28 octobre 2022

Wanderers (Les Somnambules)

La première moitié de ce roman est vraiment excellente.  J'allais le qualifier de roman post-apocalyptique, mais en fait on est plutôt pendant l'apocalypse, qui se déroule sous nos yeux tout au long de ces 782 pages.  Peut-être devrait-on inventer le terme «péri-apocalyptique»?

Des gens sont atteints d'une mystérieuse maladie et se mettent à marcher comme des somnambules en un troupeau qui grossit au fil des jours, des semaines. Le lecteur ne comprend pas ce qui se passe et découvre peu à peu les différents personnages, de l'adolescente rebelle au médecin du Center for Disease Control en passant par le pasteur protestant et la spécialiste en intelligence artificielle. On retient notre souffle tant la tension monte, monte, monte!  

Dommage que l'auteur n'ait pas su bien resserrer son intrigue par la suite.  La deuxième moitié est vraiment trop longue!  On a l'impression que cela n'avance pas, qu'on tourne en rond.  Heureusement, la fin est surprenante et m'a permis de refermer ce bouquin avec un soupir satisfait.   

Je viens de voir qu'un deuxième tome vient d'être publié (mais pas encore traduit)!  Le titre en est Wayward.  Je me laisserai sans doute tenter car il y quelques petits trucs qui sont restés en suspens, même si l'histoire aurait pu s'arrêter là.


Wanderers de Chuck Wendig, 2019, 782 p.  Titre de la traduction française: Les Somnambules.

12 octobre 2022

César

 La Trilogie marseillaise, tome 3

Un tome un peu moins bon que les deux précédents, pour la simple raison qu'il ne s'agit pas tout à fait d'une pièce de théâtre, mais plutôt de la transcription du film réalisé par Marcel Pagnol.  Cela donne malheureusement à l’œuvre un côté très décousu, car on passe constamment d'un endroit à l'autre, d'un personnage à l'autre, parfois pour seulement quelques répliques, alors que dans Marius et Fanny, l'action se concentrait en un seul lieu tout au long de chaque acte, ce qui permettait beaucoup plus d'intensité.

Cela reste quand même amusant, et bien sûr il faut le lire pour avoir le fin mot de l'histoire, vingt ans plus tard!


César (La Trilogie marseillaise, tome 3) de Marcel Pagnol, 1946, 222 p.

02 octobre 2022

Oiseaux, merveilleux oiseaux

Une fois de plus, Hubert Reeves fait la preuve qu'il est un excellent vulgarisateur avec une âme de poète.  Émerveillement, besoin d'explications scientifiques, interrogation métaphysique: voilà les trois facettes de ce livre, selon les dires de l'auteur lui-même en préface.  Et effectivement, il allie rigueur et passion en nous expliquant comment l'univers a su se complexifier jusqu'à former d'abord des atomes, puis des étoiles et des planètes, et sur au moins une de ces planète, passer de la matière inerte à la vie, des organismes unicellulaires jusqu'à la perfection d'un vol d'oies sauvages.  

Il nous fait également prendre conscience de tous les événements improbables qui ont mené du chaos initial, juste après le Big Bang, jusqu'au développement du cerveau complexe de l'être humain.  Par exemple, les forces qui régissent l'Univers (force faible, électromagnétique, gravitationnelle et nucléaire) devaient être en équilibre parfait pour que les atomes, puis les astres, puissent se former.  Que l'une de ces forces ait été juste un peu différente, rien n'aurait fonctionné.

J'ai seulement deux petits bémols: de un, il y a quelques petites longueurs et répétitions, mais rien de bien grave; et de deux, je croyais qu'il s'agissait d'un livre assez récent (puisque apparu récemment au catalogue numérique de la BAnQ), mais il date en fait de plus de vingt ans.  Certaines données ne sont peut-être plus à jour...  Par exemple, il ne parle pas des ondes gravitationnelles, découvertes il y a quelques années.  Cela reste toutefois passionnant et très agréable à lire.


Oiseaux, merveilleux oiseaux d'Hubert Reeves, 1998, 272 p.

30 septembre 2022

La Traversée du malheur

La Diaspora des Desrosiers, tome 9

Voilà un tome qui clôt de belle façon cette série et nous amène tout naturellement aux Chroniques du Plateau (série, je le rappelle pour les non initiés, qui se déroule après La Diaspora mais qui a été écrite longtemps avant).  

Même si j'ai encore tendance à mélanger les membres des deux branches de la famille, j'ai adoré faire le tour de tous les personnages principaux, jusque dans l'Ouest canadien!  Comme toujours chez Tremblay, humour et émotion sont au rendez-vous et en parfait équilibre.  Et cela m'a donné envie de reprendre la série des Chroniques que j'avais abandonnée, n'ayant pas trop apprécié le dernier tome que j'ai lu -- mais était-ce La Duchesse et le roturier ou Des nouvelles d'Édouard?  Maudite mémoire de poisson rouge!


La Traversée du malheur (La Diaspora des Desrosiers, tome 9) de Michel Tremblay, 2015, 221 p.

18 septembre 2022

The Old Curiosity Shop (Le Magasin d'antiquités) -- abandon

J'ai un peu honte de l'avouer, mais oui, c'est un abandon!  Je me traîne les pieds depuis deux semaines, mais force est de me rendre à l'évidence: je n'accroche pas du tout à cette intrigue qui a piétiné pendant cent pages pour ensuite s'éparpiller dans tous les sens, ni à ces personnages caricaturaux (et trop nombreux, arrête d'en rajouter sans cesse, Charlot!), ni à l'ambiance trop mélodramatique.  Ce roman est parmi les moins connus de Dickens, ceci explique peut-être cela...

Quand le seul personnage auquel on s'attache est un poney facétieux, cela veut tout dire.  Je jette la serviette après trois cent soixante pages, désolée pour les copains du club de lecture de Livraddict!


The Old Curiosity Shop de Charles Dickens, 1841, 603 p.  Titre de la traduction française: Le Magasin d'antiquités.

07 septembre 2022

Pierre et Jean

Début de lecture un peu laborieux: l'édition libre de droits téléchargée sur le site Ebooks libres et gratuits (ELG) était infestée de coquilles!  Leurs numérisations sont généralement de qualité, pourtant...  Après quelques recherches (le PDF offert au prêt numérique de la BAnQ était du même acabit, bizarrement; d'ailleurs je vais voir s'il y a un endroit pour laisser un commentaire à ce sujet sur leur site, comme je l'ai fait sur celui de ELG.), j'ai fini par trouver une édition à peu près parfaite sur le site Bibliothèque électronique québécoise.  Avis aux intéressés!

Une fois réglé ce petit problème, j'ai pu plonger dans ce roman avec délectation.  Comme j'aime la plume de Maupassant!  Il nous entraîne cette fois dans la région du Havre, petite ville portuaire de Normandie.  On y assiste à un drame qui va déchirer une famille bourgeoise jusque-là sans histoire.  À la suite d'une annonce inattendue, jalousie et secrets rendent l'ambiance bien lourde dans la maison des Roland, et les cornes de brume du port et des bateaux semblent répondre à l'humeur des personnages.  J'ai trouvé certaines scènes magiques!  Seule la fin m'a un peu déçue: après toute cette tension dramatique, le dernier chapitre tombe un peu à plat, même si les dernières pages sont touchantes.  Ce n'est qu'un tout petit bémol; dans l'ensemble, j'ai adoré ce roman!  

(En passant, l'image ci-dessus ne correspond à la couverture d'aucune des éditions électroniques mentionnées.)


Pierre et Jean de Guy de Maupassant, 1888, 174 p.

30 août 2022

La Panthère des neiges

Quelle merveille!  Si ce livre ne se retrouve pas dans mon Top 3 annuel, il recevra le prix «On n'a jamais trop de beauté dans nos vies», c'est sûr et certain!

Après la Sibérie, après Bérézina, Sylvain Tesson nous entraîne maintenant au Tibet, sur les traces de l'élusive panthère des neiges, en compagnie de son ami, photographe animalier de son état, de la fiancée de celui-ci, elle-même cinéaste animalière, et d'un étudiant en philo faisant office d'assistant.  

Pour espérer apercevoir enfin le magnifique félin, il faut rester immobile pendant des heures sur les pentes rocailleuses et désertes, par -20°.  Pour tout divertissement, on apercevra de temps en temps un troupeau de yaks, quelques ânes sauvages, un loup ou un renard, un aigle dans le ciel. Le reste du temps on réfléchit  aux origines de la vie, à la place de l'humain dans tout ça, mais aussi on invente des aphorismes jugés plus ou moins réussis par nos compagnons de bivouac!

Tesson fait ici l'éloge de l'attente, de la patience, du silence, dans un monde bruyant au rythme de plus en plus effréné.  Il me perd parfois avec ses élucubrations philosophiques et l'on a de temps en temps l'impression qu'il se regarde écrire (comme on dit «il s'écoute parler»).  Mais je lui pardonne parce qu'il fait preuve de beaucoup d'humour et d'auto-dérision, que ses descriptions de lieux et d'animaux me transportent et qu'il a parfois des flashs (des fulgurances, pour employer un terme à la mode!) qui me coupent le souffle.

Et puis j'adore qu'au détour d'une phrase apparaissent des références à Proust, à Melville, à Flaubert, à Duras, petits clins d’œil qu'il ne prend pas la peine d'expliquer.  En voilà un qui fait confiance à ses lecteurs, et c'est aussi pour cela que je l'aime!

 

La Panthère des neiges de Sylvain Tesson, 2019, 152 p.