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12 septembre 2026

Je voulais vivre

Premier constat, avant même d’avoir commencé le roman: le titre est nul!  À chaque fois que je suis tombée sur une mention de ce livre quelque part, j’ai dû relire le résumé pour me souvenir que, ah oui! c’est le roman sur la Milady des Trois Mousquetaires et non pas un témoignage d’un survivant des camps de concentration ou d’une orpheline au pays des Talibans.

Deuxième constat, en tout début de lecture: zut, après Hamnet & Judith* la semaine dernière, encore un roman historique écrit au présent!  Ah tiens non, un peu plus loin c’est au passé simple!  Je me suis dis que la différence de temps servait à différencier les différentes époques où se déroule le récit, mais j'ai constaté que ce n’est pas si simple.  Je n’ai pas trouvé, en fin de compte, la logique sous-tendant l’utilisation des temps de verbe par l’auteure Adélaïde de Clermont-Tonnerre (un nom digne d'une héroïne de Dumas!).

Vous allez me dire : ça commence bien mal, alors tu l’as détesté, ce roman? 

Eh bien non!  J’ai beaucoup aimé cette relecture du roman de Dumas, que j’ai lu plusieurs fois quand j’étais ado.  On voit les principaux personnages sous un jour complètement nouveau, que ce soit Athos, qui n’a pas le beau rôle ici, ou le méchant Rochefort, finalement pas si méchant, et bien sûr Milady elle-même.  ***Attention, ici je vais divulgâcher Les Trois Mousquetaires! Quant à D’Artagnan, dans l’innocence de mes quatorze ans, je n’avais rien vu de problématique dans son comportement lorsqu’il se fait passer pour quelqu’un d’autre dans l’obscurité pour séduire Milady.  À l’époque, on ne nous avait pas expliqué la notion de consentement… fin du divulgâcheur***

Malgré ces débuts chancelants, une excellente lecture!  Mais je recommande fortement d’avoir lu Les Trois Mousquetaires au préalable…


* Mon avis sur Hamnet sera publié à la fin du mois, après le club de lecture du forum Livraddict.


Je voulais vivre d'Adélaïde de Clermont-Tonnerre, 2025, 480 p.

17 août 2026

Mon vrai nom est Elisabeth

Mi-essai, mi-enquête familiale, ce récit est tout simplement passionnant.  Peu après le suicide de son grand-oncle, Adèle Yon, universitaire trentenaire inquiète au sujet de sa propre santé mentale, tente de découvrir la vérité sur son arrière-grand-mère Betsy, dont l'histoire a toujours été enveloppée de mystère.  Et si tous les membres de la famille, et en particulier les femmes, étaient atteints d'une tare génétique?

Interrogeant ses parents, grands-parents, oncles, tantes et cousins, fouillant dans les greniers, dans les albums de famille mais aussi dans les archives des hôpitaux et «maisons de repos» où Betsy a été internée pendant des années, Adèle découvre peu à peu une vérité très dérangeante...  Le tout est étayé par une documentation solide concernant le traitement des troubles mentaux jusqu'au milieu du XXe siècle, en particulier sur la lobotomie, technique consistant à couper chirurgicalement le lien entre le lobe frontal et le reste du cerveau. 

Seul défaut, j'ai trouvé qu'on se mélangeait entre les différents membres de la famille, qui sont parfois désignés par leur lien avec Betsy (petit-fils de, fille de), parfois par leur lien avec l'auteure (mon père, ma grand-mère), parfois par leur prénom ou même quelque fois par un surnom.  Comme tout l'essai se base principalement sur les témoignages de ces gens-là, cela devient difficile de suivre qui contredit qui, voire qui se contredit soi-même!

Une lecture fascinante mais choquante!


Mon vrai nom est Elisabeth d'Adèle Yon, 2025, 388 p.

14 août 2026

Baudolino

Cher Umberto, merci de nous avoir offert ce délicieux roman racontant les aventures de Baudolino, un fieffé menteur, et de son groupe d'amis tous plus pittoresques les uns que les autres.  

En 1204, caché pendant plusieurs jours durant le sac de Constantinople par les Croisés, Baudolino raconte ses pérégrinations fabuleuses à un compagnon d'infortune, l'historien byzantin Nicétas Choniatès (personnage ayant vraiment existé).  S'inspirant de toute évidence de la tradition du roman picaresque (de type Don Quichotte) mais aussi des récits reliés à la légende arthurienne et des bestiaires extravagants des auteurs de l'Antiquité, Eco nous entraîne du Piémont à la Turquie en passant par Paris et l'Allemagne, mais surtout en nous transportant dans la contrée imaginée par Baudolino, peuplée de créatures fabuleuses, jouxtant le Paradis terrestre et d'où proviennent les Rois Mages, qui étaient peut-être trois ou douze! 

C'est drôle, érudit sans être lourd (à part peut-être un ou deux passages), parfois touchant, bref je me suis délectée du début à la fin!  Encore merci, Umberto!


Baudolino de Umberto Eco, traduit de l'italien, 2002, 556 p. Titre de la version originale: Baudolino (2000)

04 août 2026

Les Chouans

Un avis mi-figue mi-raisin sur ce roman de Balzac qui se déroule quelques années après la Révolution française…

D'une part, j'ai bien aimé les magnifiques descriptions de la Bretagne, avec ses paysages embrumés.  De plus, l'intrigue, bien qu'un peu dure à suivre et tarabiscotée, est prenante, surtout la fin, et les personnages secondaires sont intéressants, même si la plupart sont antipathiques.

D'autre part, et c'est là où le bât blesse, j'ai trouvé les deux personnages principaux insupportables avec leurs tergiversations et leurs jérémiades!  Les dialogues me faisaient souvent lever les yeux au ciel.  Dans un genre complètement différent, cela m'a fait penser à Belle du Seigneur d'Albert Cohen; là non plus je n'avais pas accroché aux deux protagonistes et à leur histoire d'amour, alors que les personnages secondaires m'avaient plu.  Dans les deux cas, ce désintérêt rend l'intrigue beaucoup moins poignante.

Je crois que je vais faire une petite pause d'Honoré...


Les Chouans de Honoré de Balzac, 1829, 400 p.

20 juillet 2026

The Secret Life of Bees (Le Secret des abeilles)

Il y a si longtemps que j'ai noté ce roman dans mon carnet que je ne sais plus du tout qui me l'avait suggéré.  Je pense que c'était avant les blogues, avant même qu'il ne soit traduit en français...

Après plus de vingt ans, voilà, il est lu!

Je dois dire qu'au début j'étais enchantée.  Je me retrouvais dans une histoire à la To Kill a Mockingbird (Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur), avec une héroïne un peu plus âgée que Scout et un père nettement moins sympa qu'Atticus.  On ajoute une nounou noire digne d'un personnage de The Help (La Couleur des sentiments) et des thèmes comme le racisme et la ségrégation dans les années soixante, tout ça dans l'ambiance chaude de la Caroline du Sud. 

Les personnages sont particulièrement attachants et originaux, notamment les trois sœurs apicultrices qui viennent en aide à la jeune héroïne et à sa nounou.  Malheureusement, cela n'a pas été suffisant pour soutenir mon intérêt lorsque l'intrigue s'est mise à piétiner et à tourner en rond.  Que c'est long!  Pour ne rien arranger, le ton est devenu un peu trop prêchi-prêcha à mon goût, surtout à la fin. 

Bref, ce n'est pas une mauvaise lecture, mais c'est une petite déception.  

Sur le thème de l'apiculture, lisez plutôt A Country Year (Une année à la campagne) de Sue Hubbell, l'histoire vraie d'une américaine qui s'installe en pleine nature pour s'initier à l'élevage des abeilles. 

 

The Secret Life of Bees de Sue Monk Kidd, 2001, 302 p.  Titre de la traduction française: Le Secret des abeilles. 

19 juillet 2026

Michel Strogoff

J’ai longtemps été persuadée que, durant mon enfance, j’avais lu L’Île mystérieuse et Les Enfants du Capitaine Grant de Jules Verne…  Jusqu’à ce que, il y a quelques années, je m’aperçoive qu'en réalité ce sont deux énormes briques, et que ce que j’ai lu jadis n’étaient que des adaptations en albums illustrés!

À l’âge adulte, j’ai revisité cet auteur (si l’on peut dire, puisque finalement le premier contact n’en était pas vraiment un!) avec grand bonheur grâce à quelques-unes de ses œuvres les plus célèbres: Vingt Mille Lieues sous les mers et Le Tour du monde en quatre-vingts jours.

Je récidive maintenant avec un titre un peu moins connu: Michel Strogoff, un roman d'aventures se déroulant en Sibérie.  Quel plaisir j'y ai trouvé!  Bien sûr, les personnages sont caricaturaux, les coïncidences abondent et la fin est complètement tirée par les cheveux.  Mais ces caractéristiques sont courantes dans les romans du XIXe siècle, je m'y attendais donc et cela ne m'a pas dérangée (alors que la même chose m'aurait agacée au plus haut point dans un roman contemporain!).  Concernant les personnages, celui de la jeune fille est quand même assez original par sa force de caractère -- on est loin de la poupée fragile qui s'évanouit à la première frayeur!  J'ai aussi beaucoup aimé les deux journalistes Blount et Jolivet.  La scène où chacun tente de monopoliser les services du télégraphiste pour empêcher l'autre de transmettre son article est hilarante!   

Ce que j'ai aimé surtout, c'est bien sûr la plume de Verne.  Ses descriptions des paysages de la Russie sont magnifiques!  Il ne lésine pas sur l’imparfait du subjonctif, et pourtant le texte reste aisément lisible.  

Et puis, lire une histoire où les Russes sont les «bons» luttant contre des envahisseurs barbares, voilà qui nous change de l'actualité, hein?

 

Michel Strogoff de Jules Verne, 1876, 512 p. 


18 juillet 2026

Les Héritiers de la mine

J'ai tellement aimé Il pleuvait des oiseaux de Jocelyne Saucier que, dès la dernière page tournée, j'ai voulu inscrire un autre livre de cette auteure sur ma «liste de souhaits» du prêt numérique.  Si je me souviens bien, le seul présent au catalogue à ce moment-là était Les Héritiers de la mine, c'est donc celui-là que j'ai mis sur ma liste.  Maintenant, la question qui se pose est: pourquoi avoir attendu si longtemps (14 ans!) pour le lire?

Peu importe, c'est maintenant chose faite.  Et, même si ce n'est pas un immense coup de cœur comme l'autre roman, j'ai quand même beaucoup apprécié. 

Ce qui m'a plu surtout c'est la construction du récit; il s'agit d'un roman choral où l'on change de narrateur à chaque chapitre, ce qui nous apporte chaque fois un éclairage différent et de nouveaux indices sur les événements qui se sont déroulés il y a plusieurs décennies au sein de cette immense et étrange famille habitant dans un village minier à moitié abandonné. 

Petit avertissement pour ceux qui ont lu Il pleuvait des oiseaux et qui pourraient donc espérer trouver ici des personnages tout aussi attachants: ce n'est pas du tout le cas!  Au contraire, ce sont une belle bande de scélérats qui traitent leurs voisins de culs-terreux, foutent le feu aux maisons désertées, sont méchants entre eux, etc.

Il faut s'y résigner, l'intérêt du livre n'est pas dans l'amour qu'on porte à ses personnages, mais l'on s'intéresse tout de même à leur sort, on veut savoir ce qui s'est passé ce jour-là, quand la mine a explosé... 

 

Les Héritiers de la mine de Jocelyne Saucier, 2006, 192 p.

21 juin 2026

Perspective(s)

Quel roman original, et complètement différent de l'autre œuvre de Laurent Binet que j'ai lue, Civilizations.

Perspective(s) est un roman policier dont l'intrigue se déroule à Florence dans le milieu des arts durant la Renaissance.  Déjà, ce n'est pas commun.  Mais surtout, c'est le format entièrement épistolaire qui lui permet de se distinguer des polars historiques habituels.

Par le truchement des lettres échangées entre les différents personnages (nombreux, une chance qu'il y a une liste au début!), l'intrigue s'assemble peu à peu comme un casse-tête (puzzle pour mes lecteurs européens!) grâce aux différents points de vue présentés.  C'est vraiment très habilement fait.

Comme plusieurs des personnages sont reliés au monde de la peinture, il y de fort intéressantes discussions sur les arts, le pouvoir, la censure, et ce, sans jamais alourdir l'intrigue.  On discute notamment de la découverte de la perspective, technique qui a révolutionné la façon de représenter le réel.  Toutefois, un peu comme pour The Forgery of Venus de Michael Gruber que j'ai lu il y a quelques semaines, je pense qu'il faut avoir un certain intérêt pour l'Histoire de l'Art pour apprécier ce roman.

Il y a aussi beaucoup d'humour.  En particulier, le personnage de Maria de Médicis m'a souvent fait rire tant elle est naïve.  Quelle tête de linotte! 

 

Perspective(s) de Laurent Binet, 2023, 304 p.   

19 juin 2026

L'Homme qui souriait

Série Commissaire Wallander, tome 4 

Encore un excellent tome de cette série que j'apprécie toujours autant! 

L'histoire commence cette fois au bord de la mer Baltique, dans une petite pension où Wallander tente de se remettre de son enquête précédente, qui s'est terminée de façon très dramatique.  Il file un mauvais coton et pense même quitter la police!  Heureusement pour nous et pour ses collègues de la ville d'Ystadt, les événements le feront changer d'idée.

Comme toujours, Mankell excelle dans l'instauration d'une atmosphère plutôt glauque, avec brouillard et tout et tout.  L'intrigue est remplie de rebondissements, on ne s'ennuie pas une seconde, même si l'enquête semble souvent piétiner.

Seuls bémols, quelques détails un peu tirés par les cheveux et surtout une fin que j'ai trouvée précipitée et très «JamesBondesque», avec le méchant qui explique tout son plan au commissaire puis s'en va en laissant à ses sbires le soin de liquider ce témoin gênant... Alerte au divulgâcheur: il va s'en tirer! 


L'Homme qui souriait de Henning Mankell, traduit du suédois, 2005, 362 p.  Titre de la version originale: Mannen som log (1994).

08 juin 2026

L'Illusion comique

Il me fallait un auteur prénommé Pierre pour remplir une consigne du défi Scrabble littéraire du forum Livraddict...  J'ai hésité, j'avais Lemaître ou Pevel dans ma ligne de mire; j'ai finalement accepté l'invitation de trois ou quatre autres participantes qui organisaient une lecture commune de cette pièce de théâtre, L'Illusion comique de Pierre Corneille, une œuvre dont je n'avais jamais entendu parler!

Quand j'étais ado, dans ma période théâtre classique, je me souviens que j'ai lu Le Cid, et peut-être quelques autres dont je garde moins de souvenirs.  Mes parents m'avaient aussi offert (et là je vais trahir mon âge!) un trente-trois tours de la pièce Polyeucte, lue par des acteurs de la Comédie française, rien de moins!

Je me suis donc lancée avec optimisme dans la lecture de L'Illusion comique, et, si j'ai quelques bémols, je n'ai quand même pas été déçue.  La pièce est amusante, surtout grâce à un des personnages, Matamore, qui, comme son nom l'indique, est un vantard et un poltron de la pire espèce!  Il y a aussi un côté fantastique original grâce à la présence d'un magicien, Alcandre.  De plus, le dénouement est vraiment surprenant, je l'ai trouvé chouette.

Le principal défaut vient de l'absence presque totale de didascalies.  Cela rend certaines scènes complètement incompréhensibles; il faut tenter de deviner ce qui s'est passé en se basant sur les dialogues des scènes suivantes! 

Cela reste une lecture sympa, mais j'ai la nette impression que de voir la pièce en représentation serait nettement plus intéressant, non seulement pour mieux suivre l'action, mais aussi pour assister aux effets spéciaux qui ne manqueraient pas d'accompagner les sorts du magicien! 

 

L'Illusion comique de Pierre Corneille, 1636, 188 p.  

 

 

07 juin 2026

Dungeon Crawler Carl

Série Dungeon Crawler Carl, tome 1

Hummmm, je vais peut-être en surprendre plus d'un, chers lecteurs, mais ce roman m'a un peu déçue...  Étant donné qu'il a gagné le Prix Livraddict catégorie SF et que la plupart des avis que j'ai pu lire ici et là sont dithyrambiques, j'avais peut-être mis la barre trop haute!  J'aurais dû suivre ma ligne de conduite habituelle, qui est d'attendre que la poussière retombe avant de lire un livre qui a suscité tout un houpla! 

Je m'attendais à quelque chose de très original; si l'on ne connaît pas le genre littéraire «litRPG» (pour literature + roleplaying game), cela peut sembler l'être.  Mais, si j'ai appris cette expression depuis peu, j'ai lu il y a plus de vingt ans une bande dessinée américaine (dont j'ai oublié le nom) qui fonctionnait sur ce principe, de même qu'un roman et une bande dessinée de la série française Le Donjon de Naheulbeuk de John Lang, qui date du milieu des années 2000.

Pour ceux qui ne connaissent pas ce genre, il s'agit d'histoires où les règles typiques des jeux de rôle sont intégrées explicitement dans l'intrigue.  On a donc des personnages qui gagnent des points d'expérience et des points de vie, qui ont des statistiques personnelles (force, intelligence, etc), qui accomplissent des missions ou des quêtes.  Tout cela de façon explicite, c'est-à-dire qu'un personnage se dira par exemple «je vais aller attaquer ce monstre, ainsi je vais gagner des points d'expérience, ce qui me permettra de monter de niveau.»

Pour ce qui est de l'intrigue elle-même, elle rappelle la série Hunger Games (que je n'ai pas lue, mais j'ai vu les adaptations cinématographiques), avec un soupçon de Hitchhiker's Guide to the Galaxy (pour les méchants extra-terrestres qui viennent s'emparer de la planète Terre).  Donc encore là, rien de très original.

Néanmoins, ce livre reste agréable à lire grâce à l'humour de l'auteur Matt Dinniman et surtout grâce à la relation entre les deux personnages principaux (dont une chatte magicienne absolument craquante).  J'avoue toutefois avoir trouvé leurs aventures un peu répétitives (on tue des monstres, on trouve des trésors, et on recommence) pendant les deux premiers tiers, au point où je me suis dit que je n'allais pas continuer cette série.  Heureusement, l'intensité augmente dans le dernier tiers et j'ai décidé que  je lirais au moins le tome 2 (et on verra pour les suivants!). 

 

Dungeon Crawler Carl, tome 1 de Matt Dinniman, 2020, 450 p.  Titre de la traduction française: Dungeon Crawler Carl, tome 1. 

 

 

23 mai 2026

White Fang (Croc-Blanc)

The Call of the Wild de Jack London, lu en 2014, a été pour moi un énorme coup de cœur. J'espérais donc qu'il en serait de même pour White Fang...

Ce roman raconte les aventures d'un chien-loup né à l'état sauvage et puis domestiqué.  Il est d'ailleurs amusant de remarquer que c'est le parcours inverse du Buck de Call of the Wild, qui, lui, est au départ un chien domestique qui ressent l'appel de la vie sauvage!  

Même si j'ai beaucoup aimé le début (où l'on rencontre les parents de White Fang et où ensuite le louveteau explore la nature environnant la tanière familiale) et la fin (que je ne vous révèle pas), j'ai trouvé ce roman beaucoup trop dur et violent pour que cela puisse être un coup de cœur.  Certains passages étaient même pénibles à lire! 

C'est quand même un très beau roman; la plume de London est magnifique et je suis contente d'avoir lu ce classique de la littérature américaine.  Mais j'aime mieux vous prévenir, il faut s'accrocher, surtout si l'on est un ami des bêtes! 


White Fang de Jack London, 1906, 200 p.  Titre de la traduction française: Croc-Blanc.

09 mai 2026

Ivanhoe (Ivanhoé)

Ouh là là, les copains, Walter Scott en version originale, c'est vraiment pas de la tarte!

J'ai mis presque un mois à lire ce livre de 500 pages!

Il est pourtant bien intéressant, ce bouquin!  J'ai beaucoup aimé les personnages (surprise: Ivanhoe ne tient pas le premier rôle dans l'histoire!).  Certains sont farfelus (le fou Wamba et son ami le porcher/écuyer Gurth sont désopilants, j'aurais adoré qu'on les voie davantage!), d'autres admirables ou détestables.  J'ai aussi apprécié la construction non linéaire de l'intrigue, avec ses retours en arrière à répétition.  Le rythme va crescendo -- dommage qu'il y ait juste un petit ralentissement vers le deuxième tiers.  Certaines ficelles sont un peu grosses, mais on s'y attend dans ce genre littéraire, donc ce n'est pas du tout déplaisant.

La grosse difficulté, c'est le vocabulaire et les tournures de phrase à saveur médiévale utilisés par Scott, tant dans les dialogues que dans la narration.  Pour vous donner une idée, prenez Austen ou Dickens en VO et multipliez le degré de difficulté par 5; si ça ne vous fait pas peur, allez-y, sinon procurez-vous l'une des différentes traductions de cette œuvre! 


Ivanhoe de Walter Scott, 1819, 536 p.  Titre de la traduction française: Ivanhoé. 

11 avril 2026

The Jane Austen Society (Le Cercle littéraire des amateurs de Jane Austen)

 Après avoir lu plusieurs classiques ces derniers mois (Zola, Gorki, Artaud...) et sachant qu'on lira Ivanhoe de Walter Scott pour le club de lecture Livraddict de la fin avril, j'avais envie de quelque chose de plus léger, de plus contemporain.  Bon, je me suis un peu fourvoyée en choisissant (sans lire la quatrième de couverture, évidemment) The Jane Austen Society de Natalie Jenner, puisqu'il s'agit d'un roman historique (on est dans les années 30-40) et que le deuil en est un des sujets principaux! 

Malgré quelques longueurs et une fin un peu précipitée, j'ai apprécié cette lecture.  La plume, sans être remarquable, est agréable et convient bien au genre.  Mais le gros point fort, ce sont les références aux romans de Jane Austen, que ce soient les discussions qui nous font voir certains personnages sous un jour nouveau ou les petits clins d'œil dans l'intrigue (comme par exemple le lointain et antipathique cousin qui pourrait hériter du domaine au détriment de la fille de la famille).

En passant, je trouve que le titre français est trompeur.  Pour moi, un cercle littéraire s'apparente à un club de lecture; or, ici, il s'agit plutôt d'un groupe de villageois qui veulent transformer en musée le cottage où Austen a vécu.  J'ai l'impression que l'éditeur a voulu miser sur le succès du Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows...

Je recommande surtout ce livre aux amateurs de la grande écrivaine!  Quant à moi, il m'a donné envie de relire ses romans, notamment Persuasion, dont mes souvenirs sont très flous! 


The Jane Austen Society de Natalie Jenner, 2020, 320 p.  Titre de la traduction française: Le Cercle littéraire des amateurs de Jane Austen.

14 mars 2026

La Mère

Avec deux copines du forum Livraddict amatrices de littérature russe, nous avons eu envie de découvrir Maxime Gorki, cet écrivain du début du XXe siècle.  Complètement au hasard, simplement parce qu'on le trouve gratuitement en édition libre de droits, notre choix s'est porté sur La Mère.  Personnellement, le nom de Gorki me rappelle surtout la chanson Gorki Park de Scorpions, que je fredonne constamment ces jours-ci.

Ce roman raconte l'histoire d'une femme dont le fils fait partie des groupes socialistes prérévolutionnaires, au péril de sa liberté, voire de sa vie.  Très apeurée au départ, elle évolue en assistant aux réunions de son fils, puis en faisant elle-même des lectures en autodidacte.  Son évolution est le sujet principal du roman, mais on découvre également les conditions de vie des ouvriers de l'époque.  L'idéalisme des personnages est admirable, mais bien sûr on a tout de même un arrière-goût amer, puisque l'on sait ce qui arrivera dans les décennies suivantes!    

J'ai été vraiment surprise de constater que Gorki a une plume qui se lit très aisément, surtout si on le compare à certains autres écrivains russes (Léon et Fédor, c'est à vous que je pense!).  La seule difficulté vient du nombre important de personnages secondaires.  Après quelques chapitres, j'ai arrêté d'essayer de me souvenir de chacun, et cela ne m'a pas empêchée de bien suivre l'intrigue.

Allez, tout le monde ensemble: «I follow the Moskva, down to Gorki Park, listening to the wind of chaaaaaange...»


La Mère de Maxime Gorki, traduit du russe, 1907, 394 p.  Titre de la version originale: Mat'.

12 mars 2026

Les Belles-Sœurs

Michel Tremblay est l'un de mes auteurs préférés, mais j'avoue peu connaître son théâtre.  Je remédie à la situation en lisant cette œuvre majeure qui a créé la polémique à sa création dans les années 60, car c'était la première pièce en joual présentée au Québec.

J'ai adoré le mélange parfaitement équilibré de comédie et de drame.  En effet, les dialogues sont généralement très drôles, ces femmes de différentes générations s'échangeant des pointes, des mesquineries et des commérages, tout en nous faisant en aparté des confidences assez poignantes, nous permettant de découvrir leur vie étriquée, leur dépendance à leur époux, leur misère financière et sexuelle, etc. 

Seul hic, il y a beaucoup de personnages et l'on peine à s'y retrouver.  Ce doit être plus facile lorsqu'on voit la pièce sur scène, ce que j'espère pouvoir faire un jour!  


Les Belles-Sœurs de Michel Tremblay, 1972, 93 p.

26 février 2026

Black Boy

Dans ce récit autobiographique, l'écrivain afro-américain Richard Wright raconte son enfance dans le sud des États-Unis au début du XXe siècle, alors que sont encore en place les lois de ségrégation raciale et que l'esclavage est toujours frais dans les mémoires.

J'ai beaucoup apprécié l'honnêteté de l'auteur.  Tout n'est pas noir et blanc dans son histoire (pardon pour le jeu de mot d'un goût douteux…); les Noirs ne sont pas de parfaites victimes, ils sont eux-mêmes racistes envers d'autres peuples et violents les uns envers les autres.  

Richard vient d'une famille dysfonctionnelle, à commencer par la grand-mère membre fanatique d'une secte religieuse, jusqu'aux oncles et tantes brutaux et intransigeants.  C'est un vrai miracle qu'il ait pu garder sa propre personnalité, sa volonté et son libre arbitre, et qu'il ait réussi à se sortir de ce milieu étouffant.

Il est fascinant d'assister à son évolution et à sa prise de conscience progressive de sa propre valeur en tant qu'être humain.  Son récit continue dans American Hunger (Une faim d'égalité), que je vais sûrement tenter de me procurer.


Black Boy de Richard Wright, 1945, 212 p.  Titre de la traduction française: Black Boy. 

04 février 2026

Lourdes

Zola ayant été choisi comme auteur du mois dans un défi (ou challenge, comme disent nos cousins de l'Hexagone) auquel je participe occasionnellement sur le forum Livraddict, et sachant que j'ai déjà lu tous les Rougon-Macquart ainsi que Thérèse Raquin, j'ai décidé de renouer avec ce cher Émile par le premier tome de la trilogie Les Trois Villes: Lourdes, roman dont il a eu l'inspiration après avoir visité cette ville (et on voit qu'il s'est très bien documenté sur le sujet!). 

Premier pépin, le roman n'étant pas offert en prêt numérique, j'ai téléchargé l'édition offerte sur la plateforme Bibliothèque électronique du Québec; malheureusement ce texte comportait plusieurs coquilles, surtout une ponctuation erratique.  Je vous avoue que c'est le genre de trucs pour lesquels j'ai zéro tolérance!  Cela m'a étonnée car mes quelques téléchargements précédents sur ce site étaient corrects, de mémoire.  J'ai craqué après quelques chapitres et j'ai acheté une édition offerte pour quelques dollars chez Kobo.  Celle-ci s'est avérée beaucoup plus agréable à lire.

J'ai tout de même trouvé que ce roman était plus ardu à lire que la plupart des autres œuvres de Zola.  Le style m'a semblé moins fluide, avec de longues phrases entrecoupées de beaucoup (trop?) de virgules.  De plus, il y a quelques longueurs et surtout un effet répétitif (les processions de malades se rendant à la grotte où ont lieu les miracles, une fois c'est passionnant, mais on pourrait passer plus rapidement là-dessus les jours suivants...).

Malgré tout, j'ai beaucoup aimé les thématiques abordées, notamment la confrontation entre la Science et la Foi, ou la Raison vs la Superstition, ainsi que la critique virulente de l'Église catholique, qui exploitait sans vergogne la crédulité des malades et de leur famille.  Mes passages préférés sont ceux où le personnage principal, un jeune prêtre ayant perdu la Foi, raconte à un groupe de malades l'histoire de Bernadette Soubirous (la petite fille à qui la Vierge serait apparue dans la fameuse grotte).  À la fin, ce personnage reste aux prises avec un dilemme; j'ai hâte de voir comment cela sera développé dans le tome suivant, Rome.  Toutefois, ce ne sera pas pour tout de suite, mais peut-être dans quelques mois? 


Lourdes d'Émile Zola, 1894, 640 p. 

07 janvier 2026

Wild

Pour reprendre sa vie en main à la suite du décès de sa mère, de son divorce et d'une addiction à l'héroïne, Cheryl Strayed, une Américaine dans la mi-vingtaine, décide de tout quitter pour parcourir pendant trois mois le Pacific Crest Trail, ce sentier qui relie les sommets des Rocheuses, une équipée normalement réservée à des randonneurs expérimentés. 

On suit avec intérêt les multiples péripéties auxquelles la narratrice fait face durant son périple.  Il y a un côté Nature Writing bien présent, mais aussi de nombreux flashbacks sur sa famille, son éducation, bref, tout ce qui l'a amenée au point où elle en est dans sa vie.  Au cours du voyage, l'on pourra suivre son évolution et voir comment elle fera la paix avec son passé grâce aux réflexions faites dans la solitude des montagnes, aux épreuves surmontées ainsi qu'aux rencontres effectuées en cours de route.   

Petit avertissement: la scène où elle doit euthanasier la vieille jument de sa mère est assez éprouvante pour les cœurs sensibles (divulgâcheur: ça va mal se passer).  

Une lecture enrichissante!  


Wild de Cheryl Strayed, 2021, 311 p.  Titre de la traduction française: Wild.

19 décembre 2025

Paris-Briançon

(Je trouve qu'il y a trop de Philippe en littérature contemporaine: Philippe Besson, Philippe Claudel, Philippe Labro, je m'y perds!  Mais passons...)

Il y a longtemps que je voulais tenter un livre de Philippe Besson.  Le thème du club de lecture Livraddict, «un voyage en train», m'en a donné l'occasion. 

Paris-Briançon est un roman plein de qualités.  Une belle plume, un huis-clos comme on les aime, une atmosphère feutrée propre à la confidence, des personnages attachants bien qu'imparfaits, sur lesquels pend une épée de Damoclès puisqu'on nous a annoncé d'entrée de jeu que certains n'arriveront pas à destination...  Est-on devant un nouveau Crime de l'Orient-Express ou quoi?  Suspense... 

Un roman trop court, peut-être?  En tournant la dernière page, et sans pouvoir identifier ce que j'aurais désiré de plus, je reste avec une impression de trop peu, d'être restée sur ma faim.  De plus, il y a un détail irréaliste (et je ne peux en dire plus sans divulgâcher) qui m'a un peu fait décrocher vers la fin.  Comptez sur moi pour attacher de l'importance à des petits trucs insignifiants...

Néanmoins, vu toutes les belles qualités que j'ai énoncées, je lirai certainement d'autres œuvres de cet écrivain (ce n'est pas le choix qui manque). 

 

(Lu en novembre, mais j'avais oublié de publier le billet, quelle étourdie!) 


Paris-Briançon de Philippe Besson, 2022, 208 p.