31 octobre 2023

Le Cimetière de Prague

Oh là là! Quelle intrigue tarabiscotée!  Vous le savez, j'aime qu'un auteur fasse confiance à son lecteur, mais dans ce cas-ci, Umberto m'a peut-être surestimée...

Francs-maçons, jésuites, communistes, anarchistes, satanistes, juifs, antisémites, républicains, monarchistes, militaires, services secrets, dreyfusards, antidreyfusards, à peu près tous les groupes à l’œuvre dans la société européenne de cette fin du XIXe siècle sont représentés.  Une chatte y perdrait ses chatons!

Heureusement, le début du roman est vraiment intrigant.  Le personnage (fort antipathique) souffre-t-il oui ou non d'un dédoublement de la personnalité?  La curiosité a soutenu mon intérêt jusqu'à la résolution du mystère.  Et la fin, qui annonce les terribles événements qui surviendront dans la première moitié du XXe siècle, est à la fois troublante (surtout lorsqu'on sait que cette histoire est basée en grande partie sur des faits réels) et satisfaisante.


Le Cimetière de Prague de Umberto Eco, traduit de l'italien, 2011, 555 p.  Titre de la version originale: Il cimitero di Praga (2010).

28 octobre 2023

The Midnight Library (La Bibliothèque de minuit)

Le thème du club de lecture Livraddict d'octobre est le monde du livre, et on a choisi ce roman de Matt Haig.  Ce n'était pas mon premier choix (j'ai voté pour Les Vies de papier de Rabbih Alameddine et La plus secrète mémoire des hommes de Mohamed Mbougar Sarr) mais je n'ai pas été surprise car on le voit partout sur les blogues et les forums depuis sa parution en version française l'an dernier.  J'ai donc décidé de lui donner sa chance -- j'ai déjà eu de bonnes surprises grâce à ce club de lecture!

Malheureusement, mon avis est mitigé.  C'est un roman qui se lit bien et l'idée de base est intéressante même si elle n'est pas d'une grande originalité: une femme a l'occasion de visiter les différentes vies qu'elle aurait vécues si elle avait pris des décisions différentes à différents moments de son parcours.  Elle est plutôt sympathique mais l'on aurait souvent envie de la secouer un peu!

Là où le bât blesse, c'est que tout est expliqué en long et en large.  J'aurais aimé qu'on nous laisse découvrir peu à peu le fonctionnement de la mystérieuse bibliothèque, mais non, tout est dévoilé dès que l'héroïne y pénètre.  De plus, les motivations et les sentiments de cette dernière sont soulignés à gros traits et entourés d'un néon clignotant.  Or, vous me connaissez, je préfère quand l'auteur nous fait confiance et nous laisse faire notre petit bout de chemin...

J'ai aussi remarqué quelques incohérences dans l'intrigue.  Je n'en parlerai pas trop pour ne rien divulgâcher, mais disons notamment que, parmi les options de vie que l'héroïne choisit de visiter, il y en avait une qui semblait évidente et à laquelle elle ne pense que très tardivement.  De plus, la fin est extrêmement prévisible et l'on devine dès le début ce que sera la morale de l'histoire.

Bref, un peu déçue, mais j'espère à tout le moins que les discussions avec les participants du club seront animées!


The Midnight Library de Matt Haig, 2020, 288 p.  Titre de la traduction française: La Bibliothèque de minuit.

22 octobre 2023

La Chienne de Naha

Où donc ai-je remarqué ce livre?  Je n'en suis pas sûre, mais je crois que c'était sur la plate-forme du prêt numérique de la BAnQ, dans une liste de suggestions ayant pour thème la littérature belge.  Je n'avais jamais entendu parler de cette auteure.  Ce qui a attiré mon attention, et ça je m'en souviens parfaitement, c'est le titre.  Une histoire avec un pitou, ça ne peut pas être mauvais, me suis-je dit.

Fausse représentation!  Dès la première page, je constate que la chienne en question est le personnage d'un conte traditionnel mexicain mis en exergue du roman et Naha n'est pas la maîtresse de la chienne mais plutôt le nom du village fictif où se déroule le conte!  

Heureusement, malgré cette petite déconvenue initiale, j'ai tout de même bien aimé ce bouquin qui raconte le voyage au Mexique d'une Européenne fraîchement séparée de son conjoint violent.  L'histoire est intéressante, mais ce que j'ai apprécié surtout c'est la plume poétique de Caroline Lamarche.  Elle sait à merveille décrire les petites choses du quotidien: un paysage, une grenouille, un ciel étoilé...

Vous connaissiez déjà cette écrivaine, vous?


La Chienne de Naha de Caroline Lamarche, 2012, 208 p.

17 octobre 2023

Hongrie-Hollywood express

 Quel drôle de machin!

J'ai aimé ou j'ai pas aimé?

Aucune idée!

(J'ai presque envie d'arrêter cette chronique ici!)

(Hihihi!)

Hum, bon.  Disons que plusieurs passages m'ont fait rigoler, mais que d'autres me sont passés dix pieds par-dessus la tête.  En fait, je n'avais même pas compris qui était le narrateur (je croyais que c'était l'auteur lui-même); je ne l'ai su qu'en lisant la quatrième de couverture, ce que je ne fais jamais avant d'avoir fini le livre pour éviter tout divulgâcheur!

Ce roman, qui raconte (entre autres sujets) la vie de Johnny Weissmuller (l'acteur des films de Tarzan), fait partie d'une trilogie...  Est-ce que je lirai le roman suivant (sur l'écrivain américain Richard Brautigan) intitulé Mayonnaise?  J'hésite, mais ça peut valoir la peine, ne serait-ce que pour connaître le lien entre l'auteur culte et le condiment.  D'ailleurs, ce roman-ci finit sur un cliffhanger (divulgâcheur: si vous ne voulez pas connaître les dernières lignes du livre, arrêtez ici, même si ça ne dévoile rien d'important...)

Post-scriptum
en hommage à Richard Brautigan

Je n'ai jamais réussi à faire une mayonnaise.

Intrigant, non?

 

Hongrie-Hollywood express d'Éric Plamondon, 2011, 176 p.

13 octobre 2023

Le Joueur d'échecs

Parmi les livres de Stefan Zweig que j’ai lus jusqu’à maintenant, j’ai surtout apprécié ses œuvres de non-fiction (biographies, mémoires).  La seule œuvre fictionnelle que j’ai lue m’a déçue, pour ne rien vous cacher!  C’était Vingt-quatre heures de la vie d’une femme, c’était mon premier contact avec cet auteur et mes attentes étaient nettement trop élevées.  Dans les années 2008-2009, il y a eu sur la blogosphère littéraire une redécouverte de Zweig qui a provoqué un véritable raz-de-marée d’éloges dithyrambiques.  Je m’attendais donc à quelque chose d’exceptionnel!  Or, si j’ai trouvé la plume élégante, l’histoire elle-même n’a pas soulevé mon enthousiasme.

Cette fois, cela s’est beaucoup mieux déroulé!  Avec une maîtrise magistrale, Zweig s’attarde ici à décrire la psychologie d’intéressants personnages, dont l’un a appris à jouer aux échecs alors qu’il était prisonnier des nazis et maintenu en isolement complet.  Lors de la partie d'échecs finale entre ce personnage à l’équilibre psychique incertain et un champion mondial antipathique au possible, la tension est presque insoutenable!

Mentionnons qu'il est sans doute préférable de connaître les rudiments du jeu pour apprécier toutes les subtilités de ce récit d'obsession et de folie. 

Vraiment, une excellente lecture! 

 

Le Joueur d'échecs de Stefan Zweig, traduit de l'allemand, 2013 pour cette traduction de Jean Torrent, 149 p.  Titre de la version originale: Schachnovelle (1942)

12 octobre 2023

A Psalm for the Wild-Built (Un Psaume pour les recyclés sauvages)

Monk and Robot (Histoires de moine et de robot), tome 1

Je ne savais pas trop à quoi m’attendre en commençant ce court roman.  Ma première rencontre avec Becky Chambers s’était fort bien déroulée – c’était avec le tome 1 de sa série Wayfarers -- mais notre relation s’est gâchée lors de ma lecture du tome 2, qui m’a bien déçue.  Je la retrouve maintenant pour le tome 1 d’une nouvelle série mettant en vedette un moine et un robot habitant sur une lune lointaine.

Sans que j'aie été complètement emballée, cette lecture s’est plutôt bien passée.  Les deux personnages sont très attachants, l’amitié qui se développe peu à peu entre eux est touchante et plusieurs passages sont très drôles.  Ils ont d’intéressantes conversations (qui auraient même pu être plus approfondies) sur le sens de la vie, la place de l’humain (et du robot!) dans la nature, etc.

Ce roman a également été l’occasion d’expérimenter l’écriture inclusive et ce, en anglais!  Je connaissais déjà l’utilisation du pronom they comme pronom neutre au singulier mais seulement de façon très ponctuelle, par exemple dans un polar lorsque le sexe d’un suspect n’est pas connu. C’était pour moi une première dans le cas d'un personnage principal de genre non binaire.  Ce pronom étant 99.9% du temps utilisé au pluriel dans la langue anglaise, cela m’a demandé une petite gymnastique de cerveau! L'expérience ne m'a pas déplu, mais j'aurais peut-être éprouvé plus (trop?) de difficultés avec la version française...  Passe encore pour le pronom «iel», mais tous les accords d'adjectifs, de pronoms et de participes passés qui s'ensuivent, aouch!  En anglais, c'est quand même beaucoup plus simple. 

(En parlant de la traduction, est-ce que je suis la seule à trouver bizarre le titre français de la série?  Puisque moine et robot sont au singulier, est-ce que cela ne devrait pas plutôt être Histoires d'un moine et d'un robot, ou encore du moine et du robot? Mais bon, je chipote un peu, là!)

Mon principal bémol, c’est que finalement il ne se passe pas grand-chose dans cette histoire.  Sans nécessairement vouloir des explosions et des giclées de sang, j’aurais pris une certaine tension, un peu d’action, de danger ou de mystère.  C’était bien tranquille, tout ça, et cela m’a laissée sur ma faim.

Peut-être que ce tome sert d’introduction et que la suite sera plus corsée?  L’avenir nous le dira, mais si ce n’est pas le cas, cette série pourrait bien s’arrêter là pour moi (à moins qu’il me prenne l’envie d’une lecture doudou, mais c’est rarement ce que je recherche).  À suivre.

 

A Psalm for the Wild-Built (Monk and Robot, tome 1) de Becky Chambers, 2021, 160 p.  Titre de la traduction française: Un Psaume pour les recyclés sauvages (Histoires de moine et de robot, tome 1)

04 octobre 2023

Notes from a Small Island (Des Cornflakes dans le porridge)

Comment voyager à peu de frais tout en rigolant un bon coup?  Lire un récit de voyage de Bill Bryson, voilà comment!  Et si le bouquin a été trouvé dans une boîte à livres, c'est encore plus sympa!

L'écrivain et journaliste américain Bill Bryson, après une vingtaine d'années au Royaume-Uni, décide de retourner vivre aux États-Unis avec sa famille.  Il entreprend donc une dernière tournée de l'île britannique, de Dover au sud jusqu'au nord de l'Écosse et, avec son humour habituel, nous fait le récit de ce périple en train, en voiture, en traversier et à pied.  On sent qu'il aime sincèrement cette nation et ses habitants, mais en même temps, il ne se gêne pas pour leur dire leurs quatre vérités lorsque, par exemple, ils laissent leurs dirigeants gâcher des paysages naturels ou urbains d'une grande beauté par des constructions d'une laideur épouvantable.  Et la leçon passe bien, parce qu'il sait également faire preuve d'autodérision, n'hésitant pas à tourner en ridicule ses propres petites manies.

Le seul petit défaut de ce livre, c'est que les références à des personnalités (politiques ou artistiques) sont parfois un peu désuètes.  C'est un assez normal puisqu'il a été publié en 1995, mais je n'ai pas eu cette impression lorsque j'ai lu A Walk in the Wood, qui date de seulement trois ans plus tard. 


Notes from a Small Island de Bill Bryson, 1995, 352 p. Titre de la traduction française: Des Cornflakes dans le porridge.