10 octobre 2026

La Maison vide

Drôle de coïncidence, la thématique de ce livre de Laurent Mauvignier ressemble étrangement à celle de Mon nom est Élisabeth, que j’ai lu il y a quelques semaines: une enquête sur le mystère entourant une femme de la famille de l’auteur (ici la grand-mère, là l’arrière-grand-mère), déclenchée par le suicide d’un autre parent (le père, le grand-oncle).

À partir de cette prémisse très semblable, les deux écrivains nous emmènent dans des directions différentes.  Ce sera une démarche très factuelle chez Adèle Yon , avec interrogation des témoins et consultation des documents d’archives, alors que Laurent Mauvignier, lui, à partir des indices laissés par les photographies, les histoires transmises de génération en génération, les objets et les meubles laissés en héritage, crée un roman en «remplissant les trous» avec de la fiction.

La plume de Mauvignier est fort belle – à condition d’aimer les très longues phrases à la Proust!  D’ailleurs est-ce un hasard que son arrière-grand-père porte justement ce patronyme?  Et sa fiction est tout à fait plausible, on jurerait que tout s’est bel et bien déroulé comme cela!

Toutefois, j’ai trouvé qu’il y avait quelques longueurs et quelques répétitions dans ce récit, ce qui fait qu’au bout du compte, je ne suis pas aussi emballée que les critiques élogieuses et le Goncourt 2025 ne le laissaient présager.


La Maison vide de Laurent Mauvignier, 2025, 734 p.

09 octobre 2026

Un lieu ensoleillé pour personnes sombres

Mon expérience avec les recueils de nouvelles: c'est agréable de découvrir à chaque nouvelle un nouvel univers, mais on reste souvent sur notre faim à la fin de chacune, surtout quand comme moi on aime plonger dans de gros pavés!  De plus, les nouvelles sont parfois d'un intérêt inégal.

C'est exactement ce qui s'est passé durant ma lecture de ce recueil de l'Argentine Mariana Enriquez.  J'ai beaucoup aimé l'ambiance fantastique, voire même horrifique, développée dans la plupart des récits, dont plusieurs se déroulent en Amérique du Sud, ce qui est original et dépaysant.  Mais dans plusieurs cas, la nouvelle se termine sans véritable chute et on a un peu l'impression d'un soufflé qui se dégonfle.  Il y a même une ou deux nouvelles où je n'ai pas compris où voulait nous emmener l'auteure, ce qu'elle voulait nous transmettre (mais ça, c'est peut-être ma faute et non la sienne, me direz-vous!).

J'ai quand même grandement apprécié la plume forte et évocatrice d'Enriquez, ce qui est du meilleur augure pour son roman Notre part de nuit, une bonne brique celui-là, que je pense lire prochainement. 

 

Un lieu ensoleillé pour personnes sombres de Mariana Enriquez, traduit de l'espagnol, 2025, 276 p.  Titre de la version originale: Un lugar soleado para gente sombría (2024)

28 septembre 2026

Hamnet & Judith (Hamnet)

Première petite déconvenue en commençant ce roman: la narration est au présent de l'indicatif.  J'en ai déjà parlé plusieurs fois ici, lorsqu'on me raconte une histoire qui se déroule il y a longtemps, je préfère nettement l'usage du passé simple et de l'imparfait.  Heureusement, comme il arrive la plupart du temps, après avoir ronchonné un peu, je me fais une raison et cela n'a pas trop d'impact sur mon appréciation.

Globalement, j'ai beaucoup apprécié ce livre.  D'une part, les personnages féminins sont attachants et bien développés.  Et surtout, le décor est très bien planté et immersif.  On se croit vraiment dans un village anglais du XVIe siècle.  Le train-train de la maisonnée d'un artisan est fort bien décrit.

Alors qu'on nous fait comprendre dès la note historique figurant au tout début que William Shakespeare est le père d'Hamnet et de Judith, il ne sera jamais nommé dans le reste du livre, pas même par son prénom.  On le décrit toujours par ses liens avec d'autres personnages: le mari de, le fils de, le père de... Je m'interroge sur ce choix.  Maggie O'Farrell voulait-elle souligner ainsi qu'il n'était pas là en tant que «le fameux dramaturge Shakespeare» mais plutôt comme un homme ordinaire?  Quoi qu'il en soit, je trouve que cela crée une distance entre lui et le lecteur, ce qui est dommage. 

Parlant de cette note historique, j'aurais préféré qu'elle ne divulgâche pas d'entrée de jeu le fait qu'Hamnet va mourir à 11 ans.  Encore là, je pense que cela m'a obligée à garder une distance par rapport à ce personnage auquel j'aurais voulu m'attacher davantage.

Malgré ces petits bémols, j'ai eu beaucoup de plaisir à lire ce roman historique et à découvrir cette auteure d'origine nord-irlandaise dont j'avais assez souvent entendu parler sur les blogues des copines.

 

En passant, le titre Hamnet & Judith semble être exclusif à l'édition canadienne-anglaise.  Les autres éditions portent le titre de Hamnet, tout comme la traduction française, d'ailleurs.  Je me demande bien pourquoi les Canadiens-anglais ont décidé de se démarquer ainsi...  Ils sont fous, ces Canadiens-anglais, comme dirait Obélix!


Hamnet & Judith de Maggie O'Farrell, 2020, 371 p.  Titre de la traduction française: Hamnet.

25 septembre 2026

Voyage d'une Parisienne à Lhassa

1924.  Le Tibet est un territoire interdit aux Occidentaux, à part les Britanniques. 

Avec une détermination frôlant presque l'inconscience, l'exploratrice française Alexandra David-Néel décide d'enfreindre l'interdiction.  Déguisée en mendiante et accompagnée de son fils adoptif le lama Yongden, elle voyagera à pieds pendant huit mois de la Chine jusqu'à Lhassa, la capitale.

Le titre est trompeur: c'est le voyage vers Lhassa qui nous est principalement raconté ici, la partie se déroulant à Lhassa même ne constituant que les quarante dernières pages.  D'ailleurs ce n'est pas plus mal car j'ai trouvé cette dernière partie un peu moins intéressante, sans trop savoir pourquoi.

Comme c'est souvent le cas avec les récits de voyage, il est préférable de ne pas tenter de lire celui-ci d'une traite.  Il vaut mieux le lire en parallèle à autre chose, ce qui permet de le déguster sans ressentir l'effet répétitif qui pourrait se produire (on marche, il fait froid, on fait un campement, le lendemain on marche, il fait toujours froid, etc.).  En procédant de cette manière, j'ai pu apprécier toutes les péripéties vécues par cette femme extraordinaire, mais aussi son humour et ses réflexions sur le peuple tibétain.

Un tel exploit serait admirable de nos jours, imaginez pour une femme des années 1920!


Voyage d'une Parisienne à Lhassa d'Alexandra David-Néel, 1927, 368 p. 

12 septembre 2026

Je voulais vivre

Premier constat, avant même d’avoir commencé le roman: le titre est nul!  À chaque fois que je suis tombée sur une mention de ce livre quelque part, j’ai dû relire le résumé pour me souvenir que, ah oui! c’est le roman sur la Milady des Trois Mousquetaires et non pas un témoignage d’un survivant des camps de concentration ou d’une orpheline au pays des Talibans.

Deuxième constat, en tout début de lecture: zut, après Hamnet & Judith* la semaine dernière, encore un roman historique écrit au présent!  Ah tiens non, un peu plus loin c’est au passé simple!  Je me suis dit que la différence de temps servait à différencier les différentes époques où se déroule le récit, mais j'ai constaté que ce n’est pas si simple.  Je n’ai pas trouvé, en fin de compte, la logique sous-tendant l’utilisation des temps de verbe par l’auteure Adélaïde de Clermont-Tonnerre (un nom digne d'une héroïne de Dumas!).

Vous allez me dire : ça commence bien mal, alors tu l’as détesté, ce roman? 

Eh bien non!  J’ai beaucoup aimé cette relecture du roman de Dumas, que j’ai lu plusieurs fois quand j’étais ado.  On voit les principaux personnages sous un jour complètement nouveau, que ce soit Athos, qui n’a pas le beau rôle ici, ou le méchant Rochefort, finalement pas si méchant, et bien sûr Milady elle-même.  ***Attention, ici je vais divulgâcher Les Trois Mousquetaires! Quant à D’Artagnan, dans l’innocence de mes quatorze ans, je n’avais rien vu de problématique dans son comportement lorsqu’il se fait passer pour quelqu’un d’autre dans l’obscurité pour séduire Milady.  À l’époque, on ne nous avait pas expliqué la notion de consentement… fin du divulgâcheur***

Malgré ces débuts chancelants, une excellente lecture!  Mais je recommande fortement d’avoir lu Les Trois Mousquetaires au préalable…


* Mon avis sur Hamnet sera publié à la fin du mois, après le club de lecture du forum Livraddict.


Je voulais vivre d'Adélaïde de Clermont-Tonnerre, 2025, 480 p.

19 août 2026

Antigone

Une courte chronique pour cette courte pièce...

En effet, ce texte de Sophocle est beaucoup plus court que je le croyais, une quarantaine de pages dans mon édition!  J'ai aussi été surprise et un peu déçue du petit rôle joué par Antigone, finalement.  Elle est l'élément déclencheur de la tragédie, mais on ne la voit pas beaucoup.  Le personnage principal est plutôt Créon, le roi de Thèbes.  La thématique de la pièce est intéressante: doit-on suivre les lois de la société ou agir selon les lois divines et la loyauté?  Toutefois, une réplique d'Antigone m'a plongée dans la perplexité, car elle vient contredire ce que l'héroïne soutient depuis le début (ou alors j'ai rien compris!).

Je suis contente d'avoir lu cette pièce, car il y est souvent fait référence dans d'autres œuvres, que ce soit en littérature ou au cinéma.  Ma principale motivation était d'ailleurs de pouvoir la comparer avec l'adaptation de Jean Anouilh, que j'ai trouvée dans une boîte à livres!  Je vais toutefois attendre un peu avant de la lire.

Antigone de Sophocle, dans Tragédies complètes, p.83-129, traduit du grec ancien, Ve siècle avant J.C., 46 p.

17 août 2026

Mon vrai nom est Elisabeth

Mi-essai, mi-enquête familiale, ce récit est tout simplement passionnant.  Peu après le suicide de son grand-oncle, Adèle Yon, universitaire trentenaire inquiète au sujet de sa propre santé mentale, tente de découvrir la vérité sur son arrière-grand-mère Betsy, dont l'histoire a toujours été enveloppée de mystère.  Et si tous les membres de la famille, et en particulier les femmes, étaient atteints d'une tare génétique?

Interrogeant ses parents, grands-parents, oncles, tantes et cousins, fouillant dans les greniers, dans les albums de famille mais aussi dans les archives des hôpitaux et «maisons de repos» où Betsy a été internée pendant des années, Adèle découvre peu à peu une vérité très dérangeante...  Le tout est étayé par une documentation solide concernant le traitement des troubles mentaux jusqu'au milieu du XXe siècle, en particulier sur la lobotomie, technique consistant à couper chirurgicalement le lien entre le lobe frontal et le reste du cerveau. 

Seul défaut, j'ai trouvé qu'on se mélangeait entre les différents membres de la famille, qui sont parfois désignés par leur lien avec Betsy (petit-fils de, fille de), parfois par leur lien avec l'auteure (mon père, ma grand-mère), parfois par leur prénom ou même quelque fois par un surnom.  Comme tout l'essai se base principalement sur les témoignages de ces gens-là, cela devient difficile de suivre qui contredit qui, voire qui se contredit soi-même!

Une lecture fascinante mais choquante!


Mon vrai nom est Elisabeth d'Adèle Yon, 2025, 388 p.