05 mars 2021

The Enchanted April (Avril enchanté)

Les voyages vous manquent, vous en avez marre de l'hiver?  Ce roman est pour vous!

On y suit quatre Anglaises de condition sociale et d'âge différents, qui décident sur un coup de tête de louer un petit château en Italie pour un mois.  Chacune a ses raisons, qu'on découvrira peu à peu.  Et ce séjour dans ce décor idyllique, presque magique, aura sur chacune un effet profond... Mais je n'en dis pas plus sur l'intrigue, car finalement il ne se passe pas grand-chose; tout l'intérêt réside dans l'interaction entre les quatre femmes et quelques autres personnages, dans les dialogues fort amusants et surtout dans les magnifiques descriptions du jardin italien au printemps, de ses arbres en fleurs et de sa brise parfumée.

La seule petite chose que je déplore, c'est qu'on ne décrit pas la nourriture offerte aux quatre vacancières.  Elizabeth Von Arnim n'était sûrement pas très gourmande s'il ne lui est pas venu à l'idée de nous parler d'antipasti, de gelati ou d'autres délicieuses spécialités italiennes!  En fait, un des rares passages où la bouffe est mentionnée, c'est quand la vieille Mrs Fisher se désole de l'impossibilité de manger des pâtes avec élégance, et qu'elle se résout à les couper en petits morceaux sous le regard indignée de la domestique! 

D'après certains commentaires que j'ai lus, des lectrices ont été déçues de l'importance qu'ont leur mari dans la vie et les préoccupations de ces femmes.  Je leur rappelle que le livre a été publié en 1922.  Le simple fait que deux des personnages (les deux autres étant soit veuve, soit célibataire) aient décidé de partir en voyage sans demander l'avis de leur époux (ou alors en usant de quelques subterfuges) était déjà presque révolutionnaire!  Bien entendu, certaines idées ne sont plus de mise, mais il faut replacer les choses dans leur contexte.  

Un roman charmant!
 
 
The Enchanted April de Elizabeth Von Arnim, 1922, 216 p.  Titre de la traduction française: Avril enchanté.

21 février 2021

Ce qu'on respire sur Tatouine

En général, je n'aime pas trop les personnages mollassons, qui se laissent dériver au gré des événements.  Ils m'agacent et je trouve difficile de m'y attacher.  

C'était donc mal parti pour ce court roman de Jean-Christophe Réhel, car le narrateur est un genre de flanc mou qui prend systématiquement les mauvaises décisions dans la vie.  Et pourtant, je me suis vraiment prise d'affection pour lui!  Oh! j'ai souvent eu le goût de le secouer, d'abonder dans le même sens que sa soeur: «aide-toi!»  Mais il a su me conquérir grâce à son humour et en particulier son autodérision.  Il faut dire que contrairement à d'autres personnages fictifs, il a une excuse, puisqu'il est atteint de fibrose kystique.  Il vivote donc d'une jobine à l'autre (commis d'épicerie dans un Super C, lutin du Père Noël, etc.) entre deux hospitalisations au CHUM. 

Ce roman nous fait passer par un tourbillon d'émotions.  Je me suis souvent esclaffée tout haut (j'adore les nombreuses références à Star Wars, Die Hard, etc), mais j'ai aussi eu la gorge serrée, j'ai été touchée, mais j'ai également eu un peu mal au cœur, car le narrateur n'arrête pas de cracher du mucus et du sang (sans oublier l'épisode où il vomit sa crème de menthe dans l'escalier du manoir des riches parents de son beau-frère new-yorkais!).  

Je connaissais déjà Jean-Christophe Réhel grâce à ses poèmes publiés chaque samedi dans le journal Le Devoir.  Je ne lis pas beaucoup de poésie, mais j'aime ses vers tout simples qui décrivent le quotidien sans flafla.  Si vous aimez sa poésie, vous aimerez son roman, car on fait facilement le lien entre les deux. 

Un auteur à surveiller! 


Ce qu'on respire sur Tatouine de Jean-Christophe Réhel, 2018, 146 p.

20 février 2021

1Q84 (livre 2, juillet-septembre)

Comme il s'agit du tome 2 de cette trilogie de Haruki Murakami, je vais faire court...  Quand j'aurai lu le troisième, je pourrai vous parler de la série entière de façon plus exhaustive. 

Disons tout d'abord que j'ai beaucoup trop attendu avant de me lancer dans ce deuxième tome.  Avec ma mémoire de poisson rouge, j'avais tout oublié, et j'ai dû aller feuilleter les derniers chapitres du premier livre, lu à la fin de l'été passé.  Passé ce petit écueil, j'ai pu plonger dans cette lecture et je l'ai bien appréciée.  

Tout comme dans le premier tome, on suit en parallèle deux personnages, Tengo et Aomamé.  Seul petit hic, pendant un certain temps, les parties mettant en scène Tengo me semblaient moins intéressantes, j'avais hâte de revenir à Aomamé!  Heureusement, à partir du milieu, la trame de Tengo redevient passionnante et j'ai adoré toute la deuxième moitié.

La fin est assez dramatique, donc c'est sûr que je n'attendrai pas six mois avant de me procurer le tome 3!  Dès ce printemps, ce sera chose faite, cochon qui s'en dédit! 


1Q84 (livre 2, juillet-septembre) de Haruki Murakami, 2009, 496 p.  Titre original: 1Q84 (Book 2).

08 février 2021

François le champi

Mon premier contact avec George Sand eut lieu il y a des lustres et fut totalement raté.  J'avais quinze ans et je détestais ma prof de français. Cette dernière nous avait fait lire un extrait de La Mare au Diable et l'un des sujets à débattre était: Le style de Sand n'est pas mièvre, dites pourquoi.  Vous voyez où ça achoppe?  De un, à quinze ans l'on déteste se faire dire quoi penser, et de deux, je trouvais justement ça mièvre.  Mes références en classiques étaient principalement constituées des Trois Mousquetaires, de Molière et de Cyrano de Bergerac, vous imaginez le gouffre?  

On avance de quarante ans et, à force de lire de bons avis sur cette auteure, je me dis qu'il est temps de lui redonner sa chance.  Je propose une lecture commune à quelques copains d'un forum, et l'on choisit à peu près au hasard ce titre, François le champi, l'histoire d'un enfant trouvé; ça paraît sympathique. 

Le début est prometteur.  En avant-propos, Sand décrit une balade à la campagne avec un ami, un soir d'automne.  La plume est tout simplement magnifique, d'une grande poésie.  Lors de cette promenade, son ami lui lance un défi, celui de transposer en français moderne le récit entendu la veille à l'auberge, conté en langue régionale par un paysan.  

Malheureusement, dès que le roman lui-même commence, j'ai déchanté.  Finie la jolie plume, finie la subtilité.  Le ton est naïf à l'excès, que dis-je, naïf? Mièvre, gnangnan, cucul la praline, tous les synonymes font l'affaire.  Si ce n'était que dans les dialogues, passe encore; on ne s'attend pas à ce qu'un paysan s'exprime comme un universitaire.  Mais non, toute la narration est dans la même veine, et le tout est imprégné de bondieuseries et de bons sentiments à n'en plus finir.  Je me serais crue chez la Comtesse de Ségur, mais sans le petit brin de fantaisie dont je pense me souvenir chez cette dernière.  Ajoutez à cela une intrigue d'une simplicité enfantine et sans aucun intérêt, des personnages unidimensionnels, et vous avez le portrait.  

Bref, deuxième prise contre Mme Sand.  J'ai l'impression toutefois que je suis mal tombée avec ce roman, qui est presque un exercice de style, peut-être intéressant du point de vue linguistique mais insupportable pour la lectrice du XXIe siècle que je suis.  J'ai donc bien envie de lui donner une troisième chance (vous avez des suggestions?), mais comme au baseball, après une troisième prise, elle sera retirée!

Je n'ai pas attribué de Prix Citron lors de mon dernier bilan annuel...  Je peux déjà vous annoncer qu'il y en aura un cette année, et ce roman sera difficile à détrôner!  Son seul point fort: il se lit très vite!  Bon débarras! 


François le champi de George Sand, 1848, 137 p.

07 février 2021

Under the Dome (Dôme)

Tout le long de ma lecture de Under the Dome de Stephen King, j'ai nagé dans l'incompréhension face à l'échec retentissant qu'a été, semble-t-il, la série télévisée qui en a été tirée.  Tous les éléments du succès s'y retrouvent pourtant: une intrigue pleine de suspense mais tout de même relativement facile à suivre, car très linéaire et circonscrite dans le temps, des personnages bien typés, une ambiance post-apocalyptique (même si l'apocalypse se déroule à l'échelle d'un petit village de la Nouvelle-Angleterre, sous les yeux ébahis du reste du monde)...  On peut même faire nous-même le découpage des épisodes au fur et à mesure!

Alors, série ratée, mais le roman, lui?  Eh bien, plutôt réussi, je trouve, même si ce n'est pas mon préféré du maître.  On ne s'ennuie pas, on s'attache à certains personnages, on en déteste d'autres et la fin est vraiment excellente (j'avais très peur que ça sonne bidon ou encore qu'on reste sans réponse, mais non, on en ressort satisfait).  King n'a pas son pareil pour décrire la vie d'une petite ville de la Nouvelle-Angleterre, et ici il met l'emphase sur les luttes de pouvoir et le magouillage politique et financier.  Mais on a quand même l'impression qu'il a un peu étiré la sauce.  Quelques scènes auraient pu être coupées, ce qui aurait notamment permis de diminuer le nombre de personnages secondaires, parmi lesquels on se perd un peu à moins de constamment retourner à la liste fournie au début de l'ouvrage. 

Bref, on passe un bon moment, mais ce n'est pas ce titre que je suggérerais à quelqu'un qui voudrait découvrir cet écrivain.


Under the Dome de Stephen King, 2009, 1072 pages.  Titre de la traduction française: Dôme (en deux tomes).

24 janvier 2021

The Penelopiad (L'Odyssée de Pénélope)

Ce qui m'a frappée en commençant ce court roman de Margaret Atwood, une réécriture du mythe de l'Odyssée du point de vue de Pénélope, c'est le ton.  La narratrice, Penélope elle-même, fait preuve d'un humour sans pitié qui pourrait nous la rendre antipathique si elle ne faisait pas d'abord preuve d'auto-dérision.  J'ai apprécié également qu'elle s'adresse à nous en direct d'Hadès, où elle séjourne depuis des millénaires, se promenant dans un champ d'asphodèles, croisant occasionnellement son mari ou sa cousine Hélène de Troie (qu'elle déteste). (Et depuis j'ai en tête la jolie chanson de Marie Laforêt: «je ne vais plus cueillir les asphodèles, mon ciel et ma terre, c'est toi...»)

Le point de vue féministe adopté par Atwood par l'entremise de Pénélope est également à mentionner. En effet, elle dénonce tous ces viols dont sont victimes les femmes dans la mythologie (par des hommes ou des dieux, mention spéciale à Zeus pour son originalité) et qu'on décrit généralement sous l'euphémisme de «séductions»!  Je ne suis pas automatiquement fan d'un discours engagé dans un roman, mais ici c'est pertinent et bien intégré à l'intrigue.

Le fait qu'à la fin Pénélope nous avoue être tout aussi menteuse qu'Ulysse m'a d'abord un peu choquée car cela remet en question tout le récit (notamment son rôle dans la mort des douze servantes); et puis, en y repensant, je trouve cela plutôt ingénieux puisque cela nous oblige à nous faire notre propre idée.  

Non, finalement la seule chose dont je reste un peu déçue, c'est la superficialité de l'ensemble.  Certains thèmes auraient pu être plus fouillés, notamment la symbolique de ces douze servantes dont le sacrifice représenterait le renversement d'un culte lunaire féminin et son remplacement par une société patriarcale, une interprétation fort intéressante mais qui est expédiée en quelques pages et n'arrive qu'à la toute fin, alors qu'elle aurait pu occuper une place centrale.   

Bref, un roman plaisant mais qui reste un peu trop en surface.


The Penelopiad de Margaret Atwood, 2005, 121 p.  Titre de la traduction française: L'Odyssée de Pénélope.

31 décembre 2020

Bye-bye 2020 (et bon débarras!)

La pandémie a-t-elle changé vos habitudes de lecture?  Je pense que pour bien des gens la réponse est oui.  Manque de concentration, besoin de réconfort ou d'évasion...  

Dans mon cas cependant, je ne crois pas avoir été tellement influencée.  Il faut dire que j'ai eu la chance de continuer à travailler (avec seulement des modifications pour respecter les mesures sanitaires), et je n'ai pas d'enfant ayant dû faire l'école à la maison.  À part bien sûr ne pas pouvoir voir nos amis et nos familles, le train-train quotidien n'a pas été affecté, et donc les lectures non plus... enfin, pas tellement. 

Passons donc à la traditionnelle liste annuelle:

  1. Rouge Brésil de Jean-Christophe Rufin
  2. A Painted House de John Grisham
  3. Manikanetish de Naomi Fontaine
  4. Neverwhere de Neil Gaiman
  5. L'Œuvre au noir de Marguerite Yourcenar
  6. The Little Stranger de Sarah Waters
  7. The Princess Bride de William Goldman
  8. Quatrevingt-treize de Victor Hugo
  9. The Night Circus d'Erin Morgenstern
  10. Pour mémoire de Dominique Fortier et Rafaële Germain
  11. Le Monde d'hier de Stefan Zweig
  12. Dumb Witness d'Agatha Christie
  13. Être du monde de Maryse Rouy
  14. Vingt-trois secrets bien gardés de Michel Tremblay
  15. L'Adversaire d'Emmanuel Carrère
  16. Into the Forest de Jean Hegland
  17. La Vie secrète des arbres de Peter Wohlleben
  18. La Horde du contrevent d'Alain Damasio
  19. Paris de Edward Rutherfurd
  20. The Wind through the Keyhole de Stephen King
  21. Civilizations de Laurent Binet
  22. Shopaholic takes Manhattan de Sophie Kinsella
  23. Le Père Goriot de Honoré de Balzac
  24. A Study in Scarlet d'Arthur Conan Doyle 
  25. The Historian d'Elizabeth Kostova
  26. 1Q84 (tome 1) de Haruki Murakami
  27.  Les Clefs du Paradise de Michel Tremblay
  28. Terre des hommes d'Antoine de Saint-Exupéry
  29. Trois nouvelles de H.P. Lovecraft (oui je les compte car elles faisaient bien 120 pages à elles trois!)
  30. Le Pendule de Foucault de Umberto Eco
  31. L'Or du roi de Arturo Pérez-Reverte
  32. Roma Eterna de Robert Silverberg
  33. La Nuit de l'erreur de Tahar Ben Jelloun (abandon; je le compte, car j'en ai tout de même lu 175 pages!)

 

Top 3:

Aucune hésitation pour la première place: La Horde du contrevent d'Alain Damasio.  Une expérience de lecture absolument unique.  Pour les deux autres places, c'est moins évident.  Je vais dire L'Adversaire d'Emmanuel Carrère et The Historian d'Elizabeth Kostova, mais redemandez-le moi dans une semaine et ce sera sans doute autre chose.  Comme par exemple Into the Forest de Jean Hegland ou encore The Night Circus de Erin Morgenstern.  Ou bien Le Monde d'hier de Stefan Zweig, ou bien... 

Prix Citron:

Pas de citron cette année, quelques déceptions mais rien de majeur, pas de gros flop!  J'ai bien abandonné un livre (La Nuit de l'erreur de Tahar Ben Jelloun) mais cela ne reflète pas tant la qualité du roman que ma mauvaise disposition pour ce genre d'histoire en ce moment.

Prix Découverte:

Je ne crois pas en avoir parlé ici, mais j'ai expérimenté cette année un nouveau genre littéraire: le manga!  J'ai bien aimé l'expérience!  Je savais déjà qu'il fallait commencer le livre par la fin, si l'on peut dire, mais je ne savais pas que les cases doivent se lire de droite à gauche, et surtout qu'à l'intérieur même d'une case les bulles se lisent dans cet ordre aussi!  Ça demande une petite gymnastique de cerveau mais j'ai été surprise de constater qu'on s'y habitue relativement vite.

Prix «On n'a jamais trop de beauté dans nos vies»:

Décerné à Dominique Fortier en 2018, le prix est remis cette année à Saint-Exupéry pour Terre des hommes et ses descriptions époustouflantes du désert. 

Prix «Ces méchants qu'on adore»:

Arriver à vous donner froid dans le dos tout en vous faisant rire aux éclats, c'est le coup de force accompli par Neil Gaiman avec ses deux tueurs, Mr Croup et Mr Vandemar, dans Neverwhere.


Quelques statistiques:

  • Lus en VO anglaise: 14
  • Littérature québécoise: 5
  • Traduit de l'allemand: 2
  • Traduit de l'espagnol: 1
  • Traduit de l'italien: 1
  • Traduit du japonais: 1
  • Sur la liseuse: 12


Résolution livresque:

Chaque année j'aime me lancer un petit défi, celui de lire une œuvre réputée difficile, qui me fait peur...  En 2020, j'ai eu l'air un peu fou car, un peu à court d'inspiration, j'avais choisi L'Œuvre au noir de Marguerite Yourcenar, qui finalement n'a présenté aucune difficulté! 

Je ne crois pas faire la même erreur en 2021...  J'ai choisi Ulysse de James Joyce, un énorme pavé que bien des lecteurs ont abandonné en cours de route (je connais quelqu'un qui s'y est pris à cinq reprises et n'a toujours pas réussi à passer au travers!).  Contrairement à mes habitudes, je pense le lire en VF, car j'ai déjà jeté un coup d’œil à la VO et le style de Joyce n'a pas l'air facile-facile!  Et je ne pense pas le lire d'une traite mais plutôt étirer cela sur plusieurs semaines, voire quelques mois, en parallèle avec d'autres lectures.  

Et vous, de belles lectures en 2020?  Des projets pour 2021?

 

À vous tous, amis lecteurs, je veux souhaiter du fond du cœur une très belle année 2021, remplie enfin de vrais câlins et de vrais bisous, et surtout de magnifiques lectures!