23 janvier 2011

Abolissons l'hiver!

Nos ancêtres l'avaient bien compris, eux. L'hiver était la saison du repos, des activités d'intérieur, des soirées au coin du feu ou des visites entre voisins, à danser et turluter. D'avril à octobre on trimait dur; la saison morte c'était l'hiver.

Et maintenant? C'est l'inverse! Nous prenons nos vacances en juillet, les enfants et leurs professeurs ont congé de juin à août, la télévision ne diffuse que des reprises, même la construction s'arrête pendant deux semaines!

C'est le constat que fait Bernard Arcand dans cet essai drôle et intéressant. En première partie, il nous dresse la liste des inconvénients de l'hiver, réels ou imaginaires. Puis dans le deuxième chapitre, il démontre que notre mode de vie est organisé comme si l'hiver n'existait pas, comme si nous l'avions vaincu. Enfin en dernière partie il nous expose sa solution.

Cette section est la moins intéressante selon moi, car l'auteur a un peu trop poussé mémère dans les orties.  Il est utopique de penser que notre société pourrait se mettre au point mort pendant deux mois, en janvier et février, au point qu'on n'aurait même pas à déblayer la plupart des routes! Sans pousser le bouchon  aussi loin, on pourrait imaginer ce que la vie serait si les écoles étaient fermées l'hiver, si plus de travailleurs y prenaient alors leurs vacances...  (Je le fais souvent, c'est une pure volupté que de se recroqueviller sur le divan avec un bon livre et une tasse de thé fumant lorsque la tempête fait rage!). Imaginez déjà la circulation et le déblaiement beaucoup plus facile.  La conduite après une tempête serait beaucoup moins stressante s'il n'y avait que la moitié des voitures sur la route à l'heure de pointe, non?  Surtout que j'ai remarqué depuis quelques années que les gens sont de plus en plus nerveux et impatients dans ces situations, je ne sais trop comment l'expliquer. En décembre, le lendemain de la première grosse tempête de la saison, il y a même un type qui a foncé sur un autre avec son véhicule à la suite d'une altercation, le blessant mortellement!

Bref, malgré une dernière partie plus faible, un essai fort intéressant et qui est l'occasion de nous questionner sur notre propre rapport à cette saison mal aimée!

Extrait:
«Pendant cinq mois il faut se méfier également des accidents.  Glisser d'un toît qu'on déglace.  Perdre pied sur un trottoir et se fracturer un os. Connaître l'infarctus qui suit une séance de pelletage déraisonnable; l'infarctus du citoyen moyen, grassouillet, fumeur au taux de cholestérol élevé ou diabétique inconscient, qui, devant tant de neige, pique une sainte colère, puis s'éteint et monte au ciel. Être frappé par un camion de déneigement conduit par un chauffard. Être décapité par un câble d'acier au cours d'une promenade en motoneige. Culbuter sur la piste de descente quasi olympique du mont Sainte-Anne. Être englouti sous la glace trop mince d'un lac. Se lancer dans l'escalade d'un glacier escarpé. Jouer au hockey. Se faire happer par une souffleuse. Être kidnappé par le Yéti. Recevoir sur la tête un bloc de glace qui tombe du toit. Voir son pare-brise fracassé par un autre bloc qui se détache, sur la route, du camion qui vous précède. Recevoir une boule de neige derrière la tête. Un glaçon en plein cœur. Être aveuglé par la neige. Ne plus pouvoir détacher sa langue d'un barreau de métal. Se couvrir de ridicule en essayant de construire un igloo.

L'hiver est la saison de toutes les misères.»

Le billet d'Allie.

Abolissons l'hiver! de Bernard Arcand, 1999, 110 p.

22 janvier 2011

Martine verse une larme... et moi aussi!

C'est un peu lui qui m'a appris à aimer les livres... Je garde un souvenir émerveillé de plusieurs de ces petits bijoux, non tant à cause des textes, somme toute assez banals, mais à cause des magnifiques illustrations de Marcel Marlier, qui nous a quittés cette semaine.

08 janvier 2011

Lord John and the Brotherhood of the Blade

Un complot politique confus et à la résolution peu satisfaisante, une multitude de personnages, une intrigue décousue, vraiment ce produit dérivé de la célèbre (et bien-aimée) série Outlander n'est pas à la hauteur des autres épisodes.   J'avais apprécié le fait que l'aventure précédente de Lord John, qui tenait d'ailleurs plus du polar historique, pouvait se lire de façon indépendante de la série; ce n'est pas le cas ici, notamment à cause de deux ou trois rencontres entre Lord John et Jamie Fraser alors que celui-ci est garçon d'écurie chez les Dunsany, rencontres dont le lien avec le reste du roman est assez ténu et sent le prétexte à satisfaire les fans du sexy rouquin écossais...  Seul point intéressant, on apprend les tenants de la relation entre John et son demi-frère par alliance Percy, personnage qui apparaît comme un cheveu sur la soupe dans An Echo in the Bone!


Lord John and the Brotherhood of the Blade de Diana Gabaldon, 2007, 495 p. Non traduit.

31 décembre 2010

Bye-bye 2010!

Bilan de lecture:
  1. The Enchantress of Florence de Salman Rushdie
  2. The Prince of Tides de Pat Conroy
  3. L'Oracle della Luna de Frédéric Lenoir
  4. Le Lion de Joseph Kessel
  5. Saga de Tonino Benacquista
  6. The Cat Who Smelled a Rat de Lilian Jackson Braun
  7. Nous sommes éternels de Pierrette Fleutiaux
  8. The Eyre Affair de Jasper Fforde
  9. Nous, les enfants... de Line Mc Murray
  10. New York d'Edward Rutherfurd
  11. The Eyes of the Dragon de Stephen King
  12. Novecento: pianiste d'Alessandro Baricco
  13. La Bibliothèque la nuit d'Alberto Manguel
  14. Un Ange cornu avec des ailes de tôle de Michel Tremblay
  15. Le Charme des après-midi sans fin de Dany Laferrière
  16. Warlock de Wilbur Smith
  17. Sacacomie de Line Mc Murray
  18. Effroyables jardins de Michel Quint
  19. Confessions of a Shopaholic de Sophie Kinsella
  20. Le Capitaine Alatriste d'Arturo Pérez-Reverte
  21. The Third Translation de Matt Bondurant
  22. Islands in the Stream d'Ernest Hemingway
  23. Prenez soin du chien de J.M. Erre
  24. Last Night in Twisted River de John Irving
  25. Chinoises de Xinran
  26. The Book Thief de Markus Zusak
  27. La Chatte de Colette
  28. The Sparrow de Maria Doria Russell
  29. A Passage to India de E.M. Forster
  30. Ma vie avec ces animaux qui guérissent de Victor-Lévy Beaulieu
  31. Féeries dans l'île de Gerald Durrell
  32. Q & A (Slumdog Millionaire) de Vikas Swarup
  33. Les Vues animées de Michel Tremblay
  34. Beloved de Toni Morrison
  35. Kafka sur le rivage de Haruki Murakami
  36. Une Jeune femme en guerre (tome 4) de Maryse Rouy
  37. Autour du monde de Marc Laberge
  38. Il ne faut pas parler dans l'ascenseur de Martin Michaud
  39. Lord John and the Brotherhood of the Blade de Diana Gabaldon (en cours)

Donc un peu moins que l'an passé. Plusieurs grosses briques mais aussi quelques petits livrets...
Coups de coeur 2010:
J'essaie habituellement de limiter mes coups de coeurs à trois, question de vraiment faire l'effort de sélectionner les plus marquants, mais on dirait que cette année je n'y arrive pas, il y en a trop! En première place, c'est facile, c'est The Sparrow de Maria Doria Russell, qui gagne aussi le titre de Surprise de l'année!  C'est après que ça se gâte.. Dans un ordre incertain, il y aurait The Prince of Tides de Pat Conroy, The Book Thief de Markus Zusak, Un Ange cornu avec des ailes de tôle de Michel Tremblay mais aussi The Enchantress of Florence de Salman Rushdie et pourquoi pas Ma Vie avec ces animaux qui guérissent de Victor-Lévy Beaulieu...

Quelques statistiques:
Traduit du japonais: 1
Traduit de l'espagnol: 1
Traduit de l'italien: 1
(Une sélection un peu moins cosmopolite que l'an passé, donc...)
Littérature québécoise: 9
Lus en VO anglaise: 17

Et vous? Quels sont vos coups de coeurs de l'année?

28 décembre 2010

Il ne faut pas parler dans l'ascenseur

Un excellent polar d'un jeune auteur québécois qu'une participante du Forum du Guide de la Bonne Lecture m'a fait connaître (merci, *Ça*!).  Il a l'originalité de se dérouler dans Côtes-des-Neiges/NDG, un quartier montréalais peu utilisé en littérature. Ça change du Plateau!

L'écriture est peut-être un peu plate (pas au sens d'ennuyante, plutôt de manquant de relief) mais après tout, ce n'est pas tant pour la qualité de la plume qu'on lit ce genre de roman mais surtout pour l'intrigue. Et là, on est servi! On va de rebondissement en rebondissement, on ne sait jamais sur quel pied danser, et dès qu'on pense qu'on sait, bien finalement on ne sait rien du tout!  On ne s'ennuie pas une seconde à suivre des personnages bien développés, notamment le policier Lessard, juste assez cliché pour qu'on ait l'impression de le connaître, et qu'on aura plaisir à retrouver dans une nouvelle aventure annoncée pour 2011 sur le site de l'écrivain.

Si je peux faire une petite suggestion à M. Michaud pour la suite des choses, et la critique se veut constructive, ce serait de faire plus confiance à ses lecteurs. Certaines notions peuvent être suggérées plutôt qu'expliquées. Par exemple, lorsque dans une même phrase on parle d'exorcisme et de Max Von Sydow, la plupart des gens auront compris l'allusion au célèbre film; il est inutile, voire agaçant, de le préciser en note de bas de page!

Une lecture des plus passionnantes, et une excellente façon pour moi de clôturer l'événement Décembre au Québec organisé par Jules!


Ce bouquin a fait l'objet de critiques sur La Recrue (blogue collectif dédié aux premiers romans d'auteurs québécois).

Merci aux éditions La Goélette pour l'envoi.

Il ne faut pas parler dans l'ascenseur de Martin Michaud, 2010, 392 p.

20 décembre 2010

Autour du monde

Pssst!  Super idée de cadeau de dernière minute!  Parfait pour : amateurs de voyages, de photographie, de contes...

J'avais volontairement retardé ma lecture de ce bel album pour l'inscrire dans le défi de Jules Décembre au Québec, puisque l'auteur, le photographe et conteur Marc Laberge, est québécois.  Mais maintenant je trouve que ça fait un peu drôle, puisqu'on se retrouve partout sauf au Québec!

M. Laberge nous emmène en effet aux quatre coins du monde (comme Nic et Pic; les plus jeunes ont la permission de lever les yeux au ciel pendant que les quarantenaires se mettent à chanter «Nic-Pic, Nic-Pic en ballon!»).  Les textes, parfois drôles, parfois touchants, tiennent en partie du conte, en partie du récit de voyage, avec même parfois une touche de surnaturel.  Comme par exemple dans mon conte préféré, où deux petits elfes islandais tentent d'empêcher la construction d'une autoroute au-dessus de leur habitation souterraine, à l'aide de tous les moyens magiquesà leur disposition:  fumerolle, solfatare et autres phénomènes telluriques plus ou moins nauséabonds!  Les photos accompagnant le texte, représentant des sites quasi-lunaires de la volcanique Islande, sont du plus bel effet.

D'ailleurs toutes les photos, qu'elles soient de paysages magnifiques ou étranges, d'habitants pittoresques ou d'architecture hors de l'ordinaire, n'ont rien à envier à celles du National Geographic, selon moi.


Autour du monde de Marc Laberge, 2010, 128 p.

14 décembre 2010

Une Jeune Femme en guerre (tome 4)

PhotobucketQuel plaisir de retrouver Lucie, Jacques et les autres!  Dommage que ce soit le dernier tome de la série...

L'intrigue de cet épisode est peut-être moins palpitante que celle des deux précédents (rappelons que dans le tome 2, on suivait Lucie photographe de guerre durant la campagne d'Italie, et dans le troisième Jacques était parachuté en France pour apporter son aide à la Résistance), mais c'est normal puisqu'on se situe maintenant après la Guerre, et que la poussière retombe... Poussière, c'est le cas de le dire, puisque Lucie se retrouvera notamment à Asbestos durant la fameuse grève des ouvriers de l'amiante!  Les ouvriers réclamaient de meilleures conditions de travail, surtout en ce qui a trait au rejet dans l'atmosphère de la poussière d'amiante qui empoisonnait la ville entière.  La compagnie ne voulait pas céder, et le gouvernement de Duplessis se rangeait de son côté. Exploitation des ressources sans regard aux inquiétudes de la population au point de vue environnemental, gouvernement laissant le champs libre à l'industrie... Ça ne vous rappelle pas quelque chose?  Comme quoi plus ça change, plus c'est pareil (ou presque, car je ne crois quand même pas qu'on se dirige vers une catastrophe comparable à celle des mines d'amiante dans les années quarante, enfin j'espère!)! Bon, c'était le volet politique de notre discussion, revenons à nos moutons!

Le principal sujet de ce dernier tome est la réinsertion dans la société après la guerre. Que ce soit parce qu'ils ont été témoins de scènes cauchemardesques (Jacinthe l'ambulancière), ont vécu un drame personnel (Jacques), ou qu'on tente de les reléguer à un rôle traditionnel d'épouse et de mère après qu'elles aient eu l'occasion d'exercer un métier (Lucie), le retour à la vie «normale» ne se fait pas sans difficultés!

Comme toujours, l'écriture de Maryse Rouy est limpide et sa documentation solide.  Et si j'ai trouvé la fin du roman un peu prévisible, elle constitue néanmoins un dénouement parfaitement satisfaisant à cette excellente série historique!


Une Jeune femme en guerre (tome 4) de Maryse Rouy, 2010, 267 p.