29 mars 2026

Lavinia

Mes lecteurs fidèles s'en seront aperçu, Ursula Le Guin est devenue une auteure chouchou du blogue J'ai lu... ces dernières années.  Après l'avoir découverte avec sa série Fantasy Earthsea, puis avoir entrepris sa série SF The Hainish Cycle, je la retrouve dans un genre différent, la réécriture de mythe.  C'est un genre littéraire très à la mode depuis quelques années, mais en 2008 ce n'était que le début de la vague.

En parlant du Hainish Cycle, j'avais prévu en lire un tome dans les prochaines semaines, mais la déesse de la lecture en a décidé autrement!  En effet, les membres du club de lecture du forum Livraddict ont jeté leur dévolu sur Lavinia, le thème «Réécriture de la mythologie» ayant été choisi pour le mois de mars.  

Un peu comme l'a fait Margaret Atwood dans Penelopiads (où l'on revisitait L'Odyssée du point de vue de Pénélope, la femme d'Ulysse), Le Guin reprend un passage de L'Énéide de Virgile en développant un personnage secondaire de cette fameuse épopée: Lavinia, la deuxième épouse d'Énée. 
 
L'histoire d'Énée est moins connue que celle d'autres héros comme Ulysse ou Achille.  Mais j'ai quelques souvenirs d'une adaptation en série télévisée de mon adolescence (notamment la scène où Énée s'enfuit de Troie en flammes en portant son père Anchise sur son dos) et de la lecture du récit de Virgile l'été suivant.  L'histoire d'amour entre le prince troyen et la reine africaine Didon m'avait fort impressionnée (et pas seulement parce que j'apprenais enfin qui était cette fameuse Didon qui dîna, dit-on, du dos dodu de dix dodus dindons...).  Par contre, je ne me souvenais pas du tout de Lavinia, qui devint la femme d'Énée après qu'il quitta l'Afrique et arriva en Italie.   
 
Je dois avouer que j'ai d'abord eu un peu de difficulté à entrer dans l'histoire.  C'est que dans les premiers chapitres, il ne se passe pas grand-chose...  Mon intérêt a été piqué quand un genre de «fantôme du futur», dont je vous laisse découvrir l'identité, apparaît à la jeune fille pour prédire son avenir.
 
À partir de ce moment, j'ai tout aimé, en particulier comment Le Guin reconstitue la vie quotidienne de ce peuple de l'âge de bronze (Rome n'a pas encore été fondée).  La religion, notamment, occupe une place importante, et on assiste aux différents rites qui ponctuent le quotidien des gens.  L'auteure a choisi de mettre l'accent sur les dieux familiers (les Lares et les Pénates) et de ne pas faire intervenir les divinités majeures (Junon, Vénus, etc) dans l'intrigue comme c'est le cas dans L'Odyssée et L'Énéide.  De plus, elle fait de Lavinia un personnage au caractère fort mais néanmoins bien de son temps, évitant l'écueil de la transformer en une anachronique super-héroïne «badass», pour utiliser un terme à la mode.
 
Et bien sûr, tout cela est décrit de la plume formidable de ma chère Ursula.  Je ne m'en lasse pas!
 

Lavinia de Ursula Le Guin, 2008, 279 p.  Titre de la traduction française: Lavinia. 

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