23 juin 2026

La Petite Fille de Monsieur Linh

C'est un peu le Destin qui a mis ce roman entre mes mains.  Je connaissais déjà la plume de Claudel, mais ce livre-ci ne m'attirait pas trop.  J'ai toutefois lu il y a quelques mois une critique élogieuse chez une copine blogueuse (coucou Exuline, si tu passes par ici!) qui m'a fait changer d'idée et, par le plus grand des hasards, j'ai mis la main sur un exemplaire pour une bouchée de pain lors de la vente de livres usagés de la Bibliothèque de Montréal le mois dernier.

J'avais trouvé très originaux Le Rapport de Brodeck et Les Âmes grises, tant par la forme que par le fond.  J'espérais donc qu'il en serait de même avec La Petite Fille de Monsieur Linh.  J'avoue avoir été un peu déçue au début: un énième roman sur l'exil et la solitude, sans rien pour le démarquer de tous les autres?  Heureusement la belle plume de Claudel et les deux personnages attachants (et aussi, pour ne rien vous cacher, le fait qu'il soit très court!) m'ont incitée à continuer.  

C'est vers les deux tiers que le déclic s'est produit et que j'ai compris où l'auteur nous emmenait.  À partir de là, la lecture est devenue savoureuse, et ce jusqu'à la toute dernière page. 

Petit caveat toutefois: si vous achetez ce livre au prix du neuf, vous serez peut-être déçu qu'il se lise aussi rapidement à cause de sa police de caractères ridiculement énorme (dans l'édition Stock avec la couverture noire, je ne sais pas pour les éditions suivantes).  Comme je ne l'ai payé que $1.50, cela n'a pas été un facteur pour moi.

 

La Petite Fille de Monsieur Linh de Philippe Claudel, 2005, 160 p.

21 juin 2026

Perspective(s)

Quel roman original, et complètement différent de l'autre œuvre de Laurent Binet que j'ai lue, Civilizations.

Perspective(s) est un roman policier dont l'intrigue se déroule à Florence dans le milieu des arts durant la Renaissance.  Déjà, ce n'est pas commun.  Mais surtout, c'est le format entièrement épistolaire qui lui permet de se distinguer des polars historiques habituels.

Par le truchement des lettres échangées entre les différents personnages (nombreux, une chance qu'il y a une liste au début!), l'intrigue s'assemble peu à peu comme un casse-tête (puzzle pour mes lecteurs européens!) grâce aux différents points de vue présentés.  C'est vraiment très habilement fait.

Comme plusieurs des personnages sont reliés au monde de la peinture, il y de fort intéressantes discussions sur les arts, le pouvoir, la censure, et ce, sans jamais alourdir l'intrigue.  On discute notamment de la découverte de la perspective, technique qui a révolutionné la façon de représenter le réel.  Toutefois, un peu comme pour The Forgery of Venus de Michael Gruber que j'ai lu il y a quelques semaines, je pense qu'il faut avoir un certain intérêt pour l'Histoire de l'Art pour apprécier ce roman.

Il y a aussi beaucoup d'humour.  En particulier, le personnage de Maria de Médicis m'a souvent fait rire tant elle est naïve.  Quelle tête de linotte! 

 

Perspective(s) de Laurent Binet, 2023, 304 p.   

19 juin 2026

L'Homme qui souriait

Série Commissaire Wallander, tome 4 

Encore un excellent tome de cette série que j'apprécie toujours autant! 

L'histoire commence cette fois au bord de la mer Baltique, dans une petite pension où Wallander tente de se remettre de son enquête précédente, qui s'est terminée de façon très dramatique.  Il file un mauvais coton et pense même quitter la police!  Heureusement pour nous et pour ses collègues de la ville d'Ystadt, les événements le feront changer d'idée.

Comme toujours, Mankell excelle dans l'instauration d'une atmosphère plutôt glauque, avec brouillard et tout et tout.  L'intrigue est remplie de rebondissements, on ne s'ennuie pas une seconde, même si l'enquête semble souvent piétiner.

Seuls bémols, quelques détails un peu tirés par les cheveux et surtout une fin que j'ai trouvée précipitée et très «JamesBondesque», avec le méchant qui explique tout son plan au commissaire puis s'en va en laissant à ses sbires le soin de liquider ce témoin gênant... Alerte au divulgâcheur: il va s'en tirer! 


L'Homme qui souriait de Henning Mankell, traduit du suédois, 2005, 362 p.  Titre de la version originale: Mannen som log (1994).

08 juin 2026

L'Illusion comique

Il me fallait un auteur prénommé Pierre pour remplir une consigne du défi Scrabble littéraire du forum Livraddict...  J'ai hésité, j'avais Lemaître ou Pevel dans ma ligne de mire; j'ai finalement accepté l'invitation de trois ou quatre autres participantes qui organisaient une lecture commune de cette pièce de théâtre, L'Illusion comique de Pierre Corneille, une œuvre dont je n'avais jamais entendu parler!

Quand j'étais ado, dans ma période théâtre classique, je me souviens que j'ai lu Le Cid, et peut-être quelques autres dont je garde moins de souvenirs.  Mes parents m'avaient aussi offert (et là je vais trahir mon âge!) un trente-trois tours de la pièce Polyeucte, lue par des acteurs de la Comédie française, rien de moins!

Je me suis donc lancée avec optimisme dans la lecture de L'Illusion comique, et, si j'ai quelques bémols, je n'ai quand même pas été déçue.  La pièce est amusante, surtout grâce à un des personnages, Matamore, qui, comme son nom l'indique, est un vantard et un poltron de la pire espèce!  Il y a aussi un côté fantastique original grâce à la présence d'un magicien, Alcandre.  De plus, le dénouement est vraiment surprenant, je l'ai trouvé chouette.

Le principal défaut vient de l'absence presque totale de didascalies.  Cela rend certaines scènes complètement incompréhensibles; il faut tenter de deviner ce qui s'est passé en se basant sur les dialogues des scènes suivantes! 

Cela reste une lecture sympa, mais j'ai la nette impression que de voir la pièce en représentation serait nettement plus intéressant, non seulement pour mieux suivre l'action, mais aussi pour assister aux effets spéciaux qui ne manqueraient pas d'accompagner les sorts du magicien! 

 

L'Illusion comique de Pierre Corneille, 1636, 188 p.  

 

 

07 juin 2026

Dungeon Crawler Carl

Série Dungeon Crawler Carl, tome 1

Hummmm, je vais peut-être en surprendre plus d'un, chers lecteurs, mais ce roman m'a un peu déçue...  Étant donné qu'il a gagné le Prix Livraddict catégorie SF et que la plupart des avis que j'ai pu lire ici et là sont dithyrambiques, j'avais peut-être mis la barre trop haute!  J'aurais dû suivre ma ligne de conduite habituelle, qui est d'attendre que la poussière retombe avant de lire un livre qui a suscité tout un houpla! 

Je m'attendais à quelque chose de très original; si l'on ne connaît pas le genre littéraire «litRPG» (pour literature roleplaying game), cela peut sembler l'être.  Mais, si j'ai appris cette expression depuis peu, j'ai lu il y a plus de vingt ans une bande dessinée américaine (dont j'ai oublié le nom) qui fonctionnait sur ce principe, de même qu'un roman et une bande dessinée de la série française Le Donjon de Naheulbeuk de John Lang, qui date du milieu des années 2000.

Pour ceux qui ne connaissent pas ce genre, il s'agit d'histoires où les règles typiques des jeux de rôle sont intégrées explicitement dans l'intrigue.  On a donc des personnages qui gagnent des points d'expérience et des points de vie, qui ont des statistiques personnelles (force, intelligence, etc), qui accomplissent des missions ou des quêtes.  Tout cela de façon explicite, c'est-à-dire qu'un personnage se dira par exemple «je vais aller attaquer ce monstre, ainsi je vais gagner des points d'expérience, ce qui me permettra de monter de niveau.»

Pour ce qui est de l'intrigue elle-même, elle rappelle la série Hunger Games (que je n'ai pas lue, mais j'ai vu les adaptations cinématographiques), avec un soupçon de Hitchhiker's Guide to the Galaxy (pour les méchants extra-terrestres qui viennent s'emparer de la planète Terre).  Donc encore là, rien de très original.

Néanmoins, ce livre reste agréable à lire grâce à l'humour de l'auteur Matt Dinniman et surtout grâce à la relation entre les deux personnages principaux (dont une chatte magicienne absolument craquante).  J'avoue toutefois avoir trouvé leurs aventures un peu répétitives (on tue des monstres, on trouve des trésors, et on recommence) pendant les deux premiers tiers, au point où je me suis dit que je n'allais pas continuer cette série.  Heureusement, l'intensité augmente dans le dernier tiers et j'ai décidé que  je lirais au moins le tome 2 (et on verra pour les suivants!). 

 

Dungeon Crawler Carl, tome 1 de Matt Dinniman, 2020, 450 p.  Titre de la traduction française: Dungeon Crawler Carl, tome 1. 

 

 

28 mai 2026

La dernière nuit du Raïs

De Yasmina Khadra, je ne connaissais que la série policière Commissaire Llob, dont le tome 1, La part du mort, est d'ailleurs un des premiers livres chroniqués sur ce blogue (qui a eu vingt ans ces jours-ci, pouvez-vous le croire?).  Dans mes débuts bloguesques, j'écrivais des billets en cours de lecture, ce qui explique qu'il y en a deux pour ce roman-là -- le concept du blogue s'est précisé quelque temps plus tard!

J'ai donc toujours été curieuse de tenter l'un de ses romans plus «sérieux», mais sans trop savoir par lequel commencer.  C'est le sort qui a décidé en mettant La dernière nuit du Raïs dans la boîte à livres que je fréquente.   

C'est une assez bonne pige même si j'ai quelques réserves.  L'idée de base est intéressante et originale: on est dans la tête du dictateur libyen Khadafi durant sa dernière nuit avant qu'il ne soit tué par les rebelles en  2011.  Vous l'aurez compris, ce n'est pas le genre de roman où l'on s'attache au personnage principal!  J'ai aimé la plume de Khadra, elle est assez directe et sans trop de fioritures, ce qui convient bien à ce type de récit.  

Mon principal bémol, c'est qu'il m'a manqué une certaine mise en contexte (histoire de la Libye, rappel des soulèvements du Printemps arabe, etc.).  J'ai l'impression que Khadra a voulu que cette histoire ait une résonance universelle, que ce soit le portrait de n'importe quel tyran.  L'idée n'est pas mauvaise, mais cela m'a tout de même empêchée d'être complètement impliquée dans l'histoire, si je puis dire.

Je tenterai sans doute une autre œuvre de cet écrivain, donc n'hésitez pas si vous avez des suggestions! Sinon, j'attendrai l'intervention du Destin... 


La dernière nuit du Raïs de Yasmina Khadra, 2015, 207 p.

23 mai 2026

White Fang (Croc-Blanc)

The Call of the Wild de Jack London, lu en 2014, a été pour moi un énorme coup de cœur. J'espérais donc qu'il en serait de même pour White Fang...

Ce roman raconte les aventures d'un chien-loup né à l'état sauvage et puis domestiqué.  Il est d'ailleurs amusant de remarquer que c'est le parcours inverse du Buck de Call of the Wild, qui, lui, est au départ un chien domestique qui ressent l'appel de la vie sauvage!  

Même si j'ai beaucoup aimé le début (où l'on rencontre les parents de White Fang et où ensuite le louveteau explore la nature environnant la tanière familiale) et la fin (que je ne vous révèle pas), j'ai trouvé ce roman beaucoup trop dur et violent pour que cela puisse être un coup de cœur.  Certains passages étaient même pénibles à lire! 

C'est quand même un très beau roman; la plume de London est magnifique et je suis contente d'avoir lu ce classique de la littérature américaine.  Mais j'aime mieux vous prévenir, il faut s'accrocher, surtout si l'on est un ami des bêtes! 


White Fang de Jack London, 1906, 200 p.  Titre de la traduction française: Croc-Blanc.