19 octobre 2008

Tout le monde en parla...

J'ai été extrêmement contente de la sortie de l'écrivain et éditeur québécois Jean Barbe à Tout le monde en parle ce soir (hier soir, en fait, puisqu'il est passé minuit!) au sujet de l'utilisation systématique du présent de l'indicatif chez de nombreux auteurs québécois. Il a souligné que ce temps de verbe, s'il peut se justifier dans certains types de littérature bien précis (par exemple, l'auto-fiction), ne convient pas du tout à la plupart des autres genres littéraires, et surtout pas à une fresque historique! Le passé simple, au contraire, impose aussitôt une certaine perspective, beaucoup plus appropriée. Je suis tellement d'accord! Il me semble d'ailleurs en avoir parlé ici et là dans ces pages. Quand on me raconte une histoire, je ne veux pas qu'on essaye de me faire accroire qu'elle se déroule en ce moment dans mon salon!

M. Barbe a soulevé l'hypothèse que c'était à cause d'un manque de maîtrise des conjugaisons chez les jeunes écrivains... Peut-être, mais je crois que c'est aussi un peu par paresse! Et d'ailleurs, je pourrais en nommer de la même génération que lui qui adoptent cette manière d'écrire!

Et vous, ça vous tape parfois sur les nerfs, ça vous laisse indifférent du moment que l'histoire est bonne, ou au contraire vous aimez ce style d'écriture? Cela m'intéresserait de connaître différents points de vue sur ce sujet.

source photo: www.radio-canada.ca

25 commentaires:

  1. Au fait, ça dépend... si c'est comme un journal, le présent ne me dérange pas. Mais je préfère de loin l'imparfait. Le passé simple me semble lourd parfois... :-) Mais en règle général, je crois que ça ne me dérange pas vraiment au fond.

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  2. Je n'en ai aucune idée, sincèrement. C'est peut-être parce que je ne suis jamais tombée sur un livre au présent, sauf les journaux... Ou tout simplement parce que je n'ai pas remarqué, ce qui voudrait dire que ça ne me dérange pas. Je vais essayer de porter attention. ;)

    Pour les livres plus historiques, c'est la norme en histoire d'écrire au présent historique. J'imagine que les gens gardent le réflexe quand ils écrivent un roman. Quand j'écrivais des textes de vulgarisation historique, ça m'a pris du temps à m'habituer d'écrire "Jacques Cartier arrive au Canada en 1534", par exemple.

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  3. Je ne savais pas que c'était une habitude chez les québecois mais effectivement, ça m'énerve ! J'ai failli ne pas lire la série Reine de mémoire de Vonarburg à cause de ça. Une saga en cinq volumes, sur plusieurs époques, avec de la magie, ça passe mieux avec le passé simple je trouve. L'histoire est bien quand même.

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  4. J'ai jamais remarqué ça, quand l'histoire est bonne, on entre dedans et l'orthographe des mots on s'en rend pas compte, mais ... dans les jeux de mots c'est très payant loll.

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  5. Je dois dire que j'ai regardé cette émission hier aussi et que j'ai beaucoup aimé le passage de Jean Barbe. En général je dois dire que si un livre est bien écrit, et que l'histoire m'accroche, je vais aimer, peu importe le temps utilisé. Cependant, quelque chose que M. Barbe a dit et qui m'a frappée, parce que je le trouve aussi, c'est quand il parle de la jeune génération d'auteurs, dont certains ne font que de l'introspection: moi, je, me, mes... On se retrouve alors avec énormément de romans qui ne sont que les états d'âme d'un et l'autre... et ça j'ai du mal avec ça...

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  6. Hum... Le présent de l'indicatif comme indicateur d'un français de qualité moindre ?

    Que dire alors de Camus (Nobel de la littérature...), dont L'Étranger est écrit au présent ?

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  7. Jo ann: un journal, c'est justement un genre qui s'écrit bien au présent, en effet! Sinon un heureux mariage de l'imparfait et du passé simple, voilà ce que je préfère!

    Jessica: C'est intéressant, je ne connaissais pas cette notion de présent historique! Mais la plupart des écrivains, même ceux qui écrivent des romans historiques, n'ont pas une formation d'historien en général, donc ils ne devraient pas avoir ce réflexe... Pensons par exemple à Marie Laberge (dans sa trilogie Le Goût du bonheur) ou à Anne-Marie Sicotte (Les Accoucheuses). Si je me souviens bien, Les Filles de Caleb d'Arlette Cousture était écrit au présent aussi. (En me relisant je m'aperçois que je parle peut-être à travers mon chapeau: je n'ai aucune idée de la formation préalable de ces auteures!)

    Canthilde, en effet un roman dans le genre fantasy écrit au présent, ça doit faire bizarre un peu!

    Tourneurs de pages: Quand l'histoire est bonne, j'arrive en général à passer par dessus l'agacement initial. Par exemple, j'avais beaucoup aimé la trilogie de Marie Laberge.

    Allie: J'étais assez contente que non seulement on ait invité un écrivain, mais qu'en plus on le laisse parler principalement de LITTÉRATURE, ce qui malheureusement n'est pas toujours le cas!
    Pour ce qui est des jeunes auteurs, j'avoue finalement que j'en lis assez peu, je l'avoue... Peut-être justement à cause de ça!

    Louis: J'avoue à ma grande honte qu'il y a si longtemps que j'ai lu L'Étranger que je n'en garde qu'un souvenir très vague... J'ai l'impression que pour ce genre de roman, le présent peut être approprié. Mais ce n'est pas toujours le cas, à mon avis. Qu'en penses-tu?

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  8. Je ne connais pas non plus la formation de ces auteures. Ça n'a peut-être aucun lien également ;)

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  9. Jessica: ...et j'ai été trop paresseuse pour faire des recherches...

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  10. Je suis comme toi, l'emploi systématique du présent de narration m'agace prodigieusement (je me suis d'ailleurs insurgée à ce propos comme toi deux ou trois fois:))) : il y a une immédiateté dans le présent qui ne se justifie que dans des cas très particuliers mais les auteurs contemporains (et c'est pareil en France) en abusent et l'utilisent à toutes les sauces. L'idée que c'est parce qu'ils ne savent pas utiliser les autres temps est ma foi fort drôle! :)))

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  11. Fashion, je n'ai que rarement remarqué ce style d'écriture chez des auteurs français! Ce ne serait donc pas un défaut typiquement québécois... (Enfin, défaut, affaire de goût, hein?)

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  12. Ah, je suis contente de trouver un débat sur la question. J'ai aimé que Jean Barbe l'apporte à notre attention, quant à moi, je n'avais jamais remarqué que le présent était devenu à ce point courant dans notre littérature. Je me souviens d'une seule chose, quand j'ai fait lire mon manuscrit d'album pour enfants, la lectrice était une professionnelle dans le milieu et elle a été catégorique : tu mets ton histoire au présent. La littérature pour enfants, ça se comprend mais toute la littérature ?
    Tu as bien fait d'ajouter un doute à ton affirmation car Anne-Marie Sicotte des Accoucheuses a une formation d'historienne ! Elle nous en fait part à la fin de chacun de ses tomes.

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  13. Venise, j'avais effectivement un doute au sujet d'Anne-Marie Sicotte, il me semblait me souvenir qu'elle avait écrit des essais historiques, mais j'étais trop paresseuse pour vérifier!

    Pour la littérature pour enfants, je peux comprendre... Quoique... comment vont-ils apprendre à utiliser (et aimer) les autres temps de verbes si on leur parle toujours au présent? Pourtant, nous, on aimait bien que les histoires commencent par «Il était une fois», non?

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  14. Bonjour Grominou, question intéressante... pour mon deuxième roman, j'ai écris de longs morceaux au passé simple... simplement parce que l'action se déroulait dans le passé! On m'avait suggéré, lors de la correction du manuscrit, de passer tout ça au passé composé, "plus moderne". J'ai refusé: j'aime utiliser le temps de verbe adéquat et le passé simple l'était dans ce cas-là, même s'il n'est pas très en vogue... une des fonctions de l'écrivain, à mon avis, est de faire ressortir toute la beauté d'une langue, d'utiliser au maximum tous ses tours et détours, tous les outils qu'elle nous offre pour faire passer un message, toute sa poésie. Pourquoi donc reléguer le passé simple aux oubliettes? Je conviens que personne ne l'utilise dans le langage parlé, mais il a sa place dans la littérature!

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  15. J'ai trouvé son intervention fort intéressante, c'est vrai. Mais faut-il condamner le présent? Ce ne sont pas les temps de verbe comme les phénomènes de société qui devraient être soulignés. Parce que derrière un roman publié, il y a le choix d'un éditeur. Et derrière son choix, la justification d'un marché (qu'on soit en accord ou non avec cette justification).

    À qui la faute? Aux écrivains, aux éditeurs, aux lecteurs, à l'éducation?

    Alors affirmer que l'utilisation du présent donne de la littérature de moindre qualité, je trouve ça très réducteur, même si je préfère d'autres temps de verbe.

    Chose certaine, mon appréciation d'un livre ne dépend pas que du temps de verbe. :)

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  16. Très bon point, Charlie Bobine! J'ai réalisé grâce aux commentaires lus ici et ailleurs que le choix du présent n'était pas toujours celui de l'auteur, mais souvent fortement suggéré par l'éditeur! Ce que j'ignorais complètement.

    Je tiens à souligner (et je m'excuse si ce n'était pas clair dans mon billet) que je ne voulais pas insinuer que l'utilisation du présent entraînait automatiquement ou était le symptôme assuré d'une écriture de moindre qualité. Ce choix peut certainement se justifier dans certains cas, mais dans d'autres, pour moi, ça ne «colle» pas. Particulièrement dans le cas des romans historiques. Sauf que je m'aperçois que ce n'est peut-être pas par paresse comme je le suggère dans mon billet (j'aurais dû tourner mon clavier sept fois avant d'écrire ça!) mais suite à la pression des éditeurs, qui suivent une mode ou pensent connaître les goûts des lecteurs!

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  17. C'est vrai, il y a un peu de tout, derrière le choix du temps de verbe. Je pense que ce qu'il faut éviter, c'est de "mêler les temps", de faire un mauvais usage d'un temps de verbe, quel qu'il soit. Charlie a raison: c'est plutôt la tendance sociale qui est à examiner ici: pourquoi privilégie-t-on le présent dans la littérature (que ce soit un choix de l'écrivain ou de l'éditeur)??? Symptôme de notre narcissisme aiguisé par la perte de la foi et la consommation à outrance, prise comme nouveau barème de valeurs... ?

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  18. Bonjour Grominou,
    Je viens ici après avoir vu le lien sur le Passe-mot de Venise.
    Je vois donc que vous allez dans le même sens que Jean Barbe concernant l'usage du présent.

    Pour ma part, je trouve que chaque temps porte son intensité. Le choix d'un temps de verbe n'est donc pas aléatoire. Il donne ensuite un ton bien particulier au récit.

    La narration de la première version de mon roman Enthéos était à l'imparfait. Quand je l'ai retravaillé sous la supervision de mon directeur littéraire, nous cherchions à accentuer l'intensité intérieure du personnage principal et j'ai alors eu l'idée de réécrire au présent. Automatiquement, ça a changé l'ambiance du roman et ce que nous avons choisi de garder.

    Une chose est sûre, c'est que ce n'est pas une méconnaissance de la langue ou de la grammaire qui a motivé mon choix!

    Bref, je trouve que Jean Barbe est souvent bon pour faire un commentaire à l'emporte-pièce, sans nuance. Je ne sais pas si c'est seulement pour créer la polémique ou maintenir le "personnage" qu'il s'est créé. Mais ça semble fonctionner, il n'y a pas de doute...

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  19. Danaée: Je ne sais pas si c'est seulement pour créer la polémique qu'il a dit cela, mais ça a eu au moins l'avantage de soulever un intéressant débat ici! ;-)

    Mea culpa, j'y suis peut-être allé un peu trop à l'emporte-pièce moi aussi dans mon billet... Je ne voulais certainement pas mettre tous les écrivains dans le même panier; dans certains cas, ce choix est sûrement justifié, ce qui semble être le cas pour ton roman d'après ce que tu en dis (ne l'ayant pas lu, je ne peux juger, mais j'ai vu sur la blogosphère plusieurs commentaires élogieux, donc félicitations pour ce succès! :-) )

    Là où j'ai un problème, c'est lorsque le présent est utilisé dans un genre littéraire où il n'a (selon moi!) pas sa place... C'est là que la paresse peut-être intervient, ou un désir de faire simple en pensant que c'est ce que le lecteur recherche...

    Laurence, c'est intéressant de se poser la question en effet. L'instantanéité est certainement au goût du jour...

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  20. Je n'ai pas le choix de m'exprimer une autre fois ici.

    Attention, Jean Barbe n'a pas déclaré qu'il ne fallait pas utilisé le mode présent et que c'était condamnable, il a apporté un éclairage nouveau sur le passé simple. Ne pas le mettre systématiquement au rancart, le passé simple ... et Jean Barbe aussi.

    Et ici, je m'adresse particulièrement à Danaée. À ce compte-là, chaque personne qui a une opinion tranchée qu'il apporte à l'attention de tous avec assurance, serait des opinions à l'emporte-pièce ?!

    Cela ferait des Québécois un peuple sans colonne vertébrale avec un gosier aride. Moi, j'apprécie énormément des personnes comme Jean Barbe qui soulève un grand débat qui fait des petits ... comme ici :-)

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  21. Les temps de verbe dans un récit constituent une question intéressante. J'enseigne le français en cinquième année du secondaire et je demande à mes élèves d'écrire une nouvelle littéraire au passé. Je crois que, s'ils l'écrivaient au présent, ce serait trop facile. Ce serait comme de faire une jolie histoire pour enfants. Toutefois, eux comme moi, croyons que ce temps convient au récit lorsqu'il est cohérent avec celui-ci: il faut qu'il y ait une intention précise de la part de l'auteur, il faut que ce temps ajoute quelque chose à l'histoire, qu'il soit justifié. Les choix conscients de l'écrivain doivent être bien en accord avec le récit. Quant aux réflexes inconscients, il ne peut les maitriser et il doit les accepter. Quelquefois, on sent que l'écrivain a voulu faire moderne, être à la mode ou a choisi la facilité... Quant à moi, je continuerai à exiger des récits au passé parce qu'ils demandent plus de travail sur la langue et sur la cohérence. C'est une sorte de défi auquel il faut soumettre certains pour qu'ils soient stimulés, qu'ils travaillent et qu'ils s'améliorent.

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  22. Loum, vous avez raison, le présent peut être acceptable dans certains cas, selon le type de narration, mais il ne devrait pas être une solution de facilité. Je suis contente d'apprendre que des profs abordent ce sujet avec leurs élèves, bravo!

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  23. Bonjour,

    J'ai trouvé ce blogue en cherchant de l'information sur l'utilisation du présent dans la littérature moderne pour enfants.

    J'ai récemment commencé à faire du tutorat auprès d'enfants ayant des difficultés de lecture. Je me suis rapidement aperçue que tous les livres pour enfants modernes utilisent uniquement le présent, au point où ceux-ci ne reconnaissent pas le passé (simple, composé ou imparfait) ou le futur dans des textes plus vieux, parce que ceux-ci sont si rarement utilisés dans les textes qu'on leur propose aujourd'hui.


    Je comprends que les éditeurs croient que le présent est plus accrocheur, vivant, etc..

    Mais je crois que son utilisation à outrance résulte à long terme en une langue simpliste et appauvrie, et donc un imaginaire et une capacité d'expression appauvris, sans parler de l'incapacité de lire et de comprendre notre héritage littéraire.

    Merci de m'avoir fourni un exutoire pour ma frustration!

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  24. Anne: Je suis navrée mais pas vraiment surprise d'apprendre que bien des enfants ne reconnaisent pas les temps de verbe au passé... et on n'a même pas parlé du subjonctif!

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