17 mai 2022

The City of Mirrors (La Cité des miroirs)

The Passage (Le Passage), tome 3

Et voilà, c'est la fin de cette formidable trilogie de Justin Cronin, intéressant mélange de science-fiction (sous-genre post-apocalyptique) et de fantastique.

Même si ce dernier tome reste très satisfaisant et clôt bien la série, je dois avouer qu'il m'a un peu moins emballée que les deux précédents.  Quelques longueurs plombent un peu le rythme et, surtout, il y a vers la fin un événement qui m'a semblé un peu trop tiré par les cheveux (je ne peux élaborer davantage sans divulgâcher...).   

Par contre, j'ai été soulagée de constater qu'il n'y a pas eu escalade de violence, comme je le craignais.  Je dirais même que ce tome-ci est le «moins pire» des trois, de ce point de vue!  

Ici encore, on peut remarquer l'influence marquée de Stephen King, notamment dans le personnage de Fanning, qui m'a rappelé le Dark Man (l'Homme en noir) qu'on retrouve dans plusieurs de ses romans. Un personnage qui donne froid dans le dos!

Malgré les quelques bémols énoncés ci-dessus, je recommande chaudement cette série à tous ceux qui aiment les intrigues assez complexes et non linéaires, avec de multiples personnages très bien développés  (âmes sensibles, s'abstenir, car il y a quelques passages à la limite du supportable dans les deux premiers tomes).


The City of Mirrors (The Passage, tome 3) de Justin Cronin, 2016, 602 p.  Titre de la traduction française: La Cité des miroirs (Le Passage, tome 3).

07 mai 2022

Mille secrets mille dangers

Ayant entendu parler de ce roman d'Alain Farah (écrivain auparavant inconnu de moi) à la radio et dans un balado, j'avais cru comprendre que c'était assez dense comme lecture, mais finalement non, pas du tout.  

Je l'ai dévoré en trois jours, et pourtant ce n'est rien de simple, je dirais même qu'il suscite de nombreuses réflexions sur le deuil, l'amitié, la famille, la maladie, l'immigration et surtout la réalité qu'on refuse de voir et qui finit par nous rejoindre malgré tout.  Mais tout se trouve en fait dans le non-dit, jusqu'à la toute fin où les pièces du casse-tête s'assemblent...  En attendant, l'auteur nous promène d'une époque à l'autre, d'un quartier de Montréal à l'autre, sans jamais nous perdre.  

Une belle découverte! 


Mille secrets mille dangers d'Alain Farah, 2021, 512 p.

02 mai 2022

Project Hail Mary (Projet Dernière Chance)

Un homme se réveille dans une étrange pièce.  Dans les couchettes voisines, il aperçoit deux cadavres momifiés.  Il découvre qu'il se trouve seul à bord d'un vaisseau spatial, mais ne se souvient ni de son propre nom, ni de ce qu'il fait là...

C'est ainsi que débute le nouveau roman d'Andy Weir, dont j'avais beaucoup aimé The Martian (Seul sur Mars).  Mais je vais avoir énormément de difficulté à vous en parler sans rien divulgâcher!  Je ne peux vous dire quels sont les thèmes abordés, pourquoi j'ai adoré la fin, quels petits détails m'ont semblé tirés par les cheveux...  Ce sera donc un très court billet!  Sachez seulement qu'il y a un bon équilibre entre le rire et l'émotion, d'intéressants flashbacks à mesure que le personnage retrouve la mémoire, ainsi que beaucoup d'explications scientifiques (ce qui ne plaira pas à tout le monde, vous voilà avertis).  Si le petit peu que j'ai pu vous dévoiler a su attiser votre curiosité, vous savez quoi faire! 


Project Hail Mary d'Andy Weir, 2021, 403 p.  Titre de la traduction française: Projet Dernière Chance.

29 avril 2022

Les Mémoires d'un chat

N'est-elle pas jolie, cette couverture?  (Bon, en réalité, le chat du roman ne ressemble pas du tout à celui-là, mais ce n'est pas bien grave!)

Malheureusement, mon émerveillement s'est arrêté à cette belle devanture.  L'histoire à l'intérieur m'a semblé plutôt banale et prévisible.  Deux défauts qui peuvent généralement être compensés par une plume élégante ou originale.  Or, j'ai trouvé ladite plume assez terne, et même quelquefois maladroite.  Il y a parfois des répétitions et, surtout, les motivations des personnages sont soulignées à gros traits, ce que je trouve toujours insupportable.

De plus, j'ai trouvé la traduction très franco-française: «avoir la pêche», «ça va le faire», «se prendre un râteau»...  On est à Tokyo ou à Paris?  Quand l'action se déroule dans un pays exotique, la langue (à défaut d'arriver à faire «couleur locale») devrait être le français international, sinon il y a un décalage qui me fait décrocher à tout coup. 

Seule la fin trouve grâce à mes yeux. Elle est assez touchante pour que j'aie eu les larmes aux yeux (alors que, jusque-là, la seule émotion ressentie avait été l'ennui).  

Arikawa, Ogawa, Higashino...Trois auteurs japonais, trois rendez-vous plus ou moins ratés!  Heureusement qu'il y a Murakami, sinon j'aurais pu penser que cette littérature n'est pas faite pour moi! 


Les Mémoires d'un chat de Hiro Arikawa, traduit du japonais, 2017, 228 p.  Titre de la version originale: Tabineko Ripôto (2015).

17 avril 2022

The Bonfire of the Vanities (Le Bûcher des vanités)

Je vous l'ai sans doute déjà dit, j'ai souvent de la difficulté avec les romans où aucun personnage n'est sympathique.  Sans avoir nécessairement besoin de m'y identifier, il faut généralement que j'éprouve une certaine empathie envers l'un d'eux, qu'un lien se tisse entre nous. 

Or, ici, rien de tel ne s'est produit.  Les personnages sont tous des arrivistes égocentriques, s'ils ne sont pas carrément crapuleux.  Et pourtant, j'ai trouvé ce roman de Tom Wolfe absolument passionnant, ce qui en dit long sur la force de sa plume.  Il nous dresse un portrait sans pitié du New York des années quatre-vingt.  Personne ne trouve grâce à ses yeux, pas plus les groupes de pression des Noirs du Bronx que les financiers de Wall Street ou les avocats et les procureurs du système de justice américain.  On rit beaucoup (souvent jaune) tout en tournant les pages le plus vite possible tant l'intrigue est bien menée et les caractères finement peints (sans oublier les descriptions hilarantes de la mode de ces années-là!). 


The Bonfire of the Vanities de Tom Wolfe, 1987, 690 p.  Titre de la traduction française: Le Bûcher des vanités.

22 mars 2022

Chroniques du Pays des Mères

J'ai longtemps hésité à lire ce roman d'Élisabeth Vonarburg.  Je savais qu'il y était question d'une société matriarcale et que tout le vocabulaire y était féminisé, et je craignais que cela soit agaçant à lire.  Par contre, je m'attendais à aimer l'intrigue puisque je suis généralement bon public pour les romans d'anticipation ou post-apocalyptiques (on se situe ici à la frontière entre les deux sous-genres).

 Or, c'est exactement l'inverse qui s'est produit.  J'ai trouvé le travail sur la langue fort bien intégré; on s'habitue rapidement au féminin qui l'emporte sur le masculin, et à certains mots ayant changé de genre: une animale, une papillonne, etc.  Par contre, j'ai un peu honte d'avouer que je me suis ennuyée ferme durant la majeure partie du récit.  

Pour être juste, j'ai beaucoup aimé la première partie, alors que l'héroïne Lisbeï est enfant et qu'on découvre en même temps qu'elle le monde qui l'entoure et le fonctionnement de la société, dans une ambiance qui m'a un peu rappelé La Servante écarlate de Margaret Atwood, en moins glauque, toutefois.  

Mais par la suite, je suis allée de frustration en frustration: il ne se passe pas grand-chose!  Dès que la tension monte un peu et qu'il va peut-être y avoir de l'action, hop! on fait un saut dans le temps et les événements nous sont racontés en quelques lignes.  Le reste du temps, ce ne sont que palabres et discussions historico-philosophico-religieuses interminables.  Des chapitres entiers au sujet d'une religion fictive, ça me semble d'un intérêt discutable.  

La fin est bien trouvée, mais pour moi c'était trop peu, trop tard!


Chroniques du Pays des Mères d'Élisabeth Vonarburg, nouvelle édition de 1999, 628 p.

09 mars 2022

Tehanu

Earthsea (Terremer), tome 4

Je me répète, mais... que j'aime la plume d'Ursula Le Guin!  

Dans ce tome-ci, il n'y a pas énormément d'action mais quelle ambiance du tonnerre!  On alterne entre des moments de tension à couper le souffle et d'autres plus paisibles.  On s'attache énormément aux personnages, notamment aux deux héroïnes, Tenar (rencontrée d'abord dans le tome 2) et la petite Therru. Mine de rien, il y a un petit côté féministe au propos, plus développé que dans les autres histoires, peut-être parce que celle-ci a été écrite beaucoup plus tard, si je me fie à l'année de publication?  Et puis, il y a des dragons!  Inutile d'en dire plus, pas vrai?

J'ai donc terminé cette intégrale qui regroupe les quatre principaux romans de la série Earthsea.  Je ne sais pas encore si je lirai les contes et nouvelles reliés à ce monde, étant donné que ces genres littéraires m'attirent moins.  Pour continuer avec cette formidable auteure (c'est un scandale qu'elle ne soit pas plus connue, selon moi!), je vais essayer ses écrits en science-fiction, avec son roman au joli titre, La Main gauche de la nuit

Oh! mais après avoir écrit le paragraphe ci-dessus, je vois qu'un autre roman de la série Earthsea a été publié en 2001, je ne savais pas!  Je frétille de joie!  Mais je me demande pourquoi il ne fait pas partie de cette intégrale, c'est bizarre...  Il faut dire que les différentes éditions de cette série, c'est un vrai bordel.  Une chatte y perdrait ses petits!


Tehanu (Earthsea, tome 4), d'Ursula Le Guin, 1990, 212 p.  Titre de la traduction française: Tehanu (Terremer, tome 4).

04 mars 2022

Les chars meurent aussi

En voilà un, bon petit roman!  

J'ai toujours trouvé que la force de Marie-Renée Lavoie était dans ses dialogues, ceux en joual, en particulier.  Cela se confirme ici: amusants et fins, ces dialogues sont d'un grand réalisme.  Et cela, même lorsque les interlocuteurs sont des enfants, ce qui n'est pas facile à réussir. Cela fait de ce roman d'apprentissage, malgré un tournant plus dramatique qui a su me surprendre, une lecture légère et divertissante doublé d'un hommage à la littérature populaire. 

Petit bonus sympathique, on rencontre des personnages des autres romans de l'auteure, notamment Joe, l'adolescente de La Petite et le Vieux.  


Les chars meurent aussi de Marie-Renée Lavoie, 2018, 248 p.

25 février 2022

Le Gentilhomme au pourpoint jaune

Le Capitaine Alatriste, tome 5

Un court billet puisqu'il s'agit d'un tome 5 et que vous savez déjà tout le bien que  je pense de cette série et de son auteur, l'écrivain Arturo Pérez-Reverte, qui a su moderniser les histoires de cape et d'épée à la Dumas...

Dans ce tome, j'ai trouvé l'intrigue un peu lente à démarrer.  Dans les cinquante premières pages, nos héros ne font que visiter différents lieux de Madrid et rencontrer divers personnages.  Heureusement par la suite cela devient tout à fait passionnant, lorsque les amours d'Inigo et de son maître, le capitaine Alatriste à la moustache imperturbable, les entraînent dans un complot aux ramifications politiques importantes.  Coups et bosses s'ensuivent.  


Le Gentilhomme au pourpoint jaune (Le Capitaine Alatriste, tome 5) d'Arturo Pérez-Reverte, 2004, 336 p.  Titre de la version originale: El caballero del jubón amarillo.

20 février 2022

Mort (Mortimer)

Discworld (Les Annales du Disque-Monde), tome 4

Toujours un plaisir de retrouver l'univers déjanté du Disque-Monde!  Comme dans les tomes précédents, j'ai adoré l'humour et l'intelligence de Pratchett.  Pour ne pas trop me répéter, je n'ajoute ici que quelques observations. 

1) J'ai été un peu déçue que le personnage de la Mort (tellement rigolo!) ne soit finalement pas si présent dans ce tome.  On y suit surtout les aventures de son apprenti, Mortimer.

2) Je suis plus que jamais convaincue qu'il faut lire Pratchett en version originale...  Dans la traduction, le cheval Binky s'appelle Bigadin! M'enfin!?!

3) Il y a plusieurs théories sur l'ordre de lecture à privilégier pour cette immense série.  On m'a déjà dit qu'à part les tomes 1 et 2, on pouvait les lire dans le désordre; d'autres pensent qu'il faut les lire par cycle (cycle de Rincevent, cycle des sorcières, etc.) ou encore par ordre de parution, sans tenir compte des cycles.  Je pensais y aller plus ou moins par cycle, c'est pourquoi j'ai lu le tome 5 après les tomes 1 et 2 et que maintenant je viens de lire le tome 4 (1er du cycle de la Mort) en mettant de côté le tome 3.  Mais j'ai remarqué que Pratchett faisait plusieurs clins d’œil aux personnages des tomes précédents et qu'on manque quelque chose si on ne les a pas lus.  Dorénavant je vais donc tenter de les lire par ordre de parution, en autant que je puisse mettre la main sur l'édition numérique ou papier à la bibliothèque.  Mon prochain sera donc le tome 3, Equal Rites (La Huitième Fille), premier du cycle des Sorcières.  (Désolée pour ce long aparté qui ne sera intelligible qu'aux amateurs!)

4) Pour tenter de comprendre le blabla du point 3, on peut se référer à ce plan.


 

Mort (Discworld, tome 4) de Terry Pratchett, 1987, 315 p. Titre de la traduction française: Mortimer (Les Annales du Disque-Monde, tome 4).

14 février 2022

Rationality (Rationalité)

Mince alors, je ne savais pas que je m'étais inscrite à un cours de mathématiques!

C'est la réflexion que je me suis faite à la lecture de cet essai, du moins durant les chapitres portant sur les probabilités et les statistiques.  Je comprends bien que ces notions sont nécessaires pour comprendre le reste du livre mais j'ai trouvé que c'était beaucoup trop long et trop développé pour le commun des mortels.  

Heureusement, les autres parties sont tout à fait passionnantes: Steven Pinker nous parle des différents types de biais cognitifs qui affectent notre jugement rationnel et réussit à nous rendre ces notions compréhensibles grâce à des exemples concrets.  Par exemple, le biais de confirmation, qui nous pousse à rechercher les preuves qui confirment notre opinion et à ignorer inconsciemment celles qui l'infirment.  De mauvaises connaissances en logique et en statistique peuvent aussi nous nuire et nous empêcher de remettre en question des fausses nouvelles, des théories du complot et autres rumeurs.  Encore plus inquiétant, bien des médecins se trompent en interprétant les résultats de tests diagnostics. (Note à moi-même: creuser davantage le théorème de Bayes, car je n'ai pas tout compris!)

L'auteur nous rappelle en conclusion l'importance du discours rationnel dans le progrès de la civilisation: fin de l'esclavage, démocratie, droits des femmes et des minorités, etc.  Bien souvent, ces avancées ont été précédées (souvent de plusieurs décennies) de textes scientifiques ou intellectuels remettant en question des idées qu'on considérait jusque-là dans l'ordre des choses. 

Malgré le côté aride d'une partie de cet essai, je suis bien contente de l'avoir lu, car il présente des réflexes intellectuels qu'on devrait absolument développer.  Il m'a rappelé l'excellent Petit Cours d'auto-défense intellectuelle de Normand Baillargeon.  D'ailleurs, M. Baillargeon, ne serait-il pas temps d'une édition revue et augmentée de ce manuel si utile, avec de nouveaux chapitres sur les réseaux sociaux et les fausses nouvelles?

 

Rationality de Steven Pinker, 2021, 369 p.  Titre de la traduction française: Rationalité.

08 février 2022

La délicatesse

Après avoir beaucoup aimé le film Le Mystère Henri Pick, basé sur un roman de David Foenkinos, je m'étais dit que je devrais lire un de ses livres, mais le projet ne s'était jamais concrétisé.  Jusqu'à ce que, il y a quelques semaines, j'aie besoin d'un bouquin dont le nombre de pages se termine par dix (c'est une consigne du jeu de Scrabble littéraire auquel je participe sur le forum Livraddict) et qu'on me suggère La Délicatesse et ses 210 pages!  De plus, cela me permettait de faire une courte pause dans la lecture d'un essai un peu lourd.  Le destin prend parfois des chemins tortueux pour nous faire rencontrer un écrivain, n'est-ce pas?

Et ce fut une très belle rencontre!  

L'intrigue en elle-même ne m'a pas épatée et je ne me suis pas tellement attachée au personnage principal, une jeune femme qui doit se reconstruire après un deuil.  Je crois qu'elle était trop belle, trop parfaite.  J'ai trouvé le personnage masculin plus sympathique, mais il ne fait son apparition qu'au milieu du récit.  

C'est la plume de l'écrivain que j'ai trouvée délicieuse et d'une grande... délicatesse! (J'étais très fière de cette petite blague jusqu'à ce que je constate que la moitié des commentateurs l'avaient faite avant moi.)  J'ai adoré son humour pince-sans-rire, ces petites pointes qui arrivent de façon tout à fait inattendue!  Le texte est découpé en très courts chapitres, ce qui lui donne beaucoup de rythme, et il comporte de temps en temps d'amusantes listes: les trois livres préférés de Nathalie, les gagnants du championnat mondial de puzzle en 2008, exemples de dictons ridicules que les gens aiment répéter, etc.  D'ailleurs cela m'a rappelé un autre excellent roman utilisant un procédé similaire, High Fidelity (Haute Fidélité) de Nick Hornby (dans son cas, c'était toujours sous la forme de Top 5).  

Seul petit hic (et là, je m'adresse à l'éditeur de la version numérique): le texte comporte quelques notes de bas de page, mais celles-ci, au lieu d'être en bas de page comme dans la version papier, ou en fin de chapitre, sont regroupées en plein milieu du livre (à la fin du chapitre 63, et cela n'est nullement indiqué dans la table des matières) pour la première moitié des notes, et à la toute fin pour la deuxième moitié, mais sur la même page que la dernière phrase du roman, qu'on ne peut donc s'empêcher de lire.  C'est vraiment mal fait, je ne suis pas fière de vous, monsieur l'éditeur.

Je n'en resterai pas là avec David Foenkinos et je suis ouverte à vos suggestions...  En terminant, je vous laisse avec un petit extrait qui m'a plu: 

[Markus est nerveux avant son premier rendez-vous avec Nathalie] «Surtout, il ne fallait pas parler travail.  Interdiction d'évoquer le dossier 114.  Ne pas laisser déteindre l'après-midi sur leur soirée.  Mais qu'est-ce qu'ils allaient se dire alors?  On ne change pas comme ça d'environnement.  Ils allaient être comme deux bouchers à un congrès de végétariens.  Non, c'était absurde.  Le mieux était peut-être d'annuler.  Il était encore temps.  Problème de force majeure.  Oui, je suis désolé, Nathalie.  J'aurais tellement aimé, vous le savez bien, mais bon, c'est juste qu'aujourd'hui maman est morte.  Ah non, pas bon, ça, trop violent.  Et trop Camus, pas bon le Camus pour annuler.  Sartre, bien mieux.  Je ne peux pas ce soir, vous comprenez, l'enfer c'est les autres.  Une petite tonalité existentialiste dans la voix, ça passerait bien.»


La délicatesse de David Foenkinos, 2009, 210 p.

30 janvier 2022

Les Enchantements d'Ambremer

 Le Paris des Merveilles, tome 1

Ok, je dois vous avouer quelque chose: des fois, j'ai des idées préconçues.  Aussi, des fois, je me fourre le doigt dans l’œil.  Voilà, c'est dit.

Ainsi, j'étais convaincue que cette série de romans de Pierre Pevel n'était pas pour moi. Trop en vogue?  Je ne sais trop.  Je croyais en plus que c'était de la littérature jeunesse, alors qu'il n'en est rien.  

Comme le tome 1 a été choisi pour le club de lecture Livraddict de janvier, et qu'en plus il était disponible en prêt numérique, je me suis dit: «bah! je ne risque rien à y jeter un coup d'oeil; au pire, je l'abandonnerai après quelques pages».  Déjà, l'an dernier, j'avais été déçue par une série du même genre et tout aussi populaire, The Parasol Protectorate de Gail Carriger, alors je m'attendais à un résultat similaire.   

Comment vous dire...  J'ai adoré!  Dès le premier chapitre, il y a un chat ailé qui parle avec un faux accent British.  Ai-je besoin d'en dire plus?  Ce chat se nomme Azincourt, du nom de la fameuse bataille où des chats contribuèrent à donner la victoire aux Anglais.  Tout le roman est rempli de petits détails de ce genre.  Imaginez une ambiance à la Arsène Lupin, mais avec de la magie, des fées, des dragons, des arbres parlants et bien d'autres merveilles.  Il y a d'ailleurs de nombreux clins d’œil au fameux gentleman-cambrioleur: la combinaison d'un coffre-fort est 813, la comtesse de Cagliostro est mentionnée, etc.  On fait également un petit salut à une chouette série télévisée de mon adolescence, Les Brigades du Tigre, avec l'apparition du commissaire Valentin et de ses acolytes Pujol et Terrasson.

Je pensais tomber sur une intrigue simpliste, et encore là, pas du tout!  J'étais même parfois mélangée parmi tous les personnages; pour ça, je dis merci à la fonction Recherche de ma liseuse, qui m'a bien servie!  

Le roman est suivi d'une amusante nouvelle reprenant quelques-uns des personnages et où il est question du capitaine Nemo et du Nautilus...  Seul hic, je n'ai pas compris la fin de cette nouvelle!  Peut-être faut-il lire la suite de la série pour en savoir plus?

Je me demande si quelqu'un a pensé créer un jeu de rôle se déroulant dans cet univers.  On pourrait jouer un magicien, un cambrioleur, une enchanteresse (fée bannie d'Ambremer), un policier, voire même un chat ailé.  Je serais volontaire pour y jouer n'importe quand!


Les Enchantements d'Ambremer (Le Paris des merveilles, tome 1) de Pierre Pevel, 2003, 382 p.

26 janvier 2022

Les Soixante-Quinze Feuillets

Les voilà enfin, ces fameux feuillets de Proust, retrouvés il y a quelques années dans les archives d'un éditeur à qui ils avaient été confiés par la nièce du grand écrivain.   

Première constatation: contrairement à ce que je pensais, il ne s'agit pas (à quelques exceptions près) de nouveaux épisodes s'ajoutant à ceux racontés dans À la recherche du temps perdu.  Ce sont plutôt plusieurs variantes de certains passages qu'on connaît déjà: l'angoisse de l'enfant au moment d'aller se coucher, ses promenades d'un côté ou de l'autre de la maison de Combray, sa rencontre du groupe de jeunes filles et ses tentatives pour leur être présenté, etc.

Il s'agit donc d'un recueil qui peut être abordé de deux façons. 

Les spécialistes et autres maniaques proustiens voudront comparer minutieusement ces écrits avec l’œuvre finale, page par page, pour voir ce qui a été changé et ce qui a été conservé, puis en tirer des conclusions sur la méthode de travail de l'écrivain ou sur la signification auparavant cachée de certains épisodes.

Pour les amateurs (dont je suis) ce sera tout simplement l'occasion de retrouver cette plume magnifique et de replonger dans cet univers qu'on a aimé.  Si l'on remarque les différences entre ces brouillons et le produit final, ce sera tout simplement pour s'en amuser. Tiens! se dira-t-on, Marcel n'était pas enfant unique, son frère a disparu! Tiens! il aperçoit pour la première fois les jeunes filles dans la rue à Combray et non sur la plage à Balbec!  Tiens! tels personnages, tels lieux ont changé de nom, et souvent plusieurs fois!  Et sans doute ces premières versions étaient-elles carrément autobiographiques (Proust avait bien un frère, par exemple). 

Seul petit avertissement: comme ce sont souvent les mêmes passages qui reviennent encore et encore, cela peut devenir lassant.  C'est pourquoi je recommande d'étirer la lecture de cet ouvrage sur plusieurs semaines, voire quelques mois.


Les Soixante-Quinze Feuillets de Marcel Proust, 2021, 429 pages incluant les annexes.

22 janvier 2022

Le Vengeur masqué contre les hommes-perchaudes de la Lune

Voici ce que j'appelle une quatrième de couverture réussie:

Moi si j'écrirais un livre je commencerais par une belle grosse faute de grammaire. Et puis je lui donnerais le titre le plus niais, le plus racoleur possible, histoire de bien montrer qu'on n'est pas chez Flaubert ici. 

Après avoir adoré Document 1 de François Blais l'automne dernier, je suis allée farfouiller dans sa bibliographie, et quand j'ai vu ce titre et la présentation ci-dessus, j'ai su que je ne résisterais pas longtemps!

Cela dit, j'aurais peut-être dû attendre un peu plus car j'ai eu un peu de difficulté à accrocher, au début.  Je trouvais que les personnages étaient assez semblables à ceux de son autre roman.  De plus, l'exemplaire fourni par la BAnQ en prêt numérique est un PDF au lieu d'un epub.  Pourquoi?  Je l'ignore.  Toujours est-il que cela est beaucoup moins agréable à consulter sur une liseuse puisqu'il faut rajuster la mise en page à chaque fois qu'on tourne ladite page.  Cela ne m'a certainement pas aidée à apprécier cette lecture.  

Après quelques chapitres, je me suis dit que ce n'était pas pire qu'un Jacques Poulin qui nous ressort toujours le même genre de personnages et que pourtant j'aime beaucoup.  J'ai pu enfin me laisser aller et goûter le reste de l'aventure.

Et la fin, surprenante et assez abrupte, m'a rendue perplexe sur le coup, mais plus j'y pense, plus je la trouve satisfaisante.


Le Vengeur masqué contre les hommes-perchaudes de la Lune de François Blais, 2008, 116 p.

08 janvier 2022

The Twelve (Les Douze)

The Passage (Le Passage), tome 2 

Comme il s'agit d'un tome 2, je serai brève pour éviter trop de répétitions...  

Si vous avez lu mon bilan annuel, vous savez tout le bien que j'ai pensé du tome 1!  J'en pense tout autant du tome 2: intrigue intelligente et exigeante, rythme bien dosé, personnages bien développés... Mais l'avertissement que je vous avais servi s'applique a fortiori ici:  j'avais déjà prévenu mes lecteurs sensibles de la présence d'un contenu violent; eh bien, je ne sais pas si je me fais des idées, mais ça m'a semblé pire dans cette suite!  Plus de violence, plus de détails sordides, mais surtout, cette violence affecte maintenant des personnages que nous aimons, c'est donc à la limite du supportable!  J'espère qu'il n'y aura pas surenchère dans le tome 3 parce que cela pourrait s'avérer trop pour moi.  


The Twelve (The Passage, tome 2) de Justin Cronin, 2012, 633 p.  Titre de la traduction française: Les Douze (Le Passage, tome 2).