05 juin 2011

Uranus

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Il y a de nombreuses années, j'avais vu le film mettant en vedettes à peu près toutes les grosses pointure du cinéma français, et m'étais toujours promis de lire le roman.  Voilà, c'est chose faite, et bien faite!

Dans cette oeuvre écrite en 1948, «à chaud», si l'on peut dire, Marcel Aymé nous décrit les habitants d'une petite ville française dévastée par les bombardements, juste après la guerre: cohabitation difficile dans les immeubles restés intacts, mesquinerie, hypocrisie, dénonciations, manigances des groupes d'extrême-gauche, tout y est.  J'ai particulièrement apprécié les personnages du cafetier alcoolique et inculte découvrant les tragédies de Racine lors des cours donnés aux enfants tous les matins dans son établissement réquisitionné (l'école ayant été détruite), et du professeur de mathématiques voyant de jour la beauté en toutes choses, même les ruines, même les pires travers de l'humanité, pour compenser la noirceur et le vide glacial des cauchemars qui hantent ses nuits. Des rôles qu'on aurait dits taillés sur mesure pour Depardieu et Noiret, formidables dans le film.

Par certaines tournures de phrases, par les thèmes abordés aussi, l'écriture m'a un peu fait penser à celle de Zola, en moins bavard.  Ce qui ressort surtout, c'est cet humour tantôt sans pitié, tantôt attendri devant la nature humaine. 


Uranus de Marcel Aymé, 1948, 285 p.

01 juin 2011

La Maison sans racines

Ce trimestre-ci, le Blogoclub (club de lecture des blogueurs) mettait à l'honneur l'écrivaine Andrée Chedid, récemment disparue.  À cette annonce, j'ai été intriguée car je ne connaissais pas du tout cette romancière et poète de nationalité française mais d'origine libanaise et née en Égypte, comme l'est d'ailleurs Kalya, le personnage principal du roman que j'ai choisi, La Maison sans racines.

Je dois dire que j'ai d'abord eu un peu de difficulté à entrer dans l'histoire, mais je crois que c'est dû à la présentation plus qu'au contenu.  L'éditeur (Flammarion) a choisi une police de caractères tellement énorme que j'ai cru quelques secondes avoir emprunté par mégarde un de ces livres à gros caractères pour malvoyants!  Conjugué à une écriture plutôt simple et sans fioritures, parfois un peu empruntée, cela donnait à ce bouquin une allure d'album enfantin qui m'agaçait et ne s'accordait pas du tout avec les thèmes abordés (la guerre, l'exil, le retour) empreints de gravité et de nostalgie.

Après avoir réalisé la source de mon agacement, j'ai pu en faire fi et apprécier enfin cette belle histoire en deux temps. On alterne en effet entre deux périodes: l'entre-deux-guerre et les souvenirs d'adolescence de Kalya au Liban, en Égypte et à Paris, et 1975 lors des retrouvailles de Kalya et de sa petite fille américaine, à Beyrouth à l'aube d'une énième guerre civile.

Pour connaître l'avis des autres membres du Blogoclub sur l'oeuvre de cette écrivaine, on n'a qu'à suivre les liens chez nos merveilleuses organisatrices, Sylire et Lisa.


La Maison sans racines d'Andrée Chedid, 1985, 248 p.

30 mai 2011

Case Histories (La Souris bleue)

Il y a plusieurs mois, il me semble, que je n'avais été aussi totalement absorbée par un livre, au point d'y consacrer à peu près tous mes temps libres (au lieu de regarder des niaiseries à la télé pendant des heures pour le regretter ensuite: «Quoi? Je viens pas vraiment de passer deux heures de ma vie devant Say Yes to the Dress(1), moi qui me suis mariée en pantalon?!?»).  C'est donc tout à l'honneur de Kate Atkinson d'avoir réussi à me sortir de cette torpeur.

Il faut dire que les différentes enquêtes menées simultanément par le détective privé Jackson Brodie sont intelligemment enchevêtrées, si bien que jusqu'au bout on se demande si elles sont reliées entre elles, alors qu'elles se sont déroulées à des années d'intervalle. Sans compter qu'il se passe également d'étranges événements dans sa propre vie!  Je ne révèle rien, si ce n'est qu'Atkinson prouve qu'on peut avoir les larmes aux yeux puis s'esclaffer bruyamment en l'espace de quelques minutes!  À la fin, ce ne sera pas tant la résolution des crimes qui nous importera que la résolution des histoires elles-mêmes.

En plus, hourra, je viens d'apprendre par l'amie blogueuse Jules que Brodie est un personnage récurrent dans l'oeuvre de la dame. J'ai déjà hâte de le retrouver!

(1) Émission de télé-réalité où on voit des jeunes femmes choisir leur robe de mariée dans un grand magasin de New York.  Ne dites rien, je sais.


Les billets de Jules, Canthilde, Calepin, Cécile, Laurence, Tamara...


Case Histories de Kate Atkinson, 2004, 304 p.  Titre de la version française: La Souris bleue.

26 mai 2011

Great Expectations (De Grandes Espérances)

Première constatation et agréable surprise: Dickens est relativement facile à lire en VO, bien plus que Thomas Hardy, qui m'avait donné du fil à retordre avec Tess of the D'Ubervilles il y a quelques années, ou même que les soeurs Brontë (avec Jane Eyre, par exemple).

Deuxième constatation: J'adore Dickens! Je ne l'avais pas lu depuis l'adolescence (Le Grillon du foyer, Un Chant de Noël); c'est l'enthousiasme quasi-obsessionnel de Karine qui m'a donné le goût d'y retourner. Alors merci Karine!

Dans Great Expectations, on passe vraiment par une foule d'émotions.  On rit beaucoup, d'abord, car ce bon Charles est un fin observateur des travers de la société, qu'il met en relief grâce à des personnages secondaires à la limite de la caricature.  On est ému aussi, surtout par l'évolution du personnage principal Pip, qui passe d'enfant maltraité à adolescent égocentrique et honteux de ses racines ouvrières pour enfin apprendre, grâce à l'amour et surtout à l'amitié, les vertus de la générosité, de la compassion et de la gratitude.  Enfin on frémit maintes fois, car Dickens sait installer des ambiances inquiétantes (un marais brumeux où se terrent des forçats en fuite, les pas d'un inconnu qui grimpe interminablement un escalier obscur...) et un véritable suspense grâce à des méchants vraiment méchants!

Il y a bien de nombreuses coïncidences, qui dans un roman contemporain seraient difficiles à avaler, mais qui passent beaucoup mieux dans un roman victorien. Je dirais même qu'elles font partie des conventions du genre, voire qu'elles ajoutent au plaisir! Si on entend parler, par exemple, d'un cousin disparu trente ans plus tôt dans des circonstances mystérieuses, on se doute qu'il refera surface éventuellement, et on jubile lorsqu'il revient effectivement sous les traits du clochard amnésique ou du riche inconnu rencontré par hasard dans le train.

Photobucket(Pour la petite histoire, je mentionne que l'édition illustrée ci-haut n'est pas celle que j'ai lue.  Le volume emprunté à la bibliothèque [de Dodd, Mead & Company, 1942] possédait une reliure à l'ancienne mode, c'est à dire qui ne comprend plus la page couverture originale. Par contre, il contenait de jolies et amusantes gravures d'époque de F.W. Pailthorpe.)


Quelques billets dans la multitude: Lilly, ChiffonnettePraline, Kali, Joëlle... Et en anglais, celui de Raych.

Great Expectations de Charles Dickens, 1861, 598 p. Titre français: De Grandes Espérances ou Les Grandes Espérances.

04 mai 2011

Même le mal se fait bien

PhotobucketSuite de Dieu et nous seuls pouvons, Un Loup est un loup et En avant comme avant, ce quatrième tome est tout à fait fidèle aux premiers.  Il nous permet de connaître la fin des aventures de Charlemagne Tricotin (sur lequel se concentraient les deuxième et troisième tomes), leader zézayant des fameux quintuplés Tricotin, et de faire la rencontre de ses descendants Carolus et en particulier Marcello. Ce dernier se voit obligé de quitter son Piémont natal pour Vienne, où une série d'aventures abracadabrantes et de rencontres surprenantes le transformeront du poltron casanier et soumis qu'il était en un homme fantasque et revanchard, pas toujours sympathique (il installera notamment chez lui sa maîtresse de 14 ans extirpée du bordel de Turin dont il a hérité) mais toujours drôle. Accessoirement, on aura des nouvelles de la famille Pibrac (les bourreaux du premier tome de la série), on s'instruira sur les moeurs sexuelles des araignées, sur l'organisation des colonies de termites et leur utilisation comme arme de destruction massive, et on apprendra la véritable identité du père d'Adolf Hitler. 

Le «politiquement correct», de toute évidence, Folco n'en a rien à cirer, pour notre plus grand plaisir!


Même le mal se fait bien de Michel Folco, 2008, 597 p.

18 avril 2011

The Lost Symbol (Le Symbole perdu)

En commençant le plus récent roman de Dan Brown, j'ai d'abord eu un petit malaise, ou plutôt deux. 

D'abord, l'écriture m'a semblé lourde, voire maladroite.  Je sais qu'on reproche souvent à cet écrivain son manque de talent littéraire, mais personnellement cela ne m'avait jamais frappé auparavant. Il faut dire que sauter directement de Poulin à Brown, cela cause tout un choc.  Tant pis, on ne lit pas Dan Brown pour son style mais pour ses intrigues en forme de jeux de piste mystico-scientifiques.

Ensuite, le prologue m'a laissé une sensation de déjà-vu.  Une cérémonie d'initiation dans une société secrète, où le nouvel initié est en fait un espion...  J'ai déjà vu ça quelque part, en prologue ou premier chapitre également, mais où?  Peut-être dans Labyrinth de Kate Mosse? Ça m'a chicoté quelques temps puis j'ai abandonné.

Et là, j'ai vraiment été happée par cette histoire de Francs-maçons détenant un secret qui pourrait bouleverser le Monde et qu'un fou couvert de tatouages tente de découvrir par l'entremise du pauvre Robert Langdon, ce professeur de Harvard héros de deux précédents romans, Anges et Démons et Da Vinci Code.  Il faut dire que toute l'intrigue se déroule à Washington, DC, une ville hautement symbolique et tout à fait fascinante que j'ai eu le plaisir de visiter il y a bien des années!  Pour accompagner la lecture, je recommande d'ailleurs   ce site illustrant les différents lieux visités durant l'aventure (en faisant attention toutefois de ne pas scruter la liste dans la colonne de droite, ce qui pourrait vous révéler trop tôt les différentes étapes du périple).

Le rythme est enlevant, voire digne de la série 24 Heures chrono, il n'y a aucun temps mort et les indices et codes à déchiffrer attisent vraiment notre curiosité.  J'avais bien deviné deux des éléments de l'intrigue, mais ce n'est pas grave puisque cela m'a tout simplement permis de me sentir intelligente, ce qui est toujours agréable!! Par contre il y a un détail que je n'ai pas compris, et d'après mes recherches sur le Web, je ne suis pas la seule... Ouf!  Pour ne rien révéler ici, je mets un lien vers un forum où on se pose la même question; si vous connaissez la réponse, n'hésitez pas à me la dire dans les commentaires, en mettant un avertissement de «spoilers» si nécessaire.

Bref, un excellent divertissement, à condition de ne pas le prendre pour autre chose (ce que d'aucuns ont tendance à faire avec les oeuvres de D.B.!).

Le billet de Theoma, celui de Daniel Fattore.

The Lost Symbol de Dan Brown, 2009, 639 p. Titre de la version française: Le Symbole perdu.

05 avril 2011

Volkswagen blues

Je dois dire que j'ai eu un peu de difficulté à entrer dans ce road novel, du moins dans la première partie. Trop de coïncidences, quelques invraisemblances...    Sur la piste de son frère dont il n'a plus de nouvelles depuis vingt ans, un homme part de Gaspé pour descendre le Mississippi comme les explorateurs de la Nouvelle-France qui fascinaient le dit frère, et ne voilà-t-il pas qu'il rencontre comme par hasard des gens qui en connaissent un bout sur ce sujet plutôt pointu, avouons-le, ou encore qui ont entendu parler du frère en question, un illustre inconnu soit dit en passant, et encore plusieurs Américains parlant Français, une espèce plutôt rare, à mon avis...Je ne pouvais m'empêcher de tiquer quelque peu. Je retrouvais bien la belle écriture de Poulin que j'avais tant appréciée dans La Tournée d'automne, mais l'intrigue sentait par trop l'artifice.

Heureusement, à partir du milieu du bouquin, soit lorsque notre héros et sa copine métisse quittent St-Louis, Missouri pour suivre la Oregon Trail, cette route qu'empruntaient les pionniers de l'Ouest américain pour franchir les Rocheuses, les parties informatives sur l'Histoire des régions traversées sont à mon avis beaucoup mieux intégrées au récit, et là j'ai vraiment pu embarquer à fond et en apprécier toutes les facettes, que ce soit la description des paysages ou la belle relation entre les deux personnages, relation toute en pudeur, où chacun apporte à l'autre quelque chose d'essentiel mais d'indicible.  Au final, un très beau roman même s'il n'est pas mon préféré de cet écrivain.


Les billets divergents de Catherine du Biblioblog, de Papillon, de Belle de Nuit.

Volkswagen blues de Jacques Poulin, 1988, 323 p.