28 décembre 2019

Allers simples

Dans ces chroniques, le journaliste Frédérick Lavoie nous raconte plusieurs voyages qu'il a effectués dans les anciennes républiques de l'URSS maintenant indépendantes.  Ces nations ont en commun la langue russe et certaines caractéristiques héritées de l'ère soviétique: corruption, bureaucratisme absurde, autoritarisme; mais chacune a aussi ses particularités, que ce soit à cause de leur localisation géographique, de leur histoire, et particulièrement de la montée de l'islamisme dans certaines d'entre elles. 

Tentant toujours d'aller au-delà de la version officielle des faits, interrogeant la population plus ou moins méfiante ou s'adressant à des groupes opposants au régime en place, Lavoie doit manœuvrer finement pour ne pas s'attirer des ennuis et même faire preuve de courage car il se retrouve parfois dans l'eau chaude.  Il a même fait de la prison pendant quelques semaines en Biélorussie, raflé par la police en même temps que des manifestants.  On apprend donc des choses fascinantes sur le métier de correspondant à l'étranger, notamment dans des zones de conflit.

Grâce à ces récits, il me semble maintenant mieux comprendre la situation dans le Caucase...  Enfin, je comprends que tout ce qu'il y a à comprendre c'est que c'est un méchant bordel!

Seul petit caveat, il vaut mieux espacer un peu les séances de lecture pour éviter un certain effet de répétition.  En effet, il n'y a rien qui ressemble autant à une dictature post-soviétique qu'une autre dictature post-soviétique!  Un livre passionnant mais à lire en parallèle avec autre chose, donc.


Allers simples de Frédérick Lavoie, 2012, 354 p.

22 décembre 2019

Sourcery (Sourcellerie)

Discworld, tome 5

 

Ouf!  J'ai vraiment eu de la difficulté à accrocher à ce roman, alors que j'avais adoré les tomes précédents.  J'ai l'impression que j'ai fait une légère surdose de fantasy humoristique, puisque j'ai lu ces derniers mois un roman et trois bandes dessinées de la série Le Donjon de Naheulbeuk.  Je ne vois pas d'autre explication...

Heureusement, quelques blagues bien placées et des trouvailles originales ont su raviver mon intérêt, et c'est avec plaisir que j'ai pu continuer ma lecture.  Ce que j'aime par-dessus tout de Pratchett, en plus de son humour très british, c'est qu'il respecte l'intelligence de ses lecteurs.  Il nous lance des allusions et des références, arrangez-vous avec ça les amis!  Le surligneur jaune fluo, très peu pour lui.  Alors oui, c'est sûr qu'on peut en échapper quelques-unes (j'ai été quelque peu décontenancée à certains moments), mais quand on comprend, qu'est-ce qu'on se sent futé!

J'avais l'intention de lire dans les prochaines semaines Princess Bride de William Goldman, qui est dans ma PAL depuis un certain temps, mais puisqu'il s'agit là encore de fantasy rigolote, je pense plus sage de reporter cela à plus tard.  Ce serait dommage de me gâcher ce roman pour lequel j'anticipe beaucoup de plaisir, étant donné que le film qui en est tiré est un de mes préférés à vie!  En plus, j'ai prévu de participer en janvier au club de lecture de Livraddict qui porte sur Neverwhere de Neil Gaiman...  Heureusement dans ce cas-là on est plus dans le sous-genre Urban Fantasy, je crois, donc ce devrait être assez différent.

Quant à la série Discworld, je vais attendre un peu avant de la continuer.  Et, comme ce fut le cas ici, je vais laisser le hasard me guider.  En effet, on m'a dit qu'une fois lus les deux premiers tomes, qui présentent l'univers du Disque-Monde et dont le récit est lié, on pouvait y aller dans le désordre, ou encore suivre certains cycles, mais là ça me paraît un peu compliqué.  Fait amusant, ce tome 5, acheté par hasard dans une bouquinerie, reprend en fait certains personnages des tomes 1 et 2, les deux seuls que j'ai lus, alors que les tomes 3 et 4 vont complètement ailleurs, si j'ai bien compris!

Et si j'ai une petite prière à adresser à la déesse de la lecture, qui guide les achats de ses fidèles, c'est de me permettre de trouver un prochain tome dans cette édition magnifique, très sobre, plutôt que dans celle qu'on voit plus souvent, dont je trouve les illustrations de couverture un peu surchargées et racoleuses.  Amen.


Sourcery (série Discworld, tome 5) de Terry Pratchett, 1988, 334 p.  Titre de la traduction française: Sourcellerie.

16 novembre 2019

The God of Small Things (Le Dieu des petits riens)

Très beau roman, mais ouf! pas facile à lire!  Cette histoire, qui se déroule en Inde des années soixante aux années quatre-vingt-dix, demande un certain effort de la part du lecteur.

La plume d'Arundhati Roy est très travaillée, très dense.  Il y a beaucoup d'allers-retours dans le temps, beaucoup de non-dits, d'allusions, de métaphores, de faits à peine évoqués qui ne seront expliqués qu'à la fin.  De plus, certains événements sont vus à travers les yeux de deux jumeaux de sept ans, avec leur langage propre et leur compréhension limitée du monde des adultes.  Que s'est-il donc passé lors de la visite à Ayemenem de l'ex-femme de l'oncle Chacko et de leur fille Sophie? 

En récompense de l'effort donné, le lecteur reçoit un fort beau récit, une tragédie poignante mais qui comporte tout de même des moments amusants, doublée de la description d'un pays nouvellement indépendant, attaché à ses traditions, notamment au système de castes, mais en même temps attiré par la modernité à l'occidentale autant que par le communisme chinois.  Des thèmes comme les amours interdites, l'amour maternel, la condition féminine et bien d'autres sont abordés. Touche originale, plusieurs des  protagonistes sont des chrétiens orthodoxes, alors que d'habitude on nous présente des hindous et/ou des musulmans.

En plus, la couverture est vraiment magnifique!


The God of Small Things d'Arundhati Roy, 1997, 321 p. Titre de la traduction française: Le Dieu des petits riens.

11 novembre 2019

La Mort en bleu pastel

(Les Chroniques de Gervais d'Anceny, tome 4)


Un court billet, car j'ai un peu l'impression de me répéter...  Vous savez déjà tout le bien que je pense de cette série! 

Dans ce nouvel opus des aventures de l'oblat Gervais d'Anceny, Maryse Rouy entremêle deux intrigues, deux époques: la toute première enquête de Gervais alors qu'il était apprenti drapier à Toulouse, et celle sur le vol d'un manuscrit précieux dans un monastère, plusieurs décennies plus tard.

Ces deux intrigues policières, bien qu'intéressantes, sont presque un prétexte à nous faire connaître la vie quotidienne au Moyen-Âge par une description minutieuse et pourtant parfaitement intégrée au récit.  On assiste notamment aux premiers essais d'écriture sur papier de Gervais, qui n'avait jamais utilisé que le parchemin, de texture complètement différente.  Comme toujours chez cette écrivaine, la lecture est plaisante, la plume fluide.

Dommage que la série soit finie! J'aurais bien continué à suivre les aventures de ce cher Gervais.


La Mort en bleu pastel (Les Chroniques de Gervais d'Anceny, tome 4) de Maryse Rouy, 2017, 304 p.

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05 novembre 2019

Les Yeux tristes de mon camion

Quand je lis Serge Bouchard, j'entends sa bonne grosse voix d'ours dans ma tête. Quel plaisir!

Tout à tour drôle, émouvant et instructif, souvent tout ça en même temps, Serge nous raconte des passages oubliés de notre histoire, des souvenirs d'enfance (d'où lui vient notamment sa fascination pour les camions et les camionneurs), ou partage ses impressions sur notre société, d'un ton souvent un peu découragé ou indigné, mais toujours avec la grande sagesse et la poésie qu'on lui connaît.  Comment se fait-il qu'on ne nous apprend pas à l'école les prouesses des explorateurs et coureurs des bois canadiens-français (qui ne s'appelaient même pas encore comme cela, en fait!) grâce à qui l'Ouest américain a été colonisé?  Pas grand-chose non plus sur les autochtones qui nous ont accueillis ici, on ne connaît pas leur nom, celui de leur tribu, en dehors de quelques généralités (ceci a peut-être changé avec les nouveaux programmes scolaires?).

Juste un petit défaut: comme il s'agit d'un recueil de textes dont plusieurs ont été publiés d'abord séparément dans différents magazines, j'ai pu noter quelques répétitions.  Rien de bien grave, mais un petit travail d'édition aurait pu éviter cela. 

Mon texte préféré: celui où il narre un Noël chez sa belle-sœur, chez qui il craint fort d'être privé pendant trois jours du ragoût de boulettes et du football américain télévisé qui sont pour lui synonymes de temps des Fêtes!


Les Yeux tristes de mon camion de Serge Bouchard, 2016, 216 p.

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03 novembre 2019

Autopsie d'une femme plate

Aussitôt téléchargé, aussitôt lu! En effet, ce roman de Marie-Renée Lavoie est plaisant à lire et comme toujours j'ai beaucoup d'atomes crochus avec cette écrivaine.  Par exemple, je partage totalement son aversion pour les souffleuses à feuilles, appareil bruyant et ridicule qui fait son travail moins efficacement que le bon vieux râteau.  J'apprécie également son humour; ainsi elle m'a bien fait rire avec son «ça-suffit», cette masse de gras qui remue quand on lève le bras pour dire «ça suffit»!

J'aime beaucoup retrouver des allusions à la culture de notre génération (les motifs spirographiques d'un tapis!).  J'ai eu toutefois l'impression, que je n'avais pas éprouvée dans ses romans précédents, qu'elle glisse ici et là des expressions anglaises, histoire de plaire aussi aux plus jeunes... y compris un ou deux f*cking, juron que mes amies et collègues dans la vingtaine utilisent à toutes les sauces, ce qui m'énerve au plus haut point mais ça c'est une autre histoire!  D'ailleurs, dans la bouche d'une femme de près de cinquante ans, je trouve cela peu crédible.  La langue québécoise ne manque pourtant pas de sacres pour pimenter nos conversations, pas besoin d'en importer des made in USA!

J'ai surtout trouvé que le sujet de ce roman était moins original que ses deux précédents.  La femme laissée par son mari pour une plus jeune et qui tente de redonner un sens à sa vie... Ça fait un peu chick-lit pour quarantenaire. Agréable à lire, donc, mais pas inoubliable.

Fait cocasse, le roman est publié en France sous le titre: J'irai danser (si je veux). Je suppose que «plate» ne signifie pas la même chose pour les Français que pour nous. Il est même accompagné d'un glossaire!  J'ai bien rigolé en lisant la quatrième de couverture: «frenchage» y est traduit par «flirt»! Hum, non, c'est un peu moins innocent que ça! Si le reste du glossaire est à l'avenant, pas étonnant que certains lecteurs aient eu de la difficulté à suivre (d'après ce que j'ai pu lire sur certains blogues français)!


Autopsie d'une femme plate de Marie-Renée Lavoie, 2017, 244 p.

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01 novembre 2019

Québec en novembre!

Huitième année pour un des événements littéraires chouchous de la blogosphère!  En ouverture, nos formidables organisatrices Karine et Yueyin nous suggèrent de concocter un billet de type «Top 10»: vos dix meilleurs livres québécois, dix auteurs préférés, dix livres que vous avez le plus hâte de lire, etc.  Étant comme toujours d'une originalité folle, j'ai pensé y aller de mes dix livres préférés à vie, mais franchement, je n'y arrive pas.  Comment comparer un Gabrielle Roy ou un Réjean Ducharme lu à treize ans à un Tremblay lu il y a quelques mois?  Mission impossible.  J'ai donc décidé de m'en tenir à ceux que j'ai lus depuis l'ouverture du blogue. Même là, ce fut déchirant!  Juste avec Tremblay, j'aurais presque pu remplir ma liste!

Voici donc, dans aucun ordre particulier,
Mes 10 Coups de cœur québécois (lus depuis 2006):


Bon Québec en novembre, tout le monde!  Faites de magnifiques découvertes!