31 juillet 2019

Péplum

L'idée de départ est fort originale: parce qu'elle a deviné que l'éruption du Vésuve n'était pas due à des causes naturelles, Amélie Nothomb est transportée au XXVIe siècle par le scientifique responsable du cataclysme.  Des réparties intelligentes et une fin amusante auraient pu faire de ce roman une lecture fort agréable.

Là où le bât blesse, c'est dans le ton hargneux des deux protagonistes.  D'un bout à l'autre, ils ne font que s'engueuler et se lancer des noms d'oiseaux.  Et comme le texte n'est constitué que de ce dialogue, notre cerveau n'a pas la moindre petite description de poignée de porte pour se reposer les nerfs. Je me suis donc lassée assez rapidement, et seule la curiosité de voir comment cela allait se terminer m'a empêchée d'abandonner.

Ne connaissant de Nothomb que deux de ses romans de style autobiographique (Stupeur et Tremblements et Ni d'Ève ni d'Adam, beaucoup aimés d'ailleurs), je voulais tenter ceux d'un genre différent... Ce n'est pas très concluant, suis-je mal tombée?


Péplum d'Amélie Nothomb, 1996, 153 p.

30 juillet 2019

Premier bilan après l'apocalypse

Ce livre se veut une suite à Dernier inventaire avant liquidation, dans lequel Frédéric Beigbeder commentait la liste des cinquante livres du XXe siècle préférés des Français.  Dix ans plus tard, il nous dresse sa propre liste des cent meilleurs livres, en se permettant de déborder un peu (fin XIXe - début XXIe).

Alors la preuve est faite maintenant, Beigbeder et moi n'apprécions pas du tout les même choses en littérature!  Il aime le glauque, les histoires de perdants, de drogués, d'alcoolos, de prostituées, de psychopathes, et moi j'aime... tout le contraire!

Son numéro un: American Psycho de Brett Easton Ellis.
Mon numéro un: Le Seigneur des anneaux de J.R.R Tolkien.

Ça vous donne une idée?  Même lorsqu'il cause d'un auteur que j'adore, par exemple Gabriel Garcia Marquez (sachant tout de même qu'il a déjà abordé Cent ans de solitude* dans Dernier inventaire...), il choisit le titre qui m'attire le moins (Mémoires de mes putains tristes, dont le résumé me semble sordide).

Quelques exceptions confirment la règle comme il se doit: il discute joliment de L'Écume des jours de Vian, de La Ferme africaine de Karen Blixen, de Colette, de San-Antonio (probablement imbuvable aujourd'hui, mais que de bons souvenirs...), aborde avec doigté Si c'est un homme de Primo Levi et Les Bienveillantes de Jonathan Littell, m'a donné le goût de découvrir Jonathan Safran Foer et Dave Eggers, m'a rappelé que je voulais lire L'Adversaire d'Emmanuel Carrère et n'importe quoi de Nicolas Bouvier, et d'une façon générale a élargi ma culture personnelle puisqu'il y a au moins 50% des auteurs de sa liste dont je n'avais jamais entendu parler!

Quant à l'apocalypse du titre, c'est rien de moins que la fin du livre papier, des librairies et de la littérature elle-même que cet oiseau de malheur nous annonce.  Personnellement, je ne vois pas pourquoi les deux supports ne pourraient pas coexister en toute complémentarité; et si le numérique devait l'emporter, en quoi cela signifierait-il la fin du roman? 

Et vous, ce serait quoi votre numéro un du XXe siècle?


 * À propos de Cent Ans de solitude, l'écrivain Jean Barbe a présenté avec passion ce livre-culte durant l'émission radio Dessine moi un été de dimanche. Ça m'a donné le goût de le relire, tiens!


Premier bilan après l'apocalypse de Frédéric Beigbeder, 2011, 429 p.

16 juillet 2019

Apaise le temps

Après le pur ravissement d'Effroyables Jardins (hein, c'est en 2010 que j'ai lu ce petit bijou?  J'aurais dit que cela ne faisait que trois ou quatre ans!  Ce doit être qu'il m'a fait forte impression...), j'avais peut-être mis la barre un peu haute.

L'intrigue principale (le gars qui hérite d'une petite librairie indépendante criblée de dettes) m'a semblé peu originale et sous-développée.  L'intrigue secondaire (le passé trouble de certains personnages ou de membres de leur famille) manquait de mise en contexte, je n'arrivais pas à démêler les différentes factions liées à la guerre d'indépendance algérienne.  Quant à la morale de l'histoire, elle m'a semblé manquer de subtilité et relever du «politiquement correct».

À part quelques descriptions de personnages qui m'ont fait sourire, c'est une déception sur toute la ligne. 


Apaise le temps de Michel Quint, 2016, 104 p.

14 juillet 2019

Chronique d'une mort annoncée

Mince alors, qu'elle est laide cette couverture!  J'aime les yeux de ce bon vieux GGM, mais avec ces barres rouges, ça ne va pas du tout!

Heureusement, le contenu est beaucoup plus agréable que le contenant, grâce à la plume truculente de Garcia Marquez et à une construction fort ingénieuse.

En effet, la mort du titre est doublement annoncée.  D'abord à nous lecteurs, dès l'incipit:  
Le jour où il allait être abattu, Santiago Nasar s'était levé a cinq heures et demie du matin pour attendre le bateau sur lequel l'évêque arrivait.
Mais aussi annoncée à tout le village, dont presque tous les habitants savent plusieurs heures à l'avance que les frères Vicario veulent trucider Santiago Nasar pour une question d'honneur.  Tout l'intérêt de l'intrigue réside dans la reconstitution des événements, suite de coïncidences et de hasards qui ont entraîné la réalisation de la menace, comme si le Destin s'en était mêlé.

D'après les commentaires que j'ai lus ici et là, plusieurs y ont vu un drame poignant.  Est-ce qu'on a lu le même livre?  Moi je l'ai vu plus comme un jeu, presque comme un exercice de style.  Le personnage principal n'étant pas complètement sympathique (il profite de chaque occasion pour tripoter la fille adolescente de sa cuisinière), et même s'il est sans doute innocent du crime dont on l'accuse, jamais je ne me suis sentie attristée du sort qui l'attendait.  À la limite, j'ai même eu plus de compassion pour les meurtriers, écrasés par le poids de la tradition et la fatalité à laquelle ils tentent en vain d'échapper.  Par ailleurs, il y a beaucoup d'humour, et même un petit clin d’œil à Cent Ans de solitude lorsqu'un certain colonel Aureliano Buendia est mentionné!

Lisez-le, vous me direz ce que vous en pensez!


Chronique d'une mort annoncée de Gabriel Garcia Marquez, traduit de l'espagnol (Colombie), 1981, 133 p.  Titre de la version original: Cronica de una muerte anunciada.

12 juillet 2019

Midnight in the Garden of Good and Evil (Minuit dans le jardin du Bien et du Mal)

Ça commence comme un récit de voyage: on visite la ville de Savannah, Georgia, imprégnée de son histoire et réfractaire au changement, on rencontre une foule d'habitants excentriques, ragots et rivalités colorent la vie sociale...  Et soudainement, en deuxième partie, on se retrouve en plein polar judiciaire à la Grisham, avec une touche de vaudou pour pimenter le tout!  Et c'est basé sur une histoire vraie!  En effet, l'auteur est un journaliste de New York qui a habité la ville de façon intermittente pendant plusieurs années, conquis par son charme sudiste, l'originalité de ses résidants, et aussi, il l'avoue lui-même, par le fait qu'on peut y vivre un week-end pour le prix d'un repas dans un restaurant de Manhattan!

J'ai vu il y a très longtemps le film qui a été tiré de ce récit, mais j'en gardais peu de souvenirs, à part le titre magnifique, l'acteur John Cusack,  et le fait que ça se déroulait en partie dans un genre de manoir.  Je pensais même que ça se passait en Louisiane, sans doute à cause du vaudou!

Dépaysement garanti!


Midnight in the Garden of Good and Evil de John Berendt, 1994, 388 p.

02 juillet 2019

Le Comte de Monte-Cristo

Quel bonheur de retrouver la plume de mon cher Dumas, que j'avais tant aimé durant mon adolescence!  Vers quatorze ou quinze ans, j'avais dévoré la série des mousquetaires et celle de la Reine Margot et Henri IV, et ce, plutôt deux fois qu'une!  J'étais curieuse de savoir si je l'apprécierais différemment, plusieurs décennies plus tard...  J'ai bien lu il y a quelques années quelques œuvres mineures, moins connues et beaucoup plus courtes, mais il me tardait de renouer avec un de ses monuments de la littérature.  Celui-ci, je n'avais pas voulu le lire à l'époque, car je croyais (à tort) que le gros de l'histoire se déroulait en prison, ce qui ne m'attirait pas.

Première constatation: Dumas se lit beaucoup plus aisément que d'autres auteurs classiques. Peu de longues descriptions, peu de digressions, beaucoup de dialogues...  Ce Comte de Monte-Cristo est une sacrée brique, mais on avance allègrement.

Deuxième constatation: certains éléments de l'intrigue sont plutôt tirés par les cheveux!  Certaines péripéties m'ont semblé n'avoir aucune explication logique.  Bien sûr, l'abondance de coïncidences fait presque partie du plaisir dans ce genre de romans, je l'avais déjà remarqué chez Dickens, par exemple. Mais faut pas pousser mémère non plus, et si c'est exagéré, ça peut nous faire décrocher. C'est ce qui m'était arrivé dans Notre-Dame de Paris, dont je n'avais pas du tout aimé la fin.  Et ça a bien failli m'arriver ici aussi!  Alors je me demande si c'était la même chose avec les scénarios des Trois Mousquetaires et autres... Peut-être que j'avais tout simplement moins de sens critique en ce temps-là?

Heureusement j'ai décidé de m'en faire une raison, et finalement l'intrigue a repris du poil de la bête dans la deuxième partie, pour devenir absolument passionnante! J'ai notamment savouré l'ambiance presque gothique de l'hôtel particulier des Villefort. Il y a bien un petit quelque chose qui m'a agacée à la toute fin (je ne peux en dire plus sans trop dévoiler), mais sinon j'ai vraiment eu énormément de plaisir. 


Le Comte de Monte-Cristo d'Alexandre Dumas, 1845, 1320 p.