28 décembre 2020

La Nuit de l'erreur (abandon)

Oui, j'abandonne!  Ce n'est pas faute d'avoir persévéré, puisque je me suis rendue jusqu'à 175 pages avant de m'y résoudre.  

Pourtant cette lecture avait bien débuté, j'aimais beaucoup me retrouver au Maroc, il y avait un petit côté réalisme magique (une malédiction, un djinn au fond du puits?)...  Toute la partie de l'enfance et de adolescence de la narratrice se lit très bien.  C'est lorsqu'elle atteint l'âge adulte que les choses se gâtent.  On change de narrateur, et cela devient vraiment difficile de distinguer le vrai du faux.  D'une ambiance d'abord onirique, on passe à la confusion, et du coq à l'âne.  Ce roman fait partie de la sélection du Club des irrésistibles de la bibliothèque de Montréal: il a donc plu à bien des gens!  J'ai l'impression que je n'étais pas dans un bon état d'esprit pour ce genre d'atmosphère.  Je n'abandonne pas l'auteur définitivement car j'ai tout de même apprécié sa plume, alors si vous avez des titres à me suggérer...


La Nuit de l'erreur de Tahar BenJelloun, 1997, 313 p.

21 décembre 2020

Roma Eterna (Roma Æterna)

(D'abord, pourquoi le Æ fait son apparition dans le titre français?  Juste pour faire ch... suer ou quoi?  Parce que, hein, qui sait le faire par cœur, le Æ majuscule?)

Deuxième uchronie que je lis cette année (l'autre étant, vous vous en souvenez, Civilizations de Laurent Binet).  Pur hasard.  Je n'en lis pas tant que cela, mais j'aime le principe.  Je crois que mon intérêt remonte à un épisode de la série Twilight Zone (ou peut-être Au-delà du réel ou une autre série télé du genre) que j'ai vu, enfant, où les voyages dans le temps sont devenus monnaie courante et où l'on peut aller visiter différentes époques, en touriste.  Un groupe va visiter la Préhistoire.  Ils sont prévenus qu'ils ne doivent absolument pas quitter le sentier balisé car cela pourrait avoir des conséquences insoupçonnées.  Alors bien sûr, un crétin trébuche et met le pied à côté du sentier, écrasant un insecte.  Et quand le groupe revient au présent, il y a des drapeaux à croix gammée partout.

D'ailleurs, le thème des nazis revient souvent dans les uchronies.  Dans Roma Eterna de Robert Silverberg, non seulement il n'en est pas question, mais les nazis ont même été effacés de l'existence!  Pas seulement eux, mais aussi la bombe atomique et plusieurs autres choses, plaisantes ou non.  C'est que l'exode des Juifs d'Égypte a échoué, le christianisme n'a pas pu se développer et ébranler les assises de l'Empire romain, qui a su résister aux invasions barbares.  Le reste de l'histoire s'en trouve changé, et c'est ce que raconte ce roman en plusieurs chapitres se déroulant à différentes époques, de l'Antiquité à nos jours.  

L'idée de départ est fort intéressante, mais plusieurs détails m'ont empêchée d'apprécier pleinement ce roman.  (Et là, je vais devoir divulgâcher quelque peu, veuillez m'excuser.)  D'abord, j'ai trouvé dommage qu'on ne sache pas les raisons de l'échec de l'exode.  Pourquoi ne pas nous avoir raconté cet épisode?  C'est abordé en un seul paragraphe dans une conversation entre deux érudits romains. Il y a quelques autres raccourcis un peu faciles; on se débarrasse notamment de Mahomet en deux coups de cuillère à pot, et hop! pas d'Islam! 

Certains passages sont tout de même réussis.  J'ai particulièrement aimé celui qui décrit une période ressemblant à la Terreur post-révolution française.  Il y en a aussi un qui fait penser à l'assassinat de la famille du tsar Nicolas II; dommage que ce chapitre commence par une quarantaine de pages d'un ennui profond!  J'ai apprécié également les petits clins d’œil à Léonard de Vinci, à Einstein... La fin du roman a su me surprendre, bien que je ne partage pas du tout la conclusion de Silverberg au sujet de l'importance de la religion pour la civilisation.

Dans l'ensemble, une lecture somme toute intéressante mais très inégale. 

 

Roma Eterna de Robert Silverberg, 1989, 396 p.  Titre de la traduction: Roma Æterna.

27 novembre 2020

L'Or du roi

Les Aventures du capitaine Alatriste, tome 4

Ce billet sera court, car vous savez déjà tout le bien que je pense de cette série.  Aventures, complots, amours impossibles, et toujours cette amitié et cette loyauté entre les deux personnages principaux, tous les ingrédients habituels sont présents, pour notre plus grand plaisir!  Il faut dire qu'après l'expérience assez ardue du Pendule de Foucault d'Umberto Eco, j'avais envie d'une lecture plus légère et enlevée... Une bonne cuillerée d'Alatriste est donc en plein ce qu'il me fallait!

J'ai seulement eu un peu de difficulté à me remettre en tête quelques-uns des personnages secondaires.  J'ai peut-être trop attendu avant de me procurer ce tome 4...  Bah! pensez-vous, le tome 3 a été lu en 2015, ce n'est pas si loin!  En effet, mais cet épisode-là se passait en Flandres, sur les champs de bataille, alors que là, on retourne en Espagne (à Séville, plus précisément) et on retrouve la trame des deux premiers tomes...  Ça commence à être un petit peu flou! 

Bref, note à moi-même, ne pas attendre si longtemps pour le tome suivant, ok?


L'Or du roi (Les Aventures du capitaine Alatriste, tome 4) d'Arturo Pérez-Reverte, traduit de l'espagnol, 2002, 314 p.  Titre de la version originale: Oro del Rey.

13 novembre 2020

Le Pendule de Foucault

Ouf!  Pas fâchée d'avoir terminé cette brique d'Umberto Eco qui m'a tenue occupée plus d'un mois!  Pas qu'elle soit inintéressante, bien au contraire.  J'ai beaucoup aimé l'idée de départ: pourquoi les Templiers se sont-ils tous laissés arrêter sans résistance en cette année 1307, alors qu'ils étaient mieux équipés, mieux entraînés que leurs adversaires?  Y avait-il un plan secret, à long terme, qui nécessitait que l'Ordre devienne caché, souterrain?  Trois amis, employés d'une maison d'édition milanaise, se penchent sur le sujet. 

Des dialogues vivants, des références nichées et un bon suspense ont réussi à soutenir mon intérêt jusqu'à la fin, délicieuse.  Une chance, parce que oh là la! ce qu'il aime tartiner épais, cet Umberto!  Il est érudit et il veut que ça se sache.  Il a bien failli me perdre à quelques reprises avec les nombreux personnages, historiques ou fictifs, et la multitude de sectes et de sociétés secrètes plus ou moins imbriquées les unes dans les autres.  Il y a aussi un long passage se déroulant au Brésil qui, à mon avis, n'ajoute pas grand-chose à l'intrigue. 

Il y a très longtemps, j'ai tenté  de lire Le Nom de la rose, du même auteur, et je l'ai abandonné.  J'ai toujours pensé que si j'avais eu le suspense de l'intrigue pour me soutenir durant les longues digressions théologiques, j'aurais persévéré (ayant vu le film au moins cinq fois, je connaissais l'histoire par cœur)... Eh bien, ce n'est plus une supposition, c'est maintenant une certitude!

Le commentaire qui revient le plus souvent sur les forums et blogues, c'est que les gens ont abandonné ce roman après x pages...  Quel dommage!  Pour l'apprécier, essayez mon petit truc: faut pas essayer de tout comprendre! Ha ha ha!  Entre le vocabulaire abscons (oui, Umberto, tu n'es pas le seul à posséder un dictionnaire des synonymes!), les références obscures et les citations en latin, en grec ou en hébreu (!), n'importe qui s'y perdrait à moins d'être médium et d'avoir à côté de soi le fantôme d'Eco pour tout nous expliquer.  Il faut lâcher prise et juste apprécier l'intrigue bien pensée, les dialogues intelligents et souvent amusants, et la visite de lieux originaux (j'ai particulièrement aimé découvrir le Conservatoire des Arts et Métiers à Paris, où se trouve d'ailleurs le pendule en question).  Essayez, ça vaut la peine!


Le Pendule de Foucault d'Umberto Eco, traduit de l'italien, 1988, 656 p.  Titre de la version originale: Il pendolo di Foucault.

02 novembre 2020

Trois nouvelles de Lovecraft

Je connaissais un peu l'univers de H.P. Lovecraft pour avoir joué, il y a des lustres et très brièvement, au jeu de rôle The Call of Cthulhu et pour avoir vu quelques adaptations cinématographiques.  Et surtout pour être mariée depuis plus de trente ans avec un fan fini du monsieur!  Et pourtant, je n'avais jamais rien lu de cet écrivain américain.

Lorsque le thème «classiques de l'horreur» a été choisi pour le club de lecture du mois de septembre de Livraddict, j'ai pensé que c'était l'occasion ou jamais et j'ai suggéré un de ses recueils de nouvelles.  Bon, pour la petite histoire, c'est finalement Misery de Stephen King qui a été sélectionné (clairement, tout le monde n'a pas la même définition d'un classique que moi, et ce, sans rien enlever à M. King, que j'aime beaucoup, comme vous savez!).  Mais comme ma proposition était arrivée deuxième au scrutin, j'ai décidé d'organiser une lecture commune et nous avons choisi le mois d'octobre, pour être dans l'ambiance d'Halloween.  Chacun devait lire la nouvelle The Call of Cthulhu (L'Appel de Cthulhu) ainsi que d'autres nouvelles de son choix, si désiré, ce qui nous a offert un bon panorama et a donné lieu à d'intéressantes discussions.

Pour ma part, j'ai lu trois nouvelles en VO, tirées de deux recueils différents. 

The Call of Cthulhu (L'Appel de Cthulhu) - 1926

De prime abord, la plume de Lovecraft m'a surprise par son côté un peu daté.  Son style m'a fait penser à celui de Herman Melville, dont l’œuvre maîtresse est parue en 1851!  Le rapprochement est encore plus évident lors d'un passage qui se déroule en mer, évoquant fortement Moby Dick

La première surprise passée, j'ai pu apprécier la façon dont Lovecraft sait installer une ambiance angoissante.  C'est vraiment sa principale force, comme j'ai pu le constater dans les deux autres nouvelles. 

Certaines des participantes à la lecture commune ont été choquées par un paragraphe où le jupon raciste de M. Lovecraft dépasse.  Car, oui, il était connu pour des idées qui ne sont plus tellement au goût du jour, c'est le moins qu'on puisse dire.  Ce que j'ai trouvé étrange, c'est que ce biais raciste ressort nettement plus dans la traduction que dans la version originale, du moins pour ce passage particulier, qu'une des participantes a partagé sur le fil de discussion.  Je ne trouve pas cela très honnête de la part du traducteur (mais il s'agit peut-être en fait d'une maladresse, car j'ai trouvé la traduction d'une des phrases plutôt bancale).

The Color Out of Space (La Couleur tombée du ciel) - 1927

Une autre des forces de Lovecraft, c'est d'obliger notre cerveau à tenter d'imaginer des trucs inimaginables...  Dans la nouvelle précédente, c'était une île étrange où les lois de la géométrie euclidienne ne sont pas respectées, ici c'est une couleur qui ne fait pas partie du spectre visible.  Essayez de l'imaginer, pour voir!  Il évoque aussi, mais sans les décrire précisément, une flore et une faune mutantes, ce qui laisse notre imagination faire tout le travail...

The Dunwich Horror (L'Horreur de Dunwich ou L'Abomination de Dunwich) - 1928

Celle-ci est ma préférée, je crois.  La gradation dans l'horreur est parfaitement maîtrisée et plusieurs détails viennent renforcer l'atmosphère de plus en plus angoissante, comme ces engoulevents qui crient de façon rythmée pour annoncer la mort de quelqu'un (et peut-être même s'emparer de son âme au moment du trépas!).


En conclusion, j'ai beaucoup aimé découvrir cet écrivain qui est une référence en littérature fantastique.  Par contre, je n'enfilerais pas tout un recueil au complet.  J'ai l'impression qu'on peut facilement devenir saturé de ce climat étouffant.  Par contre, je lirai certainement d'autres nouvelles à l'occasion, peut-être pour la prochaine Halloween?


The Call of Cthulhu and Other Weird Stories de H.P. Lovecraft, première publication des nouvelles dans les années 1920-1930, 448 p.
The Thing on the Doorstep and Other Weird Stories de H.P. Lovecraft, première publication des nouvelles dans les années 1920-1930, 464 p.  

Pour les traductions françaises, il existe de multiples éditions regroupant les différentes nouvelles...

06 octobre 2020

Terre des hommes

Surprise! Ce livre n'est pas un roman mais plutôt un recueil de souvenirs dans lequel Saint-Exupéry nous raconte le métier d'aviateur civil dans les années 1930.

Je vous mets cette couverture dont j'aime bien les couleurs...  Certaines éditions sont hideuses!  Quant au bouquin que je possède (imprimé en 1941 et qui a appartenu à mon père), s'il a déjà eu une jaquette, celle-ci a disparu et il ne reste que la couverture cartonnée de couleur bourgogne.  Sur le blogue ce ne serait pas très décoratif, mais en vrai c'est plutôt agréable.  C'est un tout petit volume aux pages jaunies, on a presque l'impression de lire un livre de messe!  Cela aide beaucoup à instaurer l'ambiance de recueillement propice à la lecture de certains passages qui sont d'une beauté à couper le souffle, comme par exemple les descriptions du désert la nuit. (Je me serais passée de l'odeur de vieille colle, par contre.  Je n'ai jamais compris les nombreuses personnes qui aiment renifler leurs livres, neufs ou anciens, mais c'est une autre histoire.)

D'une telle beauté qu'il ne faut pas tenter de lire ce livre rapidement, selon moi.  Il faut le déguster quelques pages à la fois; c'est pourquoi, vous l'aurez peut-être remarqué dans la colonne de droite du blogue, cela m'a pris quelques mois pour l'achever!  C'est un peu comme visiter une grande exposition au musée: après un certain temps on ne voit plus rien, on devient gavé de tant de magnificence (ou bien suis-je la seule à qui ça arrive?), ce qui est d'autant plus dommage que les plus belles pièces sont souvent à la fin!

On en apprend aussi beaucoup sur les aléas du métier en ces débuts de l'aviation.  Ainsi pour se diriger, il fallait se fier tout autant à ce qu'on voyait par le hublot qu'aux quelques instruments de bord disponibles, ce qui compliquait drôlement les choses lors de vols nocturnes ou par temps nuageux!  L'écrivain relate aussi quelques-unes de ses expériences comme journaliste de guerre, notamment durant la guerre civile en Espagne.

Seul petit bémol, quelques passages plus philosophiques m'ont semblé avoir moins bien vieilli.  J'ai senti que l'écrivain nous faisait presque la morale, adoptant un ton un peu pontifiant.  Heureusement ils sont peu nombreux et tout le reste est un pur délice.   

Maintenant, est-ce que je devrais relire Le Petit Prince, selon vous?  Enfant, je l'ai lu plusieurs fois, mais tout ce dont je me souviens c'est que le dessin du serpent ayant avalé un éléphant me faisait bien rigoler.  Plus, bien sûr, les quelques citations qui sont reprises un peu partout: «L'essentiel est invisible pour les yeux», etc.  Est-ce que je risque d'être déçue, vous croyez?

 

Terre des hommes d'Antoine de Saint-Exupéry, 1939, 253 p.

02 octobre 2020

Les Clefs du Paradise

La Diaspora des Desrosiers, tome 7

Un récit un peu... éparpillé?  On dirait qu'ici Tremblay veut faire le point sur chaque personnage de la diaspora...  Ce n'est pas une mauvaise idée en soi, mais je me suis un peu perdue entre les deux branches de la famille!  Un arbre généalogique n'aurait pas été de trop.  J'aurais peut-être dû également lire un résumé des tomes précédents car ma lecture de La Grande mêlée remonte à... 2014!  J'ai lu Au hasard la chance il y a deux ou trois ans mais il porte presque exclusivement sur le personnage de Ti-Lou, donc cela ne m'a pas aidée à me remémorer tous les membres de cette famille nombreuse! 

Ne boudons pas notre plaisir, je me suis quand même bien amusée et j'ai été émue durant cette lecture.  J'ai particulièrement aimé l'évolution d'Édouard -- on assiste au début de sa transformation en «Duchesse de Langeais» --, ce qui est paradoxal puisque je n'avais pas trop apprécié ce personnage dans Les Chroniques du Plateau.  (Avis aux intéressés, Tremblay en profite pour divulgâcher complètement le roman de Balzac!)

Les passages où Josaphat se lie d'amitié avec un certain patient de l'hôpital Saint-Jean-de-Dieu sont également très touchants.  Je vous laisse découvrir de qui il s'agit! 


Les Clefs du Paradise (La Diaspora des Desrosiers, tome 7) de Michel Tremblay, 2013, 254 p.