11 avril 2026

The Jane Austen Society (Le Cercle littéraire des amateurs de Jane Austen)

 Après avoir lu plusieurs classiques ces derniers mois (Zola, Gorki, Artaud...) et sachant qu'on lira Ivanhoe de Walter Scott pour le club de lecture Livraddict de la fin avril, j'avais envie de quelque chose de plus léger, de plus contemporain.  Bon, je me suis un peu fourvoyée en choisissant (sans lire la quatrième de couverture, évidemment) The Jane Austen Society de Natalie Jenner, puisqu'il s'agit d'un roman historique (on est dans les années 30-40) et que le deuil en est un des sujets principaux! 

Malgré quelques longueurs et une fin un peu précipitée, j'ai apprécié cette lecture.  La plume, sans être remarquable, est agréable et convient bien au genre.  Mais le gros point fort, ce sont les références aux romans de Jane Austen, que ce soient les discussions qui nous font voir certains personnages sous un jour nouveau ou les petits clins d'œil dans l'intrigue (comme par exemple le lointain et antipathique cousin qui pourrait hériter du domaine au détriment de la fille de la famille).

En passant, je trouve que le titre français est trompeur.  Pour moi, un cercle littéraire s'apparente à un club de lecture; or, ici, il s'agit plutôt d'un groupe de villageois qui veulent transformer en musée le cottage où Austen a vécu.  J'ai l'impression que l'éditeur a voulu miser sur le succès du Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows...

Je recommande surtout ce livre aux amateurs de la grande écrivaine!  Quant à moi, il m'a donné envie de relire ses romans, notamment Persuasion, dont mes souvenirs sont très flous! 


The Jane Austen Society de Natalie Jenner, 2020, 320 p.  Titre de la traduction française: Le Cercle littéraire des amateurs de Jane Austen.

29 mars 2026

Lavinia

Mes lecteurs fidèles s'en seront aperçus, Ursula Le Guin est devenue une auteure chouchou du blogue J'ai lu... ces dernières années.  Après l'avoir découverte avec sa série Fantasy Earthsea, puis avoir entrepris sa série SF The Hainish Cycle, je la retrouve dans un genre différent, la réécriture de mythe.  C'est un genre littéraire très à la mode depuis quelques années, mais en 2008 ce n'était que le début de la vague.

En parlant du Hainish Cycle, j'avais prévu en lire un tome dans les prochaines semaines, mais la déesse de la lecture en a décidé autrement!  En effet, les membres du club de lecture du forum Livraddict ont jeté leur dévolu sur Lavinia, le thème «Réécriture de la mythologie» ayant été choisi pour le mois de mars.  

Un peu comme l'a fait Margaret Atwood dans Penelopiads (où l'on revisitait L'Odyssée du point de vue de Pénélope, la femme d'Ulysse), Le Guin reprend un passage de L'Énéide de Virgile en développant un personnage secondaire de cette fameuse épopée: Lavinia, la deuxième épouse d'Énée. 
 
L'histoire d'Énée est moins connue que celle d'autres héros comme Ulysse ou Achille.  Mais j'ai quelques souvenirs d'une adaptation en série télévisée de mon adolescence (notamment la scène où Énée s'enfuit de Troie en flammes en portant son père Anchise sur son dos) et de la lecture du récit de Virgile l'été suivant.  L'histoire d'amour entre le prince troyen et la reine africaine Didon m'avait fort impressionnée (et pas seulement parce que j'apprenais enfin qui était cette fameuse Didon qui dîna, dit-on, du dos dodu de dix dodus dindons...).  Par contre, je ne me souvenais pas du tout de Lavinia, qui devint la femme d'Énée après qu'il eut quitté l'Afrique et fut arrivé en Italie.   
 
Je dois avouer que j'ai d'abord eu un peu de difficulté à entrer dans l'histoire.  C'est que dans les premiers chapitres, il ne se passe pas grand-chose...  Mon intérêt a été piqué quand un genre de «fantôme du futur», dont je vous laisse découvrir l'identité, apparaît à la jeune fille pour prédire son avenir.
 
À partir de ce moment, j'ai tout aimé, en particulier comment Le Guin reconstitue la vie quotidienne de ce peuple de l'âge de bronze (Rome n'avait pas encore été fondée).  La religion, notamment, occupe une place importante, et on assiste aux différents rites qui ponctuent le quotidien des gens.  L'auteure a choisi de mettre l'accent sur les dieux familiers (les Lares et les Pénates) et de ne pas faire intervenir les divinités majeures (Junon, Vénus, etc.) dans l'intrigue comme c'est le cas dans L'Odyssée et L'Énéide.  De plus, elle fait de Lavinia un personnage au caractère fort mais néanmoins bien de son temps, évitant l'écueil de la transformer en une anachronique super-héroïne «badass», pour utiliser un terme à la mode.
 
Et bien sûr, tout cela est décrit avec la plume formidable de ma chère Ursula.  Je ne m'en lasse pas!
 

Lavinia de Ursula Le Guin, 2008, 279 p.  Titre de la traduction française: Lavinia. 

27 mars 2026

Le Moine

C'est ce cher Alberto Manguel, dans son délicieux Une Histoire de la lecture, qui m'a donné envie de découvrir ce roman sous la plume d'Antonin Artaud plutôt que d'aller vers l'original de Matthew Gregory Lewis, ce qui normalement aurait été mon réflexe.  C'est que dans son chapitre sur la traduction, Alberto affirme que l'œuvre d'Artaud est l'un des rares exemples où la traduction surpasse la version originale!

En fait, lorsqu'il parle de traduction, ce n'est pas tout à fait exact (mais je ne me souviens pas s'il faisait cette distinction): il semble qu'Artaud n'ait pas traduit lui-même le texte mais qu'il ait plutôt retravaillé la version d'un certain Léon de Wally (1840), qu'il évoque d'ailleurs dans son introduction.

Peu importe, l'important c'est que j'ai beaucoup apprécié cette lecture!  J'ai vu il y a maintes années l'adaptation cinématographique avec Vincent Cassel dans le rôle-titre, mais je ne me souvenais pas que le côté fantastique était aussi développé: fantômes, prophéties, démons, magie noire, alchimie et tutti quanti, tout cela dans une ambiance gothique fort réussie. 

Il y a dans le dernier tiers quelques éléments de l'intrigue qui m'ont moins plu (je ne développe pas pour ne rien divulgâcher), mais malgré cela mon avis reste très positif, surtout que la toute fin est excellente! 

Une belle surprise, merci Alberto!


Le Moine d'Antonin Artaud, d'après le roman The Monk de M.G. Lewis  (1796), 1931, 432 p.

14 mars 2026

La Mère

Avec deux copines du forum Livraddict amatrices de littérature russe, nous avons eu envie de découvrir Maxime Gorki, cet écrivain du début du XXe siècle.  Complètement au hasard, simplement parce qu'on le trouve gratuitement en édition libre de droits, notre choix s'est porté sur La Mère.  Personnellement, le nom de Gorki me rappelle surtout la chanson Gorki Park de Scorpions, que je fredonne constamment ces jours-ci.

Ce roman raconte l'histoire d'une femme dont le fils fait partie des groupes socialistes prérévolutionnaires, au péril de sa liberté, voire de sa vie.  Très apeurée au départ, elle évolue en assistant aux réunions de son fils, puis en faisant elle-même des lectures en autodidacte.  Son évolution est le sujet principal du roman, mais on découvre également les conditions de vie des ouvriers de l'époque.  L'idéalisme des personnages est admirable, mais bien sûr on a tout de même un arrière-goût amer, puisque l'on sait ce qui arrivera dans les décennies suivantes!    

J'ai été vraiment surprise de constater que Gorki a une plume qui se lit très aisément, surtout si on le compare à certains autres écrivains russes (Léon et Fédor, c'est à vous que je pense!).  La seule difficulté vient du nombre important de personnages secondaires.  Après quelques chapitres, j'ai arrêté d'essayer de me souvenir de chacun, et cela ne m'a pas empêchée de bien suivre l'intrigue.

Allez, tout le monde ensemble: «I follow the Moskva, down to Gorki Park, listening to the wind of chaaaaaange...»


La Mère de Maxime Gorki, traduit du russe, 1907, 394 p.  Titre de la version originale: Mat'.

12 mars 2026

Les Belles-Sœurs

Michel Tremblay est l'un de mes auteurs préférés, mais j'avoue peu connaître son théâtre.  Je remédie à la situation en lisant cette œuvre majeure qui a créé la polémique à sa création dans les années 60, car c'était la première pièce en joual présentée au Québec.

J'ai adoré le mélange parfaitement équilibré de comédie et de drame.  En effet, les dialogues sont généralement très drôles, ces femmes de différentes générations s'échangeant des pointes, des mesquineries et des commérages, tout en nous faisant en aparté des confidences assez poignantes, nous permettant de découvrir leur vie étriquée, leur dépendance à leur époux, leur misère financière et sexuelle, etc. 

Seul hic, il y a beaucoup de personnages et l'on peine à s'y retrouver.  Ce doit être plus facile lorsqu'on voit la pièce sur scène, ce que j'espère pouvoir faire un jour!  


Les Belles-Sœurs de Michel Tremblay, 1972, 93 p.

26 février 2026

Black Boy

Dans ce récit autobiographique, l'écrivain afro-américain Richard Wright raconte son enfance dans le sud des États-Unis au début du XXe siècle, alors que sont encore en place les lois de ségrégation raciale et que l'esclavage est toujours frais dans les mémoires.

J'ai beaucoup apprécié l'honnêteté de l'auteur.  Tout n'est pas noir et blanc dans son histoire (pardon pour le jeu de mot d'un goût douteux…); les Noirs ne sont pas de parfaites victimes, ils sont eux-mêmes racistes envers d'autres peuples et violents les uns envers les autres.  

Richard vient d'une famille dysfonctionnelle, à commencer par la grand-mère membre fanatique d'une secte religieuse, jusqu'aux oncles et tantes brutaux et intransigeants.  C'est un vrai miracle qu'il ait pu garder sa propre personnalité, sa volonté et son libre arbitre, et qu'il ait réussi à se sortir de ce milieu étouffant.

Il est fascinant d'assister à son évolution et à sa prise de conscience progressive de sa propre valeur en tant qu'être humain.  Son récit continue dans American Hunger (Une faim d'égalité), que je vais sûrement tenter de me procurer.


Black Boy de Richard Wright, 1945, 212 p.  Titre de la traduction française: Black Boy

18 février 2026

Douze Contes vagabonds

Mettons d'abord les choses au clair: malgré le titre de ce recueil, les histoires rassemblées ici ne sont pas vraiment des contes, car elles sont très ancrés dans le réel, autant physiquement (on visite différentes villes européennes) que temporellement (on est dans la deuxième moitié du XXe siècle).  Pour moi, un conte se déroule dans un pays imaginaire et presque «en dehors du temps», si je puis dire.

Appelons-les donc plutôt des nouvelles.  Et même si je ne suis pas la plus grande fan de ce format littéraire, je dois dire que la plupart de ces nouvelles de Gabriel Garcia Marquez sont assez réussies.  À part quelques-unes qui tombent un peu à plat, je les ai trouvées amusantes ou intrigantes.   

Seule la toute dernière nouvelle m'a vraiment déçue: ces deux jeunes gens qui se rencontrent lorsque le jeune homme menace de violer la jeune femme et qu'elle lui tient tête, et qui deviennent ensuite amoureux, c'est... non!  Une prémisse qui a fort mal vieilli et qui m'a laissé un arrière-goût amer.

À part cette fin ratée, ce recueil s'est avéré une lecture agréable, sans être inoubliable.  Je ne le recommanderais pas toutefois pour un premier contact avec cet auteur. 

En terminant, je note une phrase à réutiliser lorsque l'on trouve quelqu'un trop crédule:

«Écoute, mon vieux, (...) être Poisson ascendant Poisson c'est une chose, mais être con c'en est une autre.»

 

Douze contes vagabonds de Gabriel Garcia Marquez, traduit de l'espagnol, 1992, 157 p.  Titre original: Doce cuentos peregrinos.