29 mars 2024

The Glass Hotel (L'Hôtel de verre)

Vous commencez à me connaître, je ne lis jamais les quatrièmes de couverture...  Cela me permet d'éviter les résumés trop bavards et d'aborder les œuvres d'un œil frais et sans a priori.  Mais des fois cela me joue des tours!  Comme le roman précédent d'Emily St. John Mandel que j'ai lu était de la SF (Station Eleven, un gros coup de cœur!), je pensais que celui-ci ferait également partie des littératures de l'imaginaire...  J'ai donc passé les cinquante premières pages à attendre que quelque chose de fantastique survienne!  

Remarquez que si j'avais lu la quatrième de couverture en français, j'aurais été tout aussi décontenancée puisque celle-ci laisse croire que toute l'intrigue se déroulera dans l’hôtel du titre, en huis clos.  Or ce n'est pas du tout le cas!  Quant à la présentation en anglais, elle est extrêmement divulgâcheuse, dévoilant un fait qui se passe dans le dernier quart du roman! 

Bref, on dirait qu'il n'y avait aucun scénario parfait.  Heureusement, une fois effectuée la petite gymnastique de cerveau recadrant mes attentes, j'ai pu enfin apprécier ce roman à sa juste valeur.  L'intrigue nous promène d'une île au large de Vancouver jusqu'à New York, dans les milieux financiers en pleine crise économique de 2008, en passant par Toronto et Dubaï.  C'est vraiment très intéressant, même si la quantité de personnages secondaires et les allers-retours dans le temps demandent une certaine concentration.

Un très bon roman, mais qui ne sera pas aussi marquant que Station Eleven.  Ah!  En se quittant, un petit avertissement: il paraît que le plus récent roman de St. John Mandel, Sea of Tranquility, divulgâche The Glass Hotel.  Vous voilà prévenus!


The Glass Hotel d'Emily St. John Mandel, 2020, 320 p.  Titre de la traduction française: L'Hôtel de verre.

20 mars 2024

La Collision des récits

J'ai fait la connaissance de Philippe de Grosbois dans l'excellent balado La Balado de Fred Savard (oui, Fred a décidé que le mot balado était féminin!) dont il est un collaborateur régulier.  Cela m'a donné envie de lire un de ses essais, voilà la chose faite!

Cet essai sur le journalisme et la désinformation est très intéressant car il déboulonne de nombreux mythes et idées reçues.  Par exemple, la désinformation existe depuis longtemps, elle n'est pas causée par les médias sociaux; ceux-ci n'ont fait qu'amplifier le problème.  Également, l'objectivité journalistique n'existe pas.  Même lorsqu'il présente des faits vérifiés, le journaliste fait des choix en ce qui concerne la façon de présenter la nouvelle, à qui il donne la parole (ou pas), etc., et ces choix sont influencés par différents facteurs reliés à sa classe sociale, sa race, son genre, le média pour lequel il travaille, etc.  D'ailleurs, l'auteur lui-même ne se targue pas de neutralité, affichant clairement ses convictions de gauche.

Ce que j'ai aimé surtout, c'est combien cet essai a eu des liens avec l'actualité pendant que je le lisais.  Ainsi, le ministre Pierre Fitzgibbons a traité des journalistes de La Presse et du Devoir de «militants» (sous-entendu: non objectifs) parce qu'ils ont relevé la contradiction de ses propos avec ceux du ministre de l'Environnement concernant le projet d'usine de batteries de Northvolt.  Or, Grosbois parle justement de cette tendance à qualifier de militants les journalistes qui remettent en question les messages des gouvernements ou des grandes compagnie, alors que ceux qui les relaient servilement sont considérés objectifs! 

Il y a eu aussi un article d'Isabelle Hachey dans La Presse (27 janvier) où elle critique le dernier livre de Mathieu Bock-Côté, Le Totalitarisme sans le goulag, publié l'automne dernier.  Mme Hachey a vérifié plusieurs affirmations faites par MBC et a constaté que plusieurs étaient soit fausses, soit grandement exagérées ou prises complètement hors contexte.  Philippe de Grosbois déplore justement qu'on laisse le sociologue chéri de la droite dire les pires énormités sans les contester...  Voilà, Philippe, ton message a été entendu!

Seul petit bémol, j'ai trouvé qu'il y avait quelques répétitions d'un chapitre à l'autre.  C'est sans doute pourquoi j'ai étiré cette lecture sur plusieurs mois!


La Collision des récits de Philippe de Grosbois, 2022, 200 p.

15 mars 2024

Salammbô

Depuis quelques années, j'essaie de donner une deuxième (voire une troisième) chance à des écrivains que je n'avais pas appréciés «dans mon jeune temps»...  Parfois, cela ne fait que confirmer ma première impression (coucou Mme Sand, M. Dosto) mais souvent ce sont de belles surprises: Maupassant, Camus...

J'ai donc tenté de nouveau l'expérience avec Gustave Flaubert, dont le roman Mme Bovary, lu quand j'étais dans la vingtaine, m'avait semblé soporifique au plus haut point.  J'ai vu passer ce titre intrigant, Salammbô, ici et là sur les forums et les blogues, et j'ai donc jeté mon dévolu sur ce livre, sans toutefois relire le résumé...

Première surprise, donc: on se retrouve dans l'Antiquité, à Carthage!  Et l'ambiance est d'entrée de jeu complètement différente de la tranquille province de la pauvre Emma B.  Guerres, chevauchées, tortures, famines, sentiments exacerbés, j'ai cru me retrouver dans un tableau d'Eugène Delacroix! 

J'ai adoré les deux premiers tiers du roman (à part quelques scènes de violence envers des animaux, snif snif!).  Les personnages sont originaux et surtout les descriptions sont absolument formidables!  On est transporté dans cette ville antique, dans un palais magnifique aux multiples chambres secrètes bourrées de trésors, dans des temples mystérieux dédiés à des dieux exotiques et barbares...  (En passant, si vous avez une édition comportant en annexe le chapitre explicatif retiré par Flaubert et publié de façon posthume, lisez-le en premier; il permet de bien mieux comprendre les enjeux politiques et religieux ainsi que la géographie de la ville.)

Malheureusement, les derniers chapitres sont si violents et sordides qu'ils m'ont semblé un peu pénibles même si l'histoire reste intéressante malgré tout.  Disons que Gustave aurait pu mettre moins de complaisance dans la description des scènes de guerre, de torture, de cadavres qui boursouflent au soleil, etc.

Malgré ce bémol, je vais quand même garder un bon souvenir de ce roman et je peux donc affirmer: expérience réussie!


Salammbô de Gustave Flaubert, 1862, 608 p.

02 mars 2024

Le Problème à trois corps

 Trilogie des trois corps, tome 1 


Quel excellent premier tome!  De la science-fiction chinoise, ça fait changement!

Durant la Révolution culturelle, une jeune scientifique est accusée de trahison, et sa seule chance d'éviter la prison est d'aller travailler dans une mystérieuse base militaire.  Je ne vous dis rien de la suite, car tout l'intérêt de l'histoire réside justement dans les divers rebondissements inattendus de l'intrigue!  D'ailleurs, ne lisez pas les quatrièmes de couverture des différentes éditions, plusieurs sont divulgâcheuses comme c'est pas permis!!!

Il s'agit de Hard SF, un sous-genre de la science-fiction avec lequel je ne suis pas familière...  Dans ces œuvres, les informations scientifiques sont abondantes et je craignais d'être dépassée!  S'il y a bien quelques passages où je n'ai pas tout compris (la mécanique quantique et moi, on n'est pas copain-copain), ce n'est pas grave du tout, car cela n'empêche pas de suivre l'intrigue.

Un petit avertissement: ce n'est pas le genre de bouquin où l'on s'attache beaucoup aux personnages.  Tout cela reste très intellectuel et froid, et pourtant c'est passionnant.  Il me semble toutefois que quelques détails restent en suspens, mais peut-être qu'on aura plus d'informations dans le tome suivant!


Le Problème à trois corps (Trilogie des trois corps, tome 1) de Liu Cixin, traduit du chinois, 2016, 424 p.  Titre de la version originale: San Ti (2008).
Note: en chinois, le nom de famille vient en premier; cet auteur doit donc être classé dans les L!