Il y a de nombreuses années, j'avais vu le film mettant en vedettes à peu près toutes les grosses pointure du cinéma français, et m'étais toujours promis de lire le roman. Voilà, c'est chose faite, et bien faite!
Dans cette oeuvre écrite en 1948, «à chaud», si l'on peut dire, Marcel Aymé nous décrit les habitants d'une petite ville française dévastée par les bombardements, juste après la guerre: cohabitation difficile dans les immeubles restés intacts, mesquinerie, hypocrisie, dénonciations, manigances des groupes d'extrême-gauche, tout y est. J'ai particulièrement apprécié les personnages du cafetier alcoolique et inculte découvrant les tragédies de Racine lors des cours donnés aux enfants tous les matins dans son établissement réquisitionné (l'école ayant été détruite), et du professeur de mathématiques voyant de jour la beauté en toutes choses, même les ruines, même les pires travers de l'humanité, pour compenser la noirceur et le vide glacial des cauchemars qui hantent ses nuits. Des rôles qu'on aurait dits taillés sur mesure pour Depardieu et Noiret, formidables dans le film.
Par certaines tournures de phrases, par les thèmes abordés aussi, l'écriture m'a un peu fait penser à celle de Zola, en moins bavard. Ce qui ressort surtout, c'est cet humour tantôt sans pitié, tantôt attendri devant la nature humaine.
Uranus de Marcel Aymé, 1948, 285 p.





