05 avril 2008

Gâtée pourrie!

Regardez le beau livre que Gropitou m'a acheté:


Couverture en cuir, tranche dorée, illustrations, petit ruban satiné marque-page...

Le grand luxe, je vous dis! Et c'est même pas ma fête!!!


03 avril 2008

Le Vieux qui lisait des romans d'amour

Le Vieux qui lisait des romans d'amour de Luis Sepulveda, traduit de l'espagnol, publié chez Métailié en 1992. 121 p. Titre original: Un viejo que leia novelas de amor.


Après avoir passé plus d'un mois à entendre siffler les obus à Stalingrad et à Berlin, à respirer les miasmes des charniers et les fumées des fours crématoires, je croyais qu'il me faudrait quelques jours à m'en remettre, que je ne serais pas capable de me plonger tout de suite dans un autre univers.

Et pourtant, à peine quelques heures plus tard, je feuillette ce tout petit roman du Chilien Luis Sepulveda qui traînait sur le dessus de ma PAL, et me voilà aussitôt transportée en Amazonie, les yeux remplis du vert intense de la forêt vierge, aux oreilles les feulements des grands fauves et les cris des ouistitis.

Il y a une dizaine d'année, un collègue de travail m'avait recommandé ce livre, mais le titre ne m'avait pas attirée. Je pensais que ce serait soit déprimant, soit à l'eau de rose, ou pire, un mélange des deux. Puis je suis tombée sur un exemplaire dans une bouquinerie, et je n'ai pas pu résister à la jolie couverture, un détail d'un tableau de Frances Broomfield en hommage au Douanier Rousseau, un peintre que j'aime beaucoup (bien sûr il n'y a pas de tigres en Amérique du Sud, mais on ne va pas couper les cheveux en quatre, hein?). Hé bien, finalement, j'avais tout faux!

C'est un pur délice, c'est drôle (j'ai bien cru que j'allais réveiller Gropitou qui dormait à côté de moi, à force de rigoler!), c'est fin, c'est poétique, c'est touchant (j'ai versé une larme sur le sort de la pauvre maman jaguar), c'est un brin subversif et juste un peu méchant. Les réflexions du vieil homme, qui n'a jamais quitté son coin de pays, sur ce qu'il lit dans les romans d'amour sont des morceaux d'anthologie.

Le roman commençait bien.
« Paul lui donna un baiser ardent pendant que le gon­dolier complice des aventures de son ami faisait sem­blant de regarder ailleurs et que la gondole, garnie de coussins moelleux, glissait paisiblement sur les canaux vénitiens. »
Il lut la phrase à voix haute et plusieurs fois.
- Qu'est-ce que ça peut bien être, des gondoles?
Ça glissait sur des canaux. Il devait s'agir de barques ou de pirogues. Quant à Paul, il était clair que ce n'était pas un individu recommandable, puisqu' il donnait un «baiser ardent» à la jeune fille en présence d'un ami, complice de surcroît.
Ce début lui plaisait. Il était reconnaissant à l'auteur de désigner les méchants dès le départ. De cette manière, on évitait les malentendus et les sympathies non méritées.



Vous savez, un de ces livres qu'on dépose souvent parce qu'on ne veut pas le finir trop vite?


L'avis de Laurence et Catherine du Biblioblog, de Jules, de Nicolas (qui s'est ennuyé, comme quoi tous les goûts sont dans la nature!), de Virginie, du Livrovore, de Bladelore, de Mme Patch... Enfin, il y en a plein d'autres, je ne vais pas tous les mettre, j'y passerais la journée, m'enfin!

*****

Prochaine lecture: Northanger Abbey de Jane Austen.

02 avril 2008

Les Bienveillantes (4)


Les Bienveillantes de Jonathan Littell, publié chez Gallimard en 2006. 903 p.


Ouf, voilà, j'ai fini cette brique! J'émerge péniblement de la poussière des décombres de Berlin, contente du périple mais néanmoins heureuse d'en être ressortie.

Comme je le disais dans un billet précédent, le tour de force de l'auteur est de nous obliger à nous identifier au personnage du SS. L'identification reste bien sûr incomplète, et la fascination éprouvée durant la lecture est beaucoup plus intellectuelle qu'émotive. J'ai trouvé vraiment passionnante la description de la bureaucratie chaotique, de la hiérarchie compliquée, des ordres volontairement vagues dont il faut deviner l'intention. Ce n'est pas du tout l'image que j'avais des SS!

Mais l'anormalité du personnage (je ne parle pas de son homosexualité, mais de sa famille dysfonctionnelle, son père disparu, sa relation avec sa soeur jumelle et tout ce qui s'en est suivi) si elle rend la trame du roman plus riche, n'amoindrit-elle pas le propos, qui était justement que n'importe qui dans les circonstances aurait agi de même? Si je rencontre un jour Jonathan Littell, j'aimerais bien lui poser la question...

Donc au final, un livre à lire si on veut essayer de comprendre, qui donne des tentatives de réponses mais soulève aussi beaucoup de questions. Âmes sensibles, s'abstenir, de nombreux passages sont très violents, et il y a aussi des scènes sexuelles scabreuses.



Des blogueurs ont lu ce roman et en causent vachement bien: La Lettrine, Thom, Gambadou, Le Bibliomane, Praline (qui explique l'origine du titre, merci Praline, mes connaissances en tragédie grecque sont plutôt fragmentaires...).

D'autres n'ont pas pu l'achever: Lily, Agapanthe.



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Prochaine lecture: Le Vieux qui lisait des romans d'amours de Luis Sepuvelda.

22 mars 2008

Nouveau chouchou...

Il rejoint Viggo et Colin... *soupir*



















Une chance que Gropitou lis rarement mon blog...

21 mars 2008

Les Bienveillantes (3)

Tout d'abord, un mot d'avertissement, pour qu'il n'y ait surtout pas de malentendu. Je ne cherche absolument pas à excuser, d'aucune façon, les gestes atroces qui ont été commis contre des populations entières durant la Deuxième Guerre mondiale. Ce que j'essaie de faire, c'est de comprendre comment cela a pu arriver, ce qui dans le cerveau humain, dans la nature humaine, a pu permettre à ces gestes d'être perpétrés. (De là à tracer un parallèle avec ce qui se passe encore aujourd'hui à plusieurs endroits dans le monde, il n'y aurait qu'un pas...)

C'est pourquoi je trouve ce livre (que je n'ai pas encore fini, hé non! Mais ça s'en vient, j'en suis aux deux tiers!) à la fois si palpitant et si difficile à lire. Il nous montre comment ces gens ont pu commettre des crimes innommables, supporter l'insupportable, en se concentrant sur les aspects logistiques et techniques: mode d'exécution quand les munitions sont limitées, moyens de transport, lieu, façon sécuritaire de disposer des corps, etc.

Comment aussi le cerveau de ces gens avaient été préparé par la propagande du parti, et ce durant des années avant la guerre. Cela permettait à leur cerveau une rationalisation des actions commises: les Juifs sont prédisposés racialement à être des saboteurs, il faut donc les éliminer à mesure qu'on conquiert du terrain pour assurer nos arrières, de même que les tziganes, les communistes. Et ce serait cruel (comble de la mauvaise foi) de tuer les hommes et de laisser les femmes et les enfants sans ressources, il vaut mieux donc les éliminer aussi!

En général, j'ai beaucoup de difficulté avec les romans où le personnage principal est antipathique. Il faut que je puisse lui trouver au moins quelques qualités sinon je n'accroche pas, a fortiori lorsque le récit est à la première personne comme ici. C'est pourquoi j'étais craintive au début de ce bouquin: un officier des SS, qui en plus travaille à l'organisation des massacres? Hé bien, ce doit être que l'auteur a un grand talent, car j'y suis arrivé. Oui, le personnage en arrive à être presque sympathique, même. Je crois que le paragraphe que je vous ai cité dans un billet précédent y est pour beaucoup. Particulièrement la phrase «(...) excusez-moi, il y a peu de chances pour que vous soyez l'exception, pas plus que moi.»


Paradoxalement, le fait que les scènes les plus horribles soient au début du roman y aide aussi (j'aurais cru le contraire). Sans oublier ces actes, on les accepte, d'une certaine façon, et on continue. Non, je ne pourrais même pas dire qu'on les accepte, mais on les classe dans un coin du cerveau parce qu'ils sont pour l'instant incompréhensibles. Aussi le fait que le personnage se soit rendu malade physiquement, sans que lui-même ne fasse le lien entre ce qu'il a dû faire et ses problèmes de santé, nous permet de voir qu'il restera marqué dans son corps et dans son âme, qu'il ne s'en sortira pas indemne.


Autant lorsqu'un héros est formidable, on s'y identifie et on voudrait croire que nous aussi, dans les mêmes circonstances... autant ici, à l'inverse, on se rassure (étrangement) sur l'humanité entière en se disant que les humains sont faits ainsi et que nous aussi on aurait peut-être agi ainsi... Enfin, je m'explique mal en quoi je trouve cela réconfortant! Si ces gens ont commis des atrocités, ce n'est pas parce qu'ils étaient tous foncièrement méchants, mais parce que leur cerveau a été conditionné pour cela. Et seuls quelques spécimens exceptionnels arrivent à combattre ce conditionnement. Il y a donc de l'espoir, car un cerveau pourra aussi être conditionné pour le Bien, si seulement on arrive un jour à s'entendre sur ce que c'est exactement...


Ok, j'avoue que tout cela est assez confus, moi-même je m'y perds, il n'y a rien de simple dans cette histoire-là! Mais croyez-le ou non, au bout du compte, j'ai eu plus de facilité à m'identifier (même si seulement très partiellement, hein?!) à un officier SS qu'à un poète du Moyen-Âge!!


La suite dans quelques jours...


Mes billets précédents sur ce livre: mes premières impressions, un drôle d'extrait.

10 mars 2008

Les Bienveillantes (2)

Dans un hôtel de Berlin, Max descend chez ses voisins qui font la fête, l'empêchant de dormir:

Une belle grande femme en tenue de soirée un peu négligée m'ouvrit, les
yeux brillants. «Oui?» Derrière elle, la musique rugissait, j'entendais
des tintements de verres, des rires affolés. «C'est votre chambre?» demandai-je,
le cœur battant. -- «Non. Attendez.» Elle se retourna: «Dicky! Dicky! Un
officier te demande.» Un homme en veston, un peu ivre, vint vers la porte;
la femme nous regardait sans cacher sa curiosité. «Oui, Herr
Sturmbann­führer? fit-il. Que puis-je pour vous?» Sa voix affectée,
cordiale, presque brouillée traduisait l'aristocrate de vieille souche. Je
m'inclinai légèrement et débitai d'un ton le plus neutre possible: «J'habite la
chambre au-dessus de la vôtre. Je reviens de Stalingrad où j'ai été
griè­vement blessé et où presque tous mes camarades sont morts. Vos
festi­vités me dérangent. J'ai voulu descendre vous tuer, mais j'ai
téléphoné à un ami, qui m'a conseillé de venir vous parler d'abord. Alors,
voilà, je suis venu vous parler. Il vaudrait mieux pour nous tous que je n'aie
pas à redescendre.»

Je sais que ce n'est pas drôle du tout, mais je n'ai pas pu m'empêcher de rire. J'aimerais bien pouvoir sortir ce genre de réplique à mes voisins du dessus lorsqu'ils font la bamboula.

04 mars 2008

Les Bienveillantes (1)

Les Bienveillantes de Jonathan Littell, publié chez Gallimard en 2006. 903 p.


Ceci n'est pas mon commentaire définitif sur Les Bienveillantes de Jonathan Littell, puisqu'après trois semaines je ne suis même pas rendue à la moitié de cette énorme brique. J'avance à pas de tortue, c'est passionnant mais extrêmement dense, tant au niveau de la présentation visuelle que du contenu!

En attendant, je voulais partager avec vous cet extrait, dont la lecture m'a rappelé les interrogations que j'ai eues lors de la lecture de Luz ou le temps sauvage d'Elsa Osorio l'été passé, et en fait les interrogations que j'ai chaque fois que je lis quelque chose se rapportant à un génocide, à une guerre civile, etc, et ce depuis mon tout premier contact avec cette réalité, le journal d'Anne Frank lu vers l'âge de 13-14 ans.

Je me suis toujours demandé comment de telles atrocités à grande échelle pouvaient se produire. Car si on peut concevoir que quelques fous sanguinaires aient réussi à se hisser à des positions de pouvoir, comment expliquer que le reste de la population ait soit participé, soit fermé les yeux, pendant des mois ou des années, et que seuls une petite poignée de braves aient tenté de résister?

Pour ceux qui ne connaissent pas Les Bienveillantes, le narrateur est un officier SS et l'histoire se déroule durant la Deuxième Guerre mondiale, sur le front russe.

Encore une fois, soyons clairs: je ne cherche pas à dire que je ne suis pas coupable de tel ou tel fait. Je suis coupable, vous ne l'êtes pas, c'est bien. Mais vous devriez quand même pouvoir vous dire que ce que j'ai fait, vous l'auriez fait aussi. Avec peut-être moins de zèle, mais peut-être aussi moins de désespoir, en tout cas d'une façon ou d'une autre. Je pense qu'il m'est permis de conclure comme un fait établi par l'histoire moderne que tout le monde, ou presque, dans un ensemble de circonstances donné, fait ce qu'on lui dit; et, excusez-moi, il y a peu de chances pour que vous soyez l'exception, pas plus que moi. Si vous êtes né dans un pays ou à une époque où non seulement personne ne vient tuer votre femme, vos enfants, mais où personne ne vient vous demander de tuer les femmes et les enfants des autres, bénissez Dieu et allez en paix. Mais gardez toujours cette pensée à l'esprit: vous avez peut-être eu plus de chance que moi, mais vous n'êtes pas meilleur. Car si vous avez l'arrogance de penser l'être, là commence le danger.



Peut-être que lorsque les circonstances nous obligent à commettre des actes dont on ne se serait jamais cru capable, notre cerveau s'adapte en inventant des raisons «rationnelles» à ces actes, ou en s'appropriant les raisons habilement fournies par la propagande. Je crois que c'est ce que tente d'explorer ce roman.

Pas très gaies, mes réflexions aujourd'hui, hein? Heureusement qu'il y a eu deux lectures plus légères (ici et ) depuis le livre sur Villon, sinon je crois que je ne serais pas arrivé à enfiler directement avec celui-ci!