18 septembre 2022

The Old Curiosity Shop (Le Magasin d'antiquités) -- abandon

J'ai un peu honte de l'avouer, mais oui, c'est un abandon!  Je me traîne les pieds depuis deux semaines, mais force est de me rendre à l'évidence: je n'accroche pas du tout à cette intrigue qui a piétiné pendant cent pages pour ensuite s'éparpiller dans tous les sens, ni à ces personnages caricaturaux (et trop nombreux, arrête d'en rajouter sans cesse, Charlot!), ni à l'ambiance trop mélodramatique.  Ce roman est parmi les moins connus de Dickens, ceci explique peut-être cela...

Quand le seul personnage auquel on s'attache est un poney facétieux, cela veut tout dire.  Je jette la serviette après trois cent soixante pages, désolée pour les copains du club de lecture de Livraddict!


The Old Curiosity Shop de Charles Dickens, 1841, 603 p.  Titre de la traduction française: Le Magasin d'antiquités.

07 septembre 2022

Pierre et Jean

Début de lecture un peu laborieux: l'édition libre de droits téléchargée sur le site Ebooks libres et gratuits (ELG) était infestée de coquilles!  Leurs numérisations sont généralement de qualité, pourtant...  Après quelques recherches (le PDF offert au prêt numérique de la BAnQ était du même acabit, bizarrement; d'ailleurs je vais voir s'il y a un endroit pour laisser un commentaire à ce sujet sur leur site, comme je l'ai fait sur celui de ELG.), j'ai fini par trouver une édition à peu près parfaite sur le site Bibliothèque électronique québécoise.  Avis aux intéressés!

Une fois réglé ce petit problème, j'ai pu plonger dans ce roman avec délectation.  Comme j'aime la plume de Maupassant!  Il nous entraîne cette fois dans la région du Havre, petite ville portuaire de Normandie.  On y assiste à un drame qui va déchirer une famille bourgeoise jusque-là sans histoire.  À la suite d'une annonce inattendue, jalousie et secrets rendent l'ambiance bien lourde dans la maison des Roland, et les cornes de brume du port et des bateaux semblent répondre à l'humeur des personnages.  J'ai trouvé certaines scènes magiques!  Seule la fin m'a un peu déçue: après toute cette tension dramatique, le dernier chapitre tombe un peu à plat, même si les dernières pages sont touchantes.  Ce n'est qu'un tout petit bémol; dans l'ensemble, j'ai adoré ce roman!  

(En passant, l'image ci-dessus ne correspond à la couverture d'aucune des éditions électroniques mentionnées.)


Pierre et Jean de Guy de Maupassant, 1888, 174 p.

30 août 2022

La Panthère des neiges

Quelle merveille!  Si ce livre ne se retrouve pas dans mon Top 3 annuel, il recevra le prix «On n'a jamais trop de beauté dans nos vies», c'est sûr et certain!

Après la Sibérie, après Bérézina, Sylvain Tesson nous entraîne maintenant au Tibet, sur les traces de l'élusive panthère des neiges, en compagnie de son ami, photographe animalier de son état, de la fiancée de celui-ci, elle-même cinéaste animalière, et d'un étudiant en philo faisant office d'assistant.  

Pour espérer apercevoir enfin le magnifique félin, il faut rester immobile pendant des heures sur les pentes rocailleuses et désertes, par -20°.  Pour tout divertissement, on apercevra de temps en temps un troupeau de yaks, quelques ânes sauvages, un loup ou un renard, un aigle dans le ciel. Le reste du temps on réfléchit  aux origines de la vie, à la place de l'humain dans tout ça, mais aussi on invente des aphorismes jugés plus ou moins réussis par nos compagnons de bivouac!

Tesson fait ici l'éloge de l'attente, de la patience, du silence, dans un monde bruyant au rythme de plus en plus effréné.  Il me perd parfois avec ses élucubrations philosophiques et l'on a de temps en temps l'impression qu'il se regarde écrire (comme on dit «il s'écoute parler»).  Mais je lui pardonne parce qu'il fait preuve de beaucoup d'humour et d'auto-dérision, que ses descriptions de lieux et d'animaux me transportent et qu'il a parfois des flashs (des fulgurances, pour employer un terme à la mode!) qui me coupent le souffle.

Et puis j'adore qu'au détour d'une phrase apparaissent des références à Proust, à Melville, à Flaubert, à Duras, petits clins d’œil qu'il ne prend pas la peine d'expliquer.  En voilà un qui fait confiance à ses lecteurs, et c'est aussi pour cela que je l'aime!

 

La Panthère des neiges de Sylvain Tesson, 2019, 152 p.

28 août 2022

The House in the Cerulean Sea (La Maison au milieu de la mer céruléenne)

«Un roman qui véhicule de beaux messages»...  Voilà exactement le genre de commentaires qui me fait fuir à toutes jambes!  La couverture, bien que jolie, en rajoute une couche en me faisant penser à un album pour enfants.  C'est donc avec énormément d'appréhension que j'ai entamé ce livre de TJ Klune, mais comme il a été choisi pour le club de lecture d'août du forum Livraddict (thème: histoire se déroulant sur une île) et que j'y ai parfois eu de belles surprises (coucou, M. Pevel!), j'ai décidé de lui donner sa chance.

J'ai été enchantée de découvrir un ton à la Neil Gaiman, avec beaucoup d'humour et un personnage principal dans le genre de ceux qu'on retrouve souvent chez lui, un type un peu minable mais sympathique.  Le point de départ n'est pas des plus originaux (une énième institution peuplée d'enfants aux pouvoirs spéciaux), mais les personnages secondaires le sont, et ils sont de surcroît fort attachants.  

Jusqu'à la moitié du bouquin, je nageais dans un bonheur total.  Malheureusement, cela s'est gâté lorsque les fameux messages politiquement corrects se sont pointés, chaussés d'énormes sabots.  Je suis tout à fait pour l'inclusion, la tolérance, l'acceptation de soi et le respect de la différence.  Je n'ai donc nul besoin de me faire enfoncer ces valeurs dans la gorge avec un manche à balai.  Je préfère nettement lorsqu'un auteur soulève des problématiques, en expose les différentes facettes dans toute leur complexité, mais nous laisse arriver à nos propres conclusions.  Fais confiance à tes lecteurs, TJ!

J'ai aussi trouvé que les conflits se règlent un peu trop facilement et que la fin est un peu prévisible, bien que certains rebondissements aient su me surprendre.  Je reste tout de même avec une impression positive et je recommande sans hésiter ce roman pour quand l'envie d'une lecture doudou vous prendra. 


The House in the Cerulean Sea de TJ Klune, 2020, 300 p.  Titre de la traduction française: La Maison au milieu de la mer céruléenne.

26 août 2022

Shopaholic Ties the Knot (L'Accro du shopping dit oui)

Shopaholic, tome 3 (L'Accro du shopping, tome 3)

Quel plaisir de retrouver les fameuses lettres du banquier de Becky, l'accro du shopping et incorrigible dépensière au grand cœur!  Ces missives me font toujours bien rigoler!  Elle a un nouveau banquier, le pauvre ne sait pas encore ce qui l'attend! 

Après ce petit bonheur initial, j'ai un peu déchanté.  Jusqu'au milieu du bouquin, je trouvais que c'était du remâché des tomes précédents.  Rien d'original, rien de surprenant.  Au point que je me suis demandé si j'allais abandonner le reste de la série (qui compte neuf tomes, plus un hors-série non traduit!).

Heureusement, dans la deuxième moitié l'intrigue se corse, un suspense s'installe et surtout plusieurs péripéties sont vraiment très drôle.  La fin n'est pas plus étonnante qu'il faut, mais tout de même satisfaisante.

Pour ceux qui se posent la question, je vais continuer la série, en m'assurant de bien espacer les tomes pour éviter l'effet répétitif! 


Shopaholic Ties the Knot (Shopaholic, tome 3) de Sophie Kinsella, 2003, 407 p.  Titre de la traduction française: L'Accro du shopping dit oui (L'Accro du shopping, tome 3)

19 août 2022

Sur la lecture

Les premières pages de cet essai sont un pur délice puisqu'on a l'impression de se retrouver à Combray!  Proust y raconte ses souvenirs de lecture d'enfance, quand il se cachait pour lire dans un coin reculé du parc ou qu'il rallumait sa lampe pour lire au lit.

Par la suite, ce cher Marcel partage ses idées sur la lecture (comme le titre l'indique!) et le ton devient très intellectuel.  Selon lui, la lecture ne devrait servir qu'à ouvrir notre esprit et nourrir notre vie spirituelle.  Alors que pour moi, certains livres peuvent nous distraire, nous égayer, nous émouvoir, sans nécessairement faire appel à notre intellect, et c'est déjà beaucoup.  Ce qu'il faut, c'est trouver l'équilibre qui nous convient entre les différents types de lecture.

Je me suis assez reconnue dans la description qu'il fait d'un esprit un peu paresseux que la lecture vient éveiller, stimuler.  C'est d'ailleurs l'effet qu'a produit son essai sur mon cerveau, me donnant l'occasion de me questionner sur ma propre conception de cette activité que je chéris pour plusieurs raisons.

L'essai est suivi d'un court article, Journées de lecture, où il explique qu'il se résout à lire quand il a épuisé toute possibilité de rencontrer quelqu'un en personne ou par téléphone (par l'entremise des «demoiselles du téléphone»!  Comme la technologie a évolué depuis...).  Mon propre ordre des priorités est complètement l'inverse! 


Sur la lecture, suivi de Journées de lecture de Marcel Proust, 1906, 51 p.

09 août 2022

La Première Gorgée de bière et autres plaisirs minuscules

Dans ce recueil de courts billets, à mi-chemin entre récits autobiographiques et poèmes en prose,  Philippe Delerm nous entraîne sur les chemins de la mémoire grâce à une trentaine de petites madeleines de Proust. En effet, tel goût, tel son, telle odeur sont pour lui l'occasion de se rappeler les menus plaisirs de la vie quotidienne: écosser des petits pois, manger un croissant en revenant à pied de la boulangerie tôt le matin, prendre un petit porto...  Bien sûr, chaque lecteur n'aura pas vécu exactement ce qu'il raconte, mais souvent une expérience similaire lui viendra à l'esprit.  Par exemple, nous avons peu à Montréal de ces trottoirs roulants qu'il mentionne (peut-être y en a-t-il à l'aéroport?), mais j'ai souvent ressenti ce qu'il décrit en empruntant des escaliers mécaniques. 

C'est frais et léger, parfait pour ces temps de canicule!  Je lirais bien autre chose de cet écrivain si vous avez des titres à me suggérer!


La Première Gorgée de bière et autres plaisirs minuscules de Philippe Delerm, 1997, 94 p.

08 août 2022

Edge of Eternity (Aux portes de l'éternité)

The Century Trilogy, tome 3 (Le Siècle, tome 3)

Est-ce que ça vous fait la même chose?  Quand je termine une série littéraire, je ressens un sentiment de satisfaction, proche cousin de celui du devoir accompli: voilà, cette trilogie fait maintenant partie de mon bagage culturel.  Il peut s'y ajouter un petit pincement au cœur, une vague tristesse.  Je quitte ce monde, je n'y retournerai pas.  Ces personnages, je ne les verrai plus.  

C'est bien le sentiment qui m'habite alors que je viens de (virtuellement) tourner la dernière page de ce roman, les larmes aux yeux... car la fin est fort émouvante.

Pourtant, je dois avouer que ce tome 3 est légèrement inférieur aux deux premiers.  J'y ai trouvé quelques longueurs, surtout dans les parties où l'on se concentre plus sur la vie personnelle des personnages, leurs petites amourettes, leurs querelles.  Ken, je me fiche de savoir qui a couché avec qui, reviens aux Kennedy, à Martin Luther King, au Mur de Berlin, au Kremlin.  C'est là que tu sais être passionnant, nous tenir en haleine les fesses au bord du siège.  Aussi, Ken, pas besoin, chaque fois qu'on revient à un personnage, de nous redire ce qu'il lui est arrivé dans les chapitres précédents.  Ça va, on est capable de suivre!

Néanmoins, cela reste une excellente lecture, et une excellente fin de trilogie!


Edge of Eternity (The Century Trilogy, tome 3) de Ken Follett, 2015, 970 p. Titre de la traduction française: Aux portes de l'éternité (Le Siècle, tome 3)

13 juillet 2022

Libration

Les Voyageurs, tome 2

***Attention, gros divulgâcheur du tome 1***

Quelle déception!

Dans cette suite de l'excellent L'Espace d'un an de Becky Chambers, on suit les aventures de l'intelligence artificielle qui quitte le vaisseau dans un nouveau corps à la fin de ce précédent tome.  En parallèle, on découvre la jeunesse d'un autre personnage, dans des passages qui se déroulent une vingtaine d'années plus tôt.

Ce schéma de deux intrigues entremêlées qui généralement se rejoignent à la fin donne souvent de bons résultats.  Mais cela peut être une arme à double tranchant.  Si une des trames est plus intéressante que l'autre, cela peut devenir très frustrant pour le lecteur.

Malheureusement, c'est en plein ce qui se passe ici. Les péripéties vécues par la jeune fille sont assez bien menées, mais notre intérêt retombe chaque fois qu'on revient à la trame principale.  C'est pourtant un sujet qui m'attirait mais il est très mal traité.  L'intelligence artificielle a de la difficulté à s'adapter à son corps et elle apprend à vivre en société, c'est tout, c'est interminable et pétri de bons sentiments. 

En bref, c'est chiant comme la pluie.  Non, c'est injuste pour la pluie de dire cela!  Hier, justement comme je finissais ce roman, j'ai vu un très bel arc-en-ciel par la fenêtre.  

Du coup, je pense que je ne continuerai pas la série... 


Libration (Les Voyageurs, tome 2) de Becky Chambers, traduit de l'anglais en 2017, 348 p. Version originale: A Closed and Common Orbit (Wayfarers, tome 2), 2016.

12 juillet 2022

Premier sang

Grâce à ce court roman, Amélie Nothomb continue d'améliorer sa cote d'amour dans le classement des auteurs du blogue J'ai lu... (Ne cherchez pas, ce classement n'existe que dans ma tête!)  La proportion est maintenant de quatre aimés pour un détesté, ce n'est pas trop mal!

En effet, j'ai beaucoup apprécié cette biographie romancée de son père, écrite à la première personne et qui se concentre surtout sur son enfance peu ordinaire.  Délaissé par sa mère, il a été élevé par ses grands-parents maternels mais passait ses étés chez la famille Nothomb, cette «tribu de barbares» qui crevaient de faim dans un château du XVIIe siècle.  

Tour à tour amusée, émue ou choquée, je suis restée sous le charme durant toute ma lecture!


Premier sang d'Amélie Nothomb, 2021, 173 p.

10 juillet 2022

Travels with Charley in Search of America (Voyage avec Charley)

L'Amérique était un des sujets de prédilection de John Steinbeck.  Vers la fin de sa vie, il s'est dit qu'il devrait reprendre contact avec son pays au lieu de se fier seulement à sa mémoire.  En 1960, il a donc entrepris de faire le tour du pays à bord d'un genre de camion-roulotte bien équipé, en compagnie de son chien Charley (qui, détail amusant, ne ressemble pas du tout au chien blanc ornant l'édition française de ce livre, puisque c'est en fait un grand caniche noir!).

Lorsque Steinbeck décrit ce fameux camion-roulotte, qu'une compagnie a construit exprès pour lui, j'ai aussitôt pensé à cette tortue avançant sur la route poussiéreuse, transportant sa maison sur son dos, dans les premières pages des Raisins de la colère!

Ceux qui me connaissent ne seront pas surpris d'apprendre que mes passages préférés mettent en scène ce bon vieux Charley!  Quel bon gros toutou, si expressif!  Steinbeck aime souligner tous ses petits défauts et ses manies, mais on sent néanmoins la très grande affection qui les unit.  D'ailleurs, l'écrivain ne se gêne pas pour rire aussi des humains, incluant lui-même!

Si le ton est généralement léger et humoristique, certains passages sont plus sérieux, choquants ou émouvants, en particulier ceux se déroulant dans le Sud, où la déségrégation raciale des écoles provoque de nombreux remous sociaux qui font ressortir le pire chez certains Blancs.  D'ailleurs, vu les controverses actuelles, je m'étonne que ce livre n'ait pas souffert de censure, puisque le mot en «n» y est abondamment utilisé -- de façon non péjorative, comme c'était normal à l'époque!

Tout ça est décrit de la plume magique de l'un des plus grands écrivains américains!


Travels with Charley in Search of America de John Steinbeck, 1962, 238 p.  Titre de la traduction française: Voyage avec Charley.

06 juillet 2022

Les ombres blanches

Comme j'avais adoré Les villes de papier, j'ai été enchantée d'apprendre que Dominique Fortier en avait écrit la suite, et je me suis empressée de la réserver à la bibliothèque numérique.  Le danger était bien sûr d'avoir de trop hautes attentes, mais heureusement je n'ai pas été déçue!  

J'ai beaucoup aimé suivre l'évolution de ces quatre femmes (enfin, trois femmes et une petite fille) affectées par la mort d'Emily Dickinson.  Si Les villes de papier était d'un genre inclassable, ici on est plus résolument dans un roman: plusieurs des personnages ont réellement existé, mais tout ce qui leur arrive est inventé et sert à célébrer la beauté des petites choses du quotidien et surtout le pouvoir des mots, des livres et de la poésie. 

Tout comme dans l’œuvre précédente, Dominique Fortier a inséré ici et là des réflexions tirées de sa propre vie.  Heureusement, ces passages sont plus courts, moins nombreux et surtout mieux intégrés dans le fil du récit.  Ils n'ont pas tendance à nous faire décrocher comme c'était le cas auparavant, car cette fois, on voit mieux le lien avec la partie principale.  

Je vous quitte avec un extrait: 

«Les poèmes d'Emily sont autant d'éclairs, des fulgurances auxquelles Susan se brûle les mains et les yeux.  Elle passe une matinée puis un après-midi à les relire lentement, gardant parfois les mêmes quelques lignes dans le creux de sa paume pendant vingt, trente minutes, serrant si fort qu'elle sent son cœur battre dans le bout de ses doigts.

Ils forment les versets d'un évangile secret.  Ce sont des formules magiques.  Prononcez-les dans le bon ordre, au rythme qu'il faut, une colombe apparaîtra, une flambée dans un chapeau, une guirlande de marguerites; dites-les à l'envers, il pleuvra des sauterelles, le Soleil se dédoublera, les astres s'éteindront dans le ciel, le monde s'abolira.»


Les ombres blanches de Dominique Fortier, 2022, 248 p.

27 juin 2022

État de terreur

Quand deux amies improbables, une auteure de polars anglo-québécoise et une ancienne secrétaire d'État américaine, décident d'écrire ensemble un bouquin, voilà ce que cela donne: un thriller géopolitique qui, sans révolutionner le genre, nous entraîne dans une aventure à travers le monde, de Washington à Islamabad, grâce à une intrigue captivante et bien ficelée, ponctuée de détails très réalistes. 

Celle qui est passée à un cheveu de devenir la première femme présidente des États-Unis en profite pour prendre sa revanche contre un certain ex-président -- qu'elle décrit (sous un pseudonyme transparent) comme un crétin fini, imbu de lui-même, qui a complètement viré sens dessus dessous les différents départements du gouvernement américain et mis en danger l'ordre mondial.  Good for you, girl!

J'ai l'impression qu'elle s'est également gâtée en dénonçant les hauts fonctionnaires qui levaient le nez sur une femme de soixante ans se croyant permis de leur donner des ordres ou peut-être simplement d'émettre des idées!  D'ailleurs, en tant que lectrice voyant poindre la soixantaine au loin là-bas, j'ai apprécié que le personnage principal d'un thriller soit une femme d'âge mur.

J'ai également bien aimé que la traduction soit faite par des Québécois (on salue Lori Saint-Martin et Paul Gagné).  J'ai été enchantée notamment d'y trouver le québécisme «courriel», au lieu de l'horrible mail utilisé par les Français, qui n'a aucun sens puisqu'en fait ce mot désigne en anglais la poste traditionnelle, avec les enveloppes, les timbres, tout ça.  Pour le courrier électronique, les anglos disent plutôt email.  Désolée les cousins, il fallait que ça sorte, maintenant je descends de mes grands chevaux.

 

État de terreur de Hillary Rodham Clinton et Louise Penny, traduit de l'anglais, 2022, 525 p.  Titre original: State of Terror.

23 juin 2022

Marie Stuart

Attention, ce livre pourrait contenir des traces de sexisme et de misogynie.  Nous préférons vous en avertir.

Apprêtez-vous à lever les yeux au ciel quelques fois...  Ce bon vieux Zweig a beaucoup de qualités, on lui pardonnera donc ses quelques remarques au sujet du «sexe faible» et autres notions complètement dépassées.  

Oui, pardonnons-lui, car cette biographie de Marie Stuart, reine d'Écosse au destin tragique, est absolument fascinante!  Il faut presque se pincer tellement on pense être plongé dans un roman d'Alexandre Dumas.  Complots, trahisons, meurtres, enlèvements, messages codés cachés dans des tonneaux de vin, c'est tout simplement abracadabrant!  Et pourtant minutieusement documenté et présenté dans un récit dense mais jamais lourd.

Dans cette lutte entre deux reines, Marie Stuart et Élisabeth I, Zweig prend clairement partie pour la première, mais j'ai apprécié qu'il tente toujours de nous montrer les deux côtés de la médaille, d'expliquer les agissements pas toujours réglo de la reine d'Angleterre, dont il dresse un portrait nuancé mais très sombre, et fort éloigné de celui qu'on trouve dans l'excellent film Elizabeth avec Cate Blanchett. 

Vous avez aimé La Reine Margot?  Jetez-vous sur cette biographie, c'est tout à fait la même ambiance!


Marie Stuart de Stefan Zweig, traduit de l'allemand, 1935, 336 p.  Titre original: Maria Stuart.

14 juin 2022

This Is How You Lose the Time War (Les Oiseaux du temps)

Ouille ouille ouille, les amis, on a frôlé de près l'abandon pur et simple!

Dans la première moitié du livre, je trouvais la plume des deux auteurs trop sophistiquée, très froide, voire même désincarnée (et vraiment difficile à lire en VO).  Les deux héroïnes sont d'abord insaisissables, c'est voulu, mais cela m'empêchait de m'y intéresser.  Lorsque j'arrivais à me les représenter le moindrement (sachant qu'en plus elles changent d'apparence régulièrement), je les trouvais antipathiques.  Comme en plus l'univers où se déroule l'histoire est presque incompréhensible de prime abord (encore là, c'est voulu; les histoires de voyages temporels, c'est souvent difficile à suivre, mais ici c'est encore plus embrouillé que d'ordinaire), je n'avais rien pour m'aider.

Heureusement, les deux personnages évoluent, deviennent de plus en plus attachants, et l'on arrive peu à peu à assembler les pièces du casse-tête.  Et à partir de là c'était gagné, j'ai beaucoup aimé la suite et la fin m'a ravie.  C'est drôle, c'est poétique, c'est émouvant, c'est intrigant, c'est intelligent, c'est surprenant...  Ça ne ressemble à rien de tout ce que j'ai pu lire dans ma vie! 

Je me demande si cela m'est déjà arrivé d'aussi peu accroché au début d'un roman, au point d'avoir failli l'abandonner, pour finalement l'adorer.  Je crois que c'est une première!


This Is How You Lose the Time War de Amal El-Mohtar et Max Gladstone, 2019, 208 p. Titre de la traduction française: Les Oiseaux du temps.

01 juin 2022

Americanah

Comme le roman sélectionné pour le club de lecture de mai du forum Livraddict, sur le thème de la littérature africaine, est Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie (vive le copié/collé!), c'était l'occasion parfaite de découvrir cette auteure nigériane dont j'ai beaucoup entendu parler.  

J'ai d'abord eu un peu de difficulté à y accrocher.  La lecture n'est pas aisée, il y a beaucoup de personnages aux noms inhabituels pour nos oreilles occidentales, des allers-retours dans le temps, mais surtout des tournures de phrases inattendues, tant dans les dialogues que dans la narration.  Les autres participantes du club, qui lisaient la version française, n'ont pas mentionné cette dernière difficulté; j'en conclus que le traducteur a adopté un style plus fluide (mais sans doute y perd-on quelque peu en «couleur locale»?).  Comme je ne m'y connais pas du tout en littérature nigériane, je ne sais pas si ces tournures sont propres à l'auteure elle-même ou sont caractéristiques de la langue du pays...

Après quelques chapitres, je me suis habituée à la plume et j'ai pu apprécier l'intrigue et les différents thèmes abordés.  J'ai toujours aimé les histoires de choc des cultures, et ici il est double!  En effet, l'héroïne subit un premier dépaysement lorsqu'elle arrive aux États-Unis, puis un deuxième lorsqu'elle retourne au Nigeria une dizaine d'années plus tard!  

Ce sont toutefois les réflexions sur la race et le racisme qui sont au cœur du roman.  L'auteure arrive à bien brasser la cage, à nous remettre en question, nous, Blancs occidentaux, mais sans qu'on se sente jamais agressé.  C'est quand même un tour de force! Elle dit notamment qu'elle ne s'est jamais sentie Noire avant d'arriver aux États-Unis...  Elle examine également les relations amoureuses interraciales, et même les relations entre Noirs africains et américains, ce qui est fort original. 

Tout cela en nous présentant des personnages bien développés et attachants, en particulier l'héroïne, qui est à la fois solide et fragile, et dont j'ai adoré le franc-parler! 

J'ai un autre titre de cette auteure sur ma «liste de souhaits» depuis... une quinzaine d'années? Maintenant j'ai très hâte de le lire!

 

Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie, 2013, 470 p.  Titre de la traduction: Americanah.


17 mai 2022

The City of Mirrors (La Cité des miroirs)

The Passage (Le Passage), tome 3

Et voilà, c'est la fin de cette formidable trilogie de Justin Cronin, intéressant mélange de science-fiction (sous-genre post-apocalyptique) et de fantastique.

Même si ce dernier tome reste très satisfaisant et clôt bien la série, je dois avouer qu'il m'a un peu moins emballée que les deux précédents.  Quelques longueurs plombent un peu le rythme et, surtout, il y a vers la fin un événement qui m'a semblé un peu trop tiré par les cheveux (je ne peux élaborer davantage sans divulgâcher...).   

Par contre, j'ai été soulagée de constater qu'il n'y a pas eu escalade de violence, comme je le craignais.  Je dirais même que ce tome-ci est le «moins pire» des trois, de ce point de vue!  

Ici encore, on peut remarquer l'influence marquée de Stephen King, notamment dans le personnage de Fanning, qui m'a rappelé le Dark Man (l'Homme en noir) qu'on retrouve dans plusieurs de ses romans. Un personnage qui donne froid dans le dos!

Malgré les quelques bémols énoncés ci-dessus, je recommande chaudement cette série à tous ceux qui aiment les intrigues assez complexes et non linéaires, avec de multiples personnages très bien développés  (âmes sensibles, s'abstenir, car il y a quelques passages à la limite du supportable dans les deux premiers tomes).


The City of Mirrors (The Passage, tome 3) de Justin Cronin, 2016, 602 p.  Titre de la traduction française: La Cité des miroirs (Le Passage, tome 3).

07 mai 2022

Mille secrets mille dangers

Ayant entendu parler de ce roman d'Alain Farah (écrivain auparavant inconnu de moi) à la radio et dans un balado, j'avais cru comprendre que c'était assez dense comme lecture, mais finalement non, pas du tout.  

Je l'ai dévoré en trois jours, et pourtant ce n'est rien de simple, je dirais même qu'il suscite de nombreuses réflexions sur le deuil, l'amitié, la famille, la maladie, l'immigration et surtout la réalité qu'on refuse de voir et qui finit par nous rejoindre malgré tout.  Mais tout se trouve en fait dans le non-dit, jusqu'à la toute fin où les pièces du casse-tête s'assemblent...  En attendant, l'auteur nous promène d'une époque à l'autre, d'un quartier de Montréal à l'autre, sans jamais nous perdre.  

Une belle découverte! 


Mille secrets mille dangers d'Alain Farah, 2021, 512 p.

02 mai 2022

Project Hail Mary (Projet Dernière Chance)

Un homme se réveille dans une étrange pièce.  Dans les couchettes voisines, il aperçoit deux cadavres momifiés.  Il découvre qu'il se trouve seul à bord d'un vaisseau spatial, mais ne se souvient ni de son propre nom, ni de ce qu'il fait là...

C'est ainsi que débute le nouveau roman d'Andy Weir, dont j'avais beaucoup aimé The Martian (Seul sur Mars).  Mais je vais avoir énormément de difficulté à vous en parler sans rien divulgâcher!  Je ne peux vous dire quels sont les thèmes abordés, pourquoi j'ai adoré la fin, quels petits détails m'ont semblé tirés par les cheveux...  Ce sera donc un très court billet!  Sachez seulement qu'il y a un bon équilibre entre le rire et l'émotion, d'intéressants flashbacks à mesure que le personnage retrouve la mémoire, ainsi que beaucoup d'explications scientifiques (ce qui ne plaira pas à tout le monde, vous voilà avertis).  Si le petit peu que j'ai pu vous dévoiler a su attiser votre curiosité, vous savez quoi faire! 


Project Hail Mary d'Andy Weir, 2021, 403 p.  Titre de la traduction française: Projet Dernière Chance.

29 avril 2022

Les Mémoires d'un chat

N'est-elle pas jolie, cette couverture?  (Bon, en réalité, le chat du roman ne ressemble pas du tout à celui-là, mais ce n'est pas bien grave!)

Malheureusement, mon émerveillement s'est arrêté à cette belle devanture.  L'histoire à l'intérieur m'a semblé plutôt banale et prévisible.  Deux défauts qui peuvent généralement être compensés par une plume élégante ou originale.  Or, j'ai trouvé ladite plume assez terne, et même quelquefois maladroite.  Il y a parfois des répétitions et, surtout, les motivations des personnages sont soulignées à gros traits, ce que je trouve toujours insupportable.

De plus, j'ai trouvé la traduction très franco-française: «avoir la pêche», «ça va le faire», «se prendre un râteau»...  On est à Tokyo ou à Paris?  Quand l'action se déroule dans un pays exotique, la langue (à défaut d'arriver à faire «couleur locale») devrait être le français international, sinon il y a un décalage qui me fait décrocher à tout coup. 

Seule la fin trouve grâce à mes yeux. Elle est assez touchante pour que j'aie eu les larmes aux yeux (alors que, jusque-là, la seule émotion ressentie avait été l'ennui).  

Arikawa, Ogawa, Higashino...Trois auteurs japonais, trois rendez-vous plus ou moins ratés!  Heureusement qu'il y a Murakami, sinon j'aurais pu penser que cette littérature n'est pas faite pour moi! 


Les Mémoires d'un chat de Hiro Arikawa, traduit du japonais, 2017, 228 p.  Titre de la version originale: Tabineko Ripôto (2015).

17 avril 2022

The Bonfire of the Vanities (Le Bûcher des vanités)

Je vous l'ai sans doute déjà dit, j'ai souvent de la difficulté avec les romans où aucun personnage n'est sympathique.  Sans avoir nécessairement besoin de m'y identifier, il faut généralement que j'éprouve une certaine empathie envers l'un d'eux, qu'un lien se tisse entre nous. 

Or, ici, rien de tel ne s'est produit.  Les personnages sont tous des arrivistes égocentriques, s'ils ne sont pas carrément crapuleux.  Et pourtant, j'ai trouvé ce roman de Tom Wolfe absolument passionnant, ce qui en dit long sur la force de sa plume.  Il nous dresse un portrait sans pitié du New York des années quatre-vingt.  Personne ne trouve grâce à ses yeux, pas plus les groupes de pression des Noirs du Bronx que les financiers de Wall Street ou les avocats et les procureurs du système de justice américain.  On rit beaucoup (souvent jaune) tout en tournant les pages le plus vite possible tant l'intrigue est bien menée et les caractères finement peints (sans oublier les descriptions hilarantes de la mode de ces années-là!). 


The Bonfire of the Vanities de Tom Wolfe, 1987, 690 p.  Titre de la traduction française: Le Bûcher des vanités.

22 mars 2022

Chroniques du Pays des Mères

J'ai longtemps hésité à lire ce roman d'Élisabeth Vonarburg.  Je savais qu'il y était question d'une société matriarcale et que tout le vocabulaire y était féminisé, et je craignais que cela soit agaçant à lire.  Par contre, je m'attendais à aimer l'intrigue puisque je suis généralement bon public pour les romans d'anticipation ou post-apocalyptiques (on se situe ici à la frontière entre les deux sous-genres).

 Or, c'est exactement l'inverse qui s'est produit.  J'ai trouvé le travail sur la langue fort bien intégré; on s'habitue rapidement au féminin qui l'emporte sur le masculin, et à certains mots ayant changé de genre: une animale, une papillonne, etc.  Par contre, j'ai un peu honte d'avouer que je me suis ennuyée ferme durant la majeure partie du récit.  

Pour être juste, j'ai beaucoup aimé la première partie, alors que l'héroïne Lisbeï est enfant et qu'on découvre en même temps qu'elle le monde qui l'entoure et le fonctionnement de la société, dans une ambiance qui m'a un peu rappelé La Servante écarlate de Margaret Atwood, en moins glauque, toutefois.  

Mais par la suite, je suis allée de frustration en frustration: il ne se passe pas grand-chose!  Dès que la tension monte un peu et qu'il va peut-être y avoir de l'action, hop! on fait un saut dans le temps et les événements nous sont racontés en quelques lignes.  Le reste du temps, ce ne sont que palabres et discussions historico-philosophico-religieuses interminables.  Des chapitres entiers au sujet d'une religion fictive, ça me semble d'un intérêt discutable.  

La fin est bien trouvée, mais pour moi c'était trop peu, trop tard!


Chroniques du Pays des Mères d'Élisabeth Vonarburg, nouvelle édition de 1999, 628 p.

09 mars 2022

Tehanu

Earthsea (Terremer), tome 4

Je me répète, mais... que j'aime la plume d'Ursula Le Guin!  

Dans ce tome-ci, il n'y a pas énormément d'action mais quelle ambiance du tonnerre!  On alterne entre des moments de tension à couper le souffle et d'autres plus paisibles.  On s'attache énormément aux personnages, notamment aux deux héroïnes, Tenar (rencontrée d'abord dans le tome 2) et la petite Therru. Mine de rien, il y a un petit côté féministe au propos, plus développé que dans les autres histoires, peut-être parce que celle-ci a été écrite beaucoup plus tard, si je me fie à l'année de publication?  Et puis, il y a des dragons!  Inutile d'en dire plus, pas vrai?

J'ai donc terminé cette intégrale qui regroupe les quatre principaux romans de la série Earthsea.  Je ne sais pas encore si je lirai les contes et nouvelles reliés à ce monde, étant donné que ces genres littéraires m'attirent moins.  Pour continuer avec cette formidable auteure (c'est un scandale qu'elle ne soit pas plus connue, selon moi!), je vais essayer ses écrits en science-fiction, avec son roman au joli titre, La Main gauche de la nuit

Oh! mais après avoir écrit le paragraphe ci-dessus, je vois qu'un autre roman de la série Earthsea a été publié en 2001, je ne savais pas!  Je frétille de joie!  Mais je me demande pourquoi il ne fait pas partie de cette intégrale, c'est bizarre...  Il faut dire que les différentes éditions de cette série, c'est un vrai bordel.  Une chatte y perdrait ses petits!


Tehanu (Earthsea, tome 4), d'Ursula Le Guin, 1990, 212 p.  Titre de la traduction française: Tehanu (Terremer, tome 4).

04 mars 2022

Les chars meurent aussi

En voilà un, bon petit roman!  

J'ai toujours trouvé que la force de Marie-Renée Lavoie était dans ses dialogues, ceux en joual, en particulier.  Cela se confirme ici: amusants et fins, ces dialogues sont d'un grand réalisme.  Et cela, même lorsque les interlocuteurs sont des enfants, ce qui n'est pas facile à réussir. Cela fait de ce roman d'apprentissage, malgré un tournant plus dramatique qui a su me surprendre, une lecture légère et divertissante doublé d'un hommage à la littérature populaire. 

Petit bonus sympathique, on rencontre des personnages des autres romans de l'auteure, notamment Joe, l'adolescente de La Petite et le Vieux.  


Les chars meurent aussi de Marie-Renée Lavoie, 2018, 248 p.

25 février 2022

Le Gentilhomme au pourpoint jaune

Le Capitaine Alatriste, tome 5

Un court billet puisqu'il s'agit d'un tome 5 et que vous savez déjà tout le bien que  je pense de cette série et de son auteur, l'écrivain Arturo Pérez-Reverte, qui a su moderniser les histoires de cape et d'épée à la Dumas...

Dans ce tome, j'ai trouvé l'intrigue un peu lente à démarrer.  Dans les cinquante premières pages, nos héros ne font que visiter différents lieux de Madrid et rencontrer divers personnages.  Heureusement par la suite cela devient tout à fait passionnant, lorsque les amours d'Inigo et de son maître, le capitaine Alatriste à la moustache imperturbable, les entraînent dans un complot aux ramifications politiques importantes.  Coups et bosses s'ensuivent.  


Le Gentilhomme au pourpoint jaune (Le Capitaine Alatriste, tome 5) d'Arturo Pérez-Reverte, 2004, 336 p.  Titre de la version originale: El caballero del jubón amarillo.

20 février 2022

Mort (Mortimer)

Discworld (Les Annales du Disque-Monde), tome 4

Toujours un plaisir de retrouver l'univers déjanté du Disque-Monde!  Comme dans les tomes précédents, j'ai adoré l'humour et l'intelligence de Pratchett.  Pour ne pas trop me répéter, je n'ajoute ici que quelques observations. 

1) J'ai été un peu déçue que le personnage de la Mort (tellement rigolo!) ne soit finalement pas si présent dans ce tome.  On y suit surtout les aventures de son apprenti, Mortimer.

2) Je suis plus que jamais convaincue qu'il faut lire Pratchett en version originale...  Dans la traduction, le cheval Binky s'appelle Bigadin! M'enfin!?!

3) Il y a plusieurs théories sur l'ordre de lecture à privilégier pour cette immense série.  On m'a déjà dit qu'à part les tomes 1 et 2, on pouvait les lire dans le désordre; d'autres pensent qu'il faut les lire par cycle (cycle de Rincevent, cycle des sorcières, etc.) ou encore par ordre de parution, sans tenir compte des cycles.  Je pensais y aller plus ou moins par cycle, c'est pourquoi j'ai lu le tome 5 après les tomes 1 et 2 et que maintenant je viens de lire le tome 4 (1er du cycle de la Mort) en mettant de côté le tome 3.  Mais j'ai remarqué que Pratchett faisait plusieurs clins d’œil aux personnages des tomes précédents et qu'on manque quelque chose si on ne les a pas lus.  Dorénavant je vais donc tenter de les lire par ordre de parution, en autant que je puisse mettre la main sur l'édition numérique ou papier à la bibliothèque.  Mon prochain sera donc le tome 3, Equal Rites (La Huitième Fille), premier du cycle des Sorcières.  (Désolée pour ce long aparté qui ne sera intelligible qu'aux amateurs!)

4) Pour tenter de comprendre le blabla du point 3, on peut se référer à ce plan.


 

Mort (Discworld, tome 4) de Terry Pratchett, 1987, 315 p. Titre de la traduction française: Mortimer (Les Annales du Disque-Monde, tome 4).

14 février 2022

Rationality (Rationalité)

Mince alors, je ne savais pas que je m'étais inscrite à un cours de mathématiques!

C'est la réflexion que je me suis faite à la lecture de cet essai, du moins durant les chapitres portant sur les probabilités et les statistiques.  Je comprends bien que ces notions sont nécessaires pour comprendre le reste du livre mais j'ai trouvé que c'était beaucoup trop long et trop développé pour le commun des mortels.  

Heureusement, les autres parties sont tout à fait passionnantes: Steven Pinker nous parle des différents types de biais cognitifs qui affectent notre jugement rationnel et réussit à nous rendre ces notions compréhensibles grâce à des exemples concrets.  Par exemple, le biais de confirmation, qui nous pousse à rechercher les preuves qui confirment notre opinion et à ignorer inconsciemment celles qui l'infirment.  De mauvaises connaissances en logique et en statistique peuvent aussi nous nuire et nous empêcher de remettre en question des fausses nouvelles, des théories du complot et autres rumeurs.  Encore plus inquiétant, bien des médecins se trompent en interprétant les résultats de tests diagnostics. (Note à moi-même: creuser davantage le théorème de Bayes, car je n'ai pas tout compris!)

L'auteur nous rappelle en conclusion l'importance du discours rationnel dans le progrès de la civilisation: fin de l'esclavage, démocratie, droits des femmes et des minorités, etc.  Bien souvent, ces avancées ont été précédées (souvent de plusieurs décennies) de textes scientifiques ou intellectuels remettant en question des idées qu'on considérait jusque-là dans l'ordre des choses. 

Malgré le côté aride d'une partie de cet essai, je suis bien contente de l'avoir lu, car il présente des réflexes intellectuels qu'on devrait absolument développer.  Il m'a rappelé l'excellent Petit Cours d'auto-défense intellectuelle de Normand Baillargeon.  D'ailleurs, M. Baillargeon, ne serait-il pas temps d'une édition revue et augmentée de ce manuel si utile, avec de nouveaux chapitres sur les réseaux sociaux et les fausses nouvelles?

 

Rationality de Steven Pinker, 2021, 369 p.  Titre de la traduction française: Rationalité.

08 février 2022

La délicatesse

Après avoir beaucoup aimé le film Le Mystère Henri Pick, basé sur un roman de David Foenkinos, je m'étais dit que je devrais lire un de ses livres, mais le projet ne s'était jamais concrétisé.  Jusqu'à ce que, il y a quelques semaines, j'aie besoin d'un bouquin dont le nombre de pages se termine par dix (c'est une consigne du jeu de Scrabble littéraire auquel je participe sur le forum Livraddict) et qu'on me suggère La Délicatesse et ses 210 pages!  De plus, cela me permettait de faire une courte pause dans la lecture d'un essai un peu lourd.  Le destin prend parfois des chemins tortueux pour nous faire rencontrer un écrivain, n'est-ce pas?

Et ce fut une très belle rencontre!  

L'intrigue en elle-même ne m'a pas épatée et je ne me suis pas tellement attachée au personnage principal, une jeune femme qui doit se reconstruire après un deuil.  Je crois qu'elle était trop belle, trop parfaite.  J'ai trouvé le personnage masculin plus sympathique, mais il ne fait son apparition qu'au milieu du récit.  

C'est la plume de l'écrivain que j'ai trouvée délicieuse et d'une grande... délicatesse! (J'étais très fière de cette petite blague jusqu'à ce que je constate que la moitié des commentateurs l'avaient faite avant moi.)  J'ai adoré son humour pince-sans-rire, ces petites pointes qui arrivent de façon tout à fait inattendue!  Le texte est découpé en très courts chapitres, ce qui lui donne beaucoup de rythme, et il comporte de temps en temps d'amusantes listes: les trois livres préférés de Nathalie, les gagnants du championnat mondial de puzzle en 2008, exemples de dictons ridicules que les gens aiment répéter, etc.  D'ailleurs cela m'a rappelé un autre excellent roman utilisant un procédé similaire, High Fidelity (Haute Fidélité) de Nick Hornby (dans son cas, c'était toujours sous la forme de Top 5).  

Seul petit hic (et là, je m'adresse à l'éditeur de la version numérique): le texte comporte quelques notes de bas de page, mais celles-ci, au lieu d'être en bas de page comme dans la version papier, ou en fin de chapitre, sont regroupées en plein milieu du livre (à la fin du chapitre 63, et cela n'est nullement indiqué dans la table des matières) pour la première moitié des notes, et à la toute fin pour la deuxième moitié, mais sur la même page que la dernière phrase du roman, qu'on ne peut donc s'empêcher de lire.  C'est vraiment mal fait, je ne suis pas fière de vous, monsieur l'éditeur.

Je n'en resterai pas là avec David Foenkinos et je suis ouverte à vos suggestions...  En terminant, je vous laisse avec un petit extrait qui m'a plu: 

[Markus est nerveux avant son premier rendez-vous avec Nathalie] «Surtout, il ne fallait pas parler travail.  Interdiction d'évoquer le dossier 114.  Ne pas laisser déteindre l'après-midi sur leur soirée.  Mais qu'est-ce qu'ils allaient se dire alors?  On ne change pas comme ça d'environnement.  Ils allaient être comme deux bouchers à un congrès de végétariens.  Non, c'était absurde.  Le mieux était peut-être d'annuler.  Il était encore temps.  Problème de force majeure.  Oui, je suis désolé, Nathalie.  J'aurais tellement aimé, vous le savez bien, mais bon, c'est juste qu'aujourd'hui maman est morte.  Ah non, pas bon, ça, trop violent.  Et trop Camus, pas bon le Camus pour annuler.  Sartre, bien mieux.  Je ne peux pas ce soir, vous comprenez, l'enfer c'est les autres.  Une petite tonalité existentialiste dans la voix, ça passerait bien.»


La délicatesse de David Foenkinos, 2009, 210 p.

30 janvier 2022

Les Enchantements d'Ambremer

 Le Paris des Merveilles, tome 1

Ok, je dois vous avouer quelque chose: des fois, j'ai des idées préconçues.  Aussi, des fois, je me fourre le doigt dans l’œil.  Voilà, c'est dit.

Ainsi, j'étais convaincue que cette série de romans de Pierre Pevel n'était pas pour moi. Trop en vogue?  Je ne sais trop.  Je croyais en plus que c'était de la littérature jeunesse, alors qu'il n'en est rien.  

Comme le tome 1 a été choisi pour le club de lecture Livraddict de janvier, et qu'en plus il était disponible en prêt numérique, je me suis dit: «bah! je ne risque rien à y jeter un coup d'oeil; au pire, je l'abandonnerai après quelques pages».  Déjà, l'an dernier, j'avais été déçue par une série du même genre et tout aussi populaire, The Parasol Protectorate de Gail Carriger, alors je m'attendais à un résultat similaire.   

Comment vous dire...  J'ai adoré!  Dès le premier chapitre, il y a un chat ailé qui parle avec un faux accent British.  Ai-je besoin d'en dire plus?  Ce chat se nomme Azincourt, du nom de la fameuse bataille où des chats contribuèrent à donner la victoire aux Anglais.  Tout le roman est rempli de petits détails de ce genre.  Imaginez une ambiance à la Arsène Lupin, mais avec de la magie, des fées, des dragons, des arbres parlants et bien d'autres merveilles.  Il y a d'ailleurs de nombreux clins d’œil au fameux gentleman-cambrioleur: la combinaison d'un coffre-fort est 813, la comtesse de Cagliostro est mentionnée, etc.  On fait également un petit salut à une chouette série télévisée de mon adolescence, Les Brigades du Tigre, avec l'apparition du commissaire Valentin et de ses acolytes Pujol et Terrasson.

Je pensais tomber sur une intrigue simpliste, et encore là, pas du tout!  J'étais même parfois mélangée parmi tous les personnages; pour ça, je dis merci à la fonction Recherche de ma liseuse, qui m'a bien servie!  

Le roman est suivi d'une amusante nouvelle reprenant quelques-uns des personnages et où il est question du capitaine Nemo et du Nautilus...  Seul hic, je n'ai pas compris la fin de cette nouvelle!  Peut-être faut-il lire la suite de la série pour en savoir plus?

Je me demande si quelqu'un a pensé créer un jeu de rôle se déroulant dans cet univers.  On pourrait jouer un magicien, un cambrioleur, une enchanteresse (fée bannie d'Ambremer), un policier, voire même un chat ailé.  Je serais volontaire pour y jouer n'importe quand!


Les Enchantements d'Ambremer (Le Paris des merveilles, tome 1) de Pierre Pevel, 2003, 382 p.

26 janvier 2022

Les Soixante-Quinze Feuillets

Les voilà enfin, ces fameux feuillets de Proust, retrouvés il y a quelques années dans les archives d'un éditeur à qui ils avaient été confiés par la nièce du grand écrivain.   

Première constatation: contrairement à ce que je pensais, il ne s'agit pas (à quelques exceptions près) de nouveaux épisodes s'ajoutant à ceux racontés dans À la recherche du temps perdu.  Ce sont plutôt plusieurs variantes de certains passages qu'on connaît déjà: l'angoisse de l'enfant au moment d'aller se coucher, ses promenades d'un côté ou de l'autre de la maison de Combray, sa rencontre du groupe de jeunes filles et ses tentatives pour leur être présenté, etc.

Il s'agit donc d'un recueil qui peut être abordé de deux façons. 

Les spécialistes et autres maniaques proustiens voudront comparer minutieusement ces écrits avec l’œuvre finale, page par page, pour voir ce qui a été changé et ce qui a été conservé, puis en tirer des conclusions sur la méthode de travail de l'écrivain ou sur la signification auparavant cachée de certains épisodes.

Pour les amateurs (dont je suis) ce sera tout simplement l'occasion de retrouver cette plume magnifique et de replonger dans cet univers qu'on a aimé.  Si l'on remarque les différences entre ces brouillons et le produit final, ce sera tout simplement pour s'en amuser. Tiens! se dira-t-on, Marcel n'était pas enfant unique, son frère a disparu! Tiens! il aperçoit pour la première fois les jeunes filles dans la rue à Combray et non sur la plage à Balbec!  Tiens! tels personnages, tels lieux ont changé de nom, et souvent plusieurs fois!  Et sans doute ces premières versions étaient-elles carrément autobiographiques (Proust avait bien un frère, par exemple). 

Seul petit avertissement: comme ce sont souvent les mêmes passages qui reviennent encore et encore, cela peut devenir lassant.  C'est pourquoi je recommande d'étirer la lecture de cet ouvrage sur plusieurs semaines, voire quelques mois.


Les Soixante-Quinze Feuillets de Marcel Proust, 2021, 429 pages incluant les annexes.

22 janvier 2022

Le Vengeur masqué contre les hommes-perchaudes de la Lune

Voici ce que j'appelle une quatrième de couverture réussie:

Moi si j'écrirais un livre je commencerais par une belle grosse faute de grammaire. Et puis je lui donnerais le titre le plus niais, le plus racoleur possible, histoire de bien montrer qu'on n'est pas chez Flaubert ici. 

Après avoir adoré Document 1 de François Blais l'automne dernier, je suis allée farfouiller dans sa bibliographie, et quand j'ai vu ce titre et la présentation ci-dessus, j'ai su que je ne résisterais pas longtemps!

Cela dit, j'aurais peut-être dû attendre un peu plus car j'ai eu un peu de difficulté à accrocher, au début.  Je trouvais que les personnages étaient assez semblables à ceux de son autre roman.  De plus, l'exemplaire fourni par la BAnQ en prêt numérique est un PDF au lieu d'un epub.  Pourquoi?  Je l'ignore.  Toujours est-il que cela est beaucoup moins agréable à consulter sur une liseuse puisqu'il faut rajuster la mise en page à chaque fois qu'on tourne ladite page.  Cela ne m'a certainement pas aidée à apprécier cette lecture.  

Après quelques chapitres, je me suis dit que ce n'était pas pire qu'un Jacques Poulin qui nous ressort toujours le même genre de personnages et que pourtant j'aime beaucoup.  J'ai pu enfin me laisser aller et goûter le reste de l'aventure.

Et la fin, surprenante et assez abrupte, m'a rendue perplexe sur le coup, mais plus j'y pense, plus je la trouve satisfaisante.


Le Vengeur masqué contre les hommes-perchaudes de la Lune de François Blais, 2008, 116 p.

08 janvier 2022

The Twelve (Les Douze)

The Passage (Le Passage), tome 2 

Comme il s'agit d'un tome 2, je serai brève pour éviter trop de répétitions...  

Si vous avez lu mon bilan annuel, vous savez tout le bien que j'ai pensé du tome 1!  J'en pense tout autant du tome 2: intrigue intelligente et exigeante, rythme bien dosé, personnages bien développés... Mais l'avertissement que je vous avais servi s'applique a fortiori ici:  j'avais déjà prévenu mes lecteurs sensibles de la présence d'un contenu violent; eh bien, je ne sais pas si je me fais des idées, mais ça m'a semblé pire dans cette suite!  Plus de violence, plus de détails sordides, mais surtout, cette violence affecte maintenant des personnages que nous aimons, c'est donc à la limite du supportable!  J'espère qu'il n'y aura pas surenchère dans le tome 3 parce que cela pourrait s'avérer trop pour moi.  


The Twelve (The Passage, tome 2) de Justin Cronin, 2012, 633 p.  Titre de la traduction française: Les Douze (Le Passage, tome 2).