14 décembre 2017

The Well of Lost Plots (Le Puits des histoires perdues)

 (Série Thursday Next, tome 3)


Peut-être pas le meilleur de la série...  L'intrigue est un peu décousue et on se perd parfois parmi les nombreux personnages.  Mais on s'amuse tout de même énormément à découvrir ce puits des histoires perdues, où s'est réfugiée Thursday Next pour échapper à ses ennemis.  Comme notre héroïne le découvre, c'est là que sont fabriqués les romans grâce à une mécanique complexe et au travail de milliers d'artisans et de figurants,  avant d'apparaître dans le monde réel sous la plume de leur auteur! Il y a d'excellentes trouvailles, comme toujours on nage en plein délire et on s'amuse à débusquer les nombreuses références littéraires (y compris aux autres œuvres de Fforde, incluant sa série Nursery Crimes!)

Il y a quelques mois j'avais commencé ce roman mais je m'étais arrêtée dès l'introduction car il semblait qu'il serait question de Brideshead Revisited et j'avais peur de me le faire divulgâcher puisqu'il était dans ma PAL.  J'ai donc attendu d'avoir lu ce roman d'Evelyn Waugh mais finalement ce n'aurait pas été nécessaire car le passage où il est mentionné est très court et ne révèle rien de l'intrigue.  Par contre, j'étais contente d'avoir déjà lu Wuthering Heights (Les Hauts de Hurlevent) d'Emily Brontë car il y est fait référence plusieurs fois (Heathcliff, Catherine Earnshaw et les autres en thérapie de groupe!) et les divulgâcheurs sont nombreux.  Avis aux intéressés!

J'ai le tome 4, Something Rotten (Sauvez Hamlet) dans ma PAL, mais il faudrait bien que je lise la pièce de Shakespeare avant...


The Well of Lost Plots (tome 3 de la série Thursday Next) de Jasper Fforde, 2004, 360 p.  Titre de la traduction française: Le Puits des histoires perdues.

30 novembre 2017

Le Salut de l'Irlande

Je ne sais trop comment classifier ce roman, c'est un peu un conte (surtout la fin, qui rappelle la chasse-galerie de notre folklore), un peu du réalisme magique (il y a un renard qui parle), c'est un roman politique et contestataire (publié en 1970, après tout) mais aussi un roman d'apprentissage...

D'un point de vue purement matériel, quelle drôle d'expérience de lire ce livre qui tombait en morceau à mesure que je tournais les pages!  Je ne félicite pas les Éditions du Jour pour la qualité de leur reliure; j'ai lu des bouquins bien plus anciens dont la reliure tenait le coup, même en livres de poche!  Il y avait aussi plusieurs coquilles et un passage où tous les verbes qui auraient dû être au passé simple étaient, bizarrement, au futur simple!  Je suppose que ces défauts ont été corrigés dans les éditions suivantes, avis aux intéressés!

Dans l'ensemble, j'ai quand même bien apprécié cette histoire, souvent fort drôle, même si j'avais parfois l'impression qu'il me manquait quelques références ou point de repère pour bien comprendre ce que Ferron voulait sous-entendre entre les lignes.  J'avais d'ailleurs eu la même impression lors de ma première rencontre avec cet écrivain, l'an dernier.

Et voilà qui clôt pour moi ce Québec en novembre!  Merci à Karine et Yueyin pour l'organisation!


Le Salut de l'Irlande de Jacques Ferron, 1970, 222 p.



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21 novembre 2017

Au hasard la chance

(La Diaspora des Desrosiers, tome 6)


(Fait cocasse, les bibliothécaires de la ville de Montréal ne semblent pas s'entendre sur la place de ce tome dans la série: selon les succursales, il est classé tome 5 ou 6 dans le catalogue. Dans mon exemplaire, acheté à la vente de liquidation de la bibliothèque, c'est pourtant clairement indiqué tome 6, comme sur le site de l'éditeur Leméac! Sauf que la bibliothécaire a raturé le 6 et ajouté un 5 au stylo; c'est beau d'avoir des convictions!)

On m'avait prévenu que ce tome n'était pas le meilleur de la série...  J'ai donc diminué mes attentes, ce qui m'a permis de bien apprécier cette lecture, en fin de compte!  Je me suis attachée à cette Ti-Lou, prostituée de luxe qui décide, sur un coup de tête, de prendre sa retraite pendant qu'elle est au sommet de sa gloire et de quitter Ottawa pour s'établir à Montréal.  L'originalité du roman: en quatre chapitres, Tremblay nous présente cinq destins possibles, heureux ou malheureux, selon les choix que Ti-Lou fera en descendant du train. Et ce n'est qu'en épilogue qu'on saura lequel s'est finalement concrétisé.  On visite notamment un grand hôtel du centre-ville, avec ses décors élégants mais pompeux et ses conventions de l'époque victorienne (une femme ne peut entrer seule au bar de l'hôtel!).

Et comme toujours, l'humour et les dialogues piquants sont au rendez-vous!


Au hasard la chance (La Diaspora des Desrosiers, tome 6) de Michel Tremblay, 2012, 158 p.

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19 novembre 2017

Maryse

Un avis un peu mitigé pour ce roman de Francine Noël qui avait pourtant remporté un certain succès à sa sortie, selon mes souvenirs.  Je n'ai pas détesté mais quelques défauts m'ont empêchée d'adhérer complètement à cette chronique de la vie quotidienne d'une jeune Montréalaise dans la vingtaine et de son groupe d'amis.

Pour: des personnages secondaires attachants, une peinture réussie de la société post-révolution tranquille, toute chamboulée, de cette jeunesse en quête de nouveaux repères, un petit côté «réalisme magique» amusant, une fin satisfaisante.

Contre: on se perd dans la multitude de personnages, la Maryse en question peut parfois tomber sur les nerfs avec ses jérémiades, quelques longueurs (le conte sur les graffitis des murs de l'université semble interminable et n'apporte rien au récit, sautez-le sans hésiter!).


Maryse de Francine Noël, 1983, 426 p.


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03 novembre 2017

Le Temps retrouvé

(À la recherche du temps perdu, tome 7) 

Eh bien voilà, j'ai fini la fameuse «Recherche» (comme on l'appelle entre initiés).

Première réflexion sur ce dernier tome: ouf! une chance que toute la série n'était pas aussi ennuyante!  En effet les premiers deux tiers sont plutôt soporifiques, à part quelques beaux passages sur l'art, sur Saint-Loup.  Il ne se passe rien ou presque.  Il y a un bon cinquante pages interminables sur les différents changements qu'on observe et qui nous frappent chez des gens qu'on n'a pas vus depuis plusieurs années: changements physiques, intellectuels, sociaux, etc.  L'idée était bonne, celle de nous faire retrouver différents personnages lors d'une matinée mondaine chez le prince de Guermantes, et cela donnera au narrateur un choc salutaire lui faisant comprendre l'urgence de se lancer enfin dans la grande œuvre dont il vient par ailleurs d'avoir l'intuition, lui qui avait plutôt abandonné l'idée de devenir écrivain, se croyant sans talent.  Mais c'est long, tellement long, et il y a beaucoup de répétitions!

C'était le pot, voici les fleurs: j'ai vraiment beaucoup aimé le dernier tiers.  Il y a des phrases magnifiques sur la littérature, sur la vie et la mort, et on continue à retrouver les principaux personnages de la série sans maintenant qu'il y ait de longueurs. La Première Guerre mondiale est terminée et il y a eu un grand brassage des classes sociales.  Je ne veux rien divulgâcher mais disons que certains bourgeois se retrouvent «au top» alors que certains nobles ne sont plus aussi bien considérés.

Comme j'ai lu ce tome sur ma liseuse en version libre de droits (merci, Bibliothèque électronique du Québec!) qui ne comprend pas d'image en couverture, j'ai choisi, pour illustrer ce billet, celle, parmi les différentes éditions papier, qui me semblait la plus représentative du roman.  J'aime beaucoup celle ci-dessus, car il y a plusieurs scènes où le narrateur déambule dans Paris, seul ou avec M. de Charlus, et surtout il y a une scène où il trébuche sur des pavés inégaux, ce qui lui rappelle son voyage à Venise et lui donne l'intuition du «Temps retrouvé», c'est-à-dire la manière dont certaines impressions font un pont entre des événements passés et actuels, entre le passé et le présent, intuition qu'il avait éprouvée déjà quelques années plus tôt lors du célèbre épisode des madeleines trempées dans le thé.  C'est en explorant ces impressions qu'il pourra enfin devenir écrivain. 

Quelques rélexions sur la série complète.  J'éprouve une grande fierté à l'avoir terminée car avouons-le, le style de Proust n'est pas des plus faciles.  Il est connu pour ses longues phrases, mais je ne pensais pas que ce serait à ce point!  J'ai dû à plusieurs reprises en reprendre du début pour en comprendre la structure.  Toutefois, je me suis rendu compte que cette difficulté même fait partie du plaisir.  Pourquoi tout serait-il facile?  Lorsqu'on a un effort à fournir, le plaisir s'en trouve décuplé. Et ce qui me reste, une fois la dernière page tournée (virtuellement!), en plus de cette fierté, c'est l'impression d'une grande beauté, tant de la langue que des idées.

Le beau billet de Karine, que je remercie encore une fois puisque c'est elle qui m'a donné le goût de me lancer dans l'aventure!


Le Temps retrouvé (À la recherche du temps perdu, tome 7) de Marcel Proust, 328 p. en version numérique, 1927. 

24 octobre 2017

L'Arche de Socrate

Toujours aussi bon vulgarisateur, ce Normand Baillargeon!  Dans ce petit bestiaire fort original, ce professeur de sciences de l'éducation à l'UQAM prend pour prétexte le thème des animaux pour introduire quelques concepts philosophiques, et ce, sans douleur et sans prise de tête!  Et avec même un peu d'humour pour pimenter le tout!

Les animaux ont souvent été utilisés pour illustrer, appuyer ou réfuter différentes notions philosophiques.  Baillargeon les a regroupés en trois catégories:
  • Les animaux reliés à des thèmes philosophiques (libre arbitre, déterminisme, doute, etc).
  • Ceux reliés aux enjeux de l'éthique animale (statut et droits des animaux).
  • Ceux illustrant des notions provenant d'autres disciplines mais ayant des répercussions en philosophie.  Ce sont souvent les plus connus: le chat de Schrödinger (physique quantique), le papillon de la théorie du chaos.

Si vous avez aimé Le Monde de Sophie de Jostein Gaarder, vous aimerez sans doute ce recueil d'une trentaine de courtes chroniques puisqu'on y est au même niveau de vulgarisation (vous aurez compris que la philo, j'aime qu'on me la pré-mâche, sinon c'est l'indigestion assurée!).

Du même auteur, je recommande Le Petit cours d'autodéfense intellectuelle, qui, bien qu'écrit il y a plus de dix ans, reste d'actualité en cette ère de fausses nouvelles et de réseaux sociaux envahissants.


L'Arche de Socrate de Normand Baillargeon, 2012, 256 p.

21 octobre 2017

The Falls (Les Chutes)

Décidément Joyce Carol Oates semble bien se prêter aux clubs de lecture...  Je dois mon premier contact avec cette écrivaine américaine au Blogoclub, c'était avec We Were the Mulvaneys et ça avait été un gros coup de coeur.  Et là, c'est une lecture commune avec les copains du Guide de la bonne lecture qui m'a donné l'occasion de ces retrouvailles.

The Falls, c'est avant tout l'histoire d'une femme issue d'une famille puritaine dont le premier mari se suicide en se jetant dans les chutes du Niagara le lendemain de leur nuit de noces, ce qui, on s'en doute, la marquera pour le restant de ses jours et affectera sa relation avec son deuxième mari ainsi qu'avec ses trois enfants, notamment l'aîné dont la paternité est incertaine.

Ce que j'ai aimé surtout dans ce roman, c'est l'ambiance de la ville de Niagara Falls: la description des chutes elles-mêmes, les hôtels de luxe (de moins en moins luxueux au fil des décennies), le grondement et l'humidité des chutes qu'ont ressent à des kilomètres à la ronde, les chutes qui sont vraiment un personnage de l'histoire, un genre de démon mythique qui attire et rend fous ses fidèles; et surtout l'effet du développement industriel sauvage qui rend inhabitable une partie de la région -- inhabitable mais pourtant habitée.  On est bien loin de la vision idyllique présentée aux touristes!

Contrairement à ce qui se passait dans We Were the Mulvaneys, ici on plonge directement dans le drame dès le début, et c'est là selon moi que le bât blesse.  On n'a pas le temps de s'attacher aux personnages avant que tout bascule.  Donc on peut être fascinée par les manifestations de la folie qui touche cette famille qui se croit maudite, mais on ne se sent pas concerné directement.

Par contre, je dois dire que j'aime beaucoup la plume de Oates.  Elle fait confiance à ses lecteurs, elle ne nous livre pas tout, tout cuit dans le bec mais nous laisse faire un bout de chemin par nous-mêmes.  (Ce qui peut tout de même être dangereux...  Le passage de la «Dame en noir» dans le cimetière m'a laissée perplexe et a bien failli me faire décrocher tellement il me semblait en rupture de ton avec le reste!)  C'est donc une auteure que je relirai avec plaisir, peut-être lors d'un autre club de lecture?


The Falls de Joyce Carol Oates, 2004, 481 p.  Titre de la traduction française: Les Chutes.