Et voilà, encore un défi annuel réussi! (Voir
mon bilan annuel pour plus de détail...) Malheureusement, contrairement à la plupart des années précédentes (Proust, Melville, Cervantès...), je n'y ai pas pris beaucoup de plaisir.
Il y a bien des années, j'étais resté sur ma faim avec
Crime et châtiment. Je garde peu de souvenir de l'expérience si ce n'est que je n'avais éprouvé aucune sympathie pour les personnages. Or, si j'ai pu donner une deuxième chance à
Camus cet automne, pourquoi pas à Dostoïevski?
Il y a bien quelques passages amusants, quelques personnages sympathiques ou rigolos, tous bien typés (le fonctionnaire obséquieux, le vieux général alcoolique et mythomane, etc). Mais l'intrigue est extrêmement tarabiscotée, il y a des sauts dans le temps où des événements importants se produisent mais ne nous sont ensuite révélés qu'au compte-gouttes, et on se perd dans la multitude de personnages (bien sûr, l'habitude de les désigner parfois par leur nom de famille, parfois par leur prénom et patronyme, comme Ivan Machinchouettovich, voire par leur surnom -- Kolia pour Nicolas, Ganya pour Gabriel -- ou leur titre honorifique n'aidait en rien la situation, mais la même difficulté se présente chez Tolstoï et ça ne m'a pas empêchée d'adorer
Guerre et Paix).
Mais le pire, c'est que bien souvent je ne pigeais rien aux réactions et aux motivations des personnages. Alors je me suis demandé tout du long si je suis trop cornichonne, si c'est dû à des différences culturelles entre le Québec et la Russie ou à une mauvaise traduction... Celle-ci est sûrement assez ancienne, puisque la version que j'ai téléchargée fait partie du domaine public (le nom du traducteur n'est pas mentionné puisque la couverture manque, remplacée par le portrait de l'auteur, et on n'a donc aucune précision sur l'édition numérisée). Elle m'a pourtant semblé assez correcte, à part une fois ou deux où j'ai lu et relu en vain une phrase comprenant un double négatif, comme par exemple celle-ci:
Il n'est pas douteux qu'il n'avait subi aucune contrainte -- selon vous, il a subi des contraintes ou pas? Alors peut-être qu'il y a eu d'autres endroits où un certain flou, de façon imperceptible mais réelle, nuisait à la compréhension. La seule façon de tirer l'affaire au clair serait de le relire dans une autre traduction, mais je n'ai pas ce courage!
Bref, une lecture frustrante et très longue. Pas fâchée d'avoir terminé!
L'Idiot de Fedor Dostoïevski, 1868, env. 800-900 p. dépendant des éditions.