En plus de sa classification en SF (les personnages sont en quête de l'immortalité), j'ai vu l'étiquette Horreur accolée à ce roman. Je m'attendais donc à ce qu'il y ait un côté Fantastique assez prononcé. Or, ce n'est le cas. On est plutôt dans un genre de voyage initiatique. Mais si le seul problème était cette idée préconçue, j'aurais très bien pu m'ajuster et finalement bien apprécier l’œuvre.
Tout d'abord, quelques points positifs. Je suis généralement bon public pour les romans choraux (où l'on alterne entre plusieurs narrateurs). J'ai donc bien aimé la construction de celui-ci, qui permet d'avoir différents points de vue sur les événements. J'ai aussi aimé le côté «road trip» de la première moitié, alors que j'ai constaté dans différents commentaires que plusieurs lecteurs avaient trouvé cette partie trop longue. Surtout, j'ai apprécié le décor de la deuxième partie, cet étrange monastère situé en plein cœur d'un désert en Arizona, ainsi que toute la légende entourant ce lieu et l'étrange secte y résidant.
Après les fleurs, voici le pot. Les personnages sont très antipathiques. Ils sont censés être amis mais n'ont que des pensées désobligeantes (antisémites, homophobes, snobs, etc) les uns envers les autres. Comme on entre dans la tête de chacun d'eux à tour de rôle, impossible de leur donner le bénéfice du doute! Au bout d'un moment, j'en aurais pris un pour frapper les autres, je vous jure! Il devient donc de plus en plus difficile de s'intéresser à leur sort.
Deuxième défaut, certains aspects ont très mal vieilli, notamment le rôle des femmes. D'habitude j'arrive sans peine à replacer l’œuvre dans son contexte et à l'apprécier quand même. Je ne suis pas du genre à reprocher à Bilbo le Hobbit de manquer de personnages féminins! (D'ailleurs, le personnage de la princesse elfe qui apparaît comme un cheveu sur la soupe dans l'adaptation cinématographique m'a fait lever les yeux au ciel, mais c'est une autre histoire!) Ici le problème est à une toute autre échelle. Les femmes ne servent que de réceptacle à sperme! Dans la partie qui se déroule dans le monastère, je me suis carrément demandé si en fait les étranges prêtresses n'étaient pas des androïdes, vu leur impassibilité et leur mutisme.
Grâce aux quelques qualités énoncées ci-dessus, ce livre échappera peut-être au Prix Citron de mon bilan annuel, mais ce sera de justesse!
The Book of Skulls de Robert Silverberg, 1972, 224 p. Titre de la traduction française: Le Livre des crânes.