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27 mai 2023

Mes contes de Perrault

Ma première rencontre avec Tahar Ben Jelloun ne s'était pas bien déroulée.  J'ai tenté de lire La Nuit de l'erreur il y a quelques années et cela s'est soldé par un abandon, car ce n'était tout simplement pas le genre d'histoire que j'avais envie de lire à ce moment-là.  Toutefois, j'avais plutôt aimé sa plume et m'étais dit que je lui donnerais une deuxième chance un jour.  L'occasion s'est présentée lorsque ce recueil a été choisi pour le club de lecture du forum Livraddict (thème: réécriture de contes).

Comme l'auteur l'explique en avant-propos, il a voulu rendre un hommage aux contes de Perrault qu'il a lus à l'école en leur donnant une saveur arabe, genre «Mille et une nuits».

Je m'attendais à une transposition plus complète... Il y a bien quelques clins d’œil amusants (La petite à la burqa rouge!), mais dans la plupart des cas, seuls les noms des personnages ont une consonance arabe, pour le reste on ne sent pas tellement l'ambiance «Mille et une nuits». Il aurait fallu plus de descriptions d'éléments typiques (nourriture, architecture, habillement, etc).

Dans certains des contes, Ben Jelloun ajoute un message d'inclusion et d'égalité (par exemple, le Petit Poucet a les traits physiques d'un trisomique), mais dans d'autres, la misogynie traditionnelle n'est même pas dénoncée.  J'ai donc trouvé la démarche de l'auteur incohérente de ce point de vue là également.

Pour ne rien vous cacher, j'ai lu les deux derniers contes en diagonale, car il y avait sur ma liseuse un petit Steinbeck qui me faisait de l’œil...

Bref, c'est un deuxième rendez-vous raté, et ça risque d'en rester là! 


Mes contes de Perrault de Tahar Ben Jelloun, 2014, 291 p.

02 janvier 2023

Le Petit Prince

Comme plusieurs, j'ai lu ce joli conte quand j'étais enfant...  J'hésitais à le relire pour ne pas gâcher le merveilleux souvenir que j'en avais (ah! ce dessin du serpent qui a mangé un éléphant!).  Quand ma mère a offert de me prêter le bouquin aux coins écornés et aux pages tachées de mon enfance, cela a piqué ma curiosité; je l'ai glissé dans ma PAL, mais encore là, j'ai attendu plus d'un an avant de me décider!

Heureusement, l'expérience fut des plus agréables.  Une grosse bouffée de nostalgie, ça fait du bien!  Si le ton est encore plus enfantin que je croyais, les adultes y trouvent quand même leur compte, puisque c'est très poétique et symbolique.  Je pensais me souvenir en gros de l'histoire mais certaines péripéties ont su me surprendre, notamment la fin, douce-amère. 

(Mon exemplaire a depuis longtemps perdu sa jaquette, mais je vous mets l'illustration qui aurait dû y figurer!  Et en bonus, juste pour le plaisir, le dessin du serpent!)



Le Petit Prince d'Antoine de Saint-Exupéry, 1943, 97 p.

10 mars 2020

The Princess Bride

En général, j'évite de lire un livre lorsque j'ai vu le film qui en est tiré.  A fortiori si je l'ai vu plusieurs fois et que je me souviens très bien de l'histoire.  Or ici, au contraire, le fait d'avoir vu (et adoré) maintes fois le film a plutôt attisé mon envie de lire le roman! C'est donc l'exception qui confirme la règle.  (Au fait, pourquoi une exception viendrait-elle confirmer la règle?  En logique, un contre-exemple n'est-il pas justement suffisant pour démontrer qu'une affirmation est fausse? Je n'avais jamais remis en question cette expression consacrée.   Mais je m'égare...)

Il faut dire que l'intérêt de cette histoire ne réside pas tant dans son intrigue (après tout, c'est un conte, ça finira nécessairement par «et ils vécurent heureux, etc») mais bien plus dans ses personnages originaux et ses dialogues hilarants.  Certaines des répliques du film sont d'ailleurs citées dès que l'occasion s'y prête dans mon groupe d'amis; j'ai été un peu déçue de constater que ma préférée ne se retrouve pas dans le roman, soit dit en passant («Thank you so much for bringing up such a painful subject. While you're at it, why don't you give me a nice paper cut and pour lemon juice on it?»). 

C'est donc avec un immense plaisir que j'ai retrouvé le royaume de Florin et ses habitants, le garçon de ferme devenu pirate Westley, Fezzik le géant amateur de rimes, Inigo l'escrimeur espagnol obsédé par son désir de vengeance et tous les autres.  Bon, j'avoue que la princesse Buttercup est un peu nunuche.  On ne créerait pas un personnage d'une telle passivité en 2020!  Mais d'une part le roman date des années soixante-dix, et d'autre part il se veut un pastiche des contes traditionnels à la Disney.  Je pense qu'on peut donc lui passer ce petit défaut.

Autant on retrouve complètement l'esprit du film (certains dialogues sont repris textuellement), autant il y a des différences qui nous permettent de sentir qu'on ne perd pas son temps: on en apprend beaucoup sur le passé des personnages, notamment Inigo et Fezzik (ça tombe bien, ce sont mes préférés) et plusieurs péripéties sont ajoutées, surtout dans la deuxième partie.  De plus, la partie qui se déroule de nos jours est complètement changée, et beaucoup plus développée.

Pour ceux qui ne connaissent ni le film, ni le bouquin, voici ce qu'on vous promet d'entrée de jeu:
Fencing. Fighting. Torture. Poison. True love. Hate. Revenge. Giants. Hunters. Bad men. Good men. Beautifulest ladies. Snakes. Spiders. Beasts of all natures and descriptions. Pain. Death. Brave men. Coward men. Strongest men. Chases. Escapes. Lies. Truths. Passion. Miracles.
Le livre, tout comme le film, tient sa promesse. 


The Princess Bride de William Goldman, 1973, 400 p.  Titre de la traduction française: Princess Bride (ben oui!)

26 octobre 2019

Norse Mythology (La Mythologie viking)


Je termine ce bouquin (choisi pour le club de lecture d'octobre du site Livraddict) à la fois satisfaite et un peu frustrée.

En tant que livre sur la mythologie des peuples nordiques, il remplit tout à fait ses promesses et m'a rappelé les recueils de contes et légendes de différents pays que j'aimais beaucoup étant enfant.  J'ai aussi souvent pensé à Tolkien, qui s'est beaucoup inspiré de cette mythologie.

J'ai remarqué que la plupart des histoires se concentrent sur Thor (la grosse brute) et Loki (le fourbe).  C'est pourquoi il est préférable de ne pas lire plusieurs chapitres à la suite car il peut y avoir un certain effet de répétition.  J'aurais apprécié en apprendre plus sur les autres dieux, notamment sur Freya (la pauvre, elle semble surtout servir de monnaie d'échange dans les transactions entre les dieux et les géants ou les nains!)  Est-on surpris que la postérité n'ait retenu que les exploits des personnages masculins?

Là où j'ai ressenti de la frustration, c'est au niveau du style.  J'aurais aimé que la plume habituelle de Gaiman ressorte plus, en particulier son humour très british.  Il adopte volontairement le ton d'un gars qui nous raconte une histoire autour d'un feu de camp, puisque c'est ainsi que la plupart des mythes ont été transmis à travers les âges. C'est son choix et il n'est pas mauvais en soi, c'est juste que je m'attendais à autre chose.

Je recommande donc ce recueil à ceux qui veulent en connaître plus sur le sujet, et non à ceux qui veulent découvrir l'écrivain.  Et puis, cela m'a donné le goût de revoir un de mes films préférés: non non, surtout pas Thor de la série de films de super-héros mais plutôt Erik the Viking, où l'on retrouve plusieurs éléments abordés ici (Valhalla, Hel, le cor pour réveiller les dieux, etc).



Norse Mythology de Neil Gaiman, 2017, 296 p.  Titre de la traduction française: La Mythologie viking. 

22 septembre 2017

The Book of Lost Things (Le Livre des choses perdues)

Dans le Londres de la Deuxième Guerre mondiale, traumatisé par la mort de sa maman,  affligé d'une belle-mère et d'un demi-frère braillard, un adolescent se trouve transporté dans un monde fantaisiste.

J'ai d'abord eu un peu de misère à accrocher à ce roman de John Connolly, une revisite des contes de notre enfance, car je croyais que ce serait humoristique.  C'est du moins l'impression que m'avaient laissée les nombreux billets dithyrambiques que j'ai lus il y a quelques années*.  Or, si quelques passages sont en effet fort amusants (les sept nains communistes qui ont tenté d'empoisonner Blanche-Neige!), l'ensemble est plutôt noir, en fait.

Une fois l'ajustement mental effectué, je me suis prise au jeu et j'ai pu vraiment apprécier l'imagination débordante et un peu tordue de Connolly, et les nombreuses références aux contes de notre enfance ainsi qu'à d'autres œuvres (le chevalier Roland, tiré du poème de Robert Browning, et sa quête vers la tour de la Belle au bois dormant, c'est sûrement un clin d’œil à Stephen King!)  et oui, j'ai même versé quelques larmes à la fin.  Par contre, je n'ai pas été emballée par la plume de l'auteur, que j'ai trouvée un peu lourde.  Les répétitions de «David fait ceci, David pense cela», c'est sans doute pour recréer le styles des contes de fées, mais j'ai trouvé que cela desservait le récit, en fin de compte.

J'ai lu dans le catalogue de la bibliothèque municipale qu'il y avait deux versions de ce roman, une pour adultes, celle à couverture bleue (celle que j'ai lue), et une plus édulcorée, à couverture rouge.  Mais je n'ai pu valider cette information  nulle part, pas même sur le site de l'auteur.  Quelqu'un a de l'information là-dessus?


*P.S. Je viens de relire le billet de Karine de 2008, et je ne sais pas d'où me vient cette idée de drôlerie mais ça ne vient pas de chez elle!  Elle fait très bien ressortir le côté sombre, voire cauchemardesque,  du roman.


The Book of Lost Things de John Connolly, 2006, 339 p.  Titre de la traduction française: Le Livre des choses perdues.

03 novembre 2016

La Chaise du maréchal ferrant

Une première rencontre pas entièrement convaincante avec Jacques Ferron, un écrivain considéré comme un classique de la littérature québécoise...

On ne s'ennuie pas et il y a plein de petits détails vraiment chouettes dans ce conte qui rappelle les légendes de type chasse-galerie avec en plus un petit côté politique puisqu'on y rencontre des personnages réels comme Maurice Duplessis et William Lyon Mackenzie King.  Il y est aussi question de plusieurs personnes portant le même nom, du diable qui a élu domicile dans une taverne de Montréal et d'une chaise magique qui permettra à un orphelin illettré de devenir sénateur.

Où donc est le bobo? J'ai en fait de la difficulté à le situer.  Peut-être est-ce le style d'écriture un peu archaïque (volontairement je suppose) ou l'abondance de termes régionaux qui m'étaient inconnus (l'action se déroule principalement dans le Bas du fleuve).  Toujours est-il que je n'ai pas réussi à m'intéresser vraiment à l'histoire.

J'aurais aimé un billet plus enthousiaste pour cette première participation à l'édition 2016 de Québec en novembre (cliquez sur le logo pour plus de détails) organisé par les copines Karine et Yueyin; j'espère me reprendre avec ma lecture suivante, La Chambre verte de Martine Desjardins.


La Chaise du maréchal ferrant de Jacques Ferron, 1972, 223 p.


http://moncoinlecture.com/2016/10/quebec-novembre-2016-5e-edition-recapitulatif-billets/

12 mars 2012

Renard bleu

L'heure est à la confession. Mon père, j'ai péché, j'avais acheté ce roman jeunesse pour ma nièce et je l'ai lu avant de le lui donner; il paraît que cela ne se fait pas. Mais ce n'est pas entièrement ma faute, monsieur le juge, c'est Gropitou qui prenait une éternité à finir de faire le tour de la bouquinerie! Alors moi je me suis assise dans les marches et j'ai fait la gaffe de le feuilleter, puis de survoler les premières pages... Et comme en cinq minutes je me suis esclaffée au moins trois fois à haute voix, je n'ai plus eu le choix, monsieur l'agent. Heureusement d'ailleurs que dans une librairie (et a fortiori une librairie de livres usagés) on est entre initiés, personne ne m'a regardée comme si j'étais folle, contrairement à ce qui se passe quand je lis en couinant dans les transports en commun.

Vous me connaissez pourtant, je ne suis pas forte sur le roman jeunesse et comprends mal, en passant et en général, l'engouement d'adultes majeurs et vaccinés (je sais, adultes majeurs c'est un pléonasme, c'est exprès, c'est une figure de style, Mme G. prof de Français secondaire III serait fière de moi) pour ce genre littéraire.  (Oui, je suis un peu snobe et je l'assume entièrement.)  Cela prenait la force d'attraction d'un Yves Beauchemin pour vaincre ma résistance!

Trêve de balivernes, venons-en au roman, direz-vous avec raison. Hé bien, j'ai beaucoup aimé! C'est frais, c'est rigolo, il y a un peu de suspense (bien que j'aie deviné assez rapidement ce qu'il en était de cet enfant qui dort depuis quatre-vingt-dix ans...).  C'est une sorte de conte avec sorcière, fantômes, animaux parlants et quête à accomplir, mais remis au goût du jour puisqu'on y voyage en hélicoptère plutôt qu'en carosse, qu'on passe quelques nuits au Château Frontenac plutôt qu'à l'auberge et qu'au lieu du Roi l'on rencontre le Premier Ministre du Québec et ses courtisans les fonctionnaires de différents ministères, au charabia nécessitant un interprète!  On retrouve de nombreux clins d'oeil pour les lecteurs adultes, petites allusions qui passeront sûrement six pieds par-dessus la tête des ados, comme par exemple ce millionnaire Paul Desmarigots, grosse légume de la Coleslaw Corporation...

Monsieur Beauchemin, à quand la suite?  Peut-être une aventure mettant en vedette l'ours Gustave ou Bruno le squelette?


Le Renard bleu d'Yves Beauchemin, 2009, 375 p.

20 décembre 2010

Autour du monde

Pssst!  Super idée de cadeau de dernière minute!  Parfait pour : amateurs de voyages, de photographie, de contes...

J'avais volontairement retardé ma lecture de ce bel album pour l'inscrire dans le défi de Jules Décembre au Québec, puisque l'auteur, le photographe et conteur Marc Laberge, est québécois.  Mais maintenant je trouve que ça fait un peu drôle, puisqu'on se retrouve partout sauf au Québec!

M. Laberge nous emmène en effet aux quatre coins du monde (comme Nic et Pic; les plus jeunes ont la permission de lever les yeux au ciel pendant que les quarantenaires se mettent à chanter «Nic-Pic, Nic-Pic en ballon!»).  Les textes, parfois drôles, parfois touchants, tiennent en partie du conte, en partie du récit de voyage, avec même parfois une touche de surnaturel.  Comme par exemple dans mon conte préféré, où deux petits elfes islandais tentent d'empêcher la construction d'une autoroute au-dessus de leur habitation souterraine, à l'aide de tous les moyens magiquesà leur disposition:  fumerolle, solfatare et autres phénomènes telluriques plus ou moins nauséabonds!  Les photos accompagnant le texte, représentant des sites quasi-lunaires de la volcanique Islande, sont du plus bel effet.

D'ailleurs toutes les photos, qu'elles soient de paysages magnifiques ou étranges, d'habitants pittoresques ou d'architecture hors de l'ordinaire, n'ont rien à envier à celles du National Geographic, selon moi.


Autour du monde de Marc Laberge, 2010, 128 p.