11 novembre 2010

Les Vues animées

Depuis un an ou deux, je m'aperçois à quel point j'aime le genre «récits autobiographiques», alors que l'autobiographie en tant que telle ne m'a jamais attirée outre mesure.  Et lorsque ces récits sont de la plume de Michel Tremblay, c'est comme du bonbon, mais sans les calories!

Dans Les Vues animées, Michel Tremblay nous raconte sa découverte du cinéma, et en particulier de douze «vues animées» (c'est ainsi qu'on appelait les films dans ce temps-là) ayant marqué son enfance et son adolescence.  Par ce biais, on apprend notamment comment il a pris conscience de son homosexualité et comment il a eu la vocation d'écrivain.

Si j'ai été touchée d'une façon moins personnelle que dans Un Ange cornu avec des ailes de tôle, n'ayant pas vu la plupart des oeuvres évoquées (bon, j'avoue tout, les seules que j'ai vues sont les dessins animés de Disney!), j'ai néanmoins été souvent émue, et surtout j'ai beaucoup ri.  J'aime son utilisation du joual; elle n'est jamais condescendante mais au contraire remplie d'affection, voire de tendresse envers les personnages, qu'ils soient tirés de son imagination ou de sa mémoire.


 Extrait:
(Le petit Michel est parti voir un film vers 11h; à l'heure du souper, il n'est pas encore rentré! Sa mère s'affole et décide d'appeler chez Bell Téléphone pour avoir le numéro du cinéma...)

«Allo, mademoiselle, me donneriez-vous le numéro du théâtre La Scala, mon enfant est disparu... Non, c'est pas le numéro de la police que je veux, innocente, j'vous ai demandé le numéro du théâtre La Scala, sur la rue Papineau, parce que c'est là qu'y'est disparu... Comment ça, comment ça s'écrit! Ça doit s'écrire comme ça se prononce, en italien! Aïe, vous allez pas commencer à me demander d'épeler à soir, hein, chus assez énarvée de même! C'est vous la téléphoniste, c'est pas moé! Vous êtes pas supposée de savoir comment les affaires s'écrivent quand y vous engagent, au Bell?»
Elle fut quelques secondes sans parler, la bouche ouverte, scandalisée par ce qu'elle entendait.

«D'habitude chus polie, mademoiselle, mais là chus énarvée! J'viens de vous dire que mon enfant... Quoi? Ben si vous avez pas le droit de jaser au téléphone pour que c'est faire que vous me posez tant de questions, d'abord? C'est ça, passez-moé-la, la superviser, m'as y parler, moé... Si vous aviez pas perdu tant de temps depuis qu' on a commencé à parler, ça fait longtemps que j'arais retrouvé mon enfant! Bon, enfin, a' se décide... Répétez-le, j'ai mal entendu, vous parlez trop mal.»

Elle raccrocha, faillit décrocher le téléphone du mur.

En complément de programme, Tremblay nous offre une nouvelle qu'il a composée à seize ans, Les Loups se mangent entre eux.  Malgré quelques maladresses et des personnages secondaires un peu caricaturaux, on sent déjà un talent certain.  Et puis à cet âge, au Québec en 1959, et même si ce texte n'était sans doute pas destiné à être publié, écrire sur le thème de l'homosexualité, il fallait le faire!


Les Vues animées de Michel Tremblay, Leméac, 1990, 189 p.

7 commentaires:

  1. c'est un auteur que je dois =absolument= lire : j'ajoute le titre à ma Làl !

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  2. Ah Tremblay, j'adore. J'attends son petit dernier justement: Le passage obligé, dernier opus de La Diapora des Desrosiers. Beau billet gentille dame.

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  3. XL: ABSOLUMENT!! ;-)

    Suzanne: Merci de ta gentillesse! Je n'ai pas encore commencé cette série, en fait, mais ça viendra, c'est sûr!

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  4. Il écrit merveilleusement bien. Je me délecte de ses textes!

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  5. La plume: Moi aussi j'adore! S'il y a quelques-uns de ses romans que j'ai moins aimés, c'était surtout à cause du type d'histoire, de l'ambiance, et non de l'écriture elle-même, qui est tout simplement formidable!

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  6. Bon je ne vais pas parler de Michel Tremblay, que j'adore et qui est un incontournable pour moi, car j'en aurais pour dix paragraphes. J'ai presque tous ses livres, et c'est le seul écrivain capable de me faire rire et pleurer dans une même page. Ça veut tout dire je crois...

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  7. Lise: Il a le même effet sur moi, bien que ma connaissance de son oeuvre ne soit pas aussi complète que la tienne!

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