qu'on prononce, le menton paralysé par le froid», le problème est chronique et remonte à sa plus tendre enfance.  Je compatis.  Contrairement à son petit ami qui, excédé, lui affirme qu'elle n'a qu'à penser à rien et à se relaxer.  Le con.  Gropitou ne se risquerait jamais à ce genre de commentaire (même s'il s'endort toujours en trois nanosecondes, maximum), il sait parfaitement qu'il se mériterait une bonne claque en arrière de la tête.

En plus de l'insomnie, il est beaucoup question de deuil, de santé mentale.  Et malgré ces graves sujets, on rigole tout le long grâce à une plume légère et à un humour à toute épreuve, grâce aussi aux personnages secondaires qui entourent la narratrice qui de leur amour maternel ou fraternel, qui de leur amitié.

Quelle belle découverte que cette nouvelle auteure! Je me découvre beaucoup d'atomes crochus avec elle; nous avons les mêmes références culturelles (allant de Cyrano de Bergerac à Star Wars en passant par Roméo et Juliette), rions des mêmes choses, sommes à peu près de la même génération (j'ai neuf ans de plus).  La bonne nouvelle, c'est qu'elle a déjà publié deux autres romans, qu'il me tarde déjà de lire.


(Note à l'éditeur: la version numérique a un défaut: la note manuscrite que l'héroïne griffonne dans la salle d'attente du médecin se retrouve à la toute fin du livre.)


Le Syndrome de la vis de Marie-Renée Lavoie, 2012, 210 p. 

http://moncoinlecture.com/2014/08/quebec-en-septembre-2014-ouverture-depot-billets/

09 septembre 2014

Québec-o-trésors: mes trésors

(Ce titre me fait un peu trop penser à Gollum... Mon trésssor... Mon trésssor!  Mais passons.)

Voici les cinq titres que j'ai choisis comme trésors pour notre défi.  Comme pour plusieurs d'entre vous sans doute, le plus dur a été de m'en tenir à cinq!





04 septembre 2014

Vous relevez le défi?

Les blogueurs plus anciens s'en souviendront peut-être: il y a quelques années s'était tenu ici un défi de lecture qui avait connu un certain succès: le Blog-o-trésors (dont subsiste encore quelques traces dans la colonne de droite).  Il s'agissait de s'engager à lire des livres tirés d'une liste formée à partir des coups de coeur (ou trésors, d'où le titre du défi) des participants.

La merveilleuse Karine du non moins merveilleux blogue Mon Coin lecture a eu l'idée (qui me semble excellente, l'avenir le dira) de réitérer l'expérience, mais seulement pour la littérature québécoise. C'est d'actualité puisque nous sommes en plein Québec en septembre! Non mais ça adonne tu ben?  Avec la gentillesse qu'on lui connaît, Karine m'a offert de l'organiser avec elle.  Nous vous présentons donc le défi:

Québec-o-trésors! 

Comment participer? C'est simple!

Étape 1 - La chasse aux trésors:  Vous nous nommez au maximum cinq titres de livres québécois que vous avez beaucoup aimés. Vous pouvez, si vous le désirez, en faire un billet sur votre blogue et nous mettre le lien, sinon listez tout simplement les titres choisis dans les commentaires ci-dessous (ici ou chez Karine). Tous les genres sont permis, que ce soit documentaires, nouvelles, bandes dessinées, poésie etc.  On vous demanderait seulement de le préciser entre parenthèses si possible, pour faciliter l'étape 2 pour les autres participants.  Si vous en êtes capable,  tentez d'inclure au moins un titre récent, disons publié au XXIe siècle. Ceci afin d'éviter que ce soit seulement «les classiques» qui soient cités!  Vous n'avez qu'un ou deux titres à envoyer? C'est pas grave, on est preneuses!  Vous n'avez aucun titre? C'est pas grave, passez directement à l'étape 2 après vous être inscrit dans les commentaires ci-dessous.

Qui peut participer? Tout le monde: blogueurs, ex-blogueurs, non-blogueurs!

Date limite pour l'étape 1: 15 octobre 2014.

Étape 2 - La découverte des trésors:  Le 1er novembre, Karine et moi publierons la liste de tous les trésors suggérés.  Vous devrez vous engager à en lire un certain nombre, et ce d'ici au 30 septembre 2015.  Pourquoi le 30 septembre? Hé bien, je vous dis seulement que c'est Karine qui a suggéré cette date. Est-ce que cela annonce une quatrième édition d'un certain évènement ayant lieu traditionnellement en septembre? J'ai tenté de tirer les vers du nez de Karine, mais elle reste motus et bouche cousue! Entéka...

Il y aura trois niveaux de participation, selon le nombre d'ouvrages que vous pensez lire:

  • Niveau blanc: 1 livre.
  • Niveau bleu pâle: 3 livres.
  • Niveau bleu fleurdelysé: 5 livres.

Vous pouvez bien sûr attendre d'avoir vu la liste avant de nous préciser votre niveau.

Alors ça vous tente?  On attend vos suggestions de trésors!  Karine et moi vous donnerons les nôtres d'ici quelques jours (trop de choix!)  Et voici déjà un petit logo, prenez et répandez-le!



02 septembre 2014

Les Larmes de saint Laurent

Il y a quelques mois j'ai croisé sur mon lieu de travail une jeune femme que j'avais l'impression de bien connaître, mais que je n'arrivais pas à replacer.  Comme une amie d'enfance qu'on aurait perdue de vue...  Ce n'est que lorsque j'ai vu son nom sur un document que ça a cliqué.  C'était Dominique Fortier, dont j'avais beaucoup aimé les romans et traductions, au premier chef son Du Bon Usage des étoiles, un gros coup de coeur! J'ai failli retourner la voir pour lui dire combien j'appréciais ses oeuvres, mais j'ai pensé que cela n'aurait pas l'air trop professionnel d'aller faire la groupie...

C'est donc la plume d'une amie que j'ai eu le plaisir de retrouver ici, dans son deuxième roman. Qui est en fait presque trois romans en un, car il est composé de trois histoires séparées, et ce n'est qu'à la fin qu'on saura ce qui les relie.  La première se déroule au début du XXe siècle en Martinique lors de l'éruption de la montagne Pelée, puis aux États-Unis; la deuxième, à la même époque en Angleterre et en Italie, plus précisément à Pompéi et Herculanum dont on commence alors à peine à excaver les ruines; enfin la troisième de nos jours, à Montréal sur les flancs du mont Royal, dont on dit couramment qu'il s'agit d'un ancien volcan (tout comme l'auteure, j'ai su qu'il s'agissait d'une légende urbaine dont on nous a abreuvé toute notre enfance!).  Vous voyez donc un thème se dessiner, n'est-ce pas? Celui des volcans et autres forces telluriques.  Comme dans son livre précédent, Dominique Fortier incorpore des faits scientifiques à son intrigue, mais son style est tellement limpide que ça passe comme dans du beurre.

Fait cocasse, tout comme dans ma lecture précédente, au moment où je lisais un passage où il était question de corneilles, celles-ci se sont manifestées en arrière de chez moi, cette fois-ci en faisant un grincement infernal avec leurs serres sur la tôle du toit, juste au-dessus de ma tête!


Un excellent début pour l'événement Québec en septembre, organisé par nos chères Karine et Yueyin!


Les Larmes de saint Laurent de Dominique Fortier, 2010, 332 p.

30 août 2014

Jonathan Strange & Mr Norrell


«Jeremy made a sort of snorting sound of derision.  "I believe I know better, sir, than to trouble you with such nonsense!  Ladies in black dresses walking about in snow -storms!"
   "I hope you did not speak too harshly to him."
   "Me, sir? No, indeed!"
   "Perhaps he was drunk.  Yes, I expect that was it.  I dare say he and David Evans were celebrating the successful conclusion of their business."
Jeremy frowned.  "I do not think so, sir. David Evans is a Methodist preacher."
   "Oh! Well, yes.  I suppose you are right. And indeed it is not much like a hallucination brought on by drunkenness.  It is more the sort of thing one might imagine if one took opium after reading one of Mrs Radcliffe's novels."»

Nul besoin d'en avoir fumé du bon pour apprécier ce formidable roman -- formidable tant par son volume (782 pages de petits caractères serrés) que par sa qualité -- racontant les efforts de deux magiciens pour faire revivre la magie depuis longtemps confinée aux livres, ainsi que leur rivalité et leur lutte contre un inquiétant Faery aux cheveux argentés, kidnappeur de jolies femmes.  L'originalité de l'intrigue est qu'elle se situe au XIXe siècle plutôt qu'au Moyen-Âge comme c'est généralement le cas, et qu'elle fait cohabiter les magiciens et créatures féeriques avec des personnages historiques comme le duc de Wellington et Lord Byron.  Saviez-vous par exemple que c'est grâce à la magie que les Anglais et leurs alliés ont vaincu Napoléon Bonaparte?

Le style d'écriture rappelle Dickens et l'atmosphère oscille entre la légèreté d'un humour subtil, très British, et la noirceur des manoirs humides et des landes désolées, balayées par les tempêtes, des romans gothiques.  Même Venise ne vous aura jamais semblée si glauque!  Le rythme n'est pas des plus rapides et déplaira sans doute aux amateurs d'action échevelée et d'explosions à répétition.  Susanna Clarke est plutôt du genre à installer tranquillement son histoire, à bien camper ses personnages.  Toutefois elle ne souligne rien à gros traits, se fiant à l'intelligence du lecteur pour faire les liens nécessaires.  Dans de nombreuses notes en bas de page, elle développe la mythologie qui sous-tend l'intrigue, et l'on se prend à croire que oui, le Raven-King a peut-être vraiment existé...  Et si comme moi, lisant assis sur votre balcon, vous sursautez au cri de quelque corneille, vous saurez qu'elle est la messagère de ce roi légendaire!


Jonathan Strange & Mr Norrell de Susanna Clarke, 2004, 782 p. Titre de la traduction française: Jonathan Strange & Mr Norrell.

27 août 2014

Québec en septembre: à vos marques...

Besoin de suggestions pour votre participation à la célébration de la littérature québécoise organisée par Karine?

Voici quelques livres québécois, certains très connus, d'autres moins, lus depuis l'ouverture du blogue et que j'ai particulièrement aimés:


Il y en a pour tous les goûts!  Et vous, des suggestions?




08 août 2014

Travels with a Donkey in the Cévennes

(Voyage avec un âne dans les Cévennes)

Vous le saviez, vous?  Robert Louis Stevenson n'a pas seulement écrit des romans d'aventures ou fantastiques, il a aussi pondu quelques récits de voyage, dont celui-ci qui est un petit bijou d'esprit, d'humour à l'anglaise et de poésie.  Si vous recherchez des péripéties haletantes, passez votre chemin, car le gros de l'affaire est la description des paysages montagneux et des habitants de cette région isolée. Il y a bien quelques scènes violentes lorsqu'il nous conte l'histoire des Cévennes, où eu lieu une guerre de religion assez sanglante; et le coeur sensible (ie le mien!) frémit un peu aussi lorsque le voyageur apprend à mener son ânesse à coups de bâton comme cela se faisait sans trop d'arrière-pensées à l'époque.  Bientôt l'humain et l'équidé arrivent à s'entendre et la paix s'installe.  Il y a seulement quelques longueurs vers la fin, où Stevenson se fait plus philosophique et abstrait, discourant de morale et de religion. 

J'ai trouvé assez intéressant le fait que certains passages en français ne sont pas traduits. On prenait donc pour acquis à cette époque que le lecteur anglais cultivé était nécessairement bilingue! Ça a bien changé, non?

Enfin, si ce récit ne vous donne pas le goût d'aller dormir à la belle étoile dans une clairière, c'est que vous êtes un pantouflard invétéré!


Travels with a Donkey in the Cévennes de Robert Louis Stevenson, 1879, 76 pages en version numérique. Titre de la traduction française, Voyage avec un âne dans les Cévennes.