11 juillet 2023

The Brethren (L'Engrenage)

Je me sers beaucoup de ma liseuse ces temps-ci, mais il faut bien de temps en temps retourner à ma PAL-papier avant que les livres ne commencent à sentir le moisi...  Et pourquoi pas un petit Grisham?  Je ne lis pas beaucoup de thrillers, mais de temps en temps cela fait changement.

Celui-ci est tout à fait dans la gamme grishamesque classique: les personnages principaux sont trois ex-juges emprisonnés pour diverses fraudes qui, du fond de leur prison floridienne, ont mis sur pied une entreprise de chantage par la poste avec la complicité de leur avocat véreux.  En parallèle, on suit la campagne d'un candidat aux primaires républicaines pistonné par la CIA.  Dans la première moitié du roman, on se demande bien comment ces deux trames vont se rejoindre!

Les personnages sont amusants mais peu sympathiques, donc le suspense ne tient pas au fait qu'on craigne pour leur vie.  On ne peut pas dire qu'on se tienne au bord de notre siège en se rongeant les ongles...  L'intérêt réside plutôt dans l'attente de voir comment vont s'imbriquer les engrenages de la machine élaborée par nos trois filous.  À part quelques petits détails un peu tirés par les cheveux, l'intrigue est assez bien ficelée et originale, et si ce n'est pas le meilleur roman de cet auteur, j'ai tout de même passé un excellent moment. 


The Brethren de John Grisham, 2000, 440 p.  Titre de la traduction française: L'Engrenage.

08 juillet 2023

Encabanée

Je ne sait quoi penser de ce court roman...  J'ai aimé la plume épurée de Gabrielle Filteau-Chiba, sa description des aléas du quotidien d'une femme vivant en solitaire dans une cabane mal chauffée en pleine forêt.  Tout ça est assez réaliste et, si j'ai bien compris, en bonne partie autobiographique.  C'est lorsque l'auteure plonge dans la fiction pure que j'ai décroché: cette rencontre avec un écoterroriste et la romance qui s'ensuit, provoquant chez l'héroïne une prise de conscience écologiste, m'a semblé non seulement peu plausible mais surtout complètement en contradiction avec les idées féministes prônées jusque-là.  Je ne lirai donc pas la suite de la trilogie car j'ai l'impression, d'après les quatrièmes de couverture des deux autres tomes, que cela continue dans la même veine.  


Encabanée de Gabrielle Filteau-Chiba, 2018, 89 p.

07 juillet 2023

Le rouge vif de la rhubarbe

 Mes raisons d'avoir choisi ce roman:
1) J'ai beaucoup aimé Rosa Candida de la même auteure;
2) J'adore la compote de rhubarbe.

J'ai grandement apprécié la première partie du roman.  Le décor, un petit village de pêcheurs en Islande, est bien planté. Les personnages sont sympathiques: l'adolescente handicapée, la vieille dame qui lui sert de grand-mère, l'homme à tout faire du village, etc.  L'intrigue s'annonce intéressante.

Malheureusement, tout se gâte en deuxième partie.  La trame devient décousue, on peine à en suivre le fil, à démêler l'imaginaire du réel.  Et surtout, l'ambiance devient glauque, avec ces apparitions répétitives d'animaux morts, en particulier des oiseaux marins.  J'imagine que cela se veut symbolique, mais je n'ai pas compris l'intention de l'auteure.

Conclusion: 
1) Lisez plutôt Rosa Candida;
2) J'ai envie de compote de rhubarbe.


Le rouge vif de la rhubarbe d'Audur Ava Olafsdottir, traduit de l'islandais, 2016, 157 p.  Titre original: Upphækkuð jörð (1998).

29 juin 2023

Clara lit Proust

J'ai bien failli ne pas accrocher du tout à ce roman!  Dans les premiers chapitres, j'ai retrouvé la même ambiance que dans La Liste de mes envies de Grégoire Delacourt, sauf qu'on se trouve dans un salon de coiffure au lieu d'une mercerie.  Or, je n'ai jamais compris tout le houpla qu'on a fait autour de ce livre-là, que j'ai trouvé franchement moyen.

C'est lorsqu'un client oublie son exemplaire de Du côté de chez Swann au salon de coiffure et qu'enfin «Clara lit Proust», qu'un déclic s'est produit et que mon intérêt a été décuplé. L'intrigue en elle-même reste assez classique: Clara mène une vie peu satisfaisante auprès d'un copain qu'elle ne désire plus et d'un chat qui l'ignore, et son travail est peu stimulant; sa vie sera changée par l'expérience de la lecture, par les nouvelles rencontres que celle-ci provoquera.  Le thème du pouvoir de la littérature de nous ouvrir l'esprit et le cœur, de nous faire comprendre qu'une autre vie est possible, est fort bien exploité ici, mais remplacez Proust par n'importe quelle autre forme d'art et vous pourrez constater que ce n'est quand même pas d'une grande originalité.

Non, ce que j'ai adoré, ici, ce sont les références à l’œuvre elle-même, les citations, les clins d’œil, les discussions entre passionnés de La Recherche.  On sent que l'auteur est fan de Proust, appréciant autant ses qualités que ses défauts et ses petites manies, et il sait parfaitement partager son amour.  Au point qu'il m'a donné envie de relire cette œuvre gigantesque (moi qui relit rarement), ou à tout le moins de me la procurer en version papier pour pouvoir la feuilleter, relire des passages au hasard (le feuilletage sur liseuse, c'est moins ça!).  

Je ne crois pas que je recommanderais ce roman à qui n'a pas lu au moins le tome 1 de La Recherche.  Parce que non seulement vous allez vous le faire divulgâcher mais en plus toutes les références vont vous passer dix pieds par-dessus la tête.  Mais qui sait?  Peut-être vous donnerait-t-il le petit coup de pied au derrière nécessaire pour vous lancer enfin?  À vous de voir.

Je vous laisse avec deux petites citations:

«Elle a lu quoi, douze pages, et elle sait déjà comment ça va marcher entre eux. À elle de s’accrocher, de continuer à avancer, souvent dans le brouillard, parfois dans le noir, de ne pas se formaliser de ses phrases à tiroir et de ses imparfaits du subjonctif, de se munir de patience et,s’il le faut, d’un dictionnaire.  À lui, en retour, à intervalles réguliers, chaque fois qu’elle s’y attend le moins, de l’éblouir. 

Plus elle le lit, mieux elle le comprend.  Il n’emploie pas de mots compliqués, c’est juste que ses phrases, souvent, vont
voir ailleurs. Une fois qu’elle le sait, qu’elle a compris qu’il ne l’abandonne pas mais reviendra la chercher, ça va tout seul.»

«Proust, ce n’est pas difficile, c’est différent.
Mais bon, il pourrait quand même aller à la ligne plus souvent.»


Clara lit Proust de Stéphane Carlier, 2022, 192 p.

26 juin 2023

Robinson Crusoe (Robinson Crusoé)

J'en ai déjà parlé ici, j'aime beaucoup les histoires de naufrages et d'îles désertes.  Elles font souvent ressortir le meilleur et le pire des humains (un peu comme les romans post-apocalyptiques, d'ailleurs!).  Sans oublier le dépaysement qu'elles occasionnent et qu'on savoure bien installé dans son fauteuil et ses pantoufles...

Ce n'était donc qu'une question de temps avant que je me décide à plonger dans le classique des classiques du naufrage, le mythe fondateur du genre: Robinson Crusoé de Daniel Defoe.  Je craignais un peu cette lecture, car on dit souvent que ce roman comporte beaucoup de longueur et un vocabulaire désuet, ayant été écrit au XVIIIe siècle.

En fait de vocabulaire, ce sont surtout les termes spécialisés de la marine qui m'ont donné du fil à retordre, surtout que je lisais la version originale!  Disons que le dictionnaire intégré à la liseuse m'a été fort utile.  Et s'il y a bien quelques longueurs et des passages un peu répétitifs, j'ai beaucoup apprécié les questionnements philosophiques et religieux du personnage, que j'ai trouvés assez modernes sous certains points de vue.  Il y a aussi des petites pointes humoristiques savoureuses.

J'ai par contre été très surprise que le personnage de Vendredi n'apparaisse que très tard dans l'histoire.   Cela m'a un peu déçue!  Je pense que j'avais certains a priori dus à Vendredi ou les limbes du Pacifique de Michel Tournier, lu il y a très longtemps et où, de mémoire, la relation Robinson/Vendredi était le sujet principal!  Autre surprise concernant Vendredi, ce n'est pas un noir comme je le croyais mais un autochtone des Caraïbes.

La fin du roman, qui s'éternise, m'a également désappointée.  Toutefois, malgré ces petits bémols, l'expérience reste très positive et j'en garderai un excellent souvenir!


Robinson Crusoe de Daniel Defoe, 1719, 288 p.  Titre de la traduction française: Robinson Crusoé.

09 juin 2023

A Mercy (Un don)

Oh là là!  Les premières pages de ce roman ont provoqué chez moi un flash-back post-traumatique! Je croyais être plongée de nouveau dans The Sound and the Fury (Le Bruit et la fureur) de William Faulkner, dans la partie où le narrateur est un déficient intellectuel... Expérience pénible s'il en fut!

Ouf!  Cela n'a duré que quelques pages, le reste est beaucoup plus intelligible, et l'on comprend que ce début est narré par une esclave africaine qui baragouine péniblement l'anglais, d'où le vocabulaire approximatif et les tournures de phrases bizarres.

Il reste néanmoins que le style de Toni Morrison demande un certain effort de la part du lecteur.  Cela n'est pas pour me déplaire.  Et le cadre du roman est original: on est en Nouvelle-Angleterre en 1690, il est question d'esclavage d'africains et d'autochtones, mais aussi de servage d'hommes et femmes blancs, d'épidémies, de puritanisme, de superstitions...  

Dommage que j'aie eu un peu de difficulté avec la structure du roman.  On change constamment de point de vue, d'un personnage à un autre.  Ce n'est pas inintéressant, mais cela m'a empêchée de m'attacher aux personnages autant que j'aurais voulu.  De plus après l'expérience incroyable vécue avec Beloved (le roman le plus connu de l'auteure), je m'attendais à plus d'intensité.  Je me dirigeais donc vers une déception, jusqu'au tout dernier chapitre... Et là, surprise!  J'ai absolument adoré cette fin, et j'ai poussé un grand soupir de contentement en tournant (virtuellement) la dernière page!


A Mercy de Toni Morrison, 2008, 176 p.  Titre de la traduction française: Un don.

07 juin 2023

The Invention of Solitude (L'Invention de la solitude)

Ce recueil comprends deux textes: Portrait of an Invisible Man, dans lequel Auster fait le portrait de son père peu de temps après sa mort, et The Book of Memory, où des récits autobiographiques s'entremêlent à des réflexions et des citations sur le thème de la mémoire.

La première partie est passionnante.  Auster a eu une relation difficile avec son père, et l'on comprend pourquoi.  Notamment, ce père était lui-même orphelin de père, ce dernier étant décédé de façon violente (je vous laisse découvrir cet épisode ahurissant!).  C'est très émouvant, entre autre parce qu'à travers tous les défauts de cet homme, Auster tente d'ajouter des points positifs, des qualités à ce portrait plutôt négatif.  

J'ai beaucoup moins apprécié la deuxième partie.  Certains passages sont très intéressants, surtout ceux sur les dernières semaines de son grand-père maternel ou encore les souvenirs de voyages à Paris et à Amsterdam.  Malheureusement, de nombreux passages très abstraits viennent alourdir la lecture et rendent l'ensemble très désordonné.

Coïncidence amusante, j'ai commencé à lire en parallèle Mémoires d'Outre-tombe de Chateaubriand (mon défi de lecture pour 2023) et plusieurs passages portent également sur le thème de la mémoire.  J'adore quand deux œuvres se répondent ainsi!


The Invention of Solitude de Paul Auster, 1982, 173 p.  Titre de la traduction française: L'Invention de la solitude.