20 juillet 2026

The Secret Life of Bees (Le Secret des abeilles)

Il y a si longtemps que j'ai noté ce roman dans mon carnet que je ne sais plus du tout qui me l'avait suggéré.  Je pense que c'était avant les blogues, avant même qu'il ne soit traduit en français...

Après plus de vingt ans, voilà, il est lu!

Je dois dire qu'au début j'étais enchantée.  Je me retrouvais dans une histoire à la To Kill a Mockingbird (Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur), avec une héroïne un peu plus âgée que Scout et un père nettement moins sympa qu'Atticus.  On ajoute une nounou noire digne d'un personnage de The Help (La Couleur des sentiments) et des thèmes comme le racisme et la ségrégation dans les années soixante, tout ça dans l'ambiance chaude de la Caroline du Sud. 

Les personnages sont particulièrement attachants et originaux, notamment les trois sœurs apicultrices qui viennent en aide à la jeune héroïne et sa nounou.  Malheureusement, cela n'a pas été suffisant pour soutenir mon intérêt lorsque l'intrigue se met à piétiner et à tourner en rond.  Que c'est long!  Pour ne rien arranger, le ton devient un peu trop prêchi-prêcha à mon goût, surtout la fin. 

Bref, ce n'est pas une mauvaise lecture, mais c'est une petite déception.  

Sur le thème de l'apiculture, lisez plutôt A Country Year (Une année à la campagne) de Sue Hubbell, l'histoire vraie d'une américaine qui s'installe en pleine nature pour s'initier à l'élevage des abeilles. 

 

The Secret Life of Bees de Sue Monk Kidd, 2001, 302 p.  Titre de la traduction française: Le Secret des abeilles

19 juillet 2026

Michel Strogoff

J’ai longtemps été persuadée que, durant mon enfance, j’avais lu L’Île mystérieuse et Les Enfants du Capitaine Grant de Jules Verne…  Jusqu’à ce que, il y a quelques années, je m’aperçoive qu'en réalité ce sont deux énormes briques, et que ce que j’ai lu jadis n’étaient que des adaptations en albums illustrés!

À l’âge adulte, j’ai revisité cet auteur (si l’on peut dire, puisque finalement le premier contact n’en était pas vraiment un!) avec grand bonheur grâce à quelques-unes de ses œuvres les plus célèbres: Vingt Mille Lieues sous les mers et Le Tour du monde en quatre-vingts jours.

Je récidive maintenant avec un titre un peu moins connu: Michel Strogoff, un roman d'aventures se déroulant en Sibérie.  Quel plaisir j'y ai trouvé!  Bien sûr, les personnages sont caricaturaux, les coïncidences abondent et la fin est complètement tirée par les cheveux.  Mais ces caractéristiques sont courantes dans les romans du XIXe siècle, je m'y attendais donc et cela ne m'a pas dérangée (alors que la même chose m'aurait agacée au plus haut point dans un roman contemporain!).  Concernant les personnages, celui de la jeune fille est quand même assez original par sa force de caractère -- on est loin de la poupée fragile qui s'évanouit à la première frayeur!  J'ai aussi beaucoup aimé les deux journalistes Blount et Jolivet.  La scène où chacun tente de monopoliser les services du télégraphiste pour empêcher l'autre de transmettre son article est hilarante!   

Ce que j'ai aimé surtout, c'est bien sûr la plume de Verne.  Ses descriptions des paysages de la Russie sont magnifiques!  Il ne lésine pas sur l’imparfait du subjonctif, et pourtant le texte reste aisément lisible.  

Et puis, lire une histoire où les Russes sont les «bons» luttant contre des envahisseurs barbares, voilà qui nous change de l'actualité, hein?

 

Michel Strogoff de Jules Verne, 1876, 512 p. 


18 juillet 2026

Les Héritiers de la mine

J'ai tellement aimé Il pleuvait des oiseaux de Jocelyne Saucier que, dès la dernière page tournée, j'ai voulu inscrire un autre livre de cette auteure sur ma «liste de souhaits» du prêt numérique.  Si je me souviens bien, le seul présent au catalogue à ce moment-là était Les Héritiers de la mine, c'est donc celui-là que j'ai mis sur ma liste.  Maintenant, la question qui se pose est: pourquoi avoir attendu si longtemps (14 ans!) pour le lire?

Peu importe, c'est maintenant chose faite.  Et, même si ce n'est pas un immense coup de cœur comme l'autre roman, j'ai quand même beaucoup apprécié. 

Ce qui m'a plu surtout c'est la construction du récit; il s'agit d'un roman choral où l'on change de narrateur à chaque chapitre, ce qui nous apporte chaque fois un éclairage différent et de nouveaux indices sur les événements qui se sont déroulés il y a plusieurs décennies au sein de cette immense et étrange famille habitant dans un village minier à moitié abandonné. 

Petit avertissement pour ceux qui ont lu Il pleuvait des oiseaux et qui pourraient donc espérer trouver ici des personnages tout aussi attachants: ce n'est pas du tout le cas!  Au contraire, ce sont une belle bande de scélérats qui traitent leurs voisins de culs-terreux, foutent le feu aux maisons désertées, sont méchants entre eux, etc.

Il faut s'y résigner, l'intérêt du livre n'est pas dans l'amour qu'on porte à ses personnages, mais l'on s'intéresse tout de même à leur sort, on veut savoir ce qui s'est passé ce jour-là, quand la mine a explosé... 

 

Les Héritiers de la mine de Jocelyne Saucier, 2006, 192 p.

23 juin 2026

La Petite Fille de Monsieur Linh

C'est un peu le Destin qui a mis ce roman entre mes mains.  Je connaissais déjà la plume de Claudel, mais ce livre-ci ne m'attirait pas trop.  J'ai toutefois lu il y a quelques mois une critique élogieuse chez une copine blogueuse (coucou Exuline, si tu passes par ici!) qui m'a fait changer d'idée et, par le plus grand des hasards, j'ai mis la main sur un exemplaire pour une bouchée de pain lors de la vente de livres usagés de la Bibliothèque de Montréal le mois dernier.

J'avais trouvé très originaux Le Rapport de Brodeck et Les Âmes grises, tant par la forme que par le fond.  J'espérais donc qu'il en serait de même avec La Petite Fille de Monsieur Linh.  J'avoue avoir été un peu déçue au début: un énième roman sur l'exil et la solitude, sans rien pour le démarquer de tous les autres?  Heureusement la belle plume de Claudel et les deux personnages attachants (et aussi, pour ne rien vous cacher, le fait qu'il soit très court!) m'ont incitée à continuer.  

C'est vers les deux tiers que le déclic s'est produit et que j'ai compris où l'auteur nous emmenait.  À partir de là, la lecture est devenue savoureuse, et ce jusqu'à la toute dernière page. 

Petit avertissement toutefois: si vous achetez ce livre au prix du neuf, vous serez peut-être déçu qu'il se lise aussi rapidement à cause de sa police de caractères ridiculement énorme (dans l'édition Stock avec la couverture noire, je ne sais pas pour les éditions suivantes).  Comme je ne l'ai payé que $1.50, cela n'a pas été un facteur pour moi.

 

La Petite Fille de Monsieur Linh de Philippe Claudel, 2005, 160 p.

21 juin 2026

Perspective(s)

Quel roman original, et complètement différent de l'autre œuvre de Laurent Binet que j'ai lue, Civilizations.

Perspective(s) est un roman policier dont l'intrigue se déroule à Florence dans le milieu des arts durant la Renaissance.  Déjà, ce n'est pas commun.  Mais surtout, c'est le format entièrement épistolaire qui lui permet de se distinguer des polars historiques habituels.

Par le truchement des lettres échangées entre les différents personnages (nombreux, une chance qu'il y a une liste au début!), l'intrigue s'assemble peu à peu comme un casse-tête (puzzle pour mes lecteurs européens!) grâce aux différents points de vue présentés.  C'est vraiment très habilement fait.

Comme plusieurs des personnages sont reliés au monde de la peinture, il y de fort intéressantes discussions sur les arts, le pouvoir, la censure, et ce, sans jamais alourdir l'intrigue.  On discute notamment de la découverte de la perspective, technique qui a révolutionné la façon de représenter le réel.  Toutefois, un peu comme pour The Forgery of Venus de Michael Gruber que j'ai lu il y a quelques semaines, je pense qu'il faut avoir un certain intérêt pour l'Histoire de l'Art pour apprécier ce roman.

Il y a aussi beaucoup d'humour.  En particulier, le personnage de Maria de Médicis m'a souvent fait rire tant elle est naïve.  Quelle tête de linotte! 

 

Perspective(s) de Laurent Binet, 2023, 304 p.   

19 juin 2026

L'Homme qui souriait

Série Commissaire Wallander, tome 4 

Encore un excellent tome de cette série que j'apprécie toujours autant! 

L'histoire commence cette fois au bord de la mer Baltique, dans une petite pension où Wallander tente de se remettre de son enquête précédente, qui s'est terminée de façon très dramatique.  Il file un mauvais coton et pense même quitter la police!  Heureusement pour nous et pour ses collègues de la ville d'Ystadt, les événements le feront changer d'idée.

Comme toujours, Mankell excelle dans l'instauration d'une atmosphère plutôt glauque, avec brouillard et tout et tout.  L'intrigue est remplie de rebondissements, on ne s'ennuie pas une seconde, même si l'enquête semble souvent piétiner.

Seuls bémols, quelques détails un peu tirés par les cheveux et surtout une fin que j'ai trouvée précipitée et très «JamesBondesque», avec le méchant qui explique tout son plan au commissaire puis s'en va en laissant à ses sbires le soin de liquider ce témoin gênant... Alerte au divulgâcheur: il va s'en tirer! 


L'Homme qui souriait de Henning Mankell, traduit du suédois, 2005, 362 p.  Titre de la version originale: Mannen som log (1994).

08 juin 2026

L'Illusion comique

Il me fallait un auteur prénommé Pierre pour remplir une consigne du défi Scrabble littéraire du forum Livraddict...  J'ai hésité, j'avais Lemaître ou Pevel dans ma ligne de mire; j'ai finalement accepté l'invitation de trois ou quatre autres participantes qui organisaient une lecture commune de cette pièce de théâtre, L'Illusion comique de Pierre Corneille, une œuvre dont je n'avais jamais entendu parler!

Quand j'étais ado, dans ma période théâtre classique, je me souviens que j'ai lu Le Cid, et peut-être quelques autres dont je garde moins de souvenirs.  Mes parents m'avaient aussi offert (et là je vais trahir mon âge!) un trente-trois tours de la pièce Polyeucte, lue par des acteurs de la Comédie française, rien de moins!

Je me suis donc lancée avec optimisme dans la lecture de L'Illusion comique, et, si j'ai quelques bémols, je n'ai quand même pas été déçue.  La pièce est amusante, surtout grâce à un des personnages, Matamore, qui, comme son nom l'indique, est un vantard et un poltron de la pire espèce!  Il y a aussi un côté fantastique original grâce à la présence d'un magicien, Alcandre.  De plus, le dénouement est vraiment surprenant, je l'ai trouvé chouette.

Le principal défaut vient de l'absence presque totale de didascalies.  Cela rend certaines scènes complètement incompréhensibles; il faut tenter de deviner ce qui s'est passé en se basant sur les dialogues des scènes suivantes! 

Cela reste une lecture sympa, mais j'ai la nette impression que de voir la pièce en représentation serait nettement plus intéressant, non seulement pour mieux suivre l'action, mais aussi pour assister aux effets spéciaux qui ne manqueraient pas d'accompagner les sorts du magicien! 

 

L'Illusion comique de Pierre Corneille, 1636, 188 p.