Aucun message portant le libellé Québec. Afficher tous les messages
Aucun message portant le libellé Québec. Afficher tous les messages

18 juillet 2026

Les Héritiers de la mine

J'ai tellement aimé Il pleuvait des oiseaux de Jocelyne Saucier que, dès la dernière page tournée, j'ai voulu inscrire un autre livre de cette auteure sur ma «liste de souhaits» du prêt numérique.  Si je me souviens bien, le seul présent au catalogue à ce moment-là était Les Héritiers de la mine, c'est donc celui-là que j'ai mis sur ma liste.  Maintenant, la question qui se pose est: pourquoi avoir attendu si longtemps (14 ans!) pour le lire?

Peu importe, c'est maintenant chose faite.  Et, même si ce n'est pas un immense coup de cœur comme l'autre roman, j'ai quand même beaucoup apprécié. 

Ce qui m'a plu surtout c'est la construction du récit; il s'agit d'un roman choral où l'on change de narrateur à chaque chapitre, ce qui nous apporte chaque fois un éclairage différent et de nouveaux indices sur les événements qui se sont déroulés il y a plusieurs décennies au sein de cette immense et étrange famille habitant dans un village minier à moitié abandonné. 

Petit avertissement pour ceux qui ont lu Il pleuvait des oiseaux et qui pourraient donc espérer trouver ici des personnages tout aussi attachants: ce n'est pas du tout le cas!  Au contraire, ce sont une belle bande de scélérats qui traitent leurs voisins de culs-terreux, foutent le feu aux maisons désertées, sont méchants entre eux, etc.

Il faut s'y résigner, l'intérêt du livre n'est pas dans l'amour qu'on porte à ses personnages, mais l'on s'intéresse tout de même à leur sort, on veut savoir ce qui s'est passé ce jour-là, quand la mine a explosé... 

 

Les Héritiers de la mine de Jocelyne Saucier, 2006, 192 p.

12 mars 2026

Les Belles-Sœurs

Michel Tremblay est l'un de mes auteurs préférés, mais j'avoue peu connaître son théâtre.  Je remédie à la situation en lisant cette œuvre majeure qui a créé la polémique à sa création dans les années 60, car c'était la première pièce en joual présentée au Québec.

J'ai adoré le mélange parfaitement équilibré de comédie et de drame.  En effet, les dialogues sont généralement très drôles, ces femmes de différentes générations s'échangeant des pointes, des mesquineries et des commérages, tout en nous faisant en aparté des confidences assez poignantes, nous permettant de découvrir leur vie étriquée, leur dépendance à leur époux, leur misère financière et sexuelle, etc. 

Seul hic, il y a beaucoup de personnages et l'on peine à s'y retrouver.  Ce doit être plus facile lorsqu'on voit la pièce sur scène, ce que j'espère pouvoir faire un jour!  


Les Belles-Sœurs de Michel Tremblay, 1972, 93 p.

05 décembre 2025

Le Dernier Été des Indiens

Alors que j'avais adoré mon premier contact avec Robert Lalonde lors de la lecture de C'est le coeur qui meurt en dernier, il y a une dizaine d'années, nos retrouvailles se sont moins bien déroulées, mon avis sur Le Dernier Été des Indiens étant plus mitigé.

Oh! la plume de Lalonde est toujours formidable, et il y a des passages magnifiques, que ce soient les descriptions de la nature québécoise ou les souvenirs du narrateur, un adolescent de treize ans, concernant son grand-père, décédé récemment et le seul membre de la famille qui le comprenait.  Il faut dire que l'action se situe dans un petit village, dans les années cinquante, avec ce que cela suppose de mœurs étriquées et de commérages. 

Là où j'ai eu un gros malaise, c'est en ce qui concerne la relation amoureuse que le garçon entretient avec un Indien qui lui fait découvrir la sexualité.  L'âge de ce dernier n'est pas précisé, peut-être un grand adolescent, mais on a plutôt l'impression qu'il s'agit d'un adulte...  Tout se passe en douceur et c'est toujours le jeune narrateur qui va rejoindre volontairement son amant, mais tout de même!  Il est toutefois intéressant de remarquer que ce qui choque les villageois à l'époque, c'est plutôt la relation interraciale et homosexuelle, la différence d'âge n'étant pas évoquée comme problématique.  


Le Dernier Été des Indiens de Robert Lalonde, 1982, 158 p. 

09 octobre 2025

Study for Obedience (Étude pour l'obéissance)

Alors heuuuuu….

J’ai rien compris à ce foutu bouquin!

Et j’aime pas quand un bouquin me fait sentir stupide!

Le fait que je l’ai lu en version originale n’a certainement pas aidé.  L’anglais est d’un niveau assez soutenu, merci.  Pourtant, la plupart du temps je comprenais le sens des mots, mais les phrases ne s’enregistraient pas dans mon cerveau parce que trop abstraites.  Alors je pense que même si je l’avais lu dans la traduction française, le résultat aurait été sensiblement le même.  C’est tout simplement trop plein de non-dits et de digressions vagues.

C’est dommage, car certains passages plus concrets (promenades dans la campagne, interactions avec les villageois) sont assez intéressants. 

J’ai bien failli abandonner, mais le mystère entourant le personnage principal a éveillé ma curiosité, assez en tous cas pour que je persévère. Sauf qu’à la fin je suis restée Gros-Jean comme devant!  Peut-être qu’on était sensé deviner le fin mot de l’histoire et que je ne suis pas assez intelligente.  Grrrr! 

 

Study for Obedience de Sarah Bernstein, 2023, 208 p.  Titre de la traduction française: Étude pour l'obéissance.  Paru en Europe sous le titre Obéissantes et assassines.   

25 septembre 2025

La Blague du siècle

À la sortie de ce roman en 2023, je me souviens avoir lu dans le journal Le Devoir une entrevue avec Jean-Christophe Réhel dans laquelle il disait avoir eu peur quand Jean-Philippe Baril-Guérard a publié son livre qui mettait en scène lui aussi un aspirant humoriste.  Il avait même demandé à son éditeur s’il devait changer de sujet!

J’étais donc restée avec l’idée que le milieu de l’humour était le sujet principal de La Blague du siècle, alors que pas du tout!  C’est plutôt l’histoire d’un homme dans la trentaine qui travaille dans un Tim Hortons pour subvenir aux besoins de son père atteint d’un cancer du cerveau et de son frère schizophrène (et qui accessoirement aurait bien aimé devenir humoriste et aime assister à des spectacles d’humour).

Contrairement au roman précédent de l'auteur Ce qu’on respire sur Tatouine, que j’avais trouvé très drôle (mais avec des passages plus sérieux), ici c’est plutôt le contraire: on est dans une ambiance beaucoup plus touchante et dramatique, avec des passages plus légers, voire même rigolos.

 

La Blague du siècle de Jean-Christophe Réhel, 2023, 256 p.

14 septembre 2025

Diane demande un recomptage

Comme ce roman est la suite directe d'Autopsie d'une femme plate, je m'attendais à nager dans les mêmes eaux: un roman à l'intrigue plus ou moins originale, mais amusant et plaisant à lire.

Et c'est bien ce que j'y ai trouvé, mais comme cette fois je m'y attendais, je n'ai pas éprouvé cette petite déception ressentie à la lecture du premier tome.  J'ai pu savourer pleinement les dialogues très naturels et rigolos qui ont toujours été la grande force de cette écrivaine.

Dans ce tome-ci, Diane tente de reconstruire sa vie amoureuse et professionnelle après son divorce.  Heureusement qu'elle est bien entourée, sa meilleure amie et ses enfants étant toujours là pour la soutenir.  Sans oublier son chat à trois pattes, Steve! 

J'ai trouvé la fin un peu abrupte.  J'ai l'impression que c'est une stratégie pour nous donner envie de lire le troisième tome, et... ça fonctionne!

 

Diane demande un recomptage de Marie-Renée Lavoie, 2020, 274 p. 

  

01 septembre 2025

La Maison d'Hortense, tome 1: Printemps-été 1935

Après le rythme trépidant des Guerriers de l'hiver d'Oliver Norek, cela faisait du bien de souffler un peu dans une atmosphère plus reposante, celle d'un roman historique signé Maryse Rouy.  Dans le premier tome de cette nouvelle série, on se retrouve sur le Plateau Mont-Royal en 1935, et l'on suit un groupe de femmes de différentes générations.

Le sujet principal du roman est le choix qu'avaient à faire les jeunes femmes de l'époque: se conformer au diktat de la société en se préparant à devenir des épouses modèles (d'éventuelles études supérieures ne servant qu'à se trouver un bon parti) ou choisir d'exercer un métier, sachant qu'il faudra se battre bec et ongles pour se faire une place dans ce monde masculin.

Comme toujours chez cette auteure, la force du roman provient de deux sources: la reconstitution détaillée mais toujours très vivante, de la vie quotidienne de l'époque, et l'attachement que l'on développe pour plusieurs des personnages. Comme il s'agit d'un premier tome, certains portraits sont esquissés plus rapidement que d'autres;  nul doute qu'on en apprendra plus sur ces femmes dans les prochains tomes!

 

La Maison d'Hortense, tome 1: Printemps-été 1935 de Maryse Rouy, 2022, 344 p.  

03 juillet 2025

Je vous ai vue, Marie

Quand j'étais ado (dans une autre ère géologique, donc), je me souviens avoir adoré le premier roman de François Barcelo, Agénor, Agénor, Agénor et Agénor.  Mes souvenirs de l'histoire elle-même sont flous (voire inexistants) mais j'avais trouvé très original ce type d'humour assez farfelu (humour déjanté, qu'il faut dire maintenant).  Je revisite maintenant l'auteur grâce à ce petit roman ramassé pour une bouchée de pain lors d'une vente de livres élagués de la Bibliothèque de Montréal.

J'ai plutôt apprécié le mélange de comédie satirique et de policier.  Les dialogues, notamment, sont assez amusants.  Seul petit défaut, il y a beaucoup de personnages, on s'y perd, en particulier entre les différents enquêteurs! Une petite liste n'aurait pas été de trop. 

Toutefois ce roman ne me laissera pas un souvenir indélébile.  J'ai l'impression que ce type d'humour semblait très original jadis, mais maintenant c'est beaucoup plus courant!

 

Je vous ai vue, Marie de François Barcelo, 1990, 249 p.

06 juin 2025

Kukum

***Attention, je me permets de divulgâcher un peu, étant donné que ce sont des faits historiques assez connus...*** 

En mai, le thème du club de lecture du forum Livraddict était «les peuples autochtones».  J’ai donc suggéré ce roman du journaliste Michel Jean et à mon grand plaisir c’est lui qui a remporté le vote.  L’auteur y raconte la vie de son arrière-grand-mère, une femme blanche qui a épousé un Innu.

J’ai été surprise de constater que la narratrice du récit est l'aïeule elle-même.  C’est un choix audacieux de la part de l’écrivain, surtout que des scènes intimes sont racontées!

J’ai beaucoup apprécié découvrir le mode de vie des Innus au début du XXe siècle dans la région du lac St-Jean.  Leur vie quotidienne est décrite en détail: organisation sociale, migration selon les saisons, chasse, vie en famille, etc.  La nature sauvage tient une grande place dans le récit, ce qui lui donne un côté Nature Writing fort réussi.

Toutefois, je me suis demandé s’il n’y avait pas une certaine idéalisation de la réalité.  Est-il possible qu’une femme blanche ait été acceptée si facilement dans la communauté autochtone, au point qu’il semble n'y avoir eu aucun commentaire négatif, aucun questionnement?

Comme on pouvait s'y attendre, la fin du roman est triste puisque, à mesure que les Blancs envahissent le territoire, les Innus ont de plus en plus de difficulté à vivre selon leurs coutumes.  L’épisode des enfants amenés de force dans les pensionnats est particulièrement marquant, de même que la description de l'impact des barrages hydroélectriques sur les populations.  Le tout est narré avec une plume efficace qui évite de tomber dans le pathos. 

En bref, une très bonne première rencontre avec cet écrivain.  Maintenant j'ai bien envie de le retrouver dans un autre registre avec Envoyé spécial, où il raconte son expérience de correspondant à l'étranger. 

 

Kukum de Michel Jean, 2019, 224 p. 

04 mars 2025

Cataonie

Encore une fois, François Blais nous a pondu une drôle de bibitte!

Après avoir pris ce livre au prêt numérique de la bibliothèque municipale, j'ai été un peu déçue de constater qu'il s'agit d'un recueil de nouvelles.  J'hésite toujours devant ce format qui parfois me laisse sur ma faim. Heureusement, ce sont des histoires dont les personnages principaux sont récurrents, notamment le narrateur, donc ça se lit comme un roman.

Parlant du narrateur, celui-ci est une vraie tête à claques!  Imbu de lui-même jusqu'à l'absurde, il m'a bien fait rigoler.  Et il n'y a pas que lui d'absurde...  Les histoires se déroulent à Shawinigan, mais les personnages parlent comme des gens de la haute bourgeoisie, se vouvoyant entre amis et amants et utilisant l'imparfait du subjonctif pour dire les pires énormités!

Le thème commun de ces nouvelles est l'obsession et, encore là, Blais pousse cela jusqu'à l'absurde.  Ma nouvelle préférée est celle où le narrateur tente de trouver la chute d'une blague mettant en scène un petit cochon  qui survit à la chaise électrique (d'où l'illustration de la couverture, signée Iris, pour ceux qui connaissent cette dessinatrice), blague qu'il a lue dans une revue dont une page est déchirée.  J'y ai notamment apprécié quelques allusions à Camus («quelle peste ce Camus!») alors que pourtant l'histoire n'a rien à voir avec le célèbre écrivain!

Et le titre?  J'ai cherché: la Cataonie est une région de l'ancienne Asie mineure, ce qui n'a absolument aucun lien avec l'intrigue.  On dirait que Blais a tout simplement pris un mot au hasard dans le Robert des noms propres, ce qui est tout à fait son genre!  Si vous avez une autre théorie, je suis preneuse...


Cataonie de François Blais, 2015, 180 p.

02 mars 2025

L'Énigme du retour

La démarche indolente
d'une vache
pendant sa promenade du soir.
La nuit devient
chagallienne.

Je retrouve mon cher Dany Laferrière avec ce récit de son retour à Haïti après la mort de son père, exilé lui aussi et qu'il a peu connu.

Comme toujours chez cet écrivain, on est devant une construction désordonnée qui peut désarçonner quand on ne s'y attend pas.  Cette impression est exacerbée ici par la forme du texte qui alterne sans prévenir entre la poésie et la prose.  La réflexion s'imbrique dans l'anecdote, les souvenirs dans le quotidien. L'humour, la tendresse  succèdent à la tristesse, au drame.

J'ai apprécié les clins d’œil à ses œuvres précédentes: des oiseaux fous, des après-midi sans fin, des hommes sans chapeau...  Il parle également de différents artistes et écrivains haïtiens, dont notamment Frankétienne, dont on vient malheureusement d'apprendre le décès ces jours-ci. 

Un très beau roman sur le thème de l'exil et du retour.

 

L'Énigme du retour de Dany Laferrière, 2009, 296 p.

16 février 2025

Proust au gym

Si jamais les créateurs d'un éventuel dictionnaire des réseaux sociaux cherchent un exemple pour la définition de l'expression OLNI (Objet Littéraire Non Identifié), ce petit bouquin pourrait bien faire l'affaire...

On le voit classé en Poésie, mais personnellement je le décrirais comme un roman d'autofiction en vers libres.  Je soupçonne en fait que la forme adoptée par Anthony Lacroix manifeste une volonté d'écrire en se foutant de la ponctuation plutôt qu'un désir de donner une dimension poétique à son texte.  Et je ne dis pas cela d'une façon péjorative, je trouve même que cela fonctionne plutôt bien.  

De quoi ça cause?  Je vous le donne en mille:  de Proust et de gymnastique.  Plus particulièrement, du projet de l'auteur d'écouter en version audio toute La Recherche en faisant des séances de musculation dans l'espoir d'obtenir un corps de rêve (tout en tentant d'achever son mémoire de maîtrise, accessoirement).

Qui est le public cible?  Utilisons la théorie des ensembles:  

Lecteurs de Proust ∪ Amateurs de musculation = Public cible

Lecteurs de Proust Amateurs de musculation = Futurs adorateurs d'Anthony Lacroix

Traduction pour ceux qui ont effacé de leur cerveau les cours de math du niveau primaire dès qu'ils ont atteint le secondaire 1: vous aimerez ce roman si vous êtes soit un lecteur de Proust, soit un culturiste; si vous êtes les deux, vous allez l'adorer.  Enfin, c'est ma théorie, ce n'est pas encore prouvé.  Personnellement, je fais seulement partie du premier ensemble, donc j'ai trouvé ce petit bouquin amusant et original.

En terminant, un court extrait pour vous donner une petite idée du genre:

  Marcel et moi avons les mêmes suffocations


            selon mes signes et symptômes
            j’ai soit
            des spasmes nerveux
            un commencement de tuberculose
            de l’asthme
            une bronchite
            une dyspnée toxi-alimentaire avec insuffisance rénale


            je devrais suivre le traitement prescrit
            par le docteur Cottard


            rester au lit pendant plusieurs jours et boire du lait


            ça sauvera sûrement Marcel d’une mort certaine
            mais je ne sais pas si le même remède fonctionnerait
            pour moi
            

  il y a trop de différences entre
  le personnage principal de Proust et moi
  et la plus importante
  c’est qu’il ne fait pas d’embonpoint


Proust au gym d'Anthony Lacroix, 2024, 108 p.

07 décembre 2024

La Part de l'océan

Je l'annonce d'entrée de jeu, je suis un peu déçue, et déçue d'être déçue...

Dans son plus récent roman, Dominique Fortier, l'une de mes écrivaines québécoises préférées, s'inspire des lettres envoyées par Herman Melville, à un autre grand écrivain américain, Nathaniel Hawthorne, dont les réponses n'ont malheureusement pas été conservées.  À partir de cette correspondance, elle recrée une histoire d'amitié/amour/désir entre les deux écrivains, histoire qui aurait eu une influence sur l'écriture du fameux Moby Dick, que Melville rédigeait durant cette période.  Elle imagine également la vie quotidienne de ce dernier, et d'ailleurs les passages mettant en vedette son épouse Lizzie sont particulièrement réussis -- notamment ceux en mode «flux de conscience» (stream of consciousness), c'est-à-dire où l'on suit les pensées désordonnées d'un personnage.  Si Fortier s'en était tenue à cette intrigue, son roman aurait été pour moi un gros coup de cœur.  Comme toujours, la plume est délicate et poétique, surtout quand elle s'attarde à nous décrire les petits détails du quotidien.

Malheureusement, comme elle l'a fait dans ses trois derniers romans, l'auteure interrompt régulièrement sa trame principale avec des passages autobiographiques.  Si dans Les Villes de papier et Les Ombres blanches ces interludes s'intégraient assez bien à l'histoire, ici au contraire je me suis plutôt retrouvée dans le même état d'esprit que lorsque j'ai lu Au péril de la mer: chaque fois que j'arrivais à ces passages, je levais les yeux au ciel et je n'avais qu'une hâte, celle de revenir à la partie historique.  Ici, Fortier nous raconte sa relation avec un écrivain et poète au nom d'emprunt de Simon.  Je comprends l'idée de mettre en parallèle les deux histoires mettant en scène des écrivains, mais j'ai trouvé que cela n'apportait rien au roman, en brisait le rythme, et même je me suis presque sentie dans une position de voyeur tant elle nous dévoile des sentiments intimes. 

Cela dit, j'ai vu, dans différents commentaires, que bien des lecteurs avait apprécié le procédé... Je vous invite donc à vous faire une idée par vous-même!  Et si finalement vous ressentez la même chose que moi, la partie sur Melville vaut tout de même la lecture (a fortiori si vous avez lu Moby Dick!).


La Part de l'océan de Dominique Fortier, 2024, 328 p.

13 octobre 2024

Les nouveaux classiques québécois

Avez-vous vu dans le journal La Presse cette liste de titres considérés comme les nouveaux classiques du XXIe siècle, regroupant des œuvres québécoises publiées entre 2000 et 2024 «qui ont laissé leur marque sur notre culture et notre imaginaire collectif»?  Je suis un peu surprise de ne pas y retrouver La trilogie du bonheur de Marie Laberge, qui a pourtant connu un immense succès; je me demande s'il n'y a pas là un certain snobisme, des œuvres plus «pointues» ayant été choisies.  Aussi, dans le cas de quelques œuvres très récentes, je trouve qu'il est un peu tôt pour juger l'impact qu'elles auront sur la culture québécoise.  Peut-être aurait-on dû se concentrer seulement sur les deux premières décennies du siècle?

D'autres absents: Le Plongeur de Stéphane Larue, Borderline de Marie-Sissi Labrèche (que je n'ai pas lu toutefois), les recueils de chroniques de Serge Bouchard, Un dimanche à la piscine à Kigali de Gil Courtemanche, pour ne nommer que ceux-là.

L'exercice reste tout de même intéressant (je suis toujours friande de ce type de listes!).  Voici la liste en question:


Le Podium:

  1. Putain, Nelly Arcand
  2. La Femme qui fuit, Anaïs Barbeau-Lavalette
  3. Là où je me terre, Caroline Dawson


Positions 4 à 10, en ordre alphabétique

  • Le ciel de Bay City, Catherine Mavrikakis
  • L’énigme du retour, Dany Laferrière
  • Il pleuvait des oiseaux, Jocelyne Saucier
  • Kuessipan, Naomi Fontaine
  • Kukum, Michel Jean
  • Que notre joie demeure, Kev Lambert
  • Ru, Kim Thúy


Positions 11 à 25, en ordre alphabétique:

  • 1984, Éric Plamondon
  • Au péril de la mer, Dominique Fortier
  • La ballade de Baby, Heather O’Neill
  • Bâtons à message/Tshissinuatshitakana, Joséphine Bacon
  • Le boys club, Martine Delvaux
  • Ce que je sais de toi, Éric Chacour
  • La constellation du lynx, Louis Hamelin
  • La fiancée américaine, Éric Dupont
  • L’habitude des ruines, Marie-Hélène Voyer
  • Mille secrets mille dangers, Alain Farah
  • L’orangeraie, Larry Tremblay
  • Le poids de la neige, Christian Guay-Poliquin
  • Paul à Québec, Michel Rabagliati
  • Une réunion près de la mer, Marie-Claire Blais
  • Les villes de papier, Dominique Fortier


Que pensez vous de cette liste?  Lesquels avez-vous lus?  Êtes vous d'accord avec leur présence dans cette liste?  Vous y auriez vu d'autres titres?

Personnellement, j'ai lu:

  • Il pleuvait des oiseaux, Jocelyne Saucier (Adoré!)
  • Ru, Kim Thúy (Beaucoup aimé)
  • 1984, Éric Plamondon (J'ai lu seulement le premier tome de la trilogie, je n'y ai rien compris)
  • Au péril de la mer, Dominique Fortier (Surprise que ce soit celui-ci qui ait été choisi, c'est celui que j'ai le moins aimé dans sa bibliographie)
  • La constellation du lynx, Louis Hamelin (Abandonné, je n'ai pas accroché, tout en reconnaissant les qualités littéraires de l’œuvre)
  • La fiancée américaine, Éric Dupont (Adoré!)
  • Mille secrets mille dangers, Alain Farah (Beaucoup aimé)
  • L’orangeraie, Larry Tremblay (Adoré!)
  • Paul à Québec, Michel Rabagliati (Adoré!)
  • Les villes de papier, Dominique Fortier (Adoré!)


02 octobre 2024

Méduse

Ce roman, qui narre les tribulations d'une jeune fille dont les yeux frappent d'horreur tous ceux qui les aperçoivent, m'a rendue pour le moins perplexe...  J'ai aimé ou pas?

J'ai aimé: la finesse de la plume, le vocabulaire recherché, les variations autour du thème de Méduse et des méduses, qu'on reconnaisse la ville de Québec à travers les indices donnés ici et là, le message sur la puissance féminine, sur la réappropriation du corps.

J'ai moins aimé: l'ambiance vraiment trop glauque, et parfois un manque de subtilité dans la transmission du message mentionné ci-dessus, en particulier à la fin (on avait compris la métaphore, ce n'était pas nécessaire de l'appuyer de façon aussi littérale).

Alors, quel côté l'emporte?  Je crois bien que c'est 50-50!


Méduse de Martine Desjardins, 2020, 216 p.

31 août 2024

Un objet de beauté

Les Chroniques du Plateau Mont-Royal, tome 6

Plus d'une semaine que j'ai terminé ce bouquin, qui clôt la série des Chroniques...  Je ne sais pas trop comment aborder ce billet, qui va être bien court!

Du Tremblay, ça ne peut pas être mauvais!  Pourtant, je n'ai pas vraiment aimé ce tome, tout en ayant de la difficulté à trouver pourquoi...  Il y a de très beaux passages, mais l'ensemble est triste, presque glauque.  On ne sent pas l'amour qui relie habituellement les membres de la famille, cela m'a fait de la peine.  J'aurais aimé finir cette série sur une note plus optimiste!


Un objet de beauté (Les Chroniques du Plateau Mont-Royal, tome 6) de Michel Tremblay, 1997, 315 p.

01 août 2024

Vas-tu finir ton assiette?

Vous voulez rire un bon coup?  Procurez-vous ce recueil de courtes chroniques désopilantes sur le thème de l'alimentation.  Le sous-titre mentionne des essais et des facéties, je dirais que c'est 10% des uns et 90% des autres!

Il y a bien quelques chapitres où j'ai moins accroché, car il était question d'émissions de télé (Les Chefs et autres) que je ne connais pas, mais pour le reste je me suis bidonnée du début à la fin.  Et même l'utilisation de l'écriture inclusive (à laquelle je m'habitue difficilement, je l'avoue) ne m'a pas dérangée; je trouve que cela passe mieux dans ce genre littéraire que dans un roman, par exemple.

Je le recommande chaudement à tous mes lecteurs québécois. Hilarité garantie, sauf si vous n'appréciez pas ce style très oral, avec des anglicismes, du joual et des néologismes à la pelletée.  Lecteurs européens, c'est à vos risques et périls: je crains que vous ne saisissiez pas la plupart des références très locales.

 

Vas-tu finir ton assiette? de Caroline Décoste et Mathieu Charlebois, 2024, 288 p.

20 mars 2024

La Collision des récits

J'ai fait la connaissance de Philippe de Grosbois dans l'excellent balado La Balado de Fred Savard (oui, Fred a décidé que le mot balado était féminin!) dont il est un collaborateur régulier.  Cela m'a donné envie de lire un de ses essais, voilà la chose faite!

Cet essai sur le journalisme et la désinformation est très intéressant car il déboulonne de nombreux mythes et idées reçues.  Par exemple, la désinformation existe depuis longtemps, elle n'est pas causée par les médias sociaux; ceux-ci n'ont fait qu'amplifier le problème.  Également, l'objectivité journalistique n'existe pas.  Même lorsqu'il présente des faits vérifiés, le journaliste fait des choix en ce qui concerne la façon de présenter la nouvelle, à qui il donne la parole (ou pas), etc., et ces choix sont influencés par différents facteurs reliés à sa classe sociale, sa race, son genre, le média pour lequel il travaille, etc.  D'ailleurs, l'auteur lui-même ne se targue pas de neutralité, affichant clairement ses convictions de gauche.

Ce que j'ai aimé surtout, c'est combien cet essai a eu des liens avec l'actualité pendant que je le lisais.  Ainsi, le ministre Pierre Fitzgibbons a traité des journalistes de La Presse et du Devoir de «militants» (sous-entendu: non objectifs) parce qu'ils ont relevé la contradiction de ses propos avec ceux du ministre de l'Environnement concernant le projet d'usine de batteries de Northvolt.  Or, Grosbois parle justement de cette tendance à qualifier de militants les journalistes qui remettent en question les messages des gouvernements ou des grandes compagnie, alors que ceux qui les relaient servilement sont considérés objectifs! 

Il y a eu aussi un article d'Isabelle Hachey dans La Presse (27 janvier) où elle critique le dernier livre de Mathieu Bock-Côté, Le Totalitarisme sans le goulag, publié l'automne dernier.  Mme Hachey a vérifié plusieurs affirmations faites par MBC et a constaté que plusieurs étaient soit fausses, soit grandement exagérées ou prises complètement hors contexte.  Philippe de Grosbois déplore justement qu'on laisse le sociologue chéri de la droite dire les pires énormités sans les contester...  Voilà, Philippe, ton message a été entendu!

Seul petit bémol, j'ai trouvé qu'il y avait quelques répétitions d'un chapitre à l'autre.  C'est sans doute pourquoi j'ai étiré cette lecture sur plusieurs mois!


La Collision des récits de Philippe de Grosbois, 2022, 200 p.

09 décembre 2023

Hors-sol

Premier roman pour Philippe Yong, professeur de lettres né en France de parents coréens, enseignant au collège Stanislas à Montréal (du coup, je le classe en littérature québécoise, na!).  

Premier roman, disais-je, on lui pardonnera donc quelques maladresses: un style parfois un peu prétentieux, une fin qui s'étire un peu trop, quelques incohérences dans les réactions des personnages...

Ces petits défauts, heureusement, ne m'ont pas empêchée d'apprécier cette histoire assez sympathique qui parle d'exil et de déracinement.  En effet, le personnage principal, un agronome portugais travaillant dans une serre du Mile-End, n'arrive à prendre racine nulle part, à l'instar des laitues hydroponiques qu'il cultive et des mousses et lichens accrochés tant bien que mal aux pierrailles de l'Islande, où l'action se transporte en deuxième partie du roman.

Quand l'intrigue se déroule dans un quartier de Montréal que je connais, c'est déjà un gros plus.  Mais même en terrain inconnu, j'ai trouvé que l'auteur se débrouillait fort bien pour décrire les diverses ambiances, que ce soit celle du terrain désaffecté où est installée la serre ou celle, glaciale et lunaire, de l'Islande.

Bref, un roman imparfait mais tout de même bien intéressant.

P.S.: Ne lisez pas la quatrième de couverture, elle divulgâche énormément!


Hors-sol de Philippe Yong, 2022, 217 p.

07 décembre 2023

Passez au Salon

Un court billet sur ce court recueil d'anecdotes...  On y retrouve les souvenirs d'une cinquantaine d'auteurs, certains très connus, d'autres moins, concernant leurs passages dans des Salons du livre du monde entier.

L'ensemble est sympathique, les petits récits étant tour à tour touchants, surprenants ou amusants.  J'ai été particulièrement émue par celui de Marie-Claude Savard (la journaliste sportive) qui, après la parution de son livre sur le deuil de ses parents, a eu la surprise de trouver à son kiosque au Salon de Québec un groupe d'oncles, tantes et cousins qu'elle n'avait jamais rencontrés!

Rendue au milieu du recueil, j'ai toutefois trouvé qu'il y avait un petit côté répétitif et j'ai craint de me lasser...  Je l'ai donc continué plus lentement en lisant autre chose en parallèle.  Je vous conseille d'adopter cette stratégie qui a bien fonctionné pour moi.
 

 

Passez au Salon, anecdotes recueillies par Isabelle Massé et Hugo Fontaine, 2014, 272 p.