30 décembre 2009

Bye-bye 2009

Déjà l'heure des bilans de fin d'année... C'est moi ou 2009 a passé comme un éclair?

Le décompte livresque:

1. Howards End de E. M. Forster
2. Le Dit de Tianyi de François Cheng
3. Onitsha de J.M.G. Le Clézio
4. Vingt quatre heures de la vie d'une femme de Stefan Zweig
5. Thinks... de David Lodge
6. A Year in the World de Frances Mayes
7. La Servante écarlate de Margaret Atwood
8. Sonate en fou mineur d'Éloi Paré
9. The Prizewinner of Defiance, Ohio de Terry Ryan
10. The Secret History de Donna Tartt
11. Terre du roi Christian de Sylvain Trudel
12. Profondeurs de Henning Mankell
13. En inquiétante compagnie de Carlos Fuentes
14. Le Dzi de Pierre Popovic
15. Vous plaisantez, monsieur Tanner de Jean-Paul Dubois
16. Belle du Seigneur d'Albert Cohen
17. Une Jeune Femme en guerre (tome 3): Jacques ou les échos d'une voix de Maryse Rouy
18. Blood From a Stone de Donna Leon
19. We Were the Mulvaneys de Joyce Carol Oates
20. Sepulchre de Kate Mosse
21. Le Premier Aigle de Tony Hillerman
22. Rachel's Holiday de Marian Keyes
23. Soie d'Alessandro Baricco
24. Fingersmith de Sarah Waters
25. American Gods de Neil Gaiman
26. La Tournée d'automne de Jacques Poulin
27. Champagne de Monique Proulx
28. The Eight de Katherine Neville
29. La Princesse de Clèves de Madame de La Fayette
30. La Naissance du jour de Colette
31. La Ferme africaine de Karen Blixen
32. Girl With a Pearl Earring de Tracy Chevalier
33. Le Jeu de l'ange de Carlos Ruiz Zafon
34. The Grapes of Wrath de John Steinbeck
35. L'Arrache-coeur de Boris Vian
36. Sépharade d'Éliette Abécassis
37. Dewey (The Small-Town Library Cat Who Touched the World) de Vicky Myron
38. The Jane Austen Book Club de Karen Joy Fowler
39. An Echo in the Bone de Diana Gabaldon
40. Bonbons assortis de Michel Tremblay
41. Une Vie française de Jean-Paul-Dubois
42. Si c'est un homme de Primo Levi (en cours)

Quelques statistiques:
Traduits de l'espagnol: 2
Traduits de l'allemand: 1
Traduits d'une langue scandinave: 2
Traduits de l'italien: 2
En VO anglaise: 16
Littérature québécoise: 7

Top 3 de l'année: Aucun livre ne se démarque vraiment comme cela avait été le cas par les années passées. S'il faut absolument en choisir trois, je vais dire Champagne de Monique Proulx, Fingersmith de Sarah Waters et The Grapes of Wrath de John Steinbeck. Mais si vous me reposez la question dans une semaine, j'en choisirai sans doute trois différents!

Déception de l'année: Aucun abandon ni de flop majeur, mais je dois dire que j'ai été un peu déçue par Vingt-quatre heures de la vie d'une femme de Zweig, suite aux commentaires dithyrambiques que j'avais lus sur cet auteur un peu partout dans la blogoboule.

Supercherie de l'année: Sépulchre de Kate Mosse, presqu'un plagiat de The Eight de Katherine Neville, écrit vingt ans plus tôt!

Prix «Articulez, je suis un peu dure de la feuille»: Onitsha de Le Clézio. Après avoir lu les commentaires des autres participants du Blogoclub, je me suis rendu compte que j'étais passée complètement à côté de la plaque, comme on dit! Un rendez-vous manqué avec le prix Nobel de littérature 2008...

26 décembre 2009

Quels livres le Père Noël vous a-t-il apportés?

Moi, j'ai été gâtée, il m'a apporté cette belle grosse brique:


Nous sommes éternels de Pierrette Fleutiaux, qui était déjà sur ma LAL! Et vous?

17 décembre 2009

Bonbons assortis

Lors de mon dernier passage à la bibliothèque municipale, je voulais emprunter Un Ange Cornu avec des ailes en tôle, mais il n'était pas disponible. Je me suis donc rabattue sur celui-ci et grand bien m'en fit parce que non seulement il est tout à fait délicieux (normal vu le titre) mais en plus il est de saison: plusieurs des souvenirs d'enfance contés ici par Michel Tremblay ont trait à Noël! C'est drôle, c'est touchant et cela nous permet de mieux connaître ce grand écrivain. L'atmosphère qui règnait dans l'appartement surpeuplé de la rue Fabre m'a beaucoup rappelé La Grosse Femme d'à-côté est enceinte. Malgré les disputes continuelles, il y avait beaucoup d'amour dans cette maison, et Tremblay nous fait très bien sentir le lien puissant qui le liait à ses parents. L'air de rien, il soulève aussi la question des mensonges, tant ceux qu'on fait par politesse que ceux racontés aux enfants...
Bonbons assortis de Michel Tremblay, publié chez Leméac/Actes Sud en 2002. 175 p.

15 décembre 2009

An Echo in the Bone

****Attention, spoilers pour les tomes précédents!****

«Jesus H. Roosevelt Christ!» comme dirait Claire.

J'avais cru comprendre qu'An Echo in the Bone serait le dernier tome de la bien-aimée série historico-fantastico-romantique Outlander de Diana Gabaldon, et c'est avec cette idée en tête que j'ai parcouru les 800 et quelques pages de cette brique... Pour finalement me rendre compte, à dix pages de la fin, qu'il était absolument impossible que tout soit résolu en si peu de pages! Car l'intrigue suit quatre fils différents, qui parfois s'entrecroisent, et dans les quatre cas Gabaldon nous laisse le bec dans l'eau et les baguettes en l'air! (Quelqu'un connaît une traduction satisfaisante de cliffhanger? J'en aurais un besoin urgent...)

Nous suivons donc les aventures emberlificotées de Claire et de son bel écossais Jamie, aussi fringants que jamais malgré les années, les doigts pris entre l'écorce et l'arbre en pleine guerre d'Indépendance américaine, accompagnés de mon chouchou Young Ian et de son chien-loup Rollo; celles de Lord John Grey, so british; celles de son fils adoptif William, engagé dans l'armée britannique; et enfin celles de Brianna, Roger et leurs enfants, maintenant revenus au XXe siècle. Sans oublier la multitude de personnages secondaires, anciens (Arch Bug, Fergus et Marsali, Jenny et Ian, etc) et nouveaux (notamment un médecin quaker et sa soeur, tous deux fort sympathiques).

Comme dans le reste de la série, la description minutieuse de la vie quotidienne au XVIIIe siècle nous donne vraiment l'illusion d'y être en personne, que ce soit sur un navire en plein océan Atlantique, dans un camp de l'armée rebelle ou dans une ferme écossaise. Deux seuls petits bémols: les descriptions un peu trop longuettes de batailles, de mouvements de troupes et de rivalités internes dans l'armée plairont sans doute aux aficionados de la guerre d'Indépendance (ils sont nombreux aux États-Unis), mais moi je n'ai pu étouffer un petit bâillement... On sent que Mme Gabaldon a voulu utiliser le plus possible son impressionnante documentation sur le sujet. Aussi, le fait que Brianna et Roger ne lisent pas tout de suite toutes les lettres que Claire leur a fait parvenir m'a semblé absurde, même si on en comprend la raison au niveau de l'intrigue (tout serait dévoilé).

Maintenant, je m'empresse d'aller voir le site de l'auteure pour savoir combien de temps je vais rester ainsi la langue pendante! Une chance que pour me faire patienter, il me reste quelques tomes de l'excellente série dérivée Lord Grey.


Le billet de Raych (en english!)


Merci aux éditions Random House pour l'envoi.


An Echo in the Bone de Diana Gabaldon, publié au Canada par Doubleday, une division de Random House, en 2009. 820 p. Pas encore traduit.


25 novembre 2009

The Jane Austen Book Club

Une lecture tout à fait charmante pour tous les amoureux de la romancière anglaise!

Non seulement les membres de ce club de lecture dédié à Jane Austen ont-ils des discussions à la fois pertinentes et amusantes sur les six romans bien-aimés, mais ils tentent d'en appliquer certains préceptes dans leur propre vie et en vivent certaines péripéties sans s'en apercevoir. Le jeu est d'essayer de deviner à quel personnage chacun d'eux correspond le plus. Le tout est fait d'une façon subtile et humoristique, et on pourrait je crois relire plusieurs fois ce roman en y découvrant toujours de nouvelles allusions.
J'ai trouvé très original le procédé qui consiste à narrer l'histoire à la première personne du pluriel, sans qu'on arrive à savoir lequel des membres du groupe parlait en fait. C'est un peu comme si c'était le groupe en entier qui s'exprimait, ou peut-être chacun des personnages en alternance?

Dans les commentaires en quatrième de couverture, la critique du New York Times affirme que ce roman plaira autant aux amateurs d'Austen qu'à ceux qui ne connaissent pas son oeuvre; je ne suis pas trop d'accord. Je crois qu'il faut à tout le moins avoir lu plusieurs des romans de Mrs Austen pour apprécier celui-ci. Les discussions sur les différents personnages ennuieront le lecteur non averti, et tous les petits clins d'oeil qui font le charme de ce livre lui échapperont. Ce qui restera sera somme toute plutôt banal. Mais comme Mrs Austen est de plus en plus à la mode, cela nous laisse quand même un public assez large! Et j'aime beaucoup mieux ce type d'hommage que ceux du genre «Jane Austen et les zombies», ou étaient-ce les vampires ou les loups-garous?

Les billets de Laurence du Biblioblog (qui en a fait une lecture plus sérieuse que la mienne!), de Karine (pas emballée), de Clochette, d'Allie, de Levraoueg, de Cuné...



The Jane Austen Book Club de Karen Joy Fowler, publié chez Plume, 2004, 288 pages en comptant les appendices. titre de la version française: Le Club Jane Austen.

13 novembre 2009

Dewey (The Small-Town Library Cat Who Touched the World)

Vous aimez les chats et les bibliothèques? Ce livre est pour vous!

Sauvé in extremis de la mort par les employés d'une bibliothèque publique, Dewey passa le reste de sa longue vie sur les lieux, donnant une âme à cet immeuble en béton anonyme, conquérant les coeurs de petits et grands et même redonnant espoir à la petite ville de Spencer, Iowa, durant la crise ayant touché le Midwest américain dans les années 80. Vicky Myron, la bibliothécaire en chef, nous raconte comment sa relation avec cet animal hors de l'ordinaire, extrêmement sociable et sensible, changea sa vie et lui apporta confort et soutien dans les moments les plus difficiles.

J'ai éprouvé toute la gamme des émotions durant cette lecture, du rire aux larmes! Certains passages sont très touchants, comme par exemple l'histoire de cette petite fille lourdement handicapée, qui ne faisait jamais un son et gardait les yeux baissés; lorsque Dewey sauta sur la tablette de sa chaise roulante, elle lança un cri de joie et ses yeux se mirent à briller, et elle eut la même réaction chaque semaine lorsque sa classe visitait la bibliothèque. Il est aussi amusant de comparer Dewey aux chats de notre propre vie: mon Bouboule aussi aime dormir dans les boîtes en carton et ne boit jamais dans un bol d'eau (c'est bien meilleur dans la toilette ou dans l'abreuvoir des oiseaux), mais par contre il déteste le yogourt et se cache quand des étrangers arrivent!

J'ai retrouvé dans ce livre la même ambiance que dans The Prize Winner of Defiance, Ohio, celle des petites villes du Midwest où l'entraide et la débrouillardise semblent être la norme et forgent un sentiment d'appartenance à une communauté. Les deux livres présentent également le même genre d'écriture simple, sans figure de style ou fioriture, le but étant, après tout, de rendre un témoignage et non de créer une oeuvre hautement littéraire. C'est donc un bouquin qui se lit sans effort, en quelques heures et qui, soit dit en passant, ferait un excellent choix pour ceux qui tentent de renouer avec l'anglais pour le défi Lire en VO! [Pour les amateurs de félins unilingues (les lecteurs, pas les félins), le livre est traduit en français...]


Les billets d'Allie et de Keisha.



Dewey (The Small-Town Library Cat Who Touched the World) de Vicky Myron, avec Bret Witter, Grand Central Publishing, 2008. 277 pages. Titre de la version française: Dewey.

12 novembre 2009

Sépharade

Une fois n'est pas coutume: comme je participe à l'évènement Chroniques de la rentrée littéraire organisé par Ulike entre autres, qui s'est lancé le défi ambitieux de présenter un article sur chacun des 659 romans de la rentrée littéraire de septembre 2009 avec l'aide de centaines de blogueurs (pour en savoir plus c'est ici) , je vais faire les choses selon les règles de l'art et transcrire la quatrième de couverture pour vous donner une idée plus complète du roman:


Peut-on échapper à son destin? À celui qu'on choisit pour vous? se demande Esther Vital.

Juive marocaine née à Strasbourg, écrasée par le poids de la tradition et de la famille, mais aussi déchirée par la nostalgie des paradis abandonnés -- l'Espagne de Cordoue à Tolède, le Maroc, de Mogador à Fès --, Esther tente de savoir qui elle est, dans l'illusion de la liberté. Lorsqu'elle choisit l'amour comme évasion, tout ce à quoi elle pensait avoir échappé la rattrape. La veille de son mariage, vêtue de la robe pourpre des promises sépharades, Esther découvre les maléfices du mauvais oeil et le terrible secret qui la marque...

À travers cette quête des origines, Éliette Abécassis explore avec émotion et érudition l'histoire des juifs marocains, depuis l'Inquisition jusqu'à l'époque contemporaine, leurs rivalités, leur culture et leurs croyances. Voici le grand roman du monde sépharade.


Comme l'indique cette quatrième de couverture (qui pour une fois donne une bonne idée de l'intrigue sans en révéler trop d'éléments), ce roman est avant tout une quête d'identité, ou plutôt une tentative de réconcilier plusieurs identités différentes. Mais d'abord, qui sont les Sépharades? D'entrée de jeu, je n'en avais qu'une vague idée. Ce sont en fait les descendants des juifs expulsés d'Espagne durant l'Inquisition, au XVe siècle, qui allèrent s'établir en Afrique du Nord, notamment au Maroc, mêlant leur sang à celui des Arabes et des Berbères qui occupaient déjà le territoire. À ce premier exode s'en ajoute un deuxième, puisqu'à l'indépendance du Maroc plusieurs décidèrent de s'en aller, qui pour Israël, qui pour le Canada, qui pour la France, comme la famille dont nous faisons ici la connaissance.

Esther est donc tiraillée entre ces différentes racines, chacune apportant son lot de caractéristiques souvent contradictoires: juive, française, marocaine, espagnole. Sans oublier Israël, la terre promise, qui l'attire mais offre une vie beaucoup plus intense que ce à quoi elle est habituée. Son mariage est donc pour elle l'occasion de faire le point sur ces différentes identités et sur sa relation compliquée avec sa famille accaparante, omniprésente. La situation se complique encore plus lorsque la famille se réunit à Tel-Aviv pour le mariage et que les secrets et rivalités refont surface.

Ce que j'ai aimé avant tout dans cette lecture, c'est la découverte de la culture et de l'Histoire des Sépharades. Abécassis décrit d'une façon très vivante les coutumes, la nourriture, les couleurs, les parfums... Par exemple, sa description de la dafina donne l'eau à la bouche. Il s'agit d'un plat traditionnel que l'on mange le samedi midi pour le Chabbat, qui se prépare la veille et cuit toute la nuit, selon une recette qui se transmet de mère en fille, mais pas complètement car quelle mère voudrait être surpassée par sa fille? Se transformant donc à chaque génération, ce mets composé de viande, de blé, de riz, de pommes de terre, de pois chiches et d'épices nourrit les ventres et les conversations familiales autour de la table. J'ai aussi appris que le couscous est un plat très compliqué à réussir -- j'ai donc tout faux lorsque je le prépare en quelques minutes en le faisant tremper dans l'eau bouillante?

La question de la disparition de cultures plusieurs fois millénaires, qui semblent incompatibles avec la modernité et sont abandonnées par la génération actuelle, est également passionnante et aurait mérité d'être explorée plus en profondeur.

Par contre, l'intrigue elle-même m'a laissée un peu indifférente. À partir du deuxième tiers, les personnages ont commencé à me tomber sur les nerfs, en particulier les femmes, y compris l'héroïne, toutes plus geignardes les unes que les autres. Les hommes sont déjà plus sympathiques, notamment les vieux qui me font penser aux oncles de Solal dans Belle du Seigneur. J'ai trouvé que dans l'ensemble, Abécassis faisait plus ressortir les aspects négatifs des personnalités. Le portrait qu'elle brosse des Sépharades devient donc de plus en plus repoussant, frisant presque la caricature. De plus, le fameux secret est extrêmement prévisible, dès le début, et on ne sait pas trop si c'est voulu, ce que j'ai trouvé agaçant.

À lire, donc, surtout pour la découverte de cette culture si colorée et de cette Histoire d'exil et de paradis perdus!


Sépharade d'Éliette Abécassis, publié chez Albin Michel en 2009, 457 p.