12 juillet 2021

The Tombs of Atuan (Les Tombeaux d'Atuan)

 Earthsea (Terremer), tome 2

Comme j'aime diversifier mes lectures, il est rare que j'enfile les tomes d'une série presque à la suite les uns des autres.  Que je n'aie lu que trois romans entre les deux premiers tomes de Earthsea vous donne un gros indice sur le coup de cœur que j'ai éprouvé pour la plume d'Ursula Le Guin.  Évidemment, le fait que les romans sont très courts aide à ne pas se lasser, mais ce n'est vraiment pas le facteur principal.

Cette deuxième histoire est complètement différente de la première.  Alors que dans A Wizard of Earthsea le héros voyageait d'un bout à l'autre du monde connu, ici l'action se déroule presque entièrement dans un lieu unique et en huis-clos.  Nous sommes dans un temple où sont célébrés depuis la nuit des temps des rites sanglants.  Réincarnation de l'ancienne grande prêtresse, une jeune fille explore les lieux, particulièrement les mystérieux souterrains où la lumière ne doit jamais pénétrer et qui donnent accès à un labyrinthe légendaire. 

L'action est un peu lente à démarrer, mais à partir du milieu du roman, tout s'accélère et l'intrigue devient tout simplement palpitante.  L'ambiance, noire et angoissante à souhait, devrait plaire notamment aux amateurs de Lovecraft, même s'il n'y a aucun monstre tentaculaire! 

À quand le tome 3? 


(J'écris un billet séparé pour chaque tome, bien qu'en fait je les lis dans un recueil regroupant les quatre premiers romans, d'où cette image de couverture qui revient chaque fois...)

The Tombs of Atuan (Earthsea, tome 2) d'Ursula Le Guin, 1970, 133 p.  Titre de la traduction française: Les Tombeaux d'Atuan (Terremer, tome 2).

30 juin 2021

La dernière fois qu'on l'a vu, c'est au Perrette

Je crois que c'est chez Karine, du blogue Mon Coin lecture, que j'ai entendu parler pour la première fois de ce livre et de son auteur, Claude Champagne.  Il faut dire qu'il a surtout écrit pour la jeunesse et le théâtre, n'ayant à son actif qu'un seul roman pour adultes avant celui-ci.

Eh bien, merci ma chère Karine de me l'avoir fait découvrir, car j'ai beaucoup aimé ce court roman qui se déroule durant l'été 1978, dans l'est de Montréal.  On y fait la connaissance d'un petit groupe de garçons d'une douzaine d'années.  Un de leurs camarades d'école a disparu depuis plusieurs jours et ils tentent de le retrouver, échafaudant des théories plus abracadabrantes les unes que les autres.

Malgré des thèmes sérieux (pédophilie, intimidation, et bien sûr enlèvement d'enfant), l'ensemble reste léger grâce aux amusants dialogues en joual, et aux nombreuses références aux années soixante-dix qui parleront surtout aux lecteurs québécois de la génération X, ceux qui se souviennent d'être allés acheter des «Sip-Sacks» et des outils en fudge au Perrette du coin.  En effet, le drame horrible qui se joue en arrière-plan (le lecteur apprend dès le début que le petit garçon a en fait été assassiné) restera irréel pour ces pré-ados préoccupés par l'approche de la fin des classes et de la dernière danse de l'année scolaire, où ils auront peut-être l'occasion d'embrasser une fille!

Intercalés ici et là se trouvent des passages se déroulant quarante ans plus tard et qui sont teintés de nostalgie, de désillusion, faisant ressortir encore plus l'insouciance des enfants.  

Une belle lecture, un bouquin que j'ai dévoré en deux jours! 


 La dernière fois qu'on l'a vu, c'est au Perrette de Claude Champagne, 2020, 143 p.

26 juin 2021

L'espace d'un an

Les Voyageurs, tome 1

Voici un petit roman de science-fiction fort agréable à lire!  Les personnages sont attachants, bien développés, et l'univers qu'on découvre peu à peu l'est également.  C'est avec grand plaisir qu'on suit les aventures de l'équipage du Voyageur, ce petit vaisseau rafistolé avec les moyens du bord et qui a pour fonction de creuser des tunnels dans le tissu même de l'espace-temps pour permettre des voyages rapides d'un bout à l'autre de la galaxie. 

Petit bémol, j'ai trouvé le message sur la tolérance et la diversité un peu trop appuyé.  C'est comme si Becky Chambers avait voulu cocher toutes les cases:  un couple homosexuel, check!  Un nain, check!  Des humains de toutes couleurs, check!  Des familles atypiques, check!  Et ainsi de suite.  Je n'ai rien contre l'inclusion, au contraire, mais je préfère qu'elle se fasse de façon plus subtile.  Par contre, les liens d'amitié, d'amour et de loyauté tissés entre les personnages sont présentés avec beaucoup plus de finesse et j'ai bien apprécié cet aspect de l'histoire, de même que la réflexion sur l'intelligence artificielle, un questionnement philosophique qui va réellement se poser à l'humanité dans les prochaines décennies..

La fin est particulièrement réussie et j'aurais bien pris quelques autres épisodes aussi palpitants un peu plus tôt dans l'intrigue, plutôt tranquille jusque-là.  Clairement, l'auteure a préféré privilégier les contacts entre les espèces et le choc des cultures aux dépens de l'action.  Mais ne boudons pas notre plaisir... Ce fut une lecture bien sympathique et j'ai déjà hâte de lire la suite, même si ce premier tome se suffit à lui-même (je rassure ainsi ceux qui hésiteraient à se lancer dans une quadrilogie, avec peut-être d'autres tomes à venir, qui sait?).

 

L'Espace d'un an (Les Voyageurs, tome 1) de Becky Chambers, traduit de l'anglais, 2016, 356 p.  Version originale anglaise: The Long Way to a Small, Angry Planet (Wayfarers, tome 1), 2014.

15 juin 2021

Cat Crimes (La Griffe du chat)

Le problème des anthologies de nouvelles, c'est qu'elles peuvent être inégales.  Certaines nous sembleront plus intéressantes que d'autres, c'est presque inévitable.

Et c'est bien ce qui se produit dans ce recueil de nouvelles à saveur policière, écrites par différents auteurs, américains pour la plupart, et mettant en scène des chats dans des rôles de premier plan ou secondaires.  J'ai trouvé certaines histoires amusantes (ou tristes dans quelques cas) mais certaines autres se sont avérées prévisibles et bourrées de clichés.  Dans deux des cas, le fait d'être inclus dans une anthologie à thème félin vendait la mèche, en quelque sorte, car on n'était pas censé deviner qu'un des personnages (au nom très humain comme Sarah ou Hector, et décrit de façon ambiguë) était un chat, et la chute était donc complètement gâchée. 

Cela reste tout de même une lecture agréable, mais dans une semaine je ne me souviendrai d'aucune de ces histoires. 


Cat Crimes, édité par Martin H. Greenberg et Ed Gorman, 1991, 260 p.  Titre de la traduction française: La Griffe du chat.

11 juin 2021

A Wizard of Earthsea (Le Sorcier de Terremer)

Earthsea (Terremer), tome 1

Quelle belle découverte!  Ce n'est que récemment que j'ai entendu parler de Ursula Le Guin et franchement je me demande pourquoi elle n'est pas plus connue: est-ce parce qu'elle est une femme, dans un genre littéraire dominé par les hommes jusqu'à tout dernièrement?

L'intrigue est assez classique: on assiste à l'enfance et à l'apprentissage d'un magicien, puis à ses premières aventures, à ses premiers voyages.  On retrouve d'ailleurs quelques motifs qui rappellent fortement Tolkien, comme un objet maléfique exerçant un pouvoir de séduction quasi irrésistible, ainsi que les monstrueux Serviteurs dudit objet, que j'ai imaginés sous les traits des montures ailées des Nazguls, dans la version de Peter Jackson du Seigneur des anneaux

Plus que l'histoire elle-même, c'est la plume de Le Guin qui m'a enchantée.  Quelle force d'évocation!  Elle dresse la situation en quelques mots, laissant notre imagination faire le reste.  C'est un style qui ne plaira pas à tous les lecteurs, mais moi j'ai tout simplement adoré cette confiance en notre intelligence.  Par exemple, le système de magie n'est pas décrit en détail, comme dans d'autres œuvres du genre.  On comprend simplement au fur et à mesure que les pouvoirs des magiciens sont liés aux «vrais noms» des choses et des créatures ainsi qu'aux éléments naturels (terre, vent, océan, etc.). 

Attendez-vous à voir un billet sur le tome 2 apparaître dans les prochaines semaines!  J'ai très hâte de le lire, surtout qu'on m'a dit qu'il est encore meilleur que le tome 1!


A Wizard of Earthsea (Earthsea, tome 1) de Ursula Le Guin, 1968, 224 p. Titre de la traduction française: Le Sorcier de Terremer (Terremer, tome 1).

29 mai 2021

Les Miracles du bazar Nayima

«Magnifique», «sublime», «une pépite»: tels sont les commentaires de lecteurs de ce roman de Keigo Higashino, qui a été choisi pour le club de lecture de Livraddict du mois de mai.  

Malheureusement, mon avis sera plus mitigé!  Pour moi, cela a été une lecture sympathique, mais sans plus.  

Le sujet n'est pas extrêmement original (cette histoire de lettres qui se transmettent d'une époque à l'autre m'a donné une impression de déjà-vu) mais j'avoue qu'il est bien exploité.  Peu importe si le conseil reçu est suivi ou non par les récipiendaires de ces fameuses lettres signées Bazar Namiya, le résultat n'est pas celui qu'on attendait.  J'ai trouvé cela ingénieux.  Quant au dénouement, il a su me surprendre. 

Le principal défaut est la plume de Higashino. Elle est simple et bien lisible, mais manque d'ambition.  Tout est expliqué en détail, rien n'est laissé à l'interprétation du lecteur.  Par exemple, dans un passage qui se déroule dans les années soixante-dix, on prend la peine de souligner que les journaux et la télévision étaient les seules sources d'information du personnage, car ni Internet ni les réseaux sociaux n'existaient à l'époque.  Merci de me l'avoir expliqué, car je ne comprenais pas pourquoi il n'ouvrait tout simplement pas son ordinateur...   En fait, pour être plus précise, la plume est à la fois trop détaillée et lourde sur certains aspects, et pas assez sur d'autres, comme les liens entre différents lieux et le fonctionnement de cette faille temporelle (je ne m'attendais pas à ce qu'il y ait vraiment une explication, mais je n'ai pas bien compris cette histoire de porte ouverte ou fermée, le lien avec le centre d'accueil, etc.)

J'ai trouvé également qu'on passait trop rapidement d'un personnage à l'autre.  Je n'ai réussi à m'attacher à aucun d'entre eux, et il y en a même deux que j'ai trouvés complètement interchangeables.  Dans plusieurs cas, en savoir plus sur leurs antécédents aurait été nécessaire, ou à tout le moins intéressant.

Bref, un petit roman plaisant, non dénué de qualités, mais dont le style est banal et qui reste trop superficiel.  


Les Miracles du bazar Namiya de Keigo Higashino,  2012, traduit du japonais en 2020, 281 p.  Titre de la version originale: Namiya zakkaten no kiseki.

15 mai 2021

Ténèbre

Alors, les copains, je crois que ce billet va être plutôt court, car autant j'ai aimé ce roman, autant je trouve difficile d'en parler intelligemment, tant il est étrange.  

En effet, il entremêle la vérité historique la plus crue -- l'intrigue se déroule à la fin du XIXe siècle au Congo, alors que Belges et Français se disputent le territoire en écrasant violemment les indigènes -- avec une ambiance onirique teintée de réalisme magique.  On nous parle de mains coupées à coups de machette, puis un peu plus loin on se retrouve dans une scène digne de Chagall, avec un personnage s'envolant vers la lune accompagné de ses deux chiens. Sans oublier le chimpanzé parlant flamand.  Et surtout, le texte, dense et touffu, est rempli de symboles et de métaphores, et franchement je n'ai pas tout compris, ce qui ne m'a pas empêchée de me délecter.

Enfin, je me suis demandé si je devais classer ce livre en littérature française ou québécoise...  L'auteur est né en France mais habite au Québec depuis dix ans, et l'éditeur est québécois (La Peuplade).  Dans le doute, je mets les deux catégories!

 

Ténèbre de Paul Kawczak, 2020, 203 p.

03 mai 2021

Soulless (Sans âme)

The Parasol Protectorate (Le Protectorat de l'ombrelle), tome 4

J'avais envie d'une petite lecture légère pour contrebalancer les deux poids lourds que je traîne en ce moment (j'ai nommé MM. Ovide et Joyce).  Une histoire avec des vampires et des loups-garous dans une ambiance victorienne et steampunk était donc tout indiquée.

Les premiers chapitres m'ont ravie.  Les dialogues sont légers et humoristiques, les personnages originaux (mention spéciale à Lord Adelkama, un vampire homosexuel aux flamboyants habits de style rococo).  Bon, rendue au milieu, je trouvais que la romance entre l'héroïne et le loup-garou au physique impressionnant (on insiste beaucoup là-dessus) prenait beaucoup de place et retardait l'action, mais ça pouvait encore aller.  

Mais quand l'action reprend enfin, il se passe quelque chose d'absurde qui m'a fait décrocher complètement.  Pour vous donner un point de comparaison sans trop divulgâcher (mais je divulgâche quand même un peu; si vous ne voulez rien savoir, sautez le reste de ce paragraphe): vous savez, dans les vieux films de James Bond, quand le gros méchant, après avoir dévoilé tous ses plans machiavéliques à James, l'abandonne avec ses crocodiles/requins/laser-se-dirigeant-inexorablement-vers-ses-parties-intimes?  «Do you expect me to talk?» «No, Mr Bond, I expect you to die!  Et maintenant vous m'excuserez, j'ai laissé la soupe sur le feu.»  Il s'en va, alors Bond a toute la latitude pour utiliser le gadget pratique remis au début de l'aventure par Q, et il se tire d'affaire les deux doigts dans le nez.  Bien, c'est comme cela, mais en plus, ici, le vilain aurait dû avoir un intérêt particulier à être témoin de ce qui suivra.  De plus, alors qu'ils sont en danger de mort, les deux personnages ne peuvent s'empêcher de se tripoter pendant une heure au lieu de chercher une façon de s'évader.

Ce passage m'a semblé d'une facilité scénaristique désolante, et à partir de là, je n'ai plus éprouvé que la hâte de terminer ce bouquin.  C'est presque en diagonale que j'ai lu les derniers chapitres.  Inutile de vous dire qu'il serait assez surprenant que je continue la série, qui comprend quatre autres tomes en plus de quelques nouvelles.   

En passant, les puristes auront peut-être remarqué que je classe ce roman dans le fantastique, alors qu'on parle généralement plutôt d'urban fantasy.  J'ai personnellement beaucoup de difficulté avec cette expression, qui ne cadre pas avec mes propres définitions de la fantasy et du fantastique (et ne parlons même pas du fait que j'aurais pu ajouter l'étiquette science-fiction, puisque le steampunk en est un sous-genre).  Je trouve de plus en plus difficile de séparer ces genres aux frontières floues et je suis en train de ruminer le projet de tout réunir en une seule grande catégorie: les littératures de l'imaginaire.  Revenez-nous lors d'un prochain épisode pour plus de détails.  


Soulless (The Parasol Protectorate, tome 4), 2009, 271 p.  Titre de la traduction française: Sans âme (Le Protectorat de l'ombrelle, tome 4).

17 avril 2021

Toute la chaleur du Nord

Encore une fois, Maryse Rouy nous offre un roman historique tout à fait charmant.  Après le Moyen-âge ou la Seconde Guerre mondiale, entre autres, nous nous retrouvons maintenant dans les années trente, durant la Grande Dépression, donc, et dans un décor fort original: un wagon-école sillonnant le nord de l'Ontario pour apporter les bienfaits de l'éducation aux enfants des mineurs, cheminots et bûcherons éparpillés dans la région.  Aux commandes de cette école peu banale, une jeune femme dégourdie remplaçant son mari atteint de tuberculose et hospitalisé dans un sanatorium.

On suit en parallèle les péripéties vécues par ces deux personnages pendant un an.  J'ai craint un moment qu'il y ait un côté répétitif entre le journal du mari et les lettres envoyées à sa femme, mais ce ne fut pas le cas, car, pour ne pas l'inquiéter, il relate des versions différentes des événements et des conditions de vie au sanatorium.  Quant à l'atmosphère du wagon-école, elle me rappelle celle d'un livre que j'ai lu et relu à l'adolescence, Ces enfants de ma vie de Gabrielle Roy, qui se déroule à la même époque mais dans une école immobile cette fois! 

Ces écoles sur rails ont vraiment existé et j'ai adoré découvrir leur fonctionnement, de même que la vie au sanatorium. Et comme c'est toujours le cas avec cette auteure, les personnages sont attachants et la plume est à la fois limpide et minutieuse.  Je recommande! 

 

Toute la chaleur du Nord de Maryse Rouy, 2020, 256 p.


05 avril 2021

Mon frère

Il n'y a qu'un écrivain de la trempe de Pennac pour arriver à un équilibre aussi parfait entre des émotions contradictoires: la tristesse, le rire.  Tristesse, car il nous dresse le portrait de son frère décédé quelques années plutôt à la suite d'une erreur médicale.  Rire, car le frère en question était un sacré morceau, qui avait la répartie facile et un humour à toute épreuve.  Il n'a pourtant pas eu une vie facile.  Apprenant par exemple qu'il est atteint de la maladie de Parkinson, il s'exclame: «Ma femme voulait que je me secoue, elle va être servie!» 

Passant d'une époque à l'autre, Pennac nous raconte diverses anecdotes, tentant de cerner, sans y arriver vraiment, la personnalité insaisissable de son frère.  Les seules certitudes qu'il a, c'est leur affection mutuelle et l'immense manque qu'il ressent depuis sa disparition.  

En parallèle, Pennac rend hommage au théâtre en nous parlant de la pièce qu'il a montée et jouée en solo à partir de la nouvelle Bartleby le scribe de Melville, nouvelle que son frère avait beaucoup appréciée.  On retrouve d'ailleurs de nombreux extraits de cette nouvelle, fort intéressante (mais si vous aviez l'intention de la lire, faites-le avant de lire ce livre-ci car la fin y est révélée!).  

Un récit magnifique, original, drôle, touchant, intelligent, en petites touches impressionnistes.  Je recommande!


Mon frère de Daniel Pennac, 2018, 140 p.

03 avril 2021

L'Empire invisible

Je suis une auditrice fidèle de La Balado de Fred Savard (le féminin est de lui, je précise) et c'est là que j'ai découvert Mathieu Bélisle, dont j'apprécie énormément les chroniques à la fois érudites et drôles.  Et comme en plus je m'intéresse à la politique américaine, c'est avec empressement que j'avais réservé en prêt numérique cet essai paru l'an dernier: L'Empire invisible, essai sur la métamorphose de l'Amérique

La première partie est passionnante.  Bélisle y démontre comment les États-Unis sont en train de conquérir le monde, sans fusils ni bombes, par la force de leur culture et de leur économie, et que de cette conquête nous sommes les victimes consentantes ou inconscientes.  Il y est bien sûr question de Trump mais aussi des attentats du 11 septembre, de l'élection d'Obama, des réseaux sociaux et de bien d'autres choses. 

Par contre, j'ai trouvé qu'en deuxième partie, on s'éparpillait et que ça devenait un peu fourre-tout.  Les chapitres sur #MoiAussi et sur la pornographie, notamment, sont sans doute intéressants en eux-mêmes mais comme je passais mon temps à chercher le fil rouge qui aurait pu les rattacher au reste, j'ai surtout ressenti de l'agacement.  On dirait que l'auteur a tenté de mettre bout à bout différents essais écrits séparément!

Un petit extrait, tiré du chapitre L'anticonformisme comme nouveau conformisme, montre bien le ton de Bélisle:

Je pense à Justin Trudeau, premier ministre canadien, dont l'élégance et la gentillesse en font en apparence tout le contraire de Trump, mais qui propose en réalité une version amène et souriante de la même anhistoricité, de la même artificialité, lui qui s'empresse de revêtir les costumes folkloriques venus des quatre coins du monde, sans trop d'égard pour le contexte (un peu comme les Dupont et Dupond dans Tintin), des costumes qu'il arbore comme autant de simulacres, comme autant de versions possibles de lui-même, sans bien voir que ces déguisements témoignent moins de la volonté d'aller à la rencontre de l'autre que du désir éminemment actuel de libérer cet autre du poids de son histoire. (p.104)
Bref, un essai qui mérite d'être lu, quitte à passer plus rapidement sur certaines sections si vous désirez vous en tenir au sujet principal!

 

L'Empire invisible, essai sur la métamorphose de l'Amérique de Mathieu Bélisle, 2020, 208 p.


22 mars 2021

Un Roman russe

Ouf!  Quelle noirceur!

Les livres de Carrère ne sont pas toujours très joyeux, mais même dans L'Adversaire (qui raconte tout de même l'histoire véridique d'un gars qui a tué sa femme et ses enfants, rappelons-le), je n'ai jamais eu cette sensation d'étouffement.  
 
J'en sors également un peu décontenancée car j'avais cru comprendre (et c'est d'ailleurs ce que laisse supposer la quatrième de couverture, même si je ne l'avais pas lue) que le sujet du récit était une enquête sur le grand-père maternel de l'auteur, d'origine géorgienne, qui a été collabo et a disparu à la fin de la Seconde Guerre mondiale, enquête qui se déroulerait principalement en Russie. Du grand-père, en fait, il sera peu question, même si son fantôme plane sur tout le roman comme une malédiction -- c'était déjà beaucoup de le mentionner, malgré la honte, malgré l'interdiction maternelle.  Si Carrère se rend bel et bien en Russie à plusieurs reprises, c'est pour d'autres raisons, notamment celle de parfaire ses connaissances en langue russe. 

De plus, j'ai trouvé qu'il allait vraiment loin dans le dévoilement de détails intimes, notamment sur les pratiques sexuelles de sa conjointe de l'époque; j'en étais mal à l'aise pour elle!  Mais surtout, le portrait qu'il trace de lui-même est vraiment sans pitié.  Complètement égocentrique, il agit souvent de façon odieuse.  J'avais envie de le frapper!
 
Il reste que l'écriture de Carrère est formidable, qu'il soulève d'importantes questions sur le couple, la jalousie, l'héritage familial, la fiction, le mensonge, etc.  J'ai apprécié aussi le récit de ses voyages en Russie, que ce soit à Moscou ou dans un petit bled perdu, Kotelnich, où il s'est rendu à plusieurs reprises pour le tournage de documentaires.  Donc un livre intéressant mais que je ne vous recommande pas si vous cherchez une petite lecture doudou, comme c'est le cas pour bien des gens ces temps-ci. 
 
 
Un Roman russe d'Emmanuel Carrère, 2007, 327 p.

19 mars 2021

1Q84 (livre 3, octobre-décembre)

Le meilleur des trois tomes, et une excellente conclusion pour cette trilogie!
 
En plus du fantastique, présent depuis le début, s'ajoute ici un petit côté thriller.  J'aime beaucoup les romans où un héros se cache et qu'un enquêteur (policier, détective ou autre) le cherche, et qu'on sent l'étau se resserrer peu à peu... C'est ce qu'on retrouve ici, et ce jeu du chat et de la souris est très réussi.  Dans un genre littéraire complètement différent, cela m'a fait penser à l'excellent Seul dans Berlin de Hans Fallada.

De plus, je n'ai pas ressenti, comme dans le tome 2, cette occasionnelle inégalité d'intérêt entre les trames narratives qu'on suit en parallèle.  On en suit trois maintenant et toutes sont passionnantes, si bien qu'on a autant de peine à en quitter une qu'on a de plaisir à en reprendre une autre.  Le temps ne se déroule pas d'une façon linéaire mais effectue plutôt un mouvement de balancier d'une trame à l'autre, ce qui ajoute du piquant, car il faut toujours être à l'affut des petits indices nous permettant de nous situer.

Le seul petit défaut que je peux reprocher à Murakami (et je ne me rappelle pas avoir remarqué cela dans les autres œuvres que j'ai lues, Kafka sur le rivage et Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil), c'est une tendance à trop entrer, parfois, dans les micro-détails: Tengo se met au lit, fort bien, pas besoin de nous dire qu'auparavant il se brosse les dents, enfile le même pyjama en coton que la veille, etc.  L'intention, celle de nous mettre dans l'ambiance, de nous permettre de bien visualiser l'action, est louable, certes, mais il ne faut pas exagérer.  

Je craignais un peu d'être déçue par la fin ou de ne pas la comprendre, comme cela m'était arrivé avec Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil, et comme c'est arrivé à d'autres lecteurs de cette trilogie-ci.  Après 1500 pages se retrouver le bec à l'eau, c'est embêtant.  Mais finalement j'ai beaucoup aimé le dénouement, il m'a pleinement satisfaite, même si certaines choses portent à interprétation.  On est chez Murakami, tout de même; il n'allait pas nous livrer toutes les explications sans qu'on doive fournir le moindre effort!
 
Il est même question de Proust!  Mon bonheur est complet.


1Q84 (livre 3, octobre-décembre) de Haruki Murakami, traduit du japonais, 2010, 530 p.  Titre de la version originale: 1Q84 (Book 3).

05 mars 2021

The Enchanted April (Avril enchanté)

Les voyages vous manquent, vous en avez marre de l'hiver?  Ce roman est pour vous!

On y suit quatre Anglaises de condition sociale et d'âge différents, qui décident sur un coup de tête de louer un petit château en Italie pour un mois.  Chacune a ses raisons, qu'on découvrira peu à peu.  Et ce séjour dans ce décor idyllique, presque magique, aura sur chacune un effet profond... Mais je n'en dis pas plus sur l'intrigue, car finalement il ne se passe pas grand-chose; tout l'intérêt réside dans l'interaction entre les quatre femmes et quelques autres personnages, dans les dialogues fort amusants et surtout dans les magnifiques descriptions du jardin italien au printemps, de ses arbres en fleurs et de sa brise parfumée.

La seule petite chose que je déplore, c'est qu'on ne décrit pas la nourriture offerte aux quatre vacancières.  Elizabeth Von Arnim n'était sûrement pas très gourmande s'il ne lui est pas venu à l'idée de nous parler d'antipasti, de gelati ou d'autres délicieuses spécialités italiennes!  En fait, un des rares passages où la bouffe est mentionnée, c'est quand la vieille Mrs Fisher se désole de l'impossibilité de manger des pâtes avec élégance, et qu'elle se résout à les couper en petits morceaux sous le regard indignée de la domestique! 

D'après certains commentaires que j'ai lus, des lectrices ont été déçues de l'importance qu'ont leur mari dans la vie et les préoccupations de ces femmes.  Je leur rappelle que le livre a été publié en 1922.  Le simple fait que deux des personnages (les deux autres étant soit veuve, soit célibataire) aient décidé de partir en voyage sans demander l'avis de leur époux (ou alors en usant de quelques subterfuges) était déjà presque révolutionnaire!  Bien entendu, certaines idées ne sont plus de mise, mais il faut replacer les choses dans leur contexte.  

Un roman charmant!
 
 
The Enchanted April de Elizabeth Von Arnim, 1922, 216 p.  Titre de la traduction française: Avril enchanté.

21 février 2021

Ce qu'on respire sur Tatouine

En général, je n'aime pas trop les personnages mollassons, qui se laissent dériver au gré des événements.  Ils m'agacent et je trouve difficile de m'y attacher.  

C'était donc mal parti pour ce court roman de Jean-Christophe Réhel, car le narrateur est un genre de flanc mou qui prend systématiquement les mauvaises décisions dans la vie.  Et pourtant, je me suis vraiment prise d'affection pour lui!  Oh! j'ai souvent eu le goût de le secouer, d'abonder dans le même sens que sa soeur: «aide-toi!»  Mais il a su me conquérir grâce à son humour et en particulier son autodérision.  Il faut dire que contrairement à d'autres personnages fictifs, il a une excuse, puisqu'il est atteint de fibrose kystique.  Il vivote donc d'une jobine à l'autre (commis d'épicerie dans un Super C, lutin du Père Noël, etc.) entre deux hospitalisations au CHUM. 

Ce roman nous fait passer par un tourbillon d'émotions.  Je me suis souvent esclaffée tout haut (j'adore les nombreuses références à Star Wars, Die Hard, etc), mais j'ai aussi eu la gorge serrée, j'ai été touchée, mais j'ai également eu un peu mal au cœur, car le narrateur n'arrête pas de cracher du mucus et du sang (sans oublier l'épisode où il vomit sa crème de menthe dans l'escalier du manoir des riches parents de son beau-frère new-yorkais!).  

Je connaissais déjà Jean-Christophe Réhel grâce à ses poèmes publiés chaque samedi dans le journal Le Devoir.  Je ne lis pas beaucoup de poésie, mais j'aime ses vers tout simples qui décrivent le quotidien sans flafla.  Si vous aimez sa poésie, vous aimerez son roman, car on fait facilement le lien entre les deux. 

Un auteur à surveiller! 


Ce qu'on respire sur Tatouine de Jean-Christophe Réhel, 2018, 146 p.

20 février 2021

1Q84 (livre 2, juillet-septembre)

Comme il s'agit du tome 2 de cette trilogie de Haruki Murakami, je vais faire court...  Quand j'aurai lu le troisième, je pourrai vous parler de la série entière de façon plus exhaustive. 

Disons tout d'abord que j'ai beaucoup trop attendu avant de me lancer dans ce deuxième tome.  Avec ma mémoire de poisson rouge, j'avais tout oublié, et j'ai dû aller feuilleter les derniers chapitres du premier livre, lu à la fin de l'été passé.  Passé ce petit écueil, j'ai pu plonger dans cette lecture et je l'ai bien appréciée.  

Tout comme dans le premier tome, on suit en parallèle deux personnages, Tengo et Aomamé.  Seul petit hic, pendant un certain temps, les parties mettant en scène Tengo me semblaient moins intéressantes, j'avais hâte de revenir à Aomamé!  Heureusement, à partir du milieu, la trame de Tengo redevient passionnante et j'ai adoré toute la deuxième moitié.

La fin est assez dramatique, donc c'est sûr que je n'attendrai pas six mois avant de me procurer le tome 3!  Dès ce printemps, ce sera chose faite, cochon qui s'en dédit! 


1Q84 (livre 2, juillet-septembre) de Haruki Murakami, 2009, 496 p.  Titre original: 1Q84 (Book 2).

08 février 2021

François le champi

Mon premier contact avec George Sand eut lieu il y a des lustres et fut totalement raté.  J'avais quinze ans et je détestais ma prof de français. Cette dernière nous avait fait lire un extrait de La Mare au Diable et l'un des sujets à débattre était: Le style de Sand n'est pas mièvre, dites pourquoi.  Vous voyez où ça achoppe?  De un, à quinze ans l'on déteste se faire dire quoi penser, et de deux, je trouvais justement ça mièvre.  Mes références en classiques étaient principalement constituées des Trois Mousquetaires, de Molière et de Cyrano de Bergerac, vous imaginez le gouffre?  

On avance de quarante ans et, à force de lire de bons avis sur cette auteure, je me dis qu'il est temps de lui redonner sa chance.  Je propose une lecture commune à quelques copains d'un forum, et l'on choisit à peu près au hasard ce titre, François le champi, l'histoire d'un enfant trouvé; ça paraît sympathique. 

Le début est prometteur.  En avant-propos, Sand décrit une balade à la campagne avec un ami, un soir d'automne.  La plume est tout simplement magnifique, d'une grande poésie.  Lors de cette promenade, son ami lui lance un défi, celui de transposer en français moderne le récit entendu la veille à l'auberge, conté en langue régionale par un paysan.  

Malheureusement, dès que le roman lui-même commence, j'ai déchanté.  Finie la jolie plume, finie la subtilité.  Le ton est naïf à l'excès, que dis-je, naïf? Mièvre, gnangnan, cucul la praline, tous les synonymes font l'affaire.  Si ce n'était que dans les dialogues, passe encore; on ne s'attend pas à ce qu'un paysan s'exprime comme un universitaire.  Mais non, toute la narration est dans la même veine, et le tout est imprégné de bondieuseries et de bons sentiments à n'en plus finir.  Je me serais crue chez la Comtesse de Ségur, mais sans le petit brin de fantaisie dont je pense me souvenir chez cette dernière.  Ajoutez à cela une intrigue d'une simplicité enfantine et sans aucun intérêt, des personnages unidimensionnels, et vous avez le portrait.  

Bref, deuxième prise contre Mme Sand.  J'ai l'impression toutefois que je suis mal tombée avec ce roman, qui est presque un exercice de style, peut-être intéressant du point de vue linguistique mais insupportable pour la lectrice du XXIe siècle que je suis.  J'ai donc bien envie de lui donner une troisième chance (vous avez des suggestions?), mais comme au baseball, après une troisième prise, elle sera retirée!

Je n'ai pas attribué de Prix Citron lors de mon dernier bilan annuel...  Je peux déjà vous annoncer qu'il y en aura un cette année, et ce roman sera difficile à détrôner!  Son seul point fort: il se lit très vite!  Bon débarras! 


François le champi de George Sand, 1848, 137 p.

07 février 2021

Under the Dome (Dôme)

Tout le long de ma lecture de Under the Dome de Stephen King, j'ai nagé dans l'incompréhension face à l'échec retentissant qu'a été, semble-t-il, la série télévisée qui en a été tirée.  Tous les éléments du succès s'y retrouvent pourtant: une intrigue pleine de suspense mais tout de même relativement facile à suivre, car très linéaire et circonscrite dans le temps, des personnages bien typés, une ambiance post-apocalyptique (même si l'apocalypse se déroule à l'échelle d'un petit village de la Nouvelle-Angleterre, sous les yeux ébahis du reste du monde)...  On peut même faire nous-même le découpage des épisodes au fur et à mesure!

Alors, série ratée, mais le roman, lui?  Eh bien, plutôt réussi, je trouve, même si ce n'est pas mon préféré du maître.  On ne s'ennuie pas, on s'attache à certains personnages, on en déteste d'autres et la fin est vraiment excellente (j'avais très peur que ça sonne bidon ou encore qu'on reste sans réponse, mais non, on en ressort satisfait).  King n'a pas son pareil pour décrire la vie d'une petite ville de la Nouvelle-Angleterre, et ici il met l'emphase sur les luttes de pouvoir et le magouillage politique et financier.  Mais on a quand même l'impression qu'il a un peu étiré la sauce.  Quelques scènes auraient pu être coupées, ce qui aurait notamment permis de diminuer le nombre de personnages secondaires, parmi lesquels on se perd un peu à moins de constamment retourner à la liste fournie au début de l'ouvrage. 

Bref, on passe un bon moment, mais ce n'est pas ce titre que je suggérerais à quelqu'un qui voudrait découvrir cet écrivain.


Under the Dome de Stephen King, 2009, 1072 pages.  Titre de la traduction française: Dôme (en deux tomes).

24 janvier 2021

The Penelopiad (L'Odyssée de Pénélope)

Ce qui m'a frappée en commençant ce court roman de Margaret Atwood, une réécriture du mythe de l'Odyssée du point de vue de Pénélope, c'est le ton.  La narratrice, Penélope elle-même, fait preuve d'un humour sans pitié qui pourrait nous la rendre antipathique si elle ne faisait pas d'abord preuve d'auto-dérision.  J'ai apprécié également qu'elle s'adresse à nous en direct d'Hadès, où elle séjourne depuis des millénaires, se promenant dans un champ d'asphodèles, croisant occasionnellement son mari ou sa cousine Hélène de Troie (qu'elle déteste). (Et depuis j'ai en tête la jolie chanson de Marie Laforêt: «je ne vais plus cueillir les asphodèles, mon ciel et ma terre, c'est toi...»)

Le point de vue féministe adopté par Atwood par l'entremise de Pénélope est également à mentionner. En effet, elle dénonce tous ces viols dont sont victimes les femmes dans la mythologie (par des hommes ou des dieux, mention spéciale à Zeus pour son originalité) et qu'on décrit généralement sous l'euphémisme de «séductions»!  Je ne suis pas automatiquement fan d'un discours engagé dans un roman, mais ici c'est pertinent et bien intégré à l'intrigue.

Le fait qu'à la fin Pénélope nous avoue être tout aussi menteuse qu'Ulysse m'a d'abord un peu choquée car cela remet en question tout le récit (notamment son rôle dans la mort des douze servantes); et puis, en y repensant, je trouve cela plutôt ingénieux puisque cela nous oblige à nous faire notre propre idée.  

Non, finalement la seule chose dont je reste un peu déçue, c'est la superficialité de l'ensemble.  Certains thèmes auraient pu être plus fouillés, notamment la symbolique de ces douze servantes dont le sacrifice représenterait le renversement d'un culte lunaire féminin et son remplacement par une société patriarcale, une interprétation fort intéressante mais qui est expédiée en quelques pages et n'arrive qu'à la toute fin, alors qu'elle aurait pu occuper une place centrale.   

Bref, un roman plaisant mais qui reste un peu trop en surface.


The Penelopiad de Margaret Atwood, 2005, 121 p.  Titre de la traduction française: L'Odyssée de Pénélope.