08 novembre 2026

You Like It Darker (Plus noir que noir)

Deuxième lecture d'un recueil de nouvelles en autant de mois, voilà qui est rare!  C'est bien parce qu'ils sont en nomination pour le Prix Livraddict, auquel je participe.  Ce n'est pas un format vers lequel je me tourne spontanément.  Comme je le disais dans mon billet sur l'autre recueil, Un lieu ensoleillé pour personnes sombres de Mariana Enriquez, je trouve souvent les nouvelles d'une qualité inégale; ou à tout le moins, certaines me rejoignent ou me parlent plus que d'autres.

Rien de cela ici.  J'ai aimé toutes les nouvelles (à part une dont je ne suis pas sûre d'avoir bien compris la fin...) et surtout, j'ai aimé qu'elles soient toutes dans des genres complètement différents, du thriller avec juste une touche de fantastique jusqu'à l'horreur lovecraftienne en passant pas la SF.  Le plaisir de la découverte est renouvelé au début de chaque histoire! Elles sont également de longueur différentes, allant de quelques pages à une novella de plus de cent pages.  C'est très diversifié et c'est très, très bien fait.


You Like It Darker de Stephen King, 2024, 512 p.  Titre de la traduction: Plus noir que noir. 

04 novembre 2026

La Toile du paradis

(Cette couverture est si jolie, je vous l'affiche en format plus grand que d'habitude!)

Je suis vraiment ambivalente concernant ce roman.

Tout d'abord, j'ai beaucoup aimé les discussions entourant l'art et les tableaux, que ce soit ceux du Douanier Rousseau (pour lequel j'ai depuis longtemps une grande affection) ou ceux d'autres artistes, notamment Picasso.  Et j'ai carrément adoré le «livre dans le livre» où sont racontées les dernières années du peintre par un narrateur inconnu qui lui était sans doute contemporain.  En fait, si ça n'avait été que ça le roman, j'aurais été aux anges!

Malheureusement, après les fleurs, le pot.  Je n'ai pas du tout adhéré à cette prémisse, cet espèce de concours qui s'étire pendant sept jours alors que tout aurait pu être réglé en quelques heures, où deux spécialistes doivent authentifier une toile sans vraiment pouvoir l'examiner...  Il y a des incohérences dans l'intrigue, beaucoup de fils laissés en l'air (je ne détaille pas pour ne rien divulgâcher).  Bon j'avoue qu'il y a quelques renversements très intéressants, tout n'est pas mauvais, mais dans l'ensemble c'est tiré par les cheveux!

Quant à la traduction, j'avoue que je l'ai trouvée un peu lourde, sauf dans les chapitres se déroulant du temps de Rousseau (peut-être parce que, dans ces parties, l'on recherchait une écriture plus «classique», je ne sais trop).  Mais j'ai souvent ce problème avec la littérature japonaise; il n'y a que Haruki Murakami (ou plutôt son traducteur!) qui trouve grâce à mes yeux!

Bref, c'est surtout un roman qui sera apprécié des amateurs d'histoire de l'art.  En tant que thriller, par contre, il pourrait décevoir. 


(Il faut noter qu'en japonais le nom de famille vient en premier, ce livre sera donc classé dans les H dans mon index!)


La Toile du paradis de Harada Maha, traduit du japonais, 2018, 320 p. Titre de la version originale: Rakuen no canvas (2014).

23 octobre 2026

The King of Torts (La Transaction)

Le thriller judiciaire est le genre privilégié de John Grisham.  Lorsqu'on s'aperçoit que les personnages principaux du roman que l'on commence ne sont pas des avocats, on comprend assez vite qu'on est devant un de ceux qui dérogera à la règle, comme par exemple dans The Painted House, qui met en scène un petit garçon et sa famille de fermiers.  

Dans The King of Torts, le personnage principal est bien un avocat, qui, au début du roman, est assigné d'office par la cour pour défendre un accusé qui a commis un meurtre alors qu'il était le cobaye involontaire d'une compagnie pharmaceutique véreuse...  On se dirige vers un Grisham classique, un de ces combats de David contre Goliath auxquels il nous a habitués, non?  

Et bien finalement non, puisque rapidement, notre avocat se fait offrir une autre cause lui apportant l'occasion de s'enrichir très rapidement.  Il abandonne donc son client et fonde avec quelques collaborateurs une agence spécialisée dans les recours collectifs.  Alors on a beau se demander quand le suspense va commencer, il faut éventuellement se faire une raison et comprendre qu'on est plutôt devant un roman expliquant les rouages de cette spécialité légale assez particulière se situant éthiquement dans une zone grise, en tous cas aux États-Unis.  

C'est avant tout un livre sur le pouvoir corrupteur de l'argent et de la célébrité instantanée, dans le même genre que ce qu'a fait Tom Wolfe avec The Bonfire of the Vanities dans le domaine de la haute finance.  On peut regretter quelques longueurs et la présence d'un certain male gaze (c'est-à-dire un regard sexualisant de façon appuyée le corps féminin), voire même quelques commentaires grossophobes... Je n'ai jamais remarqué ces défauts dans les autres romans de Grisham, et d'ailleurs je ne suis généralement pas trop sensible à ces sujets tant que ce n'est pas exagéré; je me demande quelle mouche l'a piqué!

Cela reste un bon bouquin, mais je ne le recommanderais pas comme premier contact avec cet auteur.


The King of Torts de John Grisham, 2003, 472 p.  Titre de la traduction française: La Transaction. 

12 octobre 2026

Louve en juillet

Tout d'abord, quel bel objet que ce tout petit livre, avec son illustration qui se continue à l'arrière et à l'intérieur! 

Il est également très agréable à lire, grâce à une présentation très aérée et surtout grâce à la plume de Gabrielle Filteau-Chiba.  Mais ça, je m'en doutais puisque j'avais déjà apprécié son style dans Encabanée (même si la tournure de l'histoire m'avait un peu déçue).

Fait amusant, le thème de ce récit, le lien entre une femme et son chien, est exactement le même que celui abordé dans un essai lu l'an dernier, Assise, debout, couchée d'Ovidie, mais les deux bouquins sont assez différents: poétique et imagé chez Filteau-Chiba, beaucoup plus factuel chez Ovidie.  Pourtant, les deux œuvres comportent des passages très émouvants.

Seul mini-bémol, j'aurais aimé que le tout soit un peu plus étoffé, peut-être grâce à quelques descriptions de marche en forêt en compagnie de Séquoia (quel beau nom!) ou quelques scène d'interaction entre la fille de l'auteure et la chienne, que sais-je?  

J'ai tout de même beaucoup aimé ce court récit autobiographique qui met en relief l'impact immense que la présence de cet animal a eu dans la vie de l'écrivaine. 


Louve en juillet de Gabrielle Filteau-Chiba, 2025, 112 p. 

10 octobre 2026

Chambres noires

Je lis rarement les nouveautés de la rentrée littéraire (je suis toujours en retard de deux ou trois rentrées!) mais je fais une exception pour quelques très rares chouchous, club très sélect dont Dominique Fortier fait partie! 

Dans ce nouvel ouvrage, mélange de biographie romancée et d'essai, l'auteure s'inspire d'un personnage ayant réellement existé pour créer un roman à partir de ce que l'on sait de sa vie, y entremêlant des fragments autobiographiques et des passages plus théoriques ou documentaires; on retrouve donc le même procédé que dans ses romans précédents sur Emily Dickinson et Herman Melville.

Ici, elle a jeté son dévolu sur la photographe franco-américaine Vivian Maier, qui connut la célébrité à titre posthume lorsque ses œuvres furent découvertes par hasard dans une vente d'entrepôt. 

La plume de Fortier est toujours aussi magnifique, je ne m'en lasse pas.  Et j'ai trouvé que les parties autobiographiques étaient mieux intégrées à l'intrigue que dans La Part de l'océan, où elles brisaient le rythme du récit principal.  J'ai aussi aimé les réflexions sur la photographie et sur les thèmes du double et du reflet.

J'ai toutefois eu de la difficulté avec le personnage principal, ne sachant pas trop comment la cerner.  Elle est loin d'être attachante, étant même parfois carrément méchante avec les enfants dont elle avait la charge (elle gagnait sa vie comme nounou pour de riches familles bourgeoises).  On n'avait pas du tout ce problème avec Dickinson ou Melville, c'est pourquoi cet aspect m'a un peu déçue (et je me demande si Fortier a été déçue elle aussi!).  

J'ai quand même trouvé la lecture de ce roman très intéressante, mais il ne figurera pas parmi mes préférés de l'auteure. 


Chambres noires de Dominique Fortier, 2026, 252 p.

La Maison vide

Drôle de coïncidence, la thématique de ce livre de Laurent Mauvignier ressemble étrangement à celle de Mon nom est Élisabeth, que j’ai lu il y a quelques semaines: une enquête sur le mystère entourant une femme de la famille de l’auteur (ici la grand-mère, là l’arrière-grand-mère), déclenchée par le suicide d’un autre parent (le père, le grand-oncle).

À partir de cette prémisse très semblable, les deux écrivains nous emmènent dans des directions différentes.  Ce sera une démarche très factuelle chez Adèle Yon , avec interrogation des témoins et consultation des documents d’archives, alors que Laurent Mauvignier, lui, à partir des indices laissés par les photographies, les histoires transmises de génération en génération, les objets et les meubles laissés en héritage, crée un roman en «remplissant les trous» avec de la fiction.

La plume de Mauvignier est fort belle – à condition d’aimer les très longues phrases à la Proust!  D’ailleurs est-ce un hasard que son arrière-grand-père porte justement ce patronyme?  Et sa fiction est tout à fait plausible, on jurerait que tout s’est bel et bien déroulé comme cela!

Toutefois, j’ai trouvé qu’il y avait quelques longueurs et quelques répétitions dans ce récit, ce qui fait qu’au bout du compte, je ne suis pas aussi emballée que les critiques élogieuses et le Goncourt 2025 le laissaient présager.


La Maison vide de Laurent Mauvignier, 2025, 734 p.

09 octobre 2026

Un lieu ensoleillé pour personnes sombres

Mon expérience avec les recueils de nouvelles: c'est agréable de découvrir à chaque nouvelle un nouvel univers, mais on reste souvent sur notre faim à la fin de chacune, surtout quand comme moi on aime plonger dans de gros pavés!  De plus, les nouvelles sont parfois d'un intérêt inégal.

C'est exactement ce qui s'est passé durant ma lecture de ce recueil de l'Argentine Mariana Enriquez.  J'ai beaucoup aimé l'ambiance fantastique, voire même horrifique, développée dans la plupart des récits, dont plusieurs se déroulent en Amérique du Sud, ce qui est original et dépaysant.  Mais dans plusieurs cas, la nouvelle se termine sans véritable chute et on a un peu l'impression d'un soufflé qui se dégonfle.  Il y a même une ou deux nouvelles où je n'ai pas compris où voulait nous emmener l'auteure, ce qu'elle voulait nous transmettre (mais ça, c'est peut-être ma faute et non la sienne, me direz-vous!).

J'ai quand même grandement apprécié la plume forte et évocatrice d'Enriquez, ce qui est du meilleur augure pour son roman Notre part de nuit, une bonne brique celui-là, que je pense lire prochainement. 

 

Un lieu ensoleillé pour personnes sombres de Mariana Enriquez, traduit de l'espagnol, 2025, 276 p.  Titre de la version originale: Un lugar soleado para gente sombría (2024)