30 avril 2023

Thérèse Desqueyroux

Quelle belle découverte que cet écrivain!  Je ne le connaissais que de nom, nous avons maintenant fait connaissance et nous nous reverrons bientôt (je possède un autre de ses romans, Le Nœud de vipères, trouvé en boîte à livres).

Embourbée dans un mariage arrangé depuis son enfance pour réunir deux propriétés adjacentes, Thérèse souffre d'un manque total de stimulation sentimentale, sexuelle mais surtout intellectuelle.  Sa grossesse et la naissance de sa fille ne lui apportent aucun bonheur.  Sombrant dans la dépression, elle commet l'irréparable, presque nonchalamment...  

J'ai été particulièrement épatée par l'ambiance que Mauriac arrive à établir tout au long de l’œuvre.  On étouffe dans cette relation malsaine entre Thérèse et son mari qu'elle a tenté d'empoisonner (je ne divulgâche rien, c'est dit dès le début).  On étouffe dans cette vieille maison de campagne sombre et humide alors que pourtant dehors le vent souffle dans la pinède en transportant des odeurs de champignons et de résine.  On étouffe dans cette famille, dans cette société où l'honneur et la tradition passent avant le bonheur individuel.

J'ai trouvé les thèmes abordés par Mauriac assez modernes, et la fin en particulier a su me surprendre!  Si la plume dans son ensemble m'a beaucoup plu, notamment son côté concret, faisant appel à tous nos sens, je déplore quelques termes un peu datés et qui m'ont fait tiquer -- j'ai noté par exemple l'expression «posséder une femme» (au sens sexuel) qui ne passe plus très bien de nos jours!  Mais c'était le vocabulaire en usage à l'époque, il faut faire avec! 

 

Thérèse Desqueyroux de François Mauriac, 1927, 184 p

19 avril 2023

The Devil in the White City (Le Diable dans la ville blanche)

On dit généralement de ce livre, qui raconte la vraie histoire de l'Exposition universelle de Chicago de 1893, qu'il se lit comme un thriller...  Hmmmm... non!

On y suit en parallèle trois trames: d'une part l'élaboration, la construction et le déroulement du grand événement; ensuite, les meurtres commis par un étrange personnage, un des premiers tueurs en série des États-Unis, dans un immeuble conçu par lui-même pour mener à bien ses noirs desseins; et enfin les obsessions d'un zinzin fanatique du maire de Chicago.

Le hic, c'est que la première trame occupe les trois quarts de l'ouvrage.  Le sujet aurait pu être intéressant, mais il faudrait dire à M. Larson qu'il est louable de bien se documenter sur un sujet, mais qu'après, il faut faire un tri et ne garder que les informations les plus pertinentes.  Là, on a une énumération de tous les pépins rencontrés par les architectes et organisateurs de l'exposition: rivalités, maladie, météo, montée du syndicalisme, problèmes d'approvisionnement et de transport, etc.  Chaque sujet en soi est intéressant, mais le tout est beaucoup trop long!  De temps en temps, notre curiosité est piquée par un chapitre, souvent glaçant, portant sur une des deux autres trames, tueur ou zinzin, mais ce n'est que pour nous frustrer lorsqu'on revient presque aussitôt à la trame principale.

L'auteur aurait dû suivre la méthode de Stefan Zweig, expliquée dans son autobiographie Le Monde d'hier: à partir d'un premier manuscrit regroupant tout le résultat de sa recherche, il coupe, il élague, il condense pour ne garder que l'essentiel.  À la fin de ce processus, un texte qui faisait mille pages n'en comptera plus qu'une centaine!

Seuls les derniers chapitres, passionnants, où un policier tente de retrouver les corps de trois enfants, empêcheront peut-être ce livre de se voir décerner le redouté prix Citron de mon bilan annuel.  J'ai bien dit peut-être.


The Devil in the White City d'Erik Larson, 2003, 449 p.  Titre de la traduction française: Le Diable dans la ville blanche.

12 avril 2023

Les Rivières suivi de Les montagnes

Depuis quelques années, j'explore l’œuvre de François Blais, cet écrivain québécois qui nous a malheureusement quittés l’an dernier.  J’ai lu quelque part qu’il aimait aborder des genres littéraires différents d’un livre à l’autre et cela se confirme dans ce recueil comprenant deux longues nouvelles reliées par quelques personnages communs.  Dans la deuxième nouvelle en particulier, on est carrément dans le fantastique, alors que dans la première, des éléments de fantastique sont seulement évoqués.  Comme l’indique le sous-titre, il s’agit d’histoires de fantômes.

Même s’il est question d’un sujet délicat et qui me met toujours mal à l’aise, la pédophilie, je suis arrivée à apprécier ma lecture de la première nouvelle car, d'une part, cela restait au niveau du fantasme, sans passage à l’acte et sans trop de détails, et que d'autre part, le ton général était humoristique, de cet humour un peu cynique mais pas trop dont sait toujours faire preuve cet écrivain.  Malheureusement, à la fin de cette nouvelle, une phrase trop détaillée, très scabreuse, a vraiment gâché le plaisir que j’avais éprouvé jusque-là!

Heureusement, l’auteur se rattrape dans la deuxième nouvelle.  L’ambiance, assez noire et glauque, est vraiment très réussie pour qui aime ce genre.  Même si l’humour reste très présent, j’ai parfois senti mes poils se hérisser sur ma nuque!

Détail amusant, aucune des histoires ne se déroule au bord d’une rivière ou sur une montagne, et pourtant le titre reste tout à fait pertinent, ce que j’ai trouvé habile.  Je ne vous en dis pas plus, à vous de découvrir…

 

Les Rivières suivi de Les montagnes de François Blais, 2017, 189 p.

 

04 avril 2023

À l'hôtel des Pays d'en haut

Maryse Rouy arrive toujours à nous transporter dans l'espace et le temps grâce à sa plume limpide et son attention pour les détails historiques.  Cette fois, elle nous emmène dans les Laurentides en 1925, dans un hôtel de villégiature, en hiver.  On y rencontre une foule de personnages hauts en couleurs (heureusement d'ailleurs qu'il y a une liste en début de volume): employés et propriétaires de l'hôtel, vacanciers, notables du village de Sainte-Agathe-des-Monts.  Des liens se tissent, alimentés par la jalousie, l'amour, l'amitié, l'appât du gain...

Bien qu'on ne soit pas dans un roman policier au sens strict, on sent qu'un drame va se jouer et l'ambiance est celle d'un cosy mystery (sous-genre du polar très à la mode depuis quelques années).  Cela rend cette histoire très prenante (d'ailleurs je l'ai dévorée en vingt-quatre heures!) 

Pour augmenter mon plaisir, j'ai déjà été invitée deux ou trois fois chez les parents d'un ami qui avaient un chalet à Sainte-Agathe.  Certains noms de lieux me rappelaient des souvenirs (lac des Sables, chemin du Tour-du-lac, etc), ce qui rendait le décor du roman très réel dans mon esprit!


À l'hôtel des Pays d'en haut de Maryse Rouy, 2020,269 p.

02 avril 2023

Three Men in a Boat (to Say Nothing of the Dog) (Trois Hommes dans un bateau)

(Encore une fois, je vous épargne l'horrible couverture de l'édition libre de droits du site Gutenberg!  Le charme désuet de celle des éditions Penguin Books de 1959 convient parfaitement à l'esprit de ce roman de la fin du XIXe siècle.  Dommage toutefois qu'ils aient écourté le titre!)

Voici un petit roman très amusant, sorte de boat novel (variation du road novel, je viens d'inventer le terme, je vous l'offre gratuitement).  Très amusant, dis-je, à condition d'aimer l'humour british, mélange d'absurde et de pince-sans-rire!  Le narrateur est sans pitié, tous les prétextes sont bons durant ce voyage en bateau sur la Tamise pour varloper tout un chacun, de parfaits inconnus à ses meilleurs amis, en passant par le chien Montmorency!  Le seul qui trouve grâce à ses yeux, c'est lui-même!

Seul petit bémol: vers le milieu, j'ai trouvé qu'il y avait quelques longueurs, j'ai failli me lasser...  Je crois que j'aurais dû lire ce livre en parallèle avec autre chose.  Il n'y a pas vraiment d'intrigue, c'est plutôt une suite de petites anecdotes, donc même en espaçant les chapitres, aucun risque de perdre le fil!  En le dégustant à plus petites doses, je crois que je l'aurais encore plus apprécié. 


Three Men in a Boat (to Say Nothing of the Dog) de Jerome K. Jerome, 1889, 240 p.  Titre de la traduction française: Trois Hommes dans un bateau.

30 mars 2023

Bel-Ami

En général, j'ai de la difficulté à apprécier un roman dont le personnage principal est peu sympathique.  Or, c'est le moins qu'on puisse dire de ce détestable Georges Duroy, fils d'humbles villageois, prêt à tout pour s'élever dans la société, y compris et surtout séduire les femmes de ses amis et collaborateurs.  Et pourtant, j'ai adoré ce roman, que j'ai trouvé très prenant et que j'ai lu en quelques jours.

C'est sûrement en grande partie grâce à la plume de Maupassant, à la fois élégante et limpide.  Qu'il nous décrive un joli paysage campagnard, la chambre d'un mourant ou l'ambiance étouffante de Paris un soir de canicule, on a l'impression d'y être.  Et ses portraits sont si justes que les personnages nous semblent familiers.

Dans ce roman-ci, Maupassant est sans pitié envers le monde du journalisme.  Et j'ai l'impression que le tableau qu'il dresse est assez réaliste!  On sait qu'à l'époque, le concept d'objectivité journalistique n'existait pas, et la plupart des journaux étaient plus ou moins ouvertement l'organe d'un parti politique ou d'un groupe (par exemple la haute finance). (Certains esprits chagrins diront que la situation n'a pas beaucoup évolué, mais passons.)

En tournant la dernière page, j'étais presque déçue par la conclusion de l'intrigue, mais plus j'y pense, plus je trouve que cela fait du sens et reste cohérent avec ce que Maupassant dénonce.

En passant, à moins que vous ne soyez un enfant de douze ans, je vous déconseille l'édition Flammarion (collection Étonnants Classiques), qui comporte une quantité ahurissante de notes. Quatre ou cinq par page, c'est insupportable!  Ça va, je sais ce qu'est une gargote, et des bocks, j'en ai dans mon armoire de cuisine!  Heureusement, il y a plusieurs éditions offertes en prêt numérique à la BAnQ, j'ai pu en choisir une autre avant d'avoir envie de lancer ma liseuse par la fenêtre.  L'édition Folio illustrée ci-dessus est très bien.


Bel-Ami de Guy de Maupassant, 1885, 464 p.

25 mars 2023

Vita Nostra

Les Métamorphoses, tome 1

Lorsque le thème que j’avais suggéré, la science-fiction hors des sentiers battus, a été choisi pour le club de lecture de Livraddict, j’étais enchantée.  Toutefois j’étais moins enthousiaste devant le titre retenu au terme du processus: encore une énième histoire d’école/institution pour enfants/adolescents ayant des pouvoirs spéciaux/magiques?  Bon, j’ai déjà été agréablement surprise lors de ces clubs de lecture, j'ai décidé de lui donner tout de même sa chance.

Cela commençait assez bien: on est en Russie, c’est original.  Le personnage principal est assez attachant au départ.  Malheureusement, plus j’avance, plus mon intérêt s’émousse.  Beaucoup de longueurs, des péripéties répétitives…  On ordonne à l’héroïne de ne pas faire telle chose sous peine qu’un grave malheur n’arrive à sa famille, elle le fait quand même, rien de sérieux n’arrive, on lui ordonne de ne pas faire telle autre chose et ainsi de suite.  On nous explique en long et en large les étranges pratiques qu’on force l’héroïne à apprendre, mais comme c’est complètement abstrait, impossible de s’y intéresser.  J’ai poursuivi ma lecture car je voulais tout de même avoir le fin mot de l’histoire, mais cela m’a semblé long, très long!

 

Vita Nostra (Les Métamorphoses, tome 1) de Marina et Sergueï Diatchenko, traduit du russe, 2019, 525 p.  La version originale, Vita Nostra, date de 2007.