Au début, je n'étais pas sûre d'accrocher à ce roman épistolaire nouveau genre (au lieu de lettres, ce sont des courriels que s'échangent les correspondants). Je trouvais le ton un peu artificiel. Puis, peu à peu, disons après une dizaine de pages, je me suis prise au jeu de ces deux personnages qui se dévoilent petit à petit, qui tentent de se deviner, ne s'étant jamais vus et ignorant parfois leurs propres motivations. Je me demandais toutefois si l'intérêt pourrait être soutenu pendant plus de 300 pages, et la réponse est oui! Grâce au suspense de savoir si enfin ils vont se rencontrer en chair et en os, grâce à des surprises et revirements de situation et à la sympathie qu'on éprouve pour eux, on dévore ce bouquin sans même s'en apercevoir!
Deux mini-bémols: 1) la fille sur la couverture a des cuisses si longues qu'elle a l'air d'une sauterelle, et 2) la traductrice a choisi d'utiliser le mot «mail» au lieu du «courriel» québécois, ou tout simplement de «email». Moi quand je lis mail, dans ma tête cela se prononce «maille», comme dans mail piétonnier, par exemple. J'étais constamment en train de réajuster mon cerveau, et comme bien sûr ce mot est utilisé plusieurs fois par page, c'est un peu pénible.
Lorsque les seuls défauts qu'on trouve à un livre sont une traduction d'un mot déplaisant à une psycho-rigide de la pire espèce et une photo de femme-mante religieuse, c'est qu'un livre a vraiment beaucoup de qualité! C'est frais, c'est drôle, c'est romantique, ça se lit tout seul!
Il paraît qu'il y a une suite, mais je me demande si celle-ci n'est pas superflue, je pense que je préfère en rester sur cette fin... (Si vous l'avez lue, cette suite, vous me direz ce que vous en avez pensé!)
Quand souffle le vent du nord de Daniel Glattauer, traduit de l'allemand, 2010, 348 p. La version originale, Gut Gegen Nordwind, date de 2006.
16 mars 2014
09 mars 2014
Bridge of Sighs (Le Pont des soupirs)
Un beau roman aux thèmes universels: la famille, les patterns qui se reproduisent de génération en génération, l'amitié, la dépendance affective, le couple, les classes sociales, le racisme... Tout ça avec comme toile de fond, d'une part, une petite ville industrielle de l'État de New York au bord d'une rivière polluée par la tannerie locale, et d'autre part la ville de Venise (d'où le titre) et l'atelier d'un peintre américain exilé. J'y ai bien trouvé quelques longueurs, toutefois. Quant on commence à s'intéresser aux parents de la petite amie du personnage principal, j'ai commencé à penser qu'on s'éparpillait un peu, même si ces digressions ont leur raison d'être, en fin de compte. À part ce petit bémol, j'ai bien apprécié cette lecture, en particulier les personnages attachants et multidimensionnels.
Bridge of Sighs de Richard Russo, 2007, 527 p. Titre de la traduction française: Le Pont des soupirs.
Bridge of Sighs de Richard Russo, 2007, 527 p. Titre de la traduction française: Le Pont des soupirs.
12 février 2014
La Jeunesse mélancolique et très désabusée d'Adolf Hitler
Quelle étrange expérience que la lecture de ce roman! Je n'ai pas détesté, au contraire, mais disons que c'est un peu «malaisant», pour utiliser un néologisme à la mode. Car Folco a bâti son histoire autour de ce qu'on connaît de la jeunesse d'Hitler, de sa naissance en 1889 jusqu'au déclenchement de la Première Guerre mondiale: un père rigide, une mère qui le surprotégeait, orphelin à seize ans, des aspirations artistiques déçues, etc. Une enfance assez banale, somme toute, et qui est loin d'expliquer ce qui suivit. Alors on se prend au jeu, on s'intéresse au personnage, on rit même et tout d'un coup on se souvient de qui il est question!
Ainsi on trouve à plusieurs reprise des passages très drôles mais qui soudainement vous glacent les sangs lorsque vous lisez entre les lignes. Par exemple:
Pour ceux qui se posent la question, le lien avec les autres romans de Folco relatant les tribulations de la famille Tricotin existe mais est plutôt ténu. *** Attention, spoiler pour Même le mal se fait bien.*** C'est que Carolus Tricotin, petit-fils de Charlemagne Tricotin, est en fait le vrai père d'Hitler, et lui et son fils Marcello, héros du tome précédent, feront une brève apparition dans la vie d'Adolf. ***Fin du spoiler.*** C'est bizarre de l'appeler par son petit nom, non? Ça vous donne une idée du genre de malaise dont je parlais ci-dessus.
La Jeunesse mélancolique et très désabusée d'Adolf Hitler de Michel Folco, 2010, 350 p.
Ainsi on trouve à plusieurs reprise des passages très drôles mais qui soudainement vous glacent les sangs lorsque vous lisez entre les lignes. Par exemple:
Renonçant provisoirement à la peinture, il décida d'écrire un roman social: l'histoire d'un orphelin rejeté de tous qui finit par se venger d'une manière wagnérienne en diable. Puis il écrivit une nouvelle futuriste sur un jeune scientifique viennois qui devient un héros national en découvrant le remède absolu qui anéantit la totalité des punaises de la capitale et de ses alentours (en une nuit).
Pour ceux qui se posent la question, le lien avec les autres romans de Folco relatant les tribulations de la famille Tricotin existe mais est plutôt ténu. *** Attention, spoiler pour Même le mal se fait bien.*** C'est que Carolus Tricotin, petit-fils de Charlemagne Tricotin, est en fait le vrai père d'Hitler, et lui et son fils Marcello, héros du tome précédent, feront une brève apparition dans la vie d'Adolf. ***Fin du spoiler.*** C'est bizarre de l'appeler par son petit nom, non? Ça vous donne une idée du genre de malaise dont je parlais ci-dessus.
La Jeunesse mélancolique et très désabusée d'Adolf Hitler de Michel Folco, 2010, 350 p.
03 février 2014
The Call of the Wild (L'Appel de la forêt)

Après le ton monotone de ma lecture précédente, quel plaisir de lire une plume d'une telle force évocatrice! On s'identifie complètement au personnage principal, ce qui est quand même un tour de force puisqu'il s'agit d'un chien! C'est l'histoire de Buck, enlevé de son confortable domaine californien pour devenir chien de traîneau au Yukon durant la ruée vers l'or. Sa résilience et sa force de caractère lui permettront de trouver sa place tant parmi ses semblables que parmi les humains et de survivre à de rudes épreuves, mais cèdera-t-il à l'appel de la forêt, de la vie sauvage imprégnée dans ses gènes mêmes? Un très beau récit qui n'a pas pris une ride.
(La nuit passée, j'avais composé dans ma tête un superbe billet qui rendait beaucoup mieux hommage à ce livre. J'ai été trop paresseuse pour me lever et le noter, me fiant à ma mémoire pourtant notoirement faillible. Du coup, les mots me manquent; toutes mes excuses au fantôme de Jack London et à Buck pour mon manque d'éloquence.)
The Call of the Wild and other stories de Jack London, 1903, 187 p. incluant deux courtes nouvelles. Titre de la traduction française: L'Appel de la forêt.
27 janvier 2014
La Liste de mes envies

C'est le style surtout qui m'a déçue, il est plat, terne. Je pense que l'auteur a voulu refléter les pensées d'une personne de la classe moyenne, puisque le roman est au «je», mais il y a moyen il me semble de le faire d'une façon moins monocorde, si je puis dire. Je ne me suis pas ennuyée, j'ai souri ou ai été touchée à quelques reprises, mais sans plus.
En plus la fin est un peu déprimante. Je reste tiède.
La Liste de mes envies de Grégoire Delacourt, 2012, 122 p en version numérique.
21 janvier 2014
The Sound and the Fury (Le Bruit et la fureur)
Quel livre frustrant! Je n'ai pas souvenir d'avoir autant pesté contre un roman, à part peut-être lors de quelques lectures obligatoires à l'école. Et encore.
Les deux premiers chapitres (donc un peu plus de la moitié du bouquin) sont un charabia incompréhensible. La première partie est narrée par un handicapé intellectuel et on n'a donc que sa vision déformée de la situation. C'est à peine si l'on arrive à saisir quelques bribes. En plus, on se promène dans le temps et il y a une foule de personnages, si bien qu'on est incapable de comprendre qui est qui par rapport à qui. Il y en a même un qui est parfois un garçon, parfois une fille! J'aime généralement les livres où le lecteur doit fournir un certain effort, mais encore faut-il que l'auteur nous en donne les moyens! Je pense à La Petite Fille qui aimait trop les allumettes de Gaétan Soucy, qui est un parfait exemple de ce procédé.
La deuxième partie est contée par le frère de l'handicapé, étudiant à Harvard. On pousse un soupir de soulagement, on pense qu'on va enfin voir la lumière au bout du tunnel... Mais non, c'est presque pire! Car Faulkner utilise la technique du «courant de conscience», où les pensées du narrateur se suivent apparemment pêle-mêle, sans organisation, en phrases souvent incomplètes. Albert Cohen, notamment, utilise ce procédé dans Belle du Seigneur, mais il le fait alterner avec une narration conventionnelle qui donne le contexte nécessaire. Ici, on saute du coq à l'âne, on tourne en rond... Après quelques pages déjà je n'en pouvais plus, et tout le chapitre est comme cela! Si ce livre n'était pas une lecture commune avec les copains du forum de la Bonne Lecture, j'aurais abandonné. Mais quand d'autres se le sont tapé jusqu'au bout, c'est gênant...
Lorsqu'on arrive enfin dans la deuxième moitié où enfin on nous donne enfin quelques clefs de décryptage (est-ce que j'ai dit enfin?), le plaisir que l'on ressent n'est pas assez grand pour contrebalancer le désagrément qu'on a eu à se rendre jusque là. Je pense qu'on est censé reprendre les deux premières parties pour les déchiffrer à l'aide de ce qu'on a appris, mais honnêtement, qui a ce courage? J'ai vraiment trop hâte de passer (enfin!) à autre chose!
The Sound and the Fury de William Faulkner, 1929, 234 p. en version numérique, incluant les appendices. Titre de la traduction française: Le Bruit et la fureur.
Les deux premiers chapitres (donc un peu plus de la moitié du bouquin) sont un charabia incompréhensible. La première partie est narrée par un handicapé intellectuel et on n'a donc que sa vision déformée de la situation. C'est à peine si l'on arrive à saisir quelques bribes. En plus, on se promène dans le temps et il y a une foule de personnages, si bien qu'on est incapable de comprendre qui est qui par rapport à qui. Il y en a même un qui est parfois un garçon, parfois une fille! J'aime généralement les livres où le lecteur doit fournir un certain effort, mais encore faut-il que l'auteur nous en donne les moyens! Je pense à La Petite Fille qui aimait trop les allumettes de Gaétan Soucy, qui est un parfait exemple de ce procédé.
La deuxième partie est contée par le frère de l'handicapé, étudiant à Harvard. On pousse un soupir de soulagement, on pense qu'on va enfin voir la lumière au bout du tunnel... Mais non, c'est presque pire! Car Faulkner utilise la technique du «courant de conscience», où les pensées du narrateur se suivent apparemment pêle-mêle, sans organisation, en phrases souvent incomplètes. Albert Cohen, notamment, utilise ce procédé dans Belle du Seigneur, mais il le fait alterner avec une narration conventionnelle qui donne le contexte nécessaire. Ici, on saute du coq à l'âne, on tourne en rond... Après quelques pages déjà je n'en pouvais plus, et tout le chapitre est comme cela! Si ce livre n'était pas une lecture commune avec les copains du forum de la Bonne Lecture, j'aurais abandonné. Mais quand d'autres se le sont tapé jusqu'au bout, c'est gênant...
Lorsqu'on arrive enfin dans la deuxième moitié où enfin on nous donne enfin quelques clefs de décryptage (est-ce que j'ai dit enfin?), le plaisir que l'on ressent n'est pas assez grand pour contrebalancer le désagrément qu'on a eu à se rendre jusque là. Je pense qu'on est censé reprendre les deux premières parties pour les déchiffrer à l'aide de ce qu'on a appris, mais honnêtement, qui a ce courage? J'ai vraiment trop hâte de passer (enfin!) à autre chose!
The Sound and the Fury de William Faulkner, 1929, 234 p. en version numérique, incluant les appendices. Titre de la traduction française: Le Bruit et la fureur.
06 janvier 2014
L'Enchanteur
Les premières pages m'ont fait craindre le pire. Merlin l'Enchanteur observe Viviane, âgée de 13 ans, se baignant nue dans une source, et en devient éperdument amoureux... Moi, dès qu'il y a la moindre petite suggestion de pédophilie, j'ai un gros malaise! Heureusement, la suite se déroule quelques années plus tard, et de toutes façons leurs amours resteront platoniques, leurs pouvoirs magiques en dépendant. Alors j'ai pu apprécier la suite, même si quelques passages m'ont semblé un peu fleur bleue et d'un style légèrement désuet.
J'ai bien aimé les variations originales sur le thème des chevaliers de la Table ronde. Par exemple, le Graal n'a pas seulement recueilli le sang de Jésus, mais aussi celui d'Adam lorsque Dieu lui a pris sa côte, et il avait été façonné de l'argile paradisiaque. Il y a un mélange fort intéressant de différentes mythologies; ainsi, Viviane est une descendante de la déesse romaine Diane. On retrouve également plusieurs détails amusants ou fantaisistes, beaucoup de poésie et de nombreux clins d’œil à notre époque sous forme d’anachronismes volontaires.
Un extrait:
L'Enchanteur de Barjavel, 1984, 350 p.
J'ai bien aimé les variations originales sur le thème des chevaliers de la Table ronde. Par exemple, le Graal n'a pas seulement recueilli le sang de Jésus, mais aussi celui d'Adam lorsque Dieu lui a pris sa côte, et il avait été façonné de l'argile paradisiaque. Il y a un mélange fort intéressant de différentes mythologies; ainsi, Viviane est une descendante de la déesse romaine Diane. On retrouve également plusieurs détails amusants ou fantaisistes, beaucoup de poésie et de nombreux clins d’œil à notre époque sous forme d’anachronismes volontaires.
Un extrait:
« Le diable ramassa sept tempêtes sur les océans, les assembla et les pressa entre ses mains et en fit un dragon gigantesque qui se rua vers Galaad en brisant tout sur son passage.
Galaad fonça sur lui et se dressa sur ses étriers en hurlant le nom secret de son cheval. Celui-ci répondit, criant comme le vent, et d'un seul élan sauta par dessus la monstrueuse bête, à qui, au passage, l'épée de Galaad creva les yeux. Les tempêtes, depuis, tournent en rond sur le monde, croyant aller tout droit.»
L'Enchanteur de Barjavel, 1984, 350 p.
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